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Maintenant trois et demi pour cent

pour livrer aux chances de la banqueroute le repos de sa vie et le pain de ses derniers jours, qui n'ouvre pas, d'ailleurs, un comptoir dans chaque village et ne se charge pas de faire valoir d'aussi minces épargnes, à mesure qu'elles s'amassent.

Laissez faire l'instituteur : ses capitaux suivront, sans qu'on les y pousse, la pente que suivent les capitaux à la campagne ; ils aboutiront à des fonds de terre, qui les garderont en les préservant de tous dangers, les accroîtront en y ajoutant la hausse naturelle de la propriété par excellence, et, lui feront un intérêt plus élevé, enl'enrichîssant des profits de la culture.

Ce rapide examen de la situation de l'instituteur, dans les communes rurales, me ramène donc toujours à cette conséquence, qu'il y doit être, avant tout, l'homme des champs ; qu'il ne doit, qu'il ne peut y vivre que comme ceux qui les habitent, et qu'il ne saurait y parvenir à l'aisance, qu'en prenant les produits de la terre pour les instruments de sa prospérité.

Maintenant il est une autre conséquence à laquelle il faut encore arriver nécessairement, et qui est comme la proposition dont j'ai entrepris la démonstration, c'est qu'à l'instituteur, qui va s'établir au village, il faut, non l'élégante maison qui lui offrira le confortable de la ville, mais le solide et commode logis, qui sied si bien à la moyenne fortune, à la campagne. Cherchez une situation salubre, c'est là que, dans le voisinage d'un jardin, je veux asseoir cette maison modeste : le sentiment des besoins de celui qui doit l'habiter, à défaut de science, en réglera la distribution : de la cave jusqu'au faîte pas un vide qui ne soit utilisé ; une salle d'école, construite dans les conditions d'une bonne acoustique, proportionnée à la population de la commune, et éclairée par des jours pris à une bonne exposition ; en fece ou derrière, sa cour ou son préau, et ses indispensables aisances; deux ou trois chambres et une cuisine, où sera le four ; un grenier où l'on serrera le linge et le grain battu, et sous la toiture un faux gre-

nier 1 qui servira de décharge; enfin une cave, une petite grange, au bout une écurie, et sur l'une et Pautre un grenier sur lequel on déposera les récoltes et le bois.

Voilà l'édifice qui convient à l'instituteur et qui répond à. ses besoins, ainsi qu'à sa condition. La commune pourra, si elle le veut, s'y réserver une pièce pour les assemblées de son conseil, et y ménager une remise pour sa pompe à incendie. Un cabinet y sera même affecté à la garde nationale et recevra en dépôt ses fusils et son équipement.

Pour élever un semblable monument il ne faut pas qu'un architecte renonce aux formules en usage et s'ingénie à découvrir des dispositions nouvelles ; il ne faudra pas non plus que la commune charge ses affouages d'une contribution extraordinaire et qu'elle épuise les ressources de deux ou trois quarts en réserve : qu'elle l'achète ou qu'elle la bâtisse, qu'on réduise ou qu'on augmente un peu le nombre de ses pièces, qu'on en étende ou qu'on en resserre les dimensions, partout on pourra bâtir une maison semblable pour quatre mille , cinq mille , huit mille ou dix mille francs ; je ne permettrais qu'aux plus riches localités d'y consacrer deux mille francs de plus. Personne n'a rien à perdre , moins que les particuliers, les communes qui doivent se mettre en garde contre la vanité et songer aux pauvres avant de se laisser aller aux fantaisies et aux sùperfluités du luxe. Que de bien n'auraient pas fait ces villages, en si grand nombre, qui ont enfoui tant d'argent dans des maisons d'école, qui luttent de magnificence avec les hôtels de ville de nos cités 1 L'instituteur qu'on y établit prend sur-le- champ l'importance que suppose une si riche demeure et s'enfle d'orgueil comme un propriétaire opulent ; les conseillers économes, affligés de prodigalités qu'ils n'ont pu prévenir, voient d'un œil moins favorable le maître qui en a été l'occasion; son confrère, que le village voisin a moins

1 . En Lorraine, on nomme faux grenier un second grenier placé entre le premier et la toiture.

splendidement logé, porte envie à ce palais ; il déserte sa chaumière et se met de tous côtés en quête de la commune qui lui en offrira un pareil : je ne me crée pas une chimère, lorsque je redoute que le curé de la paroisse, jetant du fond de son presbytère, qu'un goût meilleur a fait plus simple et plus commode, ses regards sur cette demeure qui s'élève plus haut que la sienne, n'éprouve pour son subordonné un sentiment qui ressemble à de la jalousie et à de la rancune.

J'ai vu des maisons d'école magnifiques; de loin elles étalaient au milieu du village une masse imposante, elles étaient décorées de colonnes et de balcons, et gracieusement couronnées de corniches du plus pur corinthien ; à l'intérieur, la pierre de taille formait les murs de refend, l'escalier se développait en spirale, sa rampe resplendissait du poli du noyer, et ses degrés vous conduisaient à l'étage dans trois ou quatre pièces qui faisaient enfilade. Une de ces maisons entr'autres avait coûté vingt-huit mille francs ; deux pauvres sœurs, à qui elle était destinée, et qui recevaient, rétributions comprises; un traitement de 600 fr., y trouvaient des chambres qu'elles n'habitaient point, mais y cherchaient inutilement l'abri de la chèvre qui les aurait dispensées d'acheter le lait de leur déjeuner, et soupiraient, sans l'obtenir, après le coin de terre où elles auraient cultivé quelques légumes.

N'était-ce pas le comble de la déraison de consacrer à leur logement un loyer, annuel de quatorze cents francs, et de ne pas leur donner, pour vivre, le gage de deux femmes de charge?

Offrez donc à l'instituteur une maison saine, propre, solide, et surtout accommodée aux nécessités de sa yie et de sa position, aux besoins et aux habitudes du pays; mais au nom de la commune, au nom de son avenir, de ses pauvres, de tous ses habitants, au nom même du maître dont les intérêts vous préoccupent si vivement, n'allez pas, pour lui, au delà des convenances et du nécessaire. "Vous avez en caisse de l'argent dont vous ne savez que faire? Laissez-

le où il est si bien placé, et de sa rente assurez une retraite plus large à votre vieil instituteur, qui meurt de faim; augmentez le traitement de son successeur, et procurez-lui maintenant un peu d'aisance, afin qu'un jour celui qui aura élevé vos enfants ne vienne pas leur demander l'aumône, en confessant son dénûment. Il vous reste encore dans le& caisses de l'Etat des fonds qui s'accroissent d'année en année sans trouver leur emploi; vous n'avez qu'une école, créez-en une seconde, et que chaque sexe ait la sienne : ouvrez à côté une salle d'asile, et fournissez tous ces établissements de papier, d'encre, de plumes et de livres uniformes. Un argent qui reçoit une destination si utile ne va pas seulement aux maîtres qu'il rénumère , mais il revient à leurs élèves dont l'enfance est plus attentivement soignée, dont l'instruction est mieux suivie; il revient jusqu'à vous qui aurez moins à dépenser pour vos enfants, et qui leur donnerez, par une meilleure éducation, une chance de plus de parcourir un chemin moins pénible dans la vie. Faut-il vous en faire souvenir? vous avez des pauvres : n'en est-il pas qui viennent quelquefois vous dire que l'hiver est bien rude, que les maladies sont une cause de ruine, que les infirmités sont aussi longues que la vie : croyez-moi, dotez plus largement votre bureau de bienfaisance; quand tous ces pauvres auront changé leurs haillons contre un vêtement plus propre, quand vous leur aurez donné quelques fagots pour gagner le printemps, quand vos infirmes auront reçu leur aumône quotidienne, et les malades la visite gratuite du médecin, je ne vous défendrai pas de songer à décorer votre commune d'un édifice monumental, encore même vous dirai-je que ce que vous pouvez offrir de plus beau à l'admiration de l'étranger, ce serait des chemins communaux tracés avec intelligence et entretenus avec soin.

Je m'arrête ici. Je ne pousserai pas plus loin la critique, et je resserre ma pensée pour la réduire à un vœu unique. Les communes rurales tendent au luxe et à la prodigalité dans la construction des maisons d'école, les architectes

eux-mêmes, au lieu de les retenir sur cette pente en les éclairant, tendent à exagérer les dépenses de ce service : je souhaite donc ardemment que le gouvernement, portant sur l'administration municipale un regard toujours plus vigilant, s'applique à modérer deux tendances qui préjudicient tout à la fois aux intérêts communaux et aux intérêts de l'Etat. Il sera aidé dans cette entreprise par les commissions des bâtiments civils, mais non moins utilement, s'il juge à propos de les consulter, par les comités supérieurs 1 qui, plus rapprochés des populations rurales et composés d'hommes versés dans la connaissance des besoins, des usages et des habitudes de chaque contrée, 4evineront mieux que qui que ce soit ce qui convient à l'instituteur et à la commune. J'ai dit ce que je désirais peur l'instituteur, ce que l'imagination de chacun peut se représenter sans beaucoup d'efforts, et ce qui, cependant, paraît être jusqu'à présent un chef-d'œuvre si rare parmi les édifices communaux, la maison d'un habitant aisé à la campagne; elle sera assez belle si elle est propre et commoie. Je n'y souffrirai d'autre luxe que la solidité, je n'y permettrai qu'un seul ornement; la morale l'admet avec empressement et la reconnaissance trouvera peut-être l'accomplissement d'un devoir dans son emploi. Un homme est né dans la commune; sorti d'une humble condition, il s'est élevé par son travail, et la Providence l'a conduit à de hautes destinées; des jours nombreux de sa vie ont été marqués par des services rendus à sa patrie; dans le cours d'une carrière si brillante, il n'a point oublié le village où il a reçu le jour; il l'a aidé de ses conseils, il l'a fait prospérer par ses secours et par son appui, et sa mémoire, après qu'il est descendu dans la tombe, est encore bénie par les camarades de son enfance, que ses cordiales attentions ont souvent rapprochés de lui, par les malheureux qui ont invoqué son assistance et n'ont jamais attendu ses bienfaits. Demandez à la toile, demandez à la pierre ou au

1. Maintenant par les délégués eentonaax ou les délégués communaux.

marbre l'imagé de ce compatriote illustre, et que votre main la place au sein de voire école, pour en faire l'objet du culte et de l'émulation de la jeunesse : serait-il au monde un ornement plus digne d'un lieu qui est l'asile des mœurs et la source des généreux sentiments?

N'est-ce point ainsi que faisait récemment une des plus pauvres communes des Vosges? ses revenus, ses souscriptions, les dons de l'État lui ont permis d'élever une maison d'école : quand elle l'a voulu décorer, elle s'est souvenue qu'un homme, dont le nom avait retenti dans nos assemblées délibérantes et qui avait mis la main à l'œuvre immortelle de nos codes, s'était assis, enfant, sur les bancs de cette école à laquelle elle allait enfin ouvrir un abri : le bronze a reproduit les traits du Comte Boulay (de la Meurthe) et pour nous apprendre, en nous .offrant une haute leçon, ce que peut l'intelligence unie au travail et à l'amour du pays; cette image, qui brille sous les lambris du conseil d'État, occupe maintenant dans l'école primaire de Chaumousey la place que lui ont assignée une pieuse reconnaissance et l'admiration pour une gloire utile.

Dans la maison dépositaire de ces précieux souvenirs, vivra un homme qui l'entretiendra, sous la surveillance de l'autorité, avec le soin diligent du père de famille; les jours de congé, après avoir, sans rien prendre sur les heures du devoir, donné à ses enfants l'exemple du travail, il y rentrera les gerbes du froment produit par le champ que ses mains auront cultivé, et il en bannira pour jamais le besoin du présent et le souci de l'avenir : n'en doutez pas, l'image de l'homme de bien ne gémira pas de reposer sous le toit où s'agitent par moment ces occupations rustiques, et elle sourira de plaisir et de satisfaction à cette heureuse aisance dont elle sera la gardienne.

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