Roi de Pologne et dac de Lorraine
patronage tous les asiles que l'humanité ouvre après lui au malheur et à l'indigence.
Ne cessez de rappeler ces deui noms, car, depuis les hommes qui les ont portés sur la terre de France, il n'y a point de vertu du pauvre qui n'y reçoive sa récompense, il n'y a point de ses misères qui n'y soient soulagées.
De /enseignement de la morale. — Épictète, — Franklin.
La crainte da Seigneur est le principe de la sagesse.
N'abandonnez point la sagesse; et elle vous gardera : aimez-la, et elle vous conservera.
Travaillez à l'acquérir, c'en est le commencement.
{Proverbes, ch. 1, v. 7; ch. 4, ▼. $ et 7.)
Instruisez-vous, mortels infortunés, étudiez les lois de la nature; sachez ce que nous sommes et pourquoi nous sommes appelés à la vie. .. ce que Dieu vous a faits et quel rôle il vous confie dans la société.
(Plrse, sat. m.)
Messieurs,
Chez la plupart des hommes, il est difficile de séparer la morale de la religion : ils les apprennent en même temps, et leur vie est un tissu où elles sont constamment mêlées ensemble. Les enfants des classes les plus favorisées de la fortune sont les seuls pour lesquels la morale devienne l'objet d'un enseignement particulier, et encore n'est-ce qu'au moment de clore le cours d,e leurs études, qu'ils sont appelés à y participer, et qu'admis alors à une sorte d'initiation où l'esprit a plus de part que le cœur, ils s'occupent de la morale, moins pour la pratiquer que pour en rechercher le principe et en suivre les ingénieuses déductions. Jusque-là et comme tous les autres enfants, ils n'ont connu
des préceptes de la morale que ceux qu'ils ont lus dans leur catéchisme, leur conduite a été réglée sur leurs propres penchants, elle n'a éprouvé d'autre influence que celle des exemples qu'ils ont eus sous les yeux, et elle ne s'est fortifiée d'autre enseignement que de celui que leur a offert la religion. Tout cela pourrait leur suffire s'ils n'étaient témoins que de bonnes actions, si la religion ne perdait pas quelquefois sur eux son empire. Mais ne savons-nous pas que la vie est longue, et que, dans sa marche, la vertu y rencontre des obstacles? Ne craignons donc pas de trop la prémunir contre les dangers qui l'attendent. Sans doute, en arrivant dans ce monde, la religion accueille * l'homme au seuil de la vie, et lui parle avant la raison ; mais, après la voix de la première, faisons-lui entendre celle de la seconde qui doit aussi le conduire, et puisque la morale a deux sources, ne négligeons ni l'une ni l'autre, et pvisons-y pour l'enseigner à l'enfance : l'âme de l'homme sera plus forte quand elle se sera trempée à toutes deux.
Vous allez donc interroger la raison sur la mortle, vous méditerez ses réponses, et elles viendront prendre leur place dans les choses que vous enseignerez à vos élèves. Ne redoutez ni les difficultés ni l'étendue d'un pareil enseignement : le maître qui veut le parcourir tout entier ne lui découvre point de limites; mais celui qui considère les intelligences auxquelles il le destine, la lenteur de leur développement et le peu de temps qu'il peut y consacrer, saura bien le restreindre et lui poser des bornes. Au prêtre, que Dieu envoie dans le temple prêcher sa loi, à pénétrer dans les profondeurs du dogme et de la théologie; au simple chrétien de croire sur la foi du pasteur et de prier sur l'évangile; de même vous laissez au philosophe les hautes abstractions de la morale, et vous vous contentez de ses préceptes les plus essentiels et les plus familiers.
Observez bien les procédés de la nature humaine;
1. C'est la vraie lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde. (S. Jean, ch. 4, v. 9.)
l'homme naît et, du moment qu'il naît, il agit; son premier mobile est l'instinct, le second l'esprit d'imitation, qui semble n'en être que le corollaire : ce n'est que plus tard que la raison lui vient et que son flambeau l'éclairé dans la voie où ses penchants et les exemples l'ont engagé. Nous agissons donc avant que nous n'ayons été à portée de connaître la règle de nos actions et de l'étudier pour nous y conformer. Dès lors le devoir de ceux qui sont chargés de nous élever est de diriger nos penchants, de seconder les bons, de réprimer les mauvais et de faire en sorte que nos yeux ne soient frappés que de bons exemples. Vous ne sauriez trop vous pénétrer de la puissance infinie dé l'instinct et de l'esprit d'imitation, et de la liaison intime qui les unit : l'observateur le moins attentif a pu s'en convaincre chaque jour de la vie. Voyez l'enfant qui vient de naître, il recherche ce qui peut satisfaire ses besoins, contenter ses appétits : il évite tout ce qui lui aura causé une douleur ou fait endurer une privation; il grandit, et aux choses qu'il faisait spontanément il ajoute celles qu'il vous voit faire et qu'il prend plaisir lui-même à faire après vous : on l'a distrait en frappant des doigts sur un objet sonore, les siens s'y promènent et le jouet retentit sous leurs coups ; ses yeux ont prit plaisir à suivre des pas dans lesquels vous observez une certaine cadence, ses pieds, qui ne le soutiennent pas encore, s'agitent et retracent une image imparfaite de votre danse ; un air que vous chantez l'égayé, ses cris joyeux semblent moduler cet air et en reproduire le mouvement et le ton ; enfin la parole lui est donnée, ce n'est pas une langue primitive qu'il va balbutier, mais la langue maternelle que l'imitation lui enseigne et que sa mémoire et sa bouche apprennent syllabe par syllabe. C'est en tout que l'enfant procède par imitation, l'affection de sa mère provoque la sienne, l'emportement de son père fera naître chez lui la colère, les mensonges d'un camarade lui apprendront à cacher la vérité, son oisiveté à trouver des charmes dans la paresse, et ses yeux, en voyant sa légèreté, finiront par se détacher du livre qui les retenait appliqués.
Si le corps chez l'enfant a ses appétits, le cœur a ses tendances et ses inclinations : tantôt l'un est doué de souplesse et de vigueur, tantôt l'autre de tendresse et de sensibilité ; étudiez bien ces diverses dispositions, c'est par elles, c'est par leur concours que l'éducation s'accomplit ; les enfants, en qui la raison ne s'est pas encore développée^ jugent surtout de leurs actions et de celles des autres par le plaisir ou la peine qui en ont été le résultat : ils vous questionnent pour le connaître, et ils s'en émeuvent lorsque vous le leur avez, pour ainsi dire, fait toucher du doigt : il y a donc en même temps chez eux curiosité qui veut tout savoir, sensibilité que tout impressionne. En attendant que la raison et la conscience le leur découvrent, proCtez de ces deux dispositions pour faire arriver jusqu'à eux les principes de la morale. Les occasions ni les moyens ne vous manqueront point : un larcin que l'un d'eux aura commis, un mensonge qu'il y aura ajouté pour se procurer une excuse, vont amener naturellement, dans votre bouche, une remontrance et une leçon; l'instinct leur fait sentir vivement les avantages de la propriété, vous leur faites comprendre que le vol les leur ravit; le mensonge trouble la conscience : il n'est pas moins odieux que le larcin, puisqu'il repose, comme lui, sur la dissimulation; apprenez-leur que, dans un cas, c'est la bouche qui fait ce que, dans Vautre, la main avait exécuté, et que si être cru sur parole est un bien et un honneur, le mensonge nous les fait perdre.
La sensibilité des enfants les rend accessibles à la pitié*; la misère du pauvre les louche; dans leurs jeux ils s'emportent, ils frappent ; la plainte de celui qu'ils ont blessé les trouble et les afflige : n'est-ce pas le moment de leur faire sentir les douceurs de la charité, de leur apprendre que le mal que nous faisons aux autres est toujours suivi du châtiment ou du remords, que la main des hommes inflige au coupable, ou que la justice de Dieu lui réserve.
N'attendez pas toujours les mauvaises actions pour corriger les défauts; allez au-devant pour les prévenir; rappelez
une anecdote, lisez le conte où des personnages de leur âgé et de leirf condition mettent la morale en action, sous le voile d'une Table qui les intéresse. Mais ne vous bornez pas à corriger les vices, faites naître aussi les vertus, et pour cela choisissez de préférence ces récits où, parées de tous leurs charmes, elles trouvent en elles-mêmes et dans la conscience du bien qu'elles ont fait leur plus douce récompense. Lisez donc, et qu'à force de vous entendre et de prendre plaisir à vous écouter, l'enfant, non-seulement renonce au mal, mais aussi aime le bien et s'attache à le pratiquer. À quoi sert, en effet, que, frappé de la vérité de vos tableaux, il jette, en passant, un blâme sur le vice ou donne un applaudissement à la vertu, si vous voyez en lui les mouvements généreux arrêtés aussitôt qu'excités, si les inspirations honnêtes y restent stériles ? Certes la vertu ne consiste pas, comme l'enseigne un matérialisme aride, dans cette habitude de bien faire qui naît du sentiment de l'intérêt personnel : elle descend de plus haut; mais sa connaissance fût-elle venue du ciel pour nous éclairer, que nous ne serions pas encore vertueux; pour le devenir, joignons aux bonnes pensées les bonnes actions : la vertu ne s'obtient pas au moyen de calculs habiles ou de médiocres efforts; elle appartient à celui qui l'aime pour elle-même, qui ne compte pas, pour la pratiquer, sur les récompenses que les hommes pourront lui décerner, qui recherche les occasions d'accomplir les devoirs qu'elle impose, et qui les accomplit avec cette fermeté et cette constance qu'il met dans les actions les plus faciles et les plus ordinaires de la vie 1 .
Mais l'enfant a grandi, son esprit s'est ouvert, son jugement s'est formé, et tout en lui vous annonce qu'il est entré dans l'âge de raison : désormais l'imitation et la routine ne seront plus la base de votre enseignement; il possède
4. Il est certain que les mœurs et condition sont qualités qui s'impriment par long trait de temps. Et qui dira que les vertus morales s'acquièrent aussi par accouslumance, à mon avis il ne se fourvoyera point. (Plutarque, Comment il faut nourrir les enfants, trad, d'Amyot.)
toutes les règles de la grammaire et se joue de leurs difficultés, il s'exerce nu calcul, et tes obscures données d'un problème se transforment en solutions claires et lumineuses par le travail de son raisonnement. Quoi donc ! toutes les sciences lui offriraient leurs théories, et celle du bien et du mal lui laisserait ignorer la sienne 1 Ou bien elle lui est indifférente, ou bien le moment est arrivé de la lui enseigner : la religion l'y a déjà disposé. Ne lui a-t- elle pas appris, ce que la raison ne lui aurait enseigné que plus tard, qu'il a une âme immortelle et que cette raison est son divin apanage ; qu'il peut discerner le bien du mal, qu'il est né sociable, qu'en ^'abstenant du vice il doit pratiquer la vertu, et que ses actions recevront, dans ce monde et dans l'autre, la récompense ou le châtiment qu'elles auront mérité? La loi est trouvée, il ne s'agit plus que de lui faire connaître ses développements. Placé sur la terre avec la noble mission de bien faire, l'homme y rencontre des parents qui lui ont donné la vie, une famille qui l'entoure et le protège, une société qui le défend, des supérieurs qui lui commandent, des subordonnés qui lui obéissent, et partout il se retrouve en face de Dieu, par la volonté de qui il existe, et de luimême qu'il doit conduire à son perfectionnement. Autant de positions différentes, autant de devoirs qu'il a à remplir : enseignez-les-lui, mais plus au hasard et suivant que l'événement du jour vous en fournira l'occasion : faites-lui voir comment, procédant de la raison, ils naissent l'un dé l'autre sans que la chaîne qui les unit se rompe en descendant du premier au dernier, et comment enfin, partant de Dieu, c'est à Dieu qu'ils nous ramènent par le chemin du bonheur et de la vertu.
m Vous l'entendez, yous ne discuterez pas, jusqu'à épuiser tous les arguments, les principes de la morale et chacun de nos devoirs; il ne faut que montrer à vos élèves que l'une n'est point un vain mot et les autres des commandements arbitraires; tel est ici le but de votre enseignement, seconder le cœur en soutenant son élan, fortifier la conscience en l'éclairant.
Cet enseignement, vous ne le donnerez pas de vousmêmes et en ne suivant que vos propres idées : la matière est trop grave pour que vous ne craigniez point de laisser , s'y glisser un jour une erreur, un autre une omission, tes livres où vous pourrez puiser sont nombreux : préférez celui où, dans quelques pages, les devoirs de l'homme seront définis et exposés; lisez le à vos élèves, qu'ils le lisent eux-mêjnes et qu'ils l'apprennent par cœur ; puis ajoutez-y, de temps en temps, ces utiles développements que fournissent toujours les livres où sont recueillis ces beaux traits de vertu qui élèvent l'âme et la portent au bien.
Je viens de vous parler du livre de la morale, je veux vous en parler encore; après celui de la religion, c'est le plus essentiel de tous. Choisissez-le bien; qu'il soit court et qu'il soit complet, qu'il soit clair et qu'il soit attachant. En effet, l'art de bien parler des devoirs n'est-il pas celui de les faire aimer? Rien d'abstrait, rien de dur : que le principe soit clairement établi, que l'œil d'un seul regard l'embrasse avec ses conséquences : que ce livre donc soit simplement écrit et que la vertu y conserve sa candeur et sa naïveté; le vice est assez odieux de soi pour que le déchaînement d'un style ambitieux n'entreprenne pas, au risque de ne pas être compris, d'ajouter à l'horreur qu'il inspire 1 .
Ne vous contentez pas encore de ce livre précieux, joignez-y celui qui est le fondement de la foi du chrétien ; nulle part vous ne trouverez la morale aussi douce et aussi pure, aussi tendre et aussi ferme; ce qui fait la supériorité de celle de l'Évangile, c'est que, révélée comme le dogme, elle s'accorde avec celle qu'enseigne la raison, qui émane de Dieu ainsi que la religion; cette supériorité même les sert toutes deux, en attestant leur commune origine, car on ne peut chercher l'une qu'on ne rencontre l'autre, et si
1. Loin de nous les reproches amers, loin de nous la colère et l'indignation ; imitons la simplicité des enfants, nous qui allons en parler, et. abstenons-nous des déclamations qui sentent la dispute et l'emportement. (Gerson, de V Education chrétienne des enfants,)
fection que l'âge peut modifier, mais qu'il ne diminue jamais.
Que devons- nous à nos enfants? Je le résumerai en deux mots : tendresse éclairée et bons exemples. Ce sentiment, quand la raison le gouverne, fait que nous aimons également tous nos enfants, ceux que la nature a parés de tous ses dons comme ceux à qui elle les a refusés. Que notre tendresse, si vous le voulez, reçoive l'empreinte de leur caractère et du nôtre, mais que leur opposition n'en détache rien; que tous partagent nos caresses, et qu'aucun d'eux ne prenne une part trop grande dans notre sévérité. Opulents ou nécessiteux, pères de famille, vous avez les mêmes devoirs, vous élevez vos enfants; c'est vous qui avez dressé la couche où ils reposent; c'est votre main qui leur donne le pain qui les nourrit; ne recourez à la charité des autres que lorsque le travail de tous vos jours, vous trouvant trop infindes ou trop indigents, ne vous permet pas de subvenir à tous ces besoins. N'apprenez pas à vos enfants à tendre la main sur la voie publique : vous leur feriez prendre l'habitude de la paresse; des refus fréquents y ajouteraient celle d'entendre le reproche sans rougir, énerveraient leur âme, et y briseraient, à la longue, ce ressort puissant que l'homme possède dans le sentiment de sa propre dignité. Vous présidez à l'éducation de vos enfants, et vous y apportez tout à la fois de la douceur et de la fermeté; vous les confiez à des maîtres, à des pasteurs ; vous veillez à ce qu'ils suivent exactement leurs leçons, et, loin de contrarier les uns ou les autres dans l'accomplissement de leur mission, vous les secondez pour qu'elle soit couronnée de succès.
Laissez -les longtemps sous les yeux de ces maîtres, laissez-les-y jusqu'à ce que leur raison soit formée, et que leur corps ait pris de convenables développements. N'imposez pas à ces enfants un travail au-dessus de leurs forces; qu'il y soit toujours proportionné; autrement le corps et l'esprit, gênés dans leur croissance, leur feront contracter de précoces infirmités, et ils seront, comme les produits d'une
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race abâtardie, condamnés à végéter dans une espèce d'impuissance ou d'imbécillité.
Vous devez à vos enfants une instruction en rapport avec votre fortune et plus encore avec leur aptitude, puis ensuite une profession. Enfin leur cœur et le vôtre s'entendent pour leur choisir une compagne; ils créent une nouvelle famille; vous les aidez de vos secours, vous les éclairez de vos conseils, et plus tard, lorsque l'âge est venu, ils vous rendent l'appui que vous leur avez prêté, et leurs respects honorent votre vieillesse comme les vôtres ont honoré celle de vos parents.
Ce n'est pas encore tout ce que vous pouvez pour vos enfants; ils ont besoin de vos exemples pour se conduire, et les réclament plus encore que vos richesses; ne leur en donnez que de bons, et ils deviendront d'honnêtes gens. Il est plus d'un défaut qu'ils tiennent de vous; si vous les remarquez en eux, faites un retour sur vous-mêmes, et songez à vous en corriger. Ne vous emportez jamais, et jamais vous ne les verrez s'abandonner â la colère; soyez décents et réservés dans vos propos, un mot grossier i^e souillera jamais leur bouche; parlez-leur avec bonté, n'en approchez que le sourire sur les lèvres, ils ne se plairont' qu'avec vous et ne vous feront entendre qu'un langage affectueux et caressant.
Subordonnés, nous avons des supérieurs, n'oublions jamais ce que nous leur devons : mettons- nous en garde contre la familiarité, qui nous conduirait â l'irrévérence et nous ferait trouver des amertumes à l'obéissance ou secouer le joug de la soumission. Il n'en coûte rien d'obéir quand le devoir commande; on ne doit rougir de l'obéissance que lorsque, pour rechercher la faveur du maître, on flatte ses caprices et qu'on fait naître chez lui ces exigences qui humilient celui qui doit y satisfaire.
Avec nos inférieurs, avec nos domestiques soyons justes et affables; ne recourons à eux que lorsque nous ne pouvons nous suffire â nous-mêmes. N'exigeons jamais d'un serviteur ce qu'il ne peut accomplir sans s'avilir à ses pro-
près yeux, ou se déshonorer à ceux des autres. Quel que soit le service qu'il nous ait rendu, le domestique doit nous trouver reconnaissants; que notre bonté lui prouve que nous le considérons plutôt comme notre compagnon que comme notre esclave; souvenons-nous que les soins que nous en recevons ne sont que l'exercice d'une profession, et que nos égards fassent oublier à celui qui la suit qu'il nous a aliéné une partie de sa volonté, et que ses facultés ne s'exercent qu'à notre profit *.
Au delà de la famille vous trouvez le hameau, la province, la patrie, l'humanité, et dans toutes ces sociétés, grandes ou petites, le prochain. Aimez le village qui vous a donné le jour, où vous avez reçu le bienfait de l'instruction ; que ses intérêts, non ses préjugés ou ses haines, deviennent les vôtres : quand on y a passé sa jeunesse et l'âge mûr, il est doux d'y laisser sa cendre; quand on l'a quitté enfant ou homme fait, il est doux encore d'y revenir. Heureux qui a pu y vivre au sein de sa famille et dans cette aisance que donnent le travail et la bonne conduite, qui a pu y cultiver le champ de ses pères, y ajouter le sien et le transmettre à ses enfants ! Heureux aussi celui que la confiance de ses concitoyens vient chercher dans son loisir, pour administrer la commune et veiller sur l'éducation de la jeunesse qui doit y conserver la chaîne des traditions et y perpétuer les bonnes mœurs! Heureux même celui à qui la fortune a souri et qui, membre d'une famille sans besoins, citoyen sans postérité, peut adopter les pauvres de sa commune et léguer son héritage à ces établissements où, chaque jour, de nouveaux bienfaits, attirant sur lui de nouvelles bénédictions, assureront à son nom la plus belle de toutes les immortalités !
Sortez de la commune, vous rencontrez la province qu'il faut aimer sans fanatisme, et servir pour ne pas la laisser
1 . Si quelqu'un n'a pas soin des siens, et particulièrement de ceux de sa maison, il a renoncé à la foi, et il est pire qu'un infidèle. (S. Paul, Ire ÉpUre à Timothée, ch. 5, v. 8.) — Voyez Pénelon, de VÊducation des Filles ,, cb. 12.
déchoir de ses antiques vertus; vous rencontrez la patrie que nous devons chérir, parce qu'elle nous protège et nous couvre de sa gloire jusque sur la terre étrangère; enfin vous rencontrez l'humanité, qui n'est point un vain mot, sLDieu a dit vrai, quand il a proclamé que tous les hommes étaient frères.
Mais, au milieu de tous ces êtres collectifs se présentent les individualités; prenez la première venue, celle d'un homme qui n'est ni votre parent, ni votre ami, ni votre supérieur, ni votre subordonné ; il vous est encore quelque chose qui vous le rend cher, il est votre prochain : ainsi, aimez-le, qu'il ait votre confiance tout entière, votre affection la plus tendre, votre bonté la plus facile, vos soins et vos secours de tous les instants; compatriote, voilà ce qu'il a droit d'attendre de vous; étranger, a-t-il droit à moins, puisque Dieu vous prescrit de lui faire ce que vous voulez qu'il vous fasse? Vous serez donc, avec lui, charitable de celte charité qui donne avec discernement, et qui, pour multiplier ses bienfaits, sait prendre toutes les formes que peut revêtir la bienfaisance. A celui qui a faim, elle offre le pain de chaque jour; à celui qui est nu, le vêtement qui le couvre; à l'affligé, les consolations; au malade, ses soins; à tous, les conseils qu'ils réclament ou la louange qu'ils ont méritée. Ce qu'autrui -possède est son bien, vous le respectez, vous ne lui dérobez donc ni le trésor qu'il enserre, ni le fruit que sa sueur a fait croître dans son champ, ni l'amour et la fidélité de sa femme, ni l'innocence et la chasteté de sa fille; soucieux, sinon jaloux, de sa réputation, vous n'en direz ni calomnie ni médisance, et, tant que votre sûreté ou la loi ne vous feront pas un devoir de dénoncer ses fautes, vous les couvrirez de votre silence, puisque vous devez les lui pardonner. Vous ne le scandaliserez pas par les vôtres, vous ne provoquerez pas les siennes par vos injustices et vos emportements. Vous lui ferez toujours entendre la vérité; mais vous vous tairez cependant, si elle peut compromettre autrui ou vous-même, sans que la conscience vous fasse un devoir de parler :
c'est ce que nous commandent la sagesse et la prudence, qui sont aussi des vertus *.
L'amitié est confiante; dès lors elle vous fait un devoir d'être discret; le secret qu'elle a déposé dans votre sein y mourra, si elle ne lui permet d'en sortir. Ce qu'on vous dit peut-il nuire s'il est répété? ne le redites pas, et, pour le garder, n'attendez pas qu'une recommandation lui imprime le sceau de la confidence.
Vous ne négligerez pas la politesse ; elle est la marque d'un bon naturel ; elle rapporte plus qu'elle ne coûte, car elle ne consiste point dans ces démonstrations qui, non moins gauches et maladroites qu'humbles et obséquieuses, traînent après elles le ridicule et fatiguent également celui qui les prodigue et celui à qui elles s'adressent, mais dans une décence de maintien, une réserve de paroles, «ne simplicité de manières que l'honnête homme devine plutôt qu'on ne les lui enseigne, et auxquelles l'enfant, élevé à la discipline de l'école, s'habitue facilement.
La politesse réglée par les convenances mesure à chacun le respect qui lui est dû; il est un âge auquel on ne saurait jamais trop en témoigner, c'est la vieillesse : la fortune n'y change rien; quelque pauvre qu'elle soit, l'opulence, si elle est jeune, doit s'incliner devant elle 2 .
Dieu asservit les animaux à l'homme, mais c'est pour qu'ils l'aident dans ses travaux et concourent à la satisfaction de ses besoins, et non pour qu'ils deviennent les victimes de sa cruauté, et que la vue de leurs souffrances développe en lui des instincts féroces. Faites comprendre aux enfants que sa pitié doit s'étendre jusque sur les compagnons de son existence, et que c'est offenser la Providence, qui les a créés comme lui, que de les tourmenter inutile-
1. N'ouvrez pas votre cœur au premier venu, de crainte qu'il ne vous nuise. (L' Ecclésiastique , ch. 8, v. 22.)
2. Ne reprenez pas les vieillards avec rudesse; mais avertissez-les comme vos pères ; les jeunes hommes comme vos frères ; les femmes âgées comme vos mères, les jeunes comme vos sœurs. (S. Paul, I r « Épitre à Timothée, ch 5, v. 1 et 2.)
ment ou de passer sur eux une aveugle colère; dites-leur que cette Providence, qui veille sur toutes les créatures, se souviendra un jour du conducteur barbare qui frappe impitoyablement, au lieu de la relever, la malheureuse, bête de somme tombée sous sa charge, et l'enfant cruel qui dérobe, pour la sacrifier à ses plaisirs, la couvée du passereau.
Voilà ce que j'enseignerais à la jeunesse, si j'étais appelé à la former, ce que je dirais surtout à mes élèves dans les derniers instants qu'ils passeraient sous mes yeux; enlevés à ma tutelle, je les réunirais encore, les dimanches ou les jours de fête, pour le leur répéter, en revenant avec eux sur mes anciennes leçons ; n'est-ce pas alors que les passions fermentent dans le cœur de l'adulte, que le monde et ses plaisirs le sollicitent, que de dangereuses distractions lui tendent des pièges où sa candeur et son innocence ne succombent que trop souvent, qu'il faut veiller plus attentivement sur lui pour le maintenir dans la bonne voie?
A Dieu ne plaise que je veuille restreindre les joies de la jeunesse et lui imposer les tristes habitudes d'une réclusion cénobitique : il est. sans doute, un âge où les sexes devront se rencontrer, où des amusements communs amèneront entre eux des réunions qu'animera une vive et bruyante allégresse ; je suis loin de les proscrire, mais je veux que la décence y préside et que les bonnes mœurs empêchent la débauche de les profaner. C'est dans ces réunions que les familles se renouvellent; l'avenir sourira à ces alliances, si la sympathie et la raison se chargent de les former, et si une faute n'enchaîne pas, par la contrainte, des époux que la répugnance eût tenus éloignés.
L'homme adulte reviendra donc, de temps en temps, écouter vos leçons : c'est lui qui comprendra l'importance des préceptes de la morale; ils lui apparaîtront bien plus certains et ses devoirs bien plus étroits lorsque la raison, par votre bouche, en aura fait sentir la force et l'enchaînement, la sagesse et la nécessité. Mais ne vous bornez pas à la lecture du livre didactique; recourez encore à l'anecdote
qui répandra de la variété sur vos instructions, au conte qui leur prêtera l'attrait de la curiosité; proclamez les maximes, rappelez les proverbes; dans la sagesse des nations, les unes sont le produit de la science, les autres du bon sens; ils sont le relief de la fable, qui les grave dans l'esprit à l'aide d'une application simple et familière; ils deviennent ainsi la règle de conduite de l'homme que vous avez élevé, et la loi suivant laquelle il juge ses actions et celles des autres.
C'est toute une littérature que les livres où le proverbe et le conte ont mis la morale à la portée du peuple; adoptez, pour la lui enseigner, les écrits de ces hommes qui, nés dans ses rangs et après en être sortis par l'éducation, se sont retournés vers lui pour lui porter une morale où respire ce sentiment de tendresse et de dévouement qui nous unit à notre famille.
Il n'est pas de siècle, en effet, où ne se soient élevés des écrivains qui, inspirés par un ardent amour de l'humanité, se sont voués à l'instruction des classes laborieuses au milieu desquelles ils avaient reçu le jour. Le génie ne naît pas toujours dans l'opulence, et souvent il a eu pour berceau la crèche qui fut à Bethléem celui de la Divinité. Dans les temps anciens, Épictète naît esclave; courbé sous le fouet de son maître, il étudie la philosophie et il la pratique : calme, patient, résigné, il porte la chaîne sans se plaindre, et, meurtri par la main de ce maître barbare, il ne trouve pas dans sa bouche une parole amère pour lui reprocher sa cruauté; au contraire, il prêche la modération, la charité, le pardon des injures et le mépris des richesses, et dépose dans son immortel Manuel les préceptes de cette philosophie si divine, que le livre qui la contient semble Une inspiration de l'Évangile.
Dans le siècle dernier, nous avons vu Franklin recevoir le jour à Boston, dans une famille si pauvre et si nombreuse que, parvenu à peine à l'âge de douze ans, il dut pourvoir à sa subsistance. Il fut alors placé comme apprenti dans l'imprimerie de son frère aîné ; il était convenu que
le travail de huit années de sa jeunesse payerait sa nourriture et son apprentissage ; il desservait son pain avec assiduité, mais ses heures de relâche, il les donnait à l'étude de la grammaire et des sciences physiques. Bientôt il y eut fait assez de progrès pour créer un journal et ensuite établir une imprimerie, qui fut sa propriété; il employa l'un et l'autre à répandre les lumières dans toutes les parties du nouveau monde où l'on parlait la langue anglaise. Jeune encore, de grandes découvertes mirent Frauklin au premier rang des savants de son époque, et lorsque les colonies américaines se séparèrent de leur mère- patrie, il fut un de ceux qu'elles chargèrent d'aller auprès d'elle traiter au nom de tout un peuple, et, plus tard, de les représenter à la cour de France. Appelé à siéger parmi les législateurs de cette nouvelle nation, il tint la balance entre les divers partis qui divisaient le congre de l'Union, et la fit incliner du côté de la sagesse et de la modération. A toutes ces gloires, il en ajouta une plus belle peut-être, il écrivit pour moraliser les classes ouvrières : les almanachs, qu'il imprimait tous les ans, et où il donnait au peuple américain des leçons d'ordre et d'économie, exercèrent sur ses mœurs une influence qui s'est étendue jusqu'à sa destinée. Ce fut dans un de ces livres que cet homme de bien, ce citoyen illustre, publia cet opuscule de la Science du bonhomme Richard, qui est devenu le type et le chef-d'œuvre d'un genre dans lequel il n'a pas encore été égalé. Ce livre lui a valu autant de gloire que les plus beaux actes de sa carrière politique : il fait que, dans tous les coins du monde, l'habitant de la chaumière bénit l'auteur de ces sages conseils, sans se douter que le philosophe qui les a tracés travailla à l'affranchissement d'une nation. Pourtant les peuples ne l'ont pas oublié : tant qu'il vécut, il fut l'honneur de sa patrie, et quand il cessa de vivre, les deux mondes ont pris le deuil 1 .
1. Le 11 juin 1790, l'Assemblée constituante, sur la propositiorvde Mirabeau, décréta qu'elle porterait pendant trois jours le deuil de Franklin.
QUÀTOBZIÈME conférence
Nécessité de la religion. — Son enseignement. — Jeanne d'Arc.
C'est la vraie lumière qui éclaire tout hommevenant en ce monde.
{Évangile S. Jean, ch. 1, v. 9.)
Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votrecœur, de toute votre âme et de tout votre esprit. Vous aimerez votre prochain comme vous-même.
[Évangile S. Matthieu, ch. 20, v. 37 et 39.)
Laissez venir à moi les petits enfants.
{Evangile S. Luc, ch. 18, v. 16.)
C'est Téducation morale qui seule peut faire de» hommes et des citoyens, et il n'y a pas d'éducation morale sans religion.
(M. Cousin, Rapport à la Chambre des Pairt sur la loi de Fintruction primaire.)
La religion est la sagesse des enfants et la jeunesse des vieillards.
(M. de Gérando, Du Perfectionnement moral, liv. m, sect. 2, ch. 11.)
Messieurs,
La religion est nécessaire à l'homme ; le monde extérieur frappe ses regards, et ses regards enchantés lui demandent qui Ta fait et ce qu'il signifie; il se replie sur luimême, et, après avoir étudié sa nature, il se demande à son tour ce qu'il est et où il va; alors la religion se lève et lui montre, au delà de tous ces mondes qu'il aperçoit, la main de celui qui les a créés; elle pénètre avec lui dans des mys*
tères dont la profondeur l'avait d'abord effrayé; elle lui fait entendre le mot d'un problème qui le poursuit partout, et qu'il fuirait jusqu'aux limites de la vie sans pouvoir l'éviter.
Il ne saurait, en effet, lever les yeux au ciel qu'il ne le voie gravé sur le front des étoiles, envisager son semblable qu'il ne le lise sur sa face, faire un pas dans la vie qu'il ne l'y rencontre, soulever un brin d'herbe qu'il ne le sente peser dans sa main, heurter un grain de sable que son pied ne le remue et que sa raison ne le retrouve dans chacun des atomes qui le composent. Partout donc et dans toutes les circonstances, il a besoin de Dieu pour lui expliquer comment il existe, comment il sent, comment il raisonne; pour lui dire ce qui est .bien et ce qui est mal, pour lui montrer où la vertu méconnue trouvera sa récompense, où le crime ignoré recevra son châtiment t. L'homme d'ailleurs ne peut à son gré prendre le plaisir ou la peine, l'un ou l'autre lui vient sans qu'il l'ait choisi; il vaudrait mieux pour lui qu'il n'existât pas, si, quand il possède le premier, rien ne calmait en lui la crainte de le perdre; si, lorsqu'il, l'a perdu, rien ne pouvait l'en consoler.
Délivrez donc du fardeau de la vie ce malheureux que la calomnie déchire, que l'injustice poursuit, que la tyrannie opprime, si vous ne lui promettez pas qu'ailleurs il est un juge incorruptible qui punira ses persécuteurs, qu'il est une autre patrie où il recevra un glorieux affranchissement; brisez le cœur de la mère à qui la mort vient de ravir son enfant, si vous ne lui apportez pas la foi, si vous ne lui donnez pas l'espérance qu'un jour Dieu lui rendra son fils; anéantissez les biens de la terre, si le riche ne les tient pas du ciel, si Dieu ne lui commande pas de les partager avec le pauvre, s'il ne doit pas venir un jour où il redressera les injustices ou les erreurs du partage 2 . C'est
1. Là les impies ont cessé leur tumulte ; là les forts se reposent de leurs travaux. LA sont les grands et les petits, et l'esclave est délivré de son maître. (Job, ch. 3, v. 17 et 19.)
2. Dieu jugera le juste et l'impie, et alors sera le temps de toutes choses. {UEcclésiaste, ch. 3, v. 17.)
pourtant sur ces idées de recours à l'auteur de toutes choses et d'une réparation qui vient de lui, que se fonde toute notre morale, c'est sur cette morale que repose la société humaine. Mais elle resterait impuissante et méprisée, si la religion, en proclamant le dogme de l'immortalité l'âme, n'en assurait la sanction par les peines et les récompenses d'une autre vie.
La religion est donc indispensable à l'homme; c'est le premier, c'est le plus grand, c'est aussi le dernier de ses besoins. Par elle, il comprend le monde et se comprend lui-même; elle lui révèle sa destinée, elle lui montre le but où il doit tendre, elle lui enseigne la voie par laquelle il doit y parvenir, elle seconde les penchants qui l'y mènent, elle refrène les passions qui l'en écartent, elle l'aide à surmonter les obstacles qu'il trouve sur sa route, elle le soutient dans les épreuves qui lasseraient sa constance, enûn elle le conduit dans cette vie et elle lui ouvre les portes de l'autre. Il faut donc qu'elle l'accompagne dès le premier pas qu'il fait pour y arriver; «il n'est pas d'âge où il puisse l'ignorer, il n'est pas un instant de la vie où elle ne doive lui répondre, si sa raison la cherche, si son cœur la désire, si le cri de l'enfant qui naît, le gémissement du vieillard qui s'éteint, l'appellent et la réclament. Elle nous accueille au berceau, bénit notre enfance, veille sur tous nos jours, et, quand nous ne sommes plus, elle prie sur notre tombe; pour accomplir cette tâche, pour assurer son empire, elle doit entrer dans le cœur de l'homme avec les premières affections ; elle doit croître et se développer avec lui, passer par toutes ses phases, se revêtir de toutes ses formes, se mêler à toutes ses pensées, empreindre toutes ses opinions, se confondre avec toutes ses habitudes, non pour les transformer en sèches et assujettissantes pratiques, mais pour leur prêter de la douceur et du calme, et pour le préserver de ces langueurs pénibles, de ces décourageantes amertumes que traînent à leur suite le scepticisme et l'indifférence i .
1. Soit que vou3 mangiez ou que vous buviez, et quelque Chose que
Que la religion entoure donc, dès le premier moment, lame de l'homme comme l'air qu'il respire l'enveloppe luimême; que sa raison l'habitue graduellement à sa lumière, comme ses yeux à celle du soleil, à laquelle ils ne s'ouvrent que peu à peu. Si Dieu se révélait à elle tout à coup, ne serait-il pas à craindre que cette pensée n'éclatât sur elle comme là foudre, et ne l'anéantît au lieu de l'éclairer.
Le sentiment religieux est de tous les âges, l'enfance même doit l'éprouver ; c'est un germe précieux que Dieu a déposé en nous-mêmes : il appartient à l'éducation de le faire mûrir, pour que nous en recueillions les fruits ; semence immortelle, qui se dessèche quand on la néglige, mais qui est toujours prête à revivre quand on la cultive, rien ne peut l'étouffer dans notre cœur, où l'action puissante de l'enseignement et du culte va le chercher pour le féconder. Il y subsiste en tout temps ; la raison l'y trouve lorsqu'elle s'éveille, lorsqu'elle s'égare et qu'elle y revient, elle l'y retrouve encore : il doit, en nous, faire le fond de la conscience, s'identifier avec elle, et la religion qui en est la forme, devenir, pour ainsi dire, sa familière. A Dieu l'homme doit rattacher tout ce qu'il fait, tout ce qu'il dit, le bien et le mal, le plaisir et la peine ; il faut, en un mot, qu'il voie constamment l'œil de la Providence ouvert sur sa conduite, et son bras tendu vers lui, pour châtier ses fautes ou applaudir à ses vertus 1 .
Ainsi, Messieurs, la nature humaine sollicite pour l'enfance l'instruction religieuse, et la loi vous fait un devoir de la lui donner ; mais l'âge même des enfants exige que cet enseignement prenne, dans vos mains, un caractère particulier ; toutes les vérités de la religion ne sont pas à leur portée ; ils ne les saisiraient pas, si vous les leur présentiez toutes sous la même forme : vos leçons, pour
la gloire de Dieu. (S. Paul, Éjpit '. 31.)
suis ce que je suis. (Épître
vous fassiez, faites tout pour la gloire de I" aux Corinthiens, ch. 10, v. 31.)
1. C'est par la grâce de Dieu que je suis I re aux Corinthiens, ch. 15, v. 10.)
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donc en garde contre le zèle aveugle de la propagande religieuse ; assez nous avons combattu pour conquérir la liberté de conscience ; n'allez pas, cédant à une ardeur irréfléchie, susciter des querelles éteintes et, renouveler les luttes d'un autre siècle : la tranquillité de la chaumière en serait troublée, Tordre public en souffrirait, et vous-mêmes, quels dommages n'en éprouveriez-vous pas 1 En communiquant au fils des principes religieux différents de ceux de ses parents, vous affaibliriez l'autorité de ceux-ci ; en leur enlevant, aux yeux de leur enfant, l'espèce d'infaillibilité dont ils sont revêtus à son égard, vous diminueriez le respect qu'il doit sans cesse leur témoigner ; en lui appre-
- nant qu'il n'a reçu d'eux que Terreur, que leurs principes et leurs exemples ne peuvent le conduire qu'à sa perte, vous leur enlèveriez tout droit à sa reconnaissance. Vos prédications imprudentes introduiraient la controverse dans le sein de la famille, vous auriez installé la guerre au foyer domestique, et cet asile, ou le père devrait, comme le pa-
t triarche, exercer son empire, serait devenu un champ clos, où le fils s'élèverait contre le père, pour lui disputer son pouvoir. Dans ce déplorable conflit vous auriez peut-être pour vous la sympathie de votre jeune prosélyte, mais vous vous seriez fait un ennemi irréconciliable du père dont vous auriez déçu les espérances ; tous les chefs de famille partageraient son ressentiment, et T hostilité de tous serait votre récompense *.
Croyez-moi, tempérez en vous le zèle des conversions, n'écoutez que les parents,' n'obéissez qu'à la loi. Hais est-ce à dire que, chaque fois qu'un père vous amènera son enfant, vous lui demanderez quelle religion vous devez lui enseigner, et vous le consulterez sur la forme et sur l'étendue de cet enseignement? Non certes, Messieurs; le père est catholique, élevez le fils dans les principes de sa religion ; c'est un devoir pour vous de l'en instruire, c'est un droit pour lui de grandir dans le sein d'une église qui,