‹ Conférences sur les devoirs des instituteurs primairesChapitre 6 sur 20 · Psaume, lxvii. v · texte numérisé non relu

Psaume, lxvii. v

pecteurs des écoles comme aux recteurs des académies, aux chefs de l'administration comme à ses derniers conseillers, ce respect et cette déférence dont ce sage pasteur lui fait une loi envers le magistrat, en qui se résume le pouvoir municipal.

II doit compter sur la bonne volonté des communes, sur la reconnaissance des pères de famille ; mais il doit aussi se résoudre quelquefois à n'obtenir de Tune, pour prix de son zèle, qu'une coupable indifférence, et peut-être à encourir de la part des autres d'injustes persécutions; qu'il ne se décourage pas alors même qu'il verrait formuler contre lui des griefs imaginaires dans une dénonciation passionnée : qu'il se garde, pour tout au monde, de suivre ses accusateurs dans cette voie pour se justifier ; plus on l'attaquera, moins il fera entendre de plaintes ; on pétitionnera contre luk, il ne pétitionnera contre personne; on mendiera des signatures, il ne recherchera point celles qui sont disposées à se donner pour le défendre. S'il avait failli, il subirait la persécution comme un châtiment ; irréprochable, il l'endurera comme une épreuve : fort de sa conscience et confiant dans ses supérieurs hiérarchiques, il attendra qu'ils le mandent pour s'expliquer, ou, prenant l'initiative, il ira les trouver pour leur montrer son innocence. Ils comprendront que chez lui le silence n'est point un aveu, et que l'oubli des injures n'en est que le pardon ; ils lui tiendront compte de sa réserve, de sa patience et de sa modération : ils étaient ses juges, ils deviendront son appui, et leur approbation, connue de ses calomniateurs, les ramènera à lui ou les réduira à l'impuissance de lui nuire.

Conduite exemplaire. — Religion. — Tempérance. — Pureté de mœurs. — Probité. — Charité. — Nicolas Godard.

Malheur à celui par qui les scandales arrivent. ' {Evanyile, S. Luc, en. 17, v. 1.)

On doit à l'enfance le nias grand respect.

(Ju vénal, Satire 14.)

Dans tous les âges, l'exemple a an pouvoir étonnant; dans l'enfance, il peut tout.

(Fénelon, de ^Éducation des Fitles.)

Riche, donne beaucoup, et pauvre, donne encore. (FtORiAN, Poème de TûMgi)

Messieurs,

tl est'unmot'tpii s'est plus d'une fois placé dans ma bouche depuis l'ouverture de ces conférences, c'est celui d'exemple: c'est qu'en effet il a une grande valeur, lorsqu'il s'agit de l'éducation de la jeunesse. Dans les sciences et dans les lettres, les exemples sont les développements les plus utiles des règles; en morale, ils sont la pierre de touche des principes ; pour l'efficacité, ils leur sont supérieurs, et souvent ils ont persuadé avant que les principes n'aient convaincu. La conduite du maître doit offrir sans cesse à ses élèves l'exemple de la morale qu'il leur enseigne ; elle atteste la foi qu'il J a lui-même ; cet enseignement prend ainsi , à leurs yeux, le caractère de la vérité : ils feront bien, parce que leur maître le leur conseille, mais surtout parce qu'ils

le voient bien faire. Autrement, des actes qui contrediraient ses paroles jetteraient le discrédit sur sa morale; ils en éloigneraient ceux qui se sentiraient disposés à la mettre en pratique, ils seraient un éclatant démenti qu'il se donnerait à lui-même , et feraient de lui un charlatan et un hypocrite. « Malheur à celui qui scandalise un de ces petits enfants, disait Jésus-Christ à ses disciples ! .11 vaudrait mieuft pour lui, qu'on lui suspendit une meule au cou, et qu'on le jetât au fond de la mer *. »

Ainsi, Messieurs, appliquez«vous â régler votre conduite sur vos principes ; hommes publics, aucune de vos actions, même celles de votre vie la plus intime, ne peut rester ignorée. Êtes-vous dans votre maison ? voua vivez sous les yeux de vos élèves ; en sortez-vous ? vous vivez sous les yeux de leurs parents, de vos concitoyens. Que votre vie devienne donc partout l'exemple de la .vie de tous; veillez constamment sur vous, faites qu'ils vous imitent et que tous leurs actes soient avoués par les convenances et l'honnêteté» Mais parmi les vertus que vous devez pratiquer, parmi les devoirs dont l'oubli serait une faute grave que vous devriez sincèrement vous reprocher, il en est qui doivent fixer plus particulièrement notre attention : ils ne s'adressent à vous que pour vous mettre, pour ainsi dire, en évidence ; c'est par ce côté-là que l'opinion vous juge ; c'est par ce eôté-là que l'estime vous vient, que le blâme vous frappe et jue le mépris vous atteint.

Quels sont d'abord, indépendamment de ceux de vos devoirs que nous avons déjà examinés, ceux qui vous produisent le plus, lorsque vous les accomplissez ? ceux que vous commandent la religion. N'y manquez donc jamais : mettez à les remplir cette candeur et cette simplicité, qui sont, comme la décence et la modestie, un lustre de plus ajouté à la vertu. La recherche dans les démonstrations, l'ostentation dans les actes feraient supposer l'orgueil ou l'hypocrisie, la négligence ou l'inattention décèlerait l'indifférence

\ S. Matthieu, cb, 18, v. 6.

ou l'incrédulité; l'exactitude et le recueillement attesteront la conviction et la piété. Jésus -Christ n'a-t-il pas dit, au moment où il apprenait à ses disciples la plus belle des prières : « Quand vous priez, ne faites pas comme les hypocrites; car, lorsqu'ils prient, ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux coins des rues, afin que les hommes les aperçoivent *. »

De toutes les choses qui sont du domaine de l'homme, la religion est la plus importante; on n'en doit jamais parler que sérieusement : ne la profanez donc pas, en la mêlant à ces controverses qu'on élève dans le monde, moins pour s'éclairer que pour occuper son oisiveté : n'en dissertez qu'avec vos élèves et pour la leur enseigner dans les limites que l'Église elle-même a apportées à cet enseignement. Hors de là, qu'elle passe dans vos habitudes et qu'elle soit plutôt dans vos actes que dans vos discours : abstenez-vous de ce qu'elle condamne et faites ce qu'elle commande. Cette conduite est la vôtre ; faites en sorte qu'elle devienne aussi celle de votre famille : que voire femme, que vos enfants vous imitent; que personne ne doute de votre foi, en la voyant partagée par ceux qui vous appartiennent, et que leur exemple serve ainsi à étendre son influence.

L'enfance vous est confiée innocente; que longtemps elle conserve, sous vos yeux, cette innocence sans la connaître : un jour l'âge et la nature ouvriront les siens pour lui expliquer leurs mystères ; gardez donc que vos actions ou vos discours ne viennent la lui faire perdre, en devançant leurs révélations.

La chasteté est, pour l'instituteur, une loi qui ne souffre point de relâchement ; d'un acte indécent elle fait un crime, d'une parole indiscrète une faute qu'elle ne lui pardonne jamais. Jeunes encore, vous ne sortez des bancs que pour monter dans la chaire ; c'est à peine si vous avez ressenti les premiers feux des passions, lorsque la loi vous revêt de ce sacerdoce qui vous approche de 'enfance ; vous n'avez

i. S. Matthieu, ch. 6, v. 5.

point encore choisi la compagne avec laquelle vous devrez passer votre vie ; un combat va peut-être s'élever au dedans de vous-mêmes, soutenez votre cœur contre le démon de la chair, dont les mouvements le troublent et l'agitent : ne souffrez pas qu'il l'emporte sur vous; fermez l'oreille à ses conseils, résistez à toutes ses suggestions, ne vous laissez pas surprendre par les pièges qu'il vous tend, et, dût-il offrir à vos penchants, pour vaincre vos irrésolutions, les facilités les plus complaisantes, repoussez-les et restez continents et vertueux, lors même que vous seriez certains qu'un mystère profond dût couvrir vos faiblesses 1 . Votre conscience ne vous absoudrait pas, si, trompée par vos séductions, une mère de famille avait%iolé la foi conjugale, une jeune fille avait oublié sa pudeur virginale.

Époux, que votre compagne ait, sans partage, toutes vos affections; qu'une douceur inaltérable, que des procédés attentifs lui répondent de votre fidélité ; que la pudeur étende un voile impénétrable sur vos relations, et veillez constamment sur vous, pour qu'une caresse indiscrète ne vienne pas imprudemment le soulever. Les mœurs se sont donc assises à votre foyer, et votre toit devient leur sanctuaire : veillez encore à ce que personne de votre famille ne les blesse, lorsqu'elles ont votre culte, et quand vous les honorez vous-même, que votre femme et que vos enfants concourent avec vous à les honorer.

Les regards que le maître porte sur cette fleur de l'enfance, dont la candeur et l'innocence font le plus bel ornement, sont les regards tendres et caressants, mais chastes et purs, d'un père et d'une mère. Jeune maître, lorsque les vôtres vont se reposer, parmi vos élèves, sur un front où un sexe plus précoce que le nôtre a déjà répandu les charmes de la première jeunesse, si vous sentez que votre cœur se trouble et que vos regards ne sont plus aussi pudiques, détournez-les de ce front où ils se profaneraient, et hâtez-

1. H vaut mieux se marier que de brûler. (Ép. de S. Paul aux Corinthiens, oh. 7, v. 9.)

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vous de bannir de voire âme une pensée qui deviendrait un erime; si vous lui permettiez de s'y arrêter.

Que votre langue soit réservée comme vos yeux ; qu*eHfe respecte les oreilles de l'enfance, qu'elle n'y fasse jamais entrer une parole équivoque, qui la ferait rêver, avant le temps, à des choses qu'elle doit ignorer encore lorsqu'elle sort de vos mains.

Je ne sais si je dois vous dire que la modération, qui règle toutes les habitudes de l'instituteur, s'étendra jusqu'à sa table, pour y faire asseoir avec lui la sobriété et en éloigner l'intempérance. Hélas! e'est à peine si vos modiques traitements peuvent y entretenir le nécessaire, comment supposerais-je que vous la couriez du superflu ? Mais vous avez déjà remarqué que, dans ces instructions, je ne dois rien omettre de la tâche que je me suis imposée, et qu'il s'agit bien plus ici de vous faire sentir l'importance d'un devoir que vous pratiquez, que de vous rappeler à son observation parce que vous en auriez négligé l'accomplissement. La tempérance est une vertu; pratiquez -la, en faisant régner sur votre table une frugalité dont la santé du corps et ta vigueur de l'esprit sont toujours le prix. Évitez les excès du manger, évitez surtout ceux de la boisson : l'ivresse dégrade l'homme, en lui enlevant l'usage de la raison, qui seule l'en distingue, elle le fait descendre au rang de la brute; en lui enlevant celui de ses facultés physiques, elle le ravale au-dessous.

L'homme ivre est un spectacle qui provoque la tristesse et le dégoût de tous ceux qui ont le sentiment delà dignité de la nature humaine; il afflige même les plus indifférents. Malheur à l'instituteur qui l'offrirait * ! if serait pour tous un objet de scandale, pour les pères de famille un véritable fléau, et pour ses élèves un juste sujet de mépris. Ils n'auraient plus de respect pour un homme qui se serait exposé aux risées des passants, et qui ne se serait pas respecté luimême : il n'oserait plus les reprendre, quand lui-même il

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