‹ Conférences sur les devoirs des instituteurs primairesChapitre 7 sur 20 · Proverbes, ch. 29, v. 29, 30, 31, et · texte numérisé non relu

Proverbes, ch. 29, v. 29, 30, 31, et

aurait une faute aussi grave à se reprocher ; ils n'écouteraient plus aveo attention une bouche qui aurait proféré devant eux des paroles dont la pudeur aurait droit de se blesser ou des discours dont la fureur pourrait seule égaler la déraison; et lorsqu'elle s'ouvrirait pour leur faire sentir le prix d'une conduite sage et décente, leurs souvenirs, démentant son langage, le leur montreraient toujours dans cet état d'abjection où, pour leur malheur et pour le sien, leurs çegards l'auraient surpris; la morale, dans ses leçons» atteindrait des couleurs du mensonge et de la dérision; l'autorité, ehez le maître, se serait évanouie, et la docilité, chez les élèves, aurait fait place à la désobéissance et à l'indiscipline, Tristes résultats d'une faute que l'humiliation de Pagpel devant un comité, un sévère avertissement ou une suspension auraient pu châtier, mais dont rien ne pourra de longtemps détruire la funeste influence!

Vous ne fréquenterez donc jamais les cafés ou les cabarets ; vous vous tiendrez à l'écart de toutes ces réunions où Ton oublie si facilement les lois de la tempérance, où les yeux voient, où les oreilles entendent, où la bouche prononce de ces mots et de ces choses qui émoussent si promptement en nous le sens moral ; d'où vous ne pourriez rapporter la considération que vous accordaient les gens de bien avant que vous y fussiez entrés, où vous laisseriez cet empire du maître, qui réside dans l'estime qu'il inspire à ses élèves et dans le respect qu'ils ont pour lui.

C'est dans des sociétés moins bruyantes, où la joie est honnête et réservée, que vous conserverez plus vif et plus constant cet amour de vos devoirs que des habitudes dissipées vous feraient perdre; que vous entretiendrez plus in-r tacte et plus pure cette moralité qui est le relief de votre profession. m

L'esprit d'ordre, l'habitude de la régularité vous préserveront plus que tous les préceptes des dangers de l'intempérance. L'habitude de la régularité modifie les penchants, en les disciplinant, et modère les passions, en leur mettant un frein ; l'esprit d'ordre préside à la distribution dit temps

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qui leur en inspirent une salutaire horreur, le vice haset honteux de Fimprobité. S'ils y ont quelque tendance, reprenezles ; s'ils s'y abandonnent, punissez-les, et que la sévérité du châtiment soit proportionnée à la gravité de la faute.

Rendre à chacun ce qui lui appartient, c'est la probité, mais ce n'est pas assez ; lui donner ce qui est à nous et l'aimer alors même qu'il nous rend le mal pour le bien, c'est la charité : de tous les devoirs, c'est le plus doux, et, pour une âme élevée, c'est celui qui lui coûte le moins. La charité procure des jouissances auxquelles vous ne sauriez rester insensibles. Et ne croyez pas qu'elle soit un plaisir de luxe et le privilège exclusif de la richesse : il est accessible aux plus humbles comme aux plus grandes fortunes. La charité n'est pas seulement l'aumône, elle renferme tout le bien que nous pouvons faire , tous les services que nous pouvons rendre à notre prochain, jusqu'aux mouvements généreux qui nous portent vers lui, jusqu'aux vœux que nous formons pour son bonheur, jusqu'à la goutte d'eau sainte que nous répandons sur la cendre de ceux qui viennent de quitter la vie. Cet homme est affligé, vous allez le consoler, c'est la charité qui vous conduit près de lui; celui-ci est infirme, vous venez le visiter et le soulager, c'est la charité qui vous a inspiré cette bonne pensée ; un procès divise ces voisins, votre intervention les rapproche et votre main trace la transaction qui scelle leur réconciliation, c'est la charité qui fait porter ce fruit à vos' exhortations. Un fils est éloigné de ses parents, une lettre qu'il leur écrit d'au delà des mers leur apprend qu'il vit encore et qu'ils ne doivent plus le pleurer; ils veulent lui répondre, c'est vous qui ferez cette réponse et qui exprimerez la joie de la famille; vous avez partagé cette joie, et pourtant vous avez été charitable. Cet homme est probe ; mais un autre, jaloux de sa renommée, cherche à la ternir par la calomnie ; vousparlez pour le défendre, vos paroles sont un bienfait que la charité revendique. Cette femme n'est que légère, mais la langue des méchants la dit criminelle ; vous représentez qu'on se trompe en la jugeant sur les apparences, et que la repu-

tation est un bien qu'on ne doit pas lui faire perdre sur de simples doutes, et la charité applaudit à votre langage.

La nuit approche, chacun s'empresse de regagner son logis; un voyageur égaré et accablé de fatigue s* achemine lentement vers le village : il arrive à ce but inconnu, mais qu'il a désiré cependant; il s'arrête, il hésite; il a besoin de repos et de pain; l'hospitalité lui donnera peut-être l'un et l'autre : à quel foyer ira-t-il les demander? cette maison est la demeure d'un homme opulent, mais elle lui impose, il n'ose en franchir le seuil et passe outre. Il aperçoit, auprès d'un petit héritage, un toit moins élevé et dont l'as* pect le rassure; celui qui l'habite n'est pas malheureux comme lui, il n'a donc que cette aisance qui le met audessus du besoin ; plus voisin de son indigence il y compatira mieux t. Il frappe timidement à la porte, et prononce à demi-voix un mot qui est une prière. . . Vous lui ouvres, sa misère vous touche, vous le faites entrer, vous l'interrogez, il vous raconte ses malheurs et vous êtes ému; il s'assied à votre foyer, vous apaisez sa faim, il dormira cetie nuit sous votre toit, et, lorsque le lendemain il le quitte, vous ne voulez pas qu'il parte sans le pain qui le soutiendra jusqu'à son premier gîte.

Grâces vous soient rendues, vous aimez la bienfaisance et vous la pratiquez : enseignez-la à vds élèves, encouragez les élans de leurs cœurs lorsqu'ils lea portent vers cette vertu : souvent la bienfaisance chez eux est précoce, alors elle y est touchante, elle y est naïve et ingénieuse. Voyez avec quelle bonne volonté cet enfant, qui ne sait pas encore ses lettres, partage son repas avec le pauvre enfant qui s'assied à côté de lui; quel bonheur il éprouve à le couvrir des vêtements que lui-même ne porte plus et que ses parents lui permettent de lui offrir.

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