‹ Conférences sur le christianisme dans son application aux questions socialesChapitre 8 sur 69 · LA RELIGION PITOT DE LA SOCI&TÉ · texte numérisé non relu

LA RELIGION PITOT DE LA SOCI&TÉ

poussent Voilà sa direction cachée et toute-puissanle. Vous ne ferez rien sans ce levier; sans lui vous vous fatiguerez à soulever d'énormes blocs de granit qui retomberont sur vous, vous épuiserez vos forces et votre courage à rouler la pierre de Sisyphe. Nous devons nous en applaudir, car, s'il était possible qu'une grande transformation sociale s'opérât empiriquement sans qu'une vérilé nouvelle eût éclairé l'humanité, il faudrait désespérer d'elle. Sa meilleure gloire est de ne pouvoir se prendre ave^ puissance et ensemble à aucun motif inférieur, matériel. Si l'éclair d'une pensée n*a pas brillé pour elle , elle ne se donne pas la peine de se soulever et de marcher en avant.

Il y a plus, Messieurs, cette pensée doit être divine; elle doit être puisée dans les profondeurs du monde supérieur et invisible, c'est-à-dire que les religions seules gouvernent les sociétés. Prenez une époque, une société quelconque, et vous verrez que tout en elle s'est organisé autour de ses idées religieuses. De la même manière, dont elle conçoit ses rapports avec Dieu, de la même manière elle conçoit les rapports qui doivent exister entre les hommes. Ses institutions reflètent ses conceptions religieuses. Comparez les peuples de l'Orient aux peuples de l'Occident, et vous trouverez entre leurs institutions politiques et sociales la même différence qu'entre leurs religions.

TXLLB ftBLIGION, TBLLB SOCIÉTÉ. 17

Le sommeil du dieu indien, de Brahma, se continue dans cet ordre social invariable qui semble le lit de repos d'une nation au lieu d'être le cadre de son développement. De même, la vie agitée des républiques grecques n'a été que le miroir de l'activité passionnée qu'elles adoraient dans leurs dieux. Tel Dieu, tel peuple, telle société. Tout Tordre social moderne repose sur le dogme chrétien, qui y^ est si bien engagé et enraciné que vous ne pouvez détruire l'un sans l'autre. Le développement de l'un correspond exactement au développement de l'autre. 11 y a toujours eu quelque vérité divine en jeu dans nos agitations. Si vous vous en étonnez , étonnez-vous donc de ce que l'âme conduit le corps. Les religions sont l'âme des sociétés, parce qu'elles seules agissent sur les âmes et les pensées de tous; elles seules les transforment; elles seules ont un burin assez aiguisé pour graver dans la conscience publique les vérités qui doivent passer dans les faits. Elles se créent avec une admirable facilité des institutions qui leur correspondent. Elles rompent sans peine, quand il le faut, les formes les plus anciennes, les plus respectées ; mais grâces à Dieu , elles seules le peuvent.* U n'y a pas de révolution politique et sociale qui n'ait été le contre-coup souvent lointain d'une révolution religieuse. Les grands mouvements de l'histoire sont la conséquence des mouvements de la pensée religieuse en bien ou en

18 NÉCESSITÉ d'une RÉNOVA'nON BSLIfilSUSE.

mal. Ainsi, rien de moins sage que ce dédain pour tout ce qui n'est pas applicable dès au|ourd'hut« Rien de plus frivole que de taxer de rêverie, de folie, dains des jours comme ceux-ci, les spécula-^ tions philosophiques ou religieuses; car^ comme le dit saint Paul, le monde, et nous ajouterons, la société, $out touj;4>urs sauvés par une folie, par une idée qui n'a rien de pratique dans le sens vulgaire du mot; par une vérité qui n'apprend ni à s'enrr^ chir, ni à jouir de la vie; par un développement de la pensée religieuse en un mot.

Le plus pressé est done de ne pas ^ presse^ du tout à organiser ;^ mais de chercher la forœ, la rertu divine qui nous rajeunii^ ^ nous et la société. Le plus pressé, c'est de pousser à une rénovation de nos pensées religieuses.

Voilà ce quî nous a manqué. To»è a ebangé au>« tour de nous; et nous sommes r^tés semblables à nous-mêmes. 11 n'jr a pas eu copre^ondimce entre les changemefits extérieure et les changements ii^tè^ rieurs. Nous avons eu un moweftt ji noire disposkion \\ne fonte ardeale,. prête à prendre; toutes les fortnes» que nous lui aurioAfi données; mais nous n'avions que de vieux mofulesoù la jeter,, eile n'a pu s'y reÉhfermer, elle s'est répandue à terre et dureie. La fé^ volution a été partout, excepté dans nos codurs et nofil consciences. Nous afvons fait une balance de comptes cherchant à pondéjrer des intérêts divers qui avaieflÉ

MtCBdSITÉ D'imB HfiMOTATION RELIOIEUSE. 19

été inéjgalement satîsfoiis; ealculant Torganisatloo de la eharîié oomine on fait de l'algèl»re. Aussi chacun esl resté avec son préjugé, son égokme, sa répugnance, quelquefois sa haine, et nous n'avons pas inscrit tm mot nouveau dans la con«* sciaace publique. C'est qu'on n'écrit ces mots sa* crés qu'avec des traits de^ feii et d'un feu divin* Nous ne changerons pas pour nous la loi éternelle de lliistoire : ou bien , nous aurons une révolution religieuse et alors nous serons sauvés dans tous les sens, ou bien, nous nous traînerons quelque temps encore avec nos doutes affaiblissants, nos désirs trompés, nos aspirations déçues. Jusqu'à ce que nous en venions à perdra c^ désirs et ces aspirations, ce qui équivaut à la mùf t spirituelle d'une société.

Et veuillez remarquer, Messieurs, qu'en parlant d'une révolution religieuse, je n'entends pas dire que nous nous rattachions sans examen à l'une des formes de la religion déjà existantes parmi nous, et que nous passions par désespoir au catholicisme ou au protestantisme. Si nous ne cherchions pas à transformer leurs formules de minière à ce qu eltes répondissent aux nécessités présentes ; si nous les acceptions telles quelles par paresse, notre conversion serait une désertion et une tacheté. Nmis nous jetterions dans telle ou telle doctrine comme on se jette dans un couvent après une vie orageuse pour y trouver le repos et l'oubli. Nous ne vous proposons rien

20 DU CATHOLICrSVB DEPUIS LA DBRKIÈHB RfiVOLUTION.

de pareil : la religion à nos yeux n'est pas destinée seulement à nous faire faire une bonne fin, mais encore à nous aider à vivre et à vaincre. Nous voulons d'elle non pas une extrême onction , mais l'huile salutaire qui assouplit et fortifie les membres du lutteur. Nous lui demandons non pas le sommeil, mais des forces, des lumières; nous lui demandons non pas simple* ment le passé, mais Favenir, et avant tout le présent, le mot des énigmes que nous n'avons pu résoudre jusqu'ici. C'est vous dire, Messieurs, que nous croyons à la nécessité d'un développement de la pensée religieuse , et nous né devons en laisser le soin à personne, car ceux qui étaient appelés tout d'abord h nous y pousser, n'en ont pas pris l'initiative.

Nous ne connaissons que trop bien le motif de cette négligence coupable. La religion elle-même n'est-elle pas descendue dans la sphère des intérêts terrestres? Ne l'a-t-on pas attachée, liée à eux, tellement que sa liberté d'action et ses ressources principales en dépendent; elle n'a été qu'un intérêt de plus dans le conflit des intérêts; elle ne pouvait plus désormais élever la question sociale plus haut qu'elle-même ne s'était élevée; elle était réduite à la traîner dans les calculs et les petites considérations dont elle aurait dû nous affranchir. Avec . une position temporelle à garder, il lui était impossible de se poser, dans la sainte imprudence et la courageuse simplicité de la foi, entre les deux

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