S. Matthieu, ch. 21, v. 1C ; Psaume vin, v
2. « Pour l'obéissance et les services, il y a des bornes qui ne s'étendent pas au delà de ©e qui concerne le bien et le bon ordre des écoles, ie service divin, les fonctions de chantre et de sacristain, et les / devoirs de bon paroissien, a (Méthode familière pour les petites écoles, publiées en 1749, par ordre de JJgr de Bégon , évoque de Toul, **• partie, cb. 10, p. €0.)
à vos yeux, gardez le silence : ce que vous avez vu est une confidence, et, lors même que la bouche ne vous en aurait pas livré et imposé le secret, votre conscience vous fait un devoir de le garder religieusement pour vous seul. Votre langue ne se souillera donc pas par la délation, et votre main, ennemie du mensonge, se refusera à tracer ces dénonciations clandestines qui vont dans l'ombre et de porte en porte mendier honteusement des signatures et solliciter un appui à la calomnie, pour aller ensuite porter la prévention dans l'esprit de l'administration, tromper sa religion, arracher à sa faiblesse des faveurs iniques ou d'injustes sévérités. Maire ou pasteur, pâtre ou garde champêtre, fonctionnaire ou simple citoyen, pour vous ou pour aucun autre, ne dénoncez personne, à moins que, secrétaire de l'autorité municipale, elle ne vous enjoigne de prendre la plume et de tracer, sous sa dictée, la dénonciation d'un délit.
Ne vous mêlez pas non plus aux querelles, aux discussions, aux intrigues que les divergences d'opinion, l'ambition ou la soif du pouvoir municipal pourraient susciter dans la commune. Laissez à chacun son opinion ; en voulant l'éclairer, vous risqueriez de l'aigrir : respectez-la pour qu'on respecte la vôtre. Vous ne la cacherez pas, car elle est sage et modérée; mais vous n'irez pas, fougueux orateur et brûlant de faire des adeptes, la produire devant tout le village rangé autour de vous pour l'entendre ; chargé d'élever les enfants de parents qui appartiennent à toutes les opinions, restez neutre entre tous les partis : c'est un devoir que la loi vous impose, c'est un conseil que la sagesse et la prudence vous donnent. Cette neutralité, qui est votre loi dans la commune, observez-la surtout dans votre école ; éloignez de l'esprit de vos élèves jusqu'à la pensée des divisions qui peuvent troubler le village, parlez-leur d'amour, prêchez, encouragez l'amitié parmi eux * ; quand les pa-
t . tl ne faut pas confondre ici l'amitié avec l'intimité, qui est soinvent dangereuse chez les enfants.
renls sont divisés, que sous vos yeux, par vos conseils et par vos ingénieux expédients, leurs enfants se rapprochent; que les fils deviennent les liens qui unissent les pères, et qu'en les voyant si étroitement unis, ceux-ci, édifiés par leurs exemples ou plutôt rougissant de leurs propres haines et de leurs propres divisions, se tendent la main et se rapprochent, à leur tour, pour ne plus se séparer. Et si vous n'obtenez pas, au gré de vos désirs, cet heureux résultat, vous pourrez vous dire, au moins, en considérant la touchante concorde qui règne entre les enfants, que les haines des pères ne seront pas éternelles, puisque leurs descendants en répudient le funeste héritage, et prévoir l'heureux moment où, usées par le temps, elles descendront pour jamais dans la tombe.
Envisagées de loin, appréciées du point de vue des temps de calme, les passions politiques soulèvent contre elles la raison ; mais quand les événements les réveillent et qu'elles parlent le langage de l'intérêt, elles ont un aiguillon puissant qui stimule vivement notre orgueil et notre ambition. Malheur à vous, mon cher ami, si vous ne savez pas leur résister ! elles vous raviront votre tranquillité et elles finiront par vous perdre. Pour arriver jusqu'à vous, elles prendront tous les masques ; pour vous séduire, elles se coloreront des plus nobles prétextes. C'est au nom de Tordre qu'elles voudront vous précipiter au milieu des partis ; c'est dans l'intérêt de la commune et pour exercer votre influence sur son administration, qu'elles chercheront à vous rattacher à une opinion ; votre amonr-propre sera flatté de devenir l'oracle d'un parti, de formuler ses prétentions, de diriger ses intrigues, de le porter au pouvoir et de l'exercer, en dominant les mains de ceux qui s'en sont emparés ; mais vous ne songez pas aux amours-propres que vos prétentions vont froisser, aux intérêts qu'elles blesseront, aux oppositions que vous devez rencontrer, aux haines que vous exciterez contre vous.
L'amour du pouvoir vous a fermé les yeux, l'espoir du succès vous a dissimulé les périls semés sur vos pas ; vous
êtes sourd à tous les conseils, vous fermez l'oreille à lous les avertissements ; l'orgueil et l'ambition vous possèdent ; vous vous laissez emporter à leurs inspirations, vous communiquez à tous les vôtres la fièvre qui vous tourmente; les élections arrivent : vous agitez toute la commune , vous disposez de tous les suffrages, vous dictez tous les choix, et votre parti triomphe; il arrive au pouvoir, vos parents et vos amis l'ont envahi ; le maire est votre créature, par lui vous menez le conseil, et par le conseil vous régnez dans la commune. Triste avantage, succès de courte durée! Vaincus dans les élections , vos adversaires se retranchent dans les pétitions ; ils échouent une première fois, mais ils ne se découragent pas, et ils reviennent à la charge; vous commettez une faute, ils la dénoncent et on informe; vos ennemis parlent, vos amis intimidés se taisent, tous les hommes dont vous avez inscrit de votre main les noms dans le livre d'or de la commune, et jusqu'au maire que vos intrigues ont décoré de l'écharpe municipale, vous renient et vous abandonnent, heureux de renoncer à une alliance qui les compromet et d'acheter, au prix de votre perte, un rapprochement que les deux partis appellent de tous leurs voeux. Vous devenez ainsi la victime qu'on sacrifie au rapprochement, à la réconciliation générale ; mais la chute de votre crédit, l'abandon de vos amis, le triomphe de vos adversaires, ne seront pas les seuls châtiments que vous aurez à subir; attendez- vous à une sévère réciprocité. D'abord les censures vont tomber sur vous des hauteurs de l'administration ; ensuite le conseil lui-même va vous faire sentir ses rigueurs : un jour c'est un émolument qu'il vous retire, le lendemain se sera un «autre; c'est le secrétariat de la mairie dont il vous éloigne, le chœur et le lutrin dont le pasteur, d'accord avec lui, vous défend d'approcher, la cloche communale dont il confie la garde à un autre, l'affouage dont il vous prive, la portion du champ commun qui nourrissait votre famille, qu'il va distribuer à un ménage plus ancien que le vôtre ; la rétribution scolaire qu'il diminue, et votre traitement qu'il réduit au point qu'il ne
semble plus que l'aumône qu'on accorde à un mendiant importun pour s'en débarrasser. Vous n'êtes pas sourd à l'avertissement, vous allez chercher ailleurs une humble école, où vous pourrez cacher votre honte et où vous serez heureux d'échanger, contre un étroit nécessaire, cette aisance et cette considération que vous trouviez dans une chaire qui ne vous étale plus maintenant que son indigence et ses difficultés ; vous vous condamnez à l'exil, mais il ne vous offrira pas même un refuge, et lorsque vous comptez pénétrer dans une commune où, pour votre bonheur, vous croirez être inconnu, vous trouverez que la renommée vous y a précédé, que ses trompettes y ont répandu le bruit de vos intrigues, et qu'elles y ont soulevé une opposition qui vous en ferme l'accès.
Croyez- vous qu'au milieu de toutes ces traverses le cœur de vos élèves vous soit resté? Vous êtes l'ennemi du repos des familles, et les parents vous nomment dans leurs malédictions ; redoutant pour leurs enfants les effets d'une haine qu'ils ont éprouvée pour eux-mêmes, ils les retiennent auprès d'eux; ces enfants, à leur tour, partagent leur crainte : ils n'oseraient s'approcher d'un maître qui a été le persécuteur de leurs parents; leur cœur et leur intelligence ne s'ouvriraient plus à vos leçons, ils ne compteraient plus sur vos encouragements , vos châtiments leur paraîtraient injustes, et, désertant vos bancs, ils préféreraient le toit de la famille à celui de l'école. Leurs craintes ne seraient pas chimériques. La haine et le ressentiment sont injustes; le maître qui en serait possédé ne serait plus un maître impartial ; l'ignorance dans laquelle il laisserait croupir les enfants de ses ennemis, la yengeance qui dicterait les punitions qu'il leur aurait infligées, le rendraient indigne d'enseigner la jeunesse.
Fuyez donc, mon cher ami, les intrigues qui, en exci? tant les passions, sèmeraient la division dans votre commune; ne vous faites jamais l'adhérent d'aucun parti, l'écho de ses plaintes ou l'instrument de ses agressions ; ne le souffrez pas non plus de la part des vôtres; veillez donc sur
vos parente, votre compagne et vos enfante; qu'ils imitent votre silence et votre circonspection; votre maison est l'asile des mœurs , de la paix et de là tranquillité, gardez qu'elle ne soit l'antre de la discorde où les haines indiscrètes se donnent rendez-vous , pour y venir débattre , tous les soirs, les intérêts des partis et vociférer leurs imprécations contre ceux qui ne partagent pas leurs opinions. Bannissez de vos veillées la politique et l'administration de la commune ; éloignez-en ces méchante qui mettraient tout leur plaisir à y agiter des noms propres, à y raconter des scan dates qui, puisant ainsi dans votre maison une sorte de pu* blicité, feraient la désolation des autres familles ( . Une lecture morale, une conversation innocente, un entretien sur le labourage, les histoires de l'ancien temps de la commune, sa gloire et les vertus dont elle conserve le souvenir, les récite d'un voyageur qui a vu de lointains pays, d'un guerrier qui a assisté à de grandes batailles, ne cherchez pas ailleurs de quoi occuper les instants de vos veillées. Chez vous, vous ne permettriez pas à votre bouche d'exprimer un mouvement de colère, de prononcer un blasphème^ ne le souffrez pas de votre compagne ni de vos enfante ; ne souffrez pas qu'ils aillent ailleurs chercher la médisance et la calomnie, pour la propager dans votre logis : qu'ils imitent en tout et partout la réserve et la discrétion dont vous êtes le modèle, et qu'en voyant vos propres enfants si bien élevés, chacun vous remette les siens avec confiance, afin qu'ils puissent un jour leur ressembler.
Mais pourquoi m' arrêter ainsi à des désirs que vous avez remplis; ne sais-je pas depuis longtemps ce que vous valez et ce que vous pouvez pour l'éducation de l'enfance; nous avons vieilli tous les deux chacun dans notre ministère, à l'ombre du même clocher : là vivent heureuses des génératiopg que vos leçons ont formées, qui se sont inspirées de
4. Il est dans la sagesse de ne pas croire indistinctement à ce que tous les hommes disent, et de ne pas s'empresser de rapporter anx autres ce qu'on a entendu ou ce que l'on croit. (Imitation de Jésus- Christ, liv. i, en. 4, v. 2.)
vos vertus, et qui sont devenues mes ouailles : troupeau chéri que vous m'aidiez à conduire et dont la tempête m'a séparé. Je demande "à Dieu de mettre un terme à la cruelle épreuve qui m'en tient éloigné et de faire luire ce jour heureux qui me ramènera près de lui : fasse le ciel, mon cher ami, que je puisse bientôt entonner avec vous, sous les voûtes du temple, le cantique d'action de grâces ; mais s'il me refuse cette faveur, si je ne dois plus, comme vous, continuer la tâche que nous avons commencée ensemble et à laquelle je voudrais consacrer les moments qui me restent encore à passer sur la terre, que la bonté du Dieu qui rappelle les exilés dans leur patrie *, daigne au moins, pour dernière et unique faveur, finir mon exil la veille du jour où je cesserai de vivre, qu'il donne à mon dernier soupir de s'exhaler sous le ciel qui vous éclaire; et à ma cendre de reposer au milieu de mon troupeau.
Adieu, mou cher ami, je vous embrasse et je suis pour la vie votre tout dévoué.
Àjouterai-je quelque chose aux conseils que ce prêtre vient de vous faire entendre ? Ce qu'il disait, il y a cinquante ans, des relations de l'instituteur avec le curé de la paroisse, je puis le répéter aujourd'hui ; le temps n'y a rien changé, l'union de tous deux ne cessera jamais d'être un bienfait pour la commune, les lumières sont de toutes les époques, la religion est immortelle et leur accord est la plus solide garantie de la tranquillité et du bonheur publics. Ce qu'il disait encore des rapports de l'instituteur avec l'autorité municipale n'a de nos jours rien perdu de sa justesse et de son utilité; seulement la sollicitude du pays s'est accrue, elle a donné à l'enseignement primaire plus de surveillants et plus de protecteurs. Que l'instituteur étende donc à tous, depuis le Ministre, le Grand Maître, qui marche à la tête de l'Université, jusqu'à l'homme des champs qui siège dans le comité de son hameau, aux ins-