CITATION DE PIERRE LEROUX
(( Il faut que Thomme renonce enfin à une longue erreur qui lui a fait chercher hors du monde, hors de la vie, un paradis imaginaire, ou craindre un enfer également imaginaire. Il n'y a pas de paradis, il n'y a pas d'enfer, il n'y a pas de purgatoire, hors du monde, hors de la nature, hors de la vie. (Pierre Leroux, de flfuTnanité, livre V, chap. I, page 221.)
« Si les hommes avaient compris que le passé, le présent , le futur, n'existent point d'une façon absolue et à part, mais que vie passée, vie présente, vie future, s'impliquent et ne forment qu'un seul tout qui est la vie, ils n'auraient jamais songé les uns à rêver un ciel hors de la vie, les autres à borner la vie au présent: (Pierre Leroux, de F Humanité, livre V, chap. II, page 226.)
c( La plupart des hommes n'ont pas plus compris la vie qu'ils n'ont compris Dieu , l'auteur de la vie. Ayant mis Dieu, et par conséquent l'infini, hors de la nature et de la vie présente, il est sorti immédiatement de cette conception la conséquence nécessaire que la. vie présente n'avait aucun rapport, aucun lien avec l'infini. La vie présente étant donc ainsi privée d'infini , et rejetée hors du sein de l'être infini , il en est résulté le dualisme de terre et de ciel pour les uns, de vie et de néant pour les autres; les uns appelant ciel le futur considéré comme essentiellement différent de la terre, les autres ne voyant que le néant pour succéder à la vie présente. (Pierre Leroux, de r Humanité, liv,, V, chap. Il, p. 227. )
a L'humanité, c'est chaque ho(nme dans son existence infinie.
« Tous n*étes pas un homme seulement, vous n'êtes pas un individu , vous êtes Thumanité.
« Votre perfectionnement individuel est donc le perfectionnement de rhnmanité,
« Ce qui est à perfectionner, en vous, c'est la nature de l'homme , c'est-à-dire un rmi uni à l'humanité, et par conséquent c'est l'homme.
« En d'autres termes , étant homme comme vous êtes , c'est l'homme qu'il faut perfectionner en vous , et par conséquent c'est l'humanité. (Pierre Leroux, de V Humanité, livre V, chap. xi, pag. 267.)
a La vie future est le développement et la continuation de la vie présente. La vie future est en germe dans la vie présente. Or, dans la vie présente, l'homme est homme, c'est-à-dire est uni à l'humanité , et avec l'humanité , à la nature extérieure.
c( Donc, dans la vie future, continuation de la vie présente, l'homme sera encore uni à Thumanité , et avec l'humanité, à la nature.
« A ceux qui donnent à l'homme pour destinée un poétique voyage à travers ^immensité des cieux, nous dirons :
« Vous ne pouvez pas nier que la vie future de l'homme ne soit le perfectionnement de l'homme.
« Or, le perfectionnement de l'homme n'est-il pas lié au perfectionnement de l'humanité?
(( Qui dit homme dit humanité.
« L'homme porte en lui l'humanité.
(( L'homme n'existe pas indépendamment de l'humanité.
« Perfectionner l'homme, c'est perfectionner l'humanité.
« Perfectionner l'humanité, c'est se perfectionner soi-même. ( Pierre Leroux, de l Humanité, livre V, chap. Xï, p. 269. )
« Un enfant va naître : pourquoi refuseriez-vous au Créateur le pouvoir de faire renaître dans cet enfant un homme ayant déjà vécu antérieurement?
a Cette résurrection est-elle donc impossible à celui qui peut donner la vie? celui qui peut faire naître, ne peut-il faire renaître?
(( En un certain sens, rien n'est plus vrai que ce qu'on dit ordinairement et qu'enseignait la théologie chrétienne, savoir, que
318 MOTIS SXPLICATITES.
Dieu irous crée à notre naissance, que Dieu nous accorde la vie et nous donne une âme lorsqu*il nous fait naître , et que nous sommes ainsi des êtres nouveaux apparaissant à la vie pour la première fois. En effet, cet acte de naissance, ou^ suivant nous de renaissance , ne se fait pas sans une intervention de Dieu. Et comment se ferait-il sans cela, quand aucun acte quelconque de notre vie ne se fait sans la permission et Tintervention de Têtre universel? Nous sommes donc, comme on dit, créés quand nous naissons* Et néaniDoins, telle est cette création , que nous qui naissons , nous nous trouvons être, nonseulement la suite et, comme on dit, les fils et la postérité de ceux qui ont déjà vécu, mais au fond, et réellemept, ces générations antéijeures elles-mêmes. (Pierre Leroux, de fÈ^umanité, liv. V, chap. XH,. p. 271. )
a L'hommç est, de sa natufe et par essence, sensation -sentiment-connaissance individuellement unis. Yoilà la définition psychologique de Thomme. Sa vie consiste donc à exercer et à employer ces trois faces de sa nature, et sa vie normale consiste à ne les séparer jamais dans aucun de ses actes. Par ces trois faces de sa nature, Thomme est en rapport avec les autres hommes et avec le monde. ( Pierre Leroux, de V Humanité^ liv. II, chap. I, p. 157.)
« La vie de Thomme et de chaque homme est donc , par la volonté du Créateur, attachée à une communication incessante avec ses semblables et avec Tunivers. Ce qu'il nomme sa vie ne lui appartient pas tout entière, et n'est pas en lui seulement; elle est en lui et hors de lui; elle réside en partie, et. pour ainsi dire par indivis , dans ses semblables et dans le monde qui Tentoure. ( De tHurmrdtéy liv, II, ch^. 1, p. 158. )
« Propriété, famille, patrie, répondent aux trois termes sensation, sentiment, connaissance, de la formule psycologique de Thomme. L'homme se manifeste lui-même et aux autres dans cette triplicité, parce que sa njiture est triple. La trinité de son âme, en prédominance de sensation, donne lieu à la propriété; en prédominance de sentiment, à la faipille ; en prédominance de connaissance, à la cité ou à l'Etat. (Z>e ï Humanité^ liv. II, chap. I, p, 155. )
a Si la famille , la cité , la propriété, ont jusqu'ici engendré
tant de maux, et si Thomme y a trouvé de si lourdes chaînes, ce n^est pas, encore une fois, que ces choses soient mauvaises en elles-mêmes, ni que la nature humaine soit mauvaise ; mais c'est que qes choses, au lieu d'être organisées de manière à servir la communion indéfinie de Thomme avec ses semblables et avec Tunivers, ont été, afi contraire, tournées cpntre cette communion de Thomme avec ses semblables et avec Tanivers , c'est-à-dire, comme nous l'avons prouvé, contre le droit de l'homme et contre son besoin. (De C Humanité j liv. III, chap. r, pag. 176.)
a Trois défauts nous frappent dans la charité du christianisme: i* le moi , ou la liberté humaine abandonnée, Tégoïsme né-^ cessairè et saint dédaigné et foulé aux pieds; 1"* le moi tourné directement vers Dieu^ l'être fini aspirant directement à n'aimer que rêtre infini ; 3^ le non moi, ou le semblable dédaigné dans la charité même; aimé en apparence seulement, et par une sorte de fiction, en vue de Dieu unique amour du chrétien. ( De F Humanité, p. 203. )
aTÀTlOli DB POURIER.
« L'attraction passionnée est l'impulsion donnée par la nature antérieurement à la riSflexion , et persistante n^algré l'opposition de la raison, du devoir, du préjjugé, e^., En tout temp^ et en tous lieu^ Tattraction passionnée a ^ndu et tendra. à trois buts :
1® Au luxe, et au plaisir des cinq sens.
^ Aux groupes et séries des groupes, liens atfectueux.
3® Au mécanisme des passions, caractères, instincts :
Et, par suite, à l'unité universelle.
al®' but: le luxe. Il coinprend tqus les plaisirs sensuels ; en les désirant, nous souhaitons imp^iciteinent 1^ santé et la richesse, qui sont les m€|yens de satisfaire nos sens; nous souhaitons lé luxe interne ou vigueur cprporelfe, raffinement et force des sens ; et le luxe externe ou fortune pécuniaire. Il faut posséder ces deux moyens pour atteindre au premier but de l'attraction passionnée, qui est de satisfaire les cinq ressorts sensuels : goût, tact, vue^ ouïe^ odorat.
et 2« but: ks groupes et séries. L'attraction teod à former des groupes qui sont au nombre de quatre :
Types.
Majeurs 1 ^''^"P^^ ^'*™*^^ ^'^'^''
I Id. d'ambition, lien corpor. Hyperbole.
Mineurs | ^^^"P^^ d'amour Ellipse.
I Id. de patern. ou famille. . Parabole.
a Tous les groupes formés passionnément et librement , se rapportent à Tun de ces quatre genres.
(( Dès qu'un groupe devient nombreux, il se subdivise en sousgroupes formant une série de partis échelonnés en nuances d'opinions et de goûts. On voit la série se former même dans un petit groupe de sept personnes ; après quelques jours d'exercice, il présentera trois nuances ou partis, classés par 2, 3, 2 sectaires, et si le groupe s'élève à une vingtaine d'individus, il s'y manifestera bien vite cinq, six, sept nuances d'opinions et de goûts.
« De là, il est évident que tous les groupes tendent à former la série , ou échelle de variétés en genre , en espèce , et que les séries de groupes sont le deuxième but de l'attraction dans toutes les fonctions des sens et de l'âme.
a 3^ but : la mécaniqtie des passions ou des séries de groupes ; la tendance à faire concorder les cinq ressorts sensuels, 1 goût, 2 tact, 3 vue, A ou!e, 5 odorat, avec les quatre ressorts affectueux, 6 amitié, 7 ambition, 8 amour, 9 paternité. Cet accord s'établit par entremise dé trois passions peu connues, et diffamées, que je nommerai :
10 La cabaliste. ( Passion de jalousie. )
11 La papillonne. ( Passion de mobilité. ) it La composite. ( Passion de l'ordre. )
« L*homme, dans l'état actuel est en état de guerre avec luimême. Ses passions s'entrechoquent; l'ambition contrarie l'amour, la paternité contrarie l'amitié , et ainsi de chacune des douze.
c( De là naît la science nommée morale , qui prétend les réprimer; mais réprimer n'est pas mécaniser, harmoniser; le but est d'arriver au mécanisme spontané des passions sans en
réprimer aucune. Dieu serait absurde s'il eût donné à notre âme des ressorts inutiles ou nuisibles.
a Les douze passions ont pour but Tunité d'action. «Le besoin d'unité, que je nommerai unitéismey se manifeste fortement chez les conquérants et les philosophes.
« L'ordi'e sociétaire, va réaliser subitement toutes les unités imaginables, soit en utilité , comme celles de quarantaines, lan-> gage, méridien ; soit en agrément, comme celles de diapason et autres bagatelles. De là naîtra entre autres avantages , Textirpation des maladies accidentelles, pestes, épidémies. c( Au résumé, l'attraction tend à trois buts, ou foyers. « Elle nous y pousse par douze aiguillons ou passions radicales, cinq sensuelles, quatre affectueuses, trois mécanisantes.
« Apprenons, dès ce premier chapitre, à distinguer l'attraction du devoir ; par exemple , aucun législateur n'a érigé le dîner en devoir, parce que le dîner étant venu de la nature, ou attraction, ne sera jamais négligé.
a N'admettons pour attraction que ce naturel invariable, comme le penchant à prendre les repas , en dépit des dogmes et devoirs qui le défendraient. Toute théorie de devoir, de morale et de chaîne intellectuelle, ne conduirait qu'à s'abuser sur les ressorts et les fins de l'attraction. ( Fourier, Nouveau Monde industriel , section I, chap. I, pag. 79. )
« Plus nous avancerons dans l'examen de l'éducation harmonienne, plus nous reconnaîtrons cette contrariété de la morale avec la nature ; 11 convient d'en récapituler ici quelques détails tirés de l'éducation de basse et prime enfance. La morale défend au père de gâter l'enfant : c'est au contraire la seule fonction réservée au père, son enfant étant suffisamment critiqué et remontré, en régime sociétaire, par les groupes qu'il fréquente, ou, s'il est très petit, par les bonnes qui le soignent au aéri^tère du bas âge.
c( La morale veut que le père soit instituteur naturel de l'enfant: c'est un soin dont h nature l'exclut et qu^elle réserve aux bonnins et mentorins, gens formés pour cette fonction par l'instinct et l'esprit corporatif.
. a La morale veut qu'on place autour de l'enfant une demidouzaine d'aïeules et tantes , sœurs et cousines , voisines et
322 NOTBS EXPLICATIVES.
commères, pour lui créer des fantaisies q[ui .nuisent ^ sii santé, et lui fausser Toreille par la musique française. La nature y.eut qu'on n'emploie pas. la vingtième partie de cet attirail pour tenir Tenfant gaiement et sainement dans un séristère assorti à t,ous les instincts du premier âge.
« La morale veut que Tenfant soit élevé dès le bas âge à mépriser les richesses, et estimer les marchands : la nature veut au contraire que Tenfant soit élevé de bonne heure à estimer l'argent et s'évertuer à en acquérir par la pratique de la vérité qui, en civilisation, ne peut pas conduire aui richesses et qui est incompatible avec le commerce inverse ou méthode actuelle.
« La morale veut qu'on ne permette aux enfants aucun raifmement surtout en gourmandise, et qu'ils mangent indifféremment tout ce qu'on leur présente. La nature veut qu'on les élève aux exigences gastronomiques, aux finesses de cet art qui, en harmonie, devient moyen direct de les passionner pour l'agriculture.
a II est donc certain que la morale, même en lui supposant de bonnes intentions, joue le rôle d'un médecin ignorant qui ne donne que des avis pernicieux, ne sait que contrarier les vues de la nature et tuer les malades avec un étalage de belles doctrines. Mais est-il certain que la morale et ses coryphées ^ient de bonnes intentions? Avant de prononcer sur ce point, continuons à analyser la contrariété de cette science avec la nature; après l'avoir pleinement convaincue 'de contre- sens perpétuel nous examinerons ses perfidies égales à son ignorance. (Fourier, Nouveau Monde indttstriel^ section III, chap. XX, page 337.)