‹ Conférences sur les devoirs des instituteurs primairesChapitre 11 sur 20 · Voyez Pénelon, de l'Éducation des Filles, ch · texte numérisé non relu

Voyez Pénelon, de l'Éducation des Filles, ch

fuse aux plus savants; dites-lui surtout que, pendant les longues heures des nuits, les airs ne sont pas habités par ces êtres impurs qui les feraient retentir des chants de leur sabbat, mais que Dieu seul en occupe les espaces, que les étoiles du ciel y forment son cortège, que sa gloire resplendit au milieu de leurs flambeaux, que sa main dirige leurs révolutions, et que l'harmonie de leurs mouvements y célèbre sa grandeur et sa puissance ; dites -lui enfin que la nature recueillie s'associe en silence à leurs concerts, et que, contenant les transports de son ravissement, elle ne laisse le cri de son admiration et de sa reconnaissance s'é lever vers lui que lorsque le soleil vient lui donner le signal du réveil, en reparaissant sur l'horizon.

Ne ménagez pas davantage les préjugés qui exercent leur influence funeste sur le cœur de l'enfance. Cet élève est pauvre, sa mise trahit son indigence ; pourtant ses études ne souffrent pas des privations qu'il éprouve, et ses progrès le font marcher en tête de sa classe ; peut-être que des enfants plus favorisés que lui des dons de la fortune croient que les richesses de leurs parents doivent les placer audessus de lui, et ils ne lui témoignent que de l'éloignement et du dédain : relevez à propos, mais avec douceur, l'inconvenance de leurs procédés, et faites- leur sentir le ridicule de leurs prétentions ; apprenez-leur que l'égalité doit régner sur les bancs de l'école, que le maître ne saurait y souffrir d'autre distinction que celle du travail et du mérite ; que l'enfant au milieu des autres élèves n'est rien que par luimême, et que plus il vaudra par son application à l'étude et son obéissance envers ses maîtres, plusses condisciples, qui sont ses camarades, devront avoir pour lui d'estime et mettre d'empressement à la rechercher.

A côté de ce préjugé, qui naît de la fortune, on n'en rencontre que trop souvent un autre qui prend son origine dans le sentiment exagéré de l'honneur, patrimoine des familles, qui n'est pas moins précieux que la richesse : je veux parler du préjugé qui enveloppe dans la même réprobation le père coupable qu'atteint le châtiment, et le fils innocent

que la justice respecte, quand elle frappe l'auteur de ses jours. Souvent, sans doute, vous comptez parmi les élèves qui suivent vos écoles les enfants, les frères, les sœurs ou les parents à un degré quelconque d'un condamné ; quoiqu'ils n'aient pas une idée exacte du sort que la justice lui a fait, vous comprendrez, en voyant leur tristesse et leur confusion, que quelque chose de son infamie a rejailli sur eux et qu'ils en sentent le poids. Pendant la classe, c'est à peine s'ils ouvrent la bouche pour vous parler, et si, assis sur vos bancs, ils lèvent les yeux sur leurs voisins ; pendant les récréations, ils n'osent se mêler aux jeux de leurs camarades, et, sans les repousser, ceux-ci les fuient. Prenez à part les enfants qui leur témoignent ces répugnances, et vous abstenant de tout reproche , faites-leur entendre le langage affectueux et simple du cœur et de la raison. Rappellez-leur que la première de toutes les vérités qu'enseigne la morale, c'est que l'homme ne répond que des fautes qu'il commet ; que le châtiment s'attache au crime, mais qu'il ne s'étend pas au delà ; qu'il frappe son auteur, mais qu'il n'atteint personne ni au-dessus ni au-dessous de lui ; qu'avant de naître, nous ne sommes pas libres de choisir la famille dans le sein de laquelle nous recevrons le jour; que nous devons accepter avec reconnaissance les parents qu'il plaît à la Providence de nous donner, et honorer en eux, sans rougir d'un nom qu'ils ont flétri en le portant, le caractère sacré dont elle les a revêtus ; qu'il n'est pas de famille à qui le ciel n'envoie, tôt ou tard, son • fléau, et que le sentiment de cette commune infortune doit, en les rapprochant toutes, resserrer entre elle le lien social qui les unit.

Faibles créatures que tant d'erreurs égarent dans le chemin de la vie, ce qui convient le mieux à notre nature et à nos besoins, n'est-ce pas d'imiter Dieu, qui est la source de toute justice ; la loi, qui en est la manifestation : la loi, qui châtie le père et épargne le fils ; Dieu, qui appelle à lui, sans distinction d'origine, tous ceux qui ont faille bien dans ce monde, et qui réserve peut-être une plus haute ré-

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compense à celui qui a pratiqué la vertu, en dépit des exemples du crime ? Tel est le séjour qui nous attend : asiles de l'innocence et refuges de légalité, qu'ici-bas vos écoles en soient l'image, et que tous les enfants y vivent mêlés devant vous, comme ils le seront un jour dans ce lieu où, grands et petits, tous les élus vont se rejoindre. Mais vous, Messieurs, en quittant ces élèves à qui vous sortez de donner vos conseils, revenez aux enfants délaissés, rassurez-les par vos paroles, gagnez leur affection par vos caresses ; pour tout dire en un mot, aimez-les tendrement : car la bonté de Dieu, en les confiant à vos soins, leur rend le père que la justice des hommes leur a peutêtre ravi.

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peine à l'édifier *. L'enseignement de l'école, en effet, ne doit pas rester étranger à la profession que les élèves embrasseront un jour : d'abord il les a pourvus de connaissances qui leur serviront dans toutes celles qu'ils pourront adopter, et sans lesquelles ils ne sauraient les exercer; ensuite il a développé les facultés dont la Providence les a doués, et il a révélé à l'instituteur attentif une aptitude dont son premier devoir était de cultiver le germe précieux, afin qu'elle pût un jour porter ses fruits.

Je n'ai cessé de vous le dire et de le répéter, vous tenez lieu de parents à la jeunesse ; vous devez, comme eux, lui tendre la main pour la conduire, vous lui serez même souvent un guide plus sûr, car l'amour-propre ne vous fermera pas les yeux sur l'insuffisance des facultés de vos élèves, les préjugés ou les préventions ne fausseront pas les vues que vous formerez pour leur bonheur, et l'avarice ne cornprimera pas l'élan de votre cœur, lorsqu'il s'agira de les seconder dans le choix d'un état.

Vous manqueriez donc à un devoir sacré, si vous ne cherchiez pas, en étudiant les dispositions de l'enfant, à découvrir quelle profession il pourra exercer avec le plus de succès et de profit. On naît poète ou orateur, on naît de même avec des dispositions plus particulièrement appropriées à l'exercice de certains genres de profession. L'homme qui se meut lourdement, et qui trahit, dans tout ce qu'il fait, sa gaucherie et sa maladresse, dont l'intelligence bornée saisit à peine ce qu'on lui montre et rencontre partout son horizon, n'estil pas destiné à ces professions communes dont l'exercice ne demande aucun apprentissage, où l'action matérielle de l'individu et l'emploie de ses forces physiques sont tout ce qu'elles exigent de lui?

Une intelligence ouverte, un penchant prononcé au calcul et à la méditation, l'amour des inventions et des perfectionnements, la dextérité des organes, l'application et l'activité

1. La chose la plus importante à la vie, c'est le choix d'an métier. (Pascal, Pontées.)

dans le travail, tous ces dons de la nature ne vouent-ils pas à l'avance ceux qu'elle en a enrichis, à ces professions où l'œuvre de l'artisan tire son prix de l'élégance de la forme, de la précision rigoureuse de son exécution, et des moyens ingénieux employés pour l'obtenir? Votre tâche consiste donc aussi à découvrir ces aptitudes diverses et à faire concourir votre enseignement à les développer. Votre œil exercé les saisira plus facilement que celui d'un père ou d'une mère : votre devoir est encore de les leur signaler aussitôt que vous les avez reconnues, pour que l'éducation de la famille seconde celle de l'école, que les vues des parents s'éclairent de bonne heure avant de se fixer, que les conseils du maître ne contrarient pas leur volonté, et que ses suggestions ne fassent pas naître, au préjudice de la plus respectable des autorités, un conflit où la violence et la contrainte du père amèneraient la résistance et la désaffection du fils.

Ainsi, du moment que l'observation vous a révélé les dispositions spéciales de l'enfant, sans perdre de vue ses autres facultés, donnez à votre enseignement la direction la plus propre à en procurer le développement; insistez sur l'étude des connaissances qui lui seront le plus utiles dans l'exercice d'une profession à laquelle son aptitude semble le prédestiner. Vous avez averti ses parents, vous leur avez fait part de vos observations ; plus d'une fois vous les avez entretenus de l'avenir de leur enfant, et vous vous rencontrez avec eux dans les projets qu'ils forment pour son bonheur; maintenant adressez- vous à votre élève, pressentez ses goûts et ses penchants, et s'ils l'appellent vers cette profession que vous avez devinée pour lui, montrez-lui les secours que l'étude pourra lui apporter lorsqu'il l'embrassera; offrez-lui, comme un prix propre à entretenir son émulation et digne de tous ses efforts, la supériorité qu'une intelligence cultivée, la connaissance delà langue, la science du calcul et l'habitude du travail et de l'ordre assurent toujours, même dans l'exercice des professions les plus vulgaires, à l'homme qui s'y est préparé par la fréquentation

de l'école. Il n'entreprend rien à la légère; avant de commencer un ouvrage, il se rend compte de ce qu'il va lui coûter et dé ce qu'il peut lui rapporter; il le raisonne en y travaillant, il y réfléchit encore dans ses moments de loisir, il simplifie les procédés consacrés par l'usage, il perfectionne les instruments qu'il en a reçus, et il transmet à ceux qui viennent après lui un métier qu'il a doté de ses heureuses inventions.

L'homme trouve la satisfaction, le bonheur, et souvent la fortune, dans la profession à laquelle l'appelle son aptitude, et dans laquelle ses facultés les plus éminentes et sa volonté dans toute son énergie lui prêtent leur concours : qu'il en embrasse une autre, toute sa vie il aura à lutter contre ses penchants l ; il l'a prise de force, il l'exerce malgré lui; n'y ayant aucune habileté, il n'en retire aucun profit; bientôt l'ennui et le découragement s'emparent de lui, il la quitte pour en embrasser une nouvelle, qui ne le retiendra pas plus longtemps que la première, parce qu'il a perdu, avec les années de la jeunesse, cette netteté et cette promptitude de conception, qui lui auraient épargné les diffultés de son apprentissage, et que le dégoût d'un métier lui a ravi cette faculté d'attention, cette disposition à l'appliquer, sans lesquelles tout apprentissage devient impossible. Engagé successivement dans des professions qui n'ont pu le retenir, il les essayera toutes sans qu'aucune le fixe; dans chacune il aura laissé un peu de son aptitude et de ses avances, et, parvenu, au milieu de la vie, il donnera des regrets à ces longues années que la peine a remplies sans leur faire porter aucun fruit, et n'apercevra plus devant lui que des années plus longues encore, vouées à un travail ingrat, qui fera son désespoir, et à une misère qui sera la source de la dégradation de sa race.

Chargés de former sa jeunesse, vous pouvez le préserver

1 . La sagesse de l'homme prudent est de bien comprendre sa voie : l'imprudence des insensés est toujours errante. < Proverbes , ch. 14. v. 8.)

de ce double écueil qui menace son âge mûr; vous pouvez, par vos sages conseils, lui ménager des jouissances, lorsqu'il n'attendait que des privations, et même répandre du lustre sur un nom qui devait rester enseveli dans l'obscurité où il l'avait pris.

C'est donc une mission essentiellement utile que la vôtre, c'est surtout une mission religieuse.

Aider l'homme à mettre à profit son aptitude, en la lui révélant, n'est-ce pas le servir? Développer ses facultés pour lui faire remplir une destinée qui est dans les vues de la Providence, n'est ce pas accomplir un devoir religieux? Vienne le jour où chacun de nous rendra compte à Dieu du bien qu'il aura fait et de celui qu'il pouvait faire :

« Seigneur, répondra le bon maître interrogé sur ses œuvres, j'ai cultivé le champ dans lequel vous m'avez placé ; j'ai semé la morale dans le cœur de l'enfance et j'ai fécondé son intelligence, en y faisant fleurir, par mes leçons, les dons de l'esprit que vous y avez déposés ; enfin, Seigneur, j'ai cherché à découvrir votre volonté, et j'ai cru vous glorifier, en réalisant l'avenir des enfants qne vous m'aviez, sans doute, envoyés pour les élever suivant votre loi : j'ai donné à la science ceux que vous lui aviez promis; j'ai laissé aux champs ceux que vous aviez faits pour les cultiver ; j'ai rendu aux travaux de l'artisan ceux que vous aviez créés pour l'atelier, et j'ai conduit aux portes du temple ceux que vous réclamiez pour vos autels. — Soyez de mes élus, lui dira alors le souverain Juge, car vous avez accompli votre tâche, en aidant vos frères à remplir celle que je leur avais assignée. »

De l'enseignement primaire supérieur. — Le duc de Larochefoucauld-

Liancourt.

Donnez la science et l'habileté au jeune adolescent. (Proverbes, ch. i, v. 4.)

Nous avons établi et réglé un degré supérieur d'instruction primaire, qui ajoute aux connaissances indispensables à tous les hommes les connaissances utiles à beaucoup.

(M. GuiaoT, Discours de présentation delà loi sur V Instruction primaire à ta Chambre des Députés,)

Messieurs,

Quand vous avez parcouru avec l'enfant le programme de renseignement élémentaire, vous êtes parvenus aux limites de votre domaine : où il finit un autre commence, et ce domaine nouveau, qui est celui de l'enseignement supérieur, peut devenir le vôtre, si le choix de la commune et de l'autorité, et votre capacité attestée par de sévères épreuves, vous ont appelés à poursuivre dans cette école privilégiée l'enseignement ébauché dans l'école élémentaire. Plus d'un maître, mu par le sentiment des besoins de la localité, cédant aux vœux des pères de famille et obéissant au règlement, a franchi la ligne presque insaisissable qui le séparait d'un champ si voisin de celui qu'il lui est donné de cultiver, et, conduisant §ur ses pas ses élèves dans les parties de la science les plus rapprochées

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lui enseigner les éléments, l'école supérieure deviendrait un double emploi avec l'école élémentaire quelle appauvrirait, tandis qu'elle se condamnerait elle-même à languir, en donnant à l'ébauche de l'enseignement un temps que le perfectionnement doit se réserver sans partage.

L'exclusion de l'âge amène ici, comme une nécessité, la séparation des sexes : on sent qu'une fois que des enfants de sexes différents ont atteint douze à quinze ans, on ne saurait, sans danger, les rassembler dans une même classe ; la surveillance du maître essayerait en vain de préserver des abus, et les passions trouveraient dans le développement des années ufr complice trop dangereux, pour que la vigilance de l'homme ne fût pas trop souvent en défaut. Dii reste, cet inconvénient, quelque grave qu'il soit, n'est pas â craindre, car les localités assez importantes et assez riches pour se donner en même temps l'enseignement élémentaire et l'enseignement supérieur, le sont assez, à plus forte raison, pour assigner à chaque sexe son école.

Ici un maître ne suffira plus ou suffira plus difficilement que dans l'école élémentaire : un enseignement plus substantiel et plus varié lui demande plus de temps et d'aptitude. Le même homme pourrait à la rigueur réunir l'un et l'autre, mais la force lui manquerait pour conduire de front toutes les parties de la classe ; puis, un égal degré d'avancement exigé chez les élèves, amène un classement plus uniforme de leurs forces, la réduction du nombre des divisions en est la suite, et l'emploi d'un maître pour chacune la conséquence nécessaire : l'instruction d'ailleurs est si relevée dans l'enseignement supérieur, le raisonnement y a une si grande part, tous les exercices y ont un besoin si pressant des avertissements de la critique, que rien ne peut s'y transmettre du maître à l'enfant par l'intermédiaire de l'enfant, et que le mode simultané est le seul qui soit compatible avec cet 'enseignement : il n'y a que le maître, en effet, qui puisse redresser les défauts d'une lecture mal sentie, et montrer à l'accentuer ; après la correction grammaticale, il y a dans la rédaction des nuances délicates qui

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racines cubiques, et la loi, qui vous permet de faire un agronome capable de mesurer son champ, vous interdiraitelle d'apprendre au garde-vente à soliver une pièce de chêne ou au terrassier à se rendre compte d'un déblai? Des hommes qui sont en possession d'interpréter la loi, puisqu'ils en surveillent journellement l'exécution, ont répondu négativement avec la raison *. Seulement il faut craindre de tomber dans l'excès et de ne pas atteindre le but à force de le reculer. D'abord le maître prendra les ordres de l'autorité et les suivra religieusement ; ensuite il ne devra enseigner que ce qu'il saura parfaitement ; sa science doit toujours avoir l'avance sur celle de l'élève ; la prudence lui fait un devoir de s'arrêter quand il prévoit qu'elle va manquer à tous deux ; ensuite l'extension qu'il donnera à l'enseignement élémentaire ne ralentira pas sa marche et ne compromettra pas les progrès de sa classe ; avant qu'il songe à pousser certains élèves plus loin que les autres, il veillera à ce que tous reçoivent l'instruction élémentaire, qu'ils sont en droit d'attendre de lui ; l'extension qu'il y donnera pour quelques-uns sera moins un enseignement nouveau en dehors et en sus du programme de son école qu'une forme plus relevée substituée à la forme habituelle de cette instruction , qui serait à tel point insuffisante que, si cette substitution était repoussée, l'élève serait condamné à ne rien faire ou à répéter inutilement ce qu'il saurait déjà. Au reste, il ne s'agit pas, pour lui trouver une place, de troubler l'économie du règlement, de rien déranger à la sage distribution qu'elle a faite des heures de la classe ; le nombre des divisions ne sera pas changé, chacune conservera le temps de travail qu'il lui assigne ; la classe particulière des moniteurs de l'école mutuelle, et une prolongation spéciale de quelques minutes des heures de la classe dans l'école simultanée offriront facilement à la plus avancée de ces divisions les instants réclamés par le nouvel enseignement. Renfermé dans ces sages limites, entouré de ces

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