‹ Conférences sur les doctrines et les pratiques les plus importantes de l'église catholique (volume 2)Chapitre 4 sur 17 · SUR LE SACREMENT DE PENITENCE · texte numérisé non relu

SUR LE SACREMENT DE PENITENCE

a Recevez le Saint-Esprit , les pèches » seront remis à ceux à qui vous les re- » mettrez , et retenus à ceux à qui vous » les retiendrez. ( Saint Jean.)

J'exposerai avec simplicité la doctrine de l'Église catholique touchant la confession ou le pardon des péchés, et les raisons sur lesquelles elle s'appuie pour établir que cette pratique a été instituée par Dieu. Ce serait méconnaître la nature et la gravité de ce sujet, que de le considérer

à pari, en ie dëlacliant des aulres institutions, partie essentielle du remède div^in établi par le Christ pour le pardon des fautes. 11 sera donc nécessaire d'entrer dans toutes les profondeurs du sacrement de la pénitence.

Rien de plus commun que de séparer notre croyance de nos pratiques, pour attaquer ensuite celles-ci comme n'étant aucunement fondées sur celle-là, et ne pouvant dès lors être considérées que comme une convention humaine dépourvue de toute autorité divine. Pour détruire cette impression, il sera utile de prouver que cette institution est réellement établie dans l'Église du Christ , et qu'elle est en rapport avec ses doctrines les plus importantes. Il faut donc parcourir toutes les parties de ce sacrement, comparer l'institution que nous regardons comme un legs du Christ, conservé dans l'Église de Dieu, avec le moyen que les autres communions supposent avoir été établi pour atteindre les mêmes résultats.

Plus d'une fois j'ai fait remarquer que, dans les ouvrages de Dieu, il y avait une cohérence dans les parties, une harmonie dans l'ensemble, une suite et un ordre qui permettaient de conclure du passé à l'avenir , et de l'existence avérée de certaines institutions, à la probabilité logique

de l'existence d'institutions analogues. Ainsi, pour nous renfermer dans la question dont il s'agit, quel est le but principal de la venue du Christ? C'est de tirer du péché l'homme tombé des hauteurs de son innocence. Nous devons donc supposer que Dieu n'a pas voulu laisser son œuvre imparfaite. Partageant tous la croyance que l'œuvre de la rédemption était assez complète pour donner pleine et entière satisfaction à la justice divine, nous devons aussi nous accorder à croire qu'il a pourvu, par un moyen spécial, à ce que celte rédemption générale pût être appliquée à chaque cas en particulier. Personne ne saurait supposer que, parce que le Christ est mort pour nos péchés, nous soyons dispensés de coopérer personnellement à l'œuvre de notre salut; que sans aucun acte , je ne dis pas extérieur, mais sans même un mouvement de notre cœur, nous soyons admis à jouir du bienfait de la rédemption. Ainsi nous admettons tout à la fois que l'œuvre de la rédemption a été parachevée par la mort du Christ, et qu'un moyen ou un autre, soit un acte extérieur, soit un mouvement intérieur de notre esprit, est nécessaire pour nous rendre individuellement applicable l'œuvre de cette rédemption.

Mais si nous examinons les institutions du Christ, nous découvrons que, dans tous les autres cas , il a fait usage d'un moyen extérieur et visible. Le sang du Christ n'est-il pas appliqué à la sanctification de l'homme dans les eaux qui régénèrent? Le baptême n'est-il point un sacrement institué par notre Sauveur pour laver l'àme du péché originel? Eh bien, le baptême a un signe extérieur et sensible ; c'est Dieu qui l'a institué, c'est l'homme qui le confère. Certes, la passion du Christ, son amour pour nous allant jusqu'au sacrifice de sa vie, il y avait là de quoi nous attacher à lui par les liens de la reconnaissance et de l'amour. Eh bien , il a encore voulu donner un corps, une substance à ces sentiments dans un acte extérieur et visible. La miséricorde avait eu son sacrement, l'amour a eu le sien; après le baptême est venue l'eucharistie. N'est-ce point là, de l'aveu de toutes les communions, de l'aveu de nos adversaires comme du nôtre , une institution visible, dont l'homme est à la fois l'intermédiaire et l'objet? Notre Sauveur est descendu sur la terre pour enseigner le genre humain. Eh bien, c'est encore par un moyen extérieur et visible qu'il nous a transmis ses enseignements. Un livre sacré qui les contient , une hiérarchie de pasteurs qui a autorité pour ensei-

gner et conduire le troupeau, voilà cette institution exlérieure et visible.

Or, s'il en est ainsi, n est-il pas naturel et logique de croire qu'il existe une institution de la même nature pour appliquer les mérites généraux de la rédemption à l'abolition de nos péchés, ce grand et principal objet de la venue du Christ? Lorsque nous voyons le baptême créé pour effacer le péché originel, dans lequel nous n'avons pas personnellement trempé, celui qui réclame ce sacrement obligé, non pas seulement à un acte intérieur, mais à une manifestation solennelle et publique, condamné à se présenter commeun prévaricateurqui demande miséricorde et merci, à promettre fidélité et obéissance pardevant l'Église et à faire profession de sa croyance à la face du genre humain, pourrions-nous croire que, dans un cas plus grave encore, lorsqu'il s'agit de la fin la plus importante que Jésus-Christ a eue en vue en venant sur la |terre, c'est-à-dire lorsqu'il s agit d'effacer les offenses énormes que nous commettons personnellement tous les jours contre la gloire et la majesté de Dieu , le Christ n'aura institué aucun acte extérieur, aucun moyen visible pour obtenir la rémission promise, qu'il n'aura pas exigé, pour nos propres péchés, ce qu'il nous demande pour le péché originel, la ma-

nifestalion extérieure d'un douloureux repentir, une compensation dont 1 œil de l'homme soit témoin ?

Ces réflexions préliminaires suffisent pour montrer qu'il n'y a rien qui choque l'harmonie du système du christianisme, rien qui sorte de la ligne providentielle des moyens employés par le Christ pour l'établissement de son culte, dans cette croyance où nous sommes qu'il a laissé, dans son Église, une institution spéciale, destinée à remettre les péchés, par l'application de cette satisfaction infinie, et par conséquent toujours suffisante, qu'il a donnée à la justice divine en répandant son sang précieux pour l'humanité. Or, quelle est la doctrine catholique relativement à cette institution ? L'Église catholique enseigne que le Christ a établi sur la terre un moyen par la vertu duquel le pardon est imputé au pécheur, grâce à l'accomplissement de certains actes. Je sais que les adversaires de nos doctrines ont coutume de prétendre que l'institution dont l'Église catholique attribue l'établissement au Christ, c'est la confession. Il y a dans cette allégation une erreur. Le sacrement que nous regardons comme un legs du Christ , c'est le sacrement de pénitence, qui contient trois parties distinctes; or, la confession, qui est une de ces trois

parties, n'est pas la ])lus essentielle. Nous croyons donc que le sacrement de pénitence se compose de la contrition ou de la tristesse ; de la confession, ou de la manifestation extérieure de ces sentiments; de la satisfaction qui est, sous un certain point de vue, une garantie de notre persévérance à demeurer fidèles à nos promesses.

Quanta ce qui regarde la première partie, l'Église catholique enseigne que la tristesse ou la contrition, qui comprend tous les sentiments que les autres religions exigent sous le nom de repentir, est toujours nécessaire sur la terre pour obtenir le pardon de Dieu. Elle maintient que, sans cette tristesse, il n'y a pas de pardon possible sous l'empire de la nouvelle loi; que, sans une vive et profonde douleur et une ferme volonté de ne plus pécher, l'absolution du prêtre n'a pas la moindre valeur aux yeux du souverain juge; que, tout au contraire, celui qui demande et obtient cette absolution , sans éprouver cette douleur, commet un énorme sacrilège , et sort plus coupable du confessionnal d'où il devait sortir innocent.

Mais que faut-il entendre par cette contrition ou cette tristesse que l'Église catholique demande? Je suis persuadé que, si on voulait examiner les doctrines des Églises réformées, pour arriver à

iino dt'liiiilion cxaclo du sens (ju'il faul donner à ce mot de repentir qu'elles emploient, à distinguer les diverses nuances qu'il contient, et à pouvoir dire, d'une manière précise, jusqu'à quel degré ce repentir doit aller pour obtenir le pardon, on éprouverait de grandes difficultés à traduire ces doctrines en termes clairs, catégoriques e| satisfaisants.

Dans les articles de l'Eglise d'Angleterre , par exemple, tout demeure vague et indécis. On nous dit seulement « que nous devenons purs devant )) Dieu, seulementpar les mérites de Jésus-Christ, » par la foi, et non par nos propres œuvres ; et M que cette doctrine que la foi seule nous justifie » est pleine de grandeur et de consolation. » Pour toute explication ultérieure, on nous renvoie à l'homélie sui" la justification (1). Plus loin on nous apprend qu'un repentir vrai obtient le pardon des fautes (2). Vient-on à lire l'homélie dont j'ai parlé, ou y trouve, à chaque ligne, que les hommes sont justifiés par la foi seule, sans les œuvres. On veut bien ajouter que l'amour est un des éléments de cette foi, mais on ne nous dit nulle part comment l'homme est conduit à cet

(i) Ariicle xi.

(2' Article XVI.

amour; et nulle part on ne nous apprend que son retour, semblable à celui de l'enfant prodigue, est marqué d'abord par le sentiment de sa faute, premier pas fait dans la route qui doit le conduire à cette foi qui justifie. En quoi consiste cette foi, c'est ce qu'on ne croit pas même devoir nousle dire. Avons-nous satisfaitàla justicedivine, par cela seul que nous sommes fermement convaincus que les mérites du Christ sont suffisants pour nous laver de toutes nos fautes ? ou bien devons-nous croire que son sang nous a été appliqué à tous, et que nous sommes tous amnistiés? ou bien est-il plus juste d'admettre que cette application . a lieu d'une manière plus particulière et toute personnelle, lorsque nous déplorons nos péchés? Il n'y a, sur tous ce points, rien de précis, de dogmatique, d'arrêté. Tout est vague, tout est laissé à l'arbitraire des opinions , et il y a autant de systèmes à ce sujet que d'auteurs qui ont écrit sur ces matières.

Si vous remontez aux ouvrages de ceux qui peuvent être considérés comme les pères de la Réforme, vous trouvez, au milieu de contradictions sans excuses, la trace des efforts qu'ils ont faits pour établir une série d'actes progressifs conduisant à la justification du pécheur. Nous voyons, soit dans les ouvrages de Luther, soit dans les

articles de foi de plusieurs Églises, que le premier degré par lequel il faut passer, c'est la terreur de la conscience ; que l'âme contemplant les abîmes de misère dont elle est entourée, et se voyant menacée d'une perdition éternelle, sent s'élever en elle une profonde douleur de ses fautes, et qu'en retour, par l'intermédiaire des mérites du Christ et la foi qu'a en lui cette âme, ces péchés sont couverts et disparaissent devant l'œil de Dieu. Le premier degré, c'est la terreur ou la crainte des jugements de Dieu; le second degré, c'est la foi dans le pouvoir que possède le Christ, de nous racheter et de nous sauver par l'efTicacité de son sang(l).

Eh bien, non-seulement l'Eglise catholique exige toutes ces dispositions , mais ce ne sont là que des actes préliminaires, des ébauches qui doivent être perfectionnées pour donner de la valeur à la confession. Le concile de Trente a énoncé les doctrines les plus belles et les plus philosophiques sur la nature de ces actes introducteurs; il a tracé les saintes étapes par lesquelles l'ànie doit passer, lorsqu'elle sort du péché par le désir de se réconcilier avec Dieu. Le saint concile

(i) Lisez un admirable chapitre à ce sujet dans la symbolique de Mohier.

nous montre l'âme frappée d'épouvante et d'horreur à la vue de l'état misérable auquel l'a réduite le péché ; mais nous sommes loin d'être encore arrivés à l'acte qui précède immédiatement la justification ; ce n'est qu'un germe imparfait qui se manifeste. Le pécheur, frappé par la considération du jugement de Dieu, demeure un instant comme perdu dans l'appréhension et la crainte, jusqu'à ce que , cherchant un asile qui puisse le soustraire à l'abîme des justices, son regard rencontre l'abime des miséricordes. Alors l'espérance rentre dans son cœur; il lui est encore possible de se relever de sa chute ; semblable à l'enfant prodigue, toute perspective ne lui est pas fermée vers la maison de son père; il y sera admis, du moins, comme le dernier et le plus humble de ses serviteurs. Cependant ce n'est encore là qu'un degré préparatoire, un pas de plus fait vers ce sentiment d'amour qu'excite dans l'àme cette idée que Dieu est si bon , que sa tendresse pour nous est si grande, qu'il ouvre ses bras pour recevoir un misérable échappé des liens du péché. A cette idée, la crainte s'évanouit; car, suivant la parole de saint Jean, le véritable amour est affranchi de la crainte ; l'àme est donc enflammée d'un ardent amour pour Dieu , elle parvient à cet état, que le Nouveau Testament nous montre comme le

prélude et la cause du pardon. « Beaucoup de » péchés lui sont pardonnes, parce qu'elle a beau- » coup aimé. »

Ainsi, bien que la foi soit le principal mobile de toute justification , il y a d'autres actes , d'autres sentiments, plus en harmonie avec les institutions de la nouvelle loi, par l'intermédiaire desquels l'âme doit passer, pour parvenir jusqu'à cet acte suprême qui est le sceau de la justification.

Saint Paul nous répète sans cesse que l'homme ne saurait être justifié que par la foi, et que toute justification s'opère par leChrist et par la foi qu'on a en lui; qu'ainsi la justification commence dans la foi , et qu'elle se termine et se consomme par l'application du sang de notre rédempteur, comme seuls moyens de salut. Ainsi , tout ce que les autres communions exigent , nous l'exigeons aussi. J'ai le droit de le demander avant de passer outre : Dans ce système , y a-t-il quelque chose qui favorise le crime ? Peut-on encore dire que les catholiques lient d'une manière si absolue la rémission des fautes à l'acte extérieur de la confession, que ce moyen si aisé de les réparer devient un encouragement à en commettre de nouvelles ? Peut-on encore comparer le confessionnal à un bain, où il ne s'agit que d'entrer,

pour en sortir aiissilol purifié de toute souillure?

Nous n'avons pas épuisé cet important sujet. 11 faut s'en souvenir, nous n'avons encore parlé que des degrés préparatoires qui conduisent à cet acte de tristesse ou de contrition, corollaire essentiel de la confession; je dirai plus , tellement supérieur en importance à la confession elle-même, que l'Église catholique croit, enseigne et manifeste, dans la pratique journalière, la ferme conviction où elle est que, si une personne se trouve dans l'impossibilité de confesser ses fautes, un actede contrition, renfermant la ferme volonté d'approcher du tribunal de la pénitence, dés qu'elle le pourra, suffira pour luiprocurer le pardon, et la réconcilier aussi complètement avec Dieu que si elle avait confessé ses faut 'S et reçu l'absolution.

Qu'enlend-on par cette :ontrition , cette tristesse? Je citerai les termes ùela définition du concile de Trente. « La contrition , qui tient la pre- » mière place parmi les actes de la pénitence, » est la tristesse et la détestation du péché com- » mis, accompagnées de la détermination de ne )) plus pécher à l'avenir. Le saint concile déclare » que cette contrition contient non-seulement le » renoncement au péché et le ferme propos de » commencer une nouvelle vie, mais la détesta-

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» tion de la vie qu'on a précédemment menée. » Voilà donc ce qu'on exige de tout pénitent pour que la confession devienne efficace et l'absolution valable.

Passons maintenant à la seconde partie de ce sacrement. L'Église catholique enseigne que le pécheur, étant ainsi attristé d'avoir offensé Dieu, et attristé en raison des motifs que nous avons indiqués, c'est-à-dire à cause delà bonté infinie du Dieu qu'il a offensé, doit accomplir un acte extérieur qui semble être la conséquence naturelle et spontanée des sentiments dont il est pénétré. Les théologiens catholiques ont commencé par établir ce que devait être cette tristesse qu'il nous faut éprouver à la vue de nos péchés ; elle doit être surnaturelle , c'est-à-dire que les motifs en doivent être exclusivement tirés des attributs de Dieu; elle ne doit pas venir de la considération des maux que le péché nous a attirés ici-bas, mais elle doit venir du sentiment de nos rapports avec Dieu, du souvenir des preuves d'amour qu'il nous a données; elle doit être dominante, c'està-dire que nous devons abhorrer et craindre le péché plus que tous les maux de la terre; elle doit être universelle, c'est-à-dire que pas une faute , pas une transgression ne doit échapper à ce repent r solennel et profond que nous éprou-

vons d'avoir otTensë Dieu. Ces senliiiients disposent naturellement rame à donner toutes les compensations qui sont en son pouvoir pour réparer les offenses qu'elle a commises. En outre, il est dans la nature de l'amour de se manifester ainsi, et c'est l'amour qui consomme l'œuvre de la conversion. C'est ce qui nous est enseigné par l'exemple de la Madeleine. Elle ne se borne pas à s'alTIiger d'avoir offensé Dieu, à regretter d'avoir suivi les sentiers du mal, à en sortir, et à manifester sa douleur par une vie nouvelle; mais elle brave tous les outrages et supporte toutes les humiliations. Elle traverse la foule des assistants, et pénétre dans la maison d'un riche pharisien , appartenant à la classe la plus arrogante et la plus hautaine; elle s'introduit au milieu d'un banquet solennel, se jette aux pieds du médecin spirituel de son âme^ verse des larmes amères, répand sur ses pieds les parfums les plus précieux; elle montre par ces actes extérieurs qu'elle aime réellement Dieu, qu'elle regrette, du fond du cœur, de l'avoir offensé, et qu'elle est disposée à donner toutes les réparations possibles à sa majesté outragée. Ainsi l'instinct naturel de l'amour repentant, c'est de marquer sa tristesse par quelque manifestation extérieure, c'est même de s'humilier publiquement pour obtenir ce pardon après

lequel l'âme soupire. Donc tout, dans le sacrement de la pénitence, tel que les catholiques le comprennent , a de merveilleuses harmonies avec les sentiments qui précédèrent l'établissement de cette institution. Cependant ce n'est point sur ces harmonies que l'Égiise se fonde pour imposer ce sacrement.

Elle maintient que le pécheur est obUgé d'avouer ses fautes aux pasteurs de l'Église , ou plutôt à celui qui est préposé par l'Église pour cet oiTice, de lui ouvrir les abîmes de sa conscience et de le laisser lire dans son âme, afin de recevoir par ses mains, sur la terre, cette sentence de pardon que Dieu ratifie dans le ciel. Mais, comme le principal objet de cette institution est le salut de l'âme , et comme il y a des cas où une trop grande facilité d'obtenir lepardon empêche le pécheur de s'amender, comme il peut arriver qu'on s'approche du sacrement de la pénitence avec des dispositions imparfaites, avec une contrition qui ne soit pas assez profonde, la prudencepeut quelquefois commander de ne pas accorder au pécheur le pardon qu'il demande. Nous croyons donc que le Christ a pourvu à ce cas, en donnant à TÉglise le pouvoir de refuser ou d'ajourner le pardon.

Avant d'entrer dans la démonstration de cette doctrine, qu'il me soit permis d'examiner jusqu'à

quel point le sacrement de la pénitence est l'institufion qui doit avoir été fondée par notre Sauveur. Nous avons déjà parlé de l'harmonie, de la conséquence et de la logique qui caractérisent le plan de la religion , et nous avons vu que celle logique, cette conséquence, cette harmonie, voulaient qu'il existât une institution extérieure et visible pour le pardon des péchés , dans le sein de l'Église, institution au moyen de laquelle elle appliquât le mérite du sang de Jésus-Christ à la purification des âmes. La nature d'une pareille institution n'est donc pas douteuse : quelques observations seulement sur son aptitude à remplir les fins pour lesquelles elle a été établie.

En premier lieu, cette institution semble impérieusement réclamée par les besoins de la nature humaine, soit que nous la considérions dans son état constitutif, soit que nous l'envisagions après sa chute. Il est dans l'essence de l'esprit humain de chercher l'expiation dans l'aveu. Éprouvons-nous de la surprise en apprenant qu'un grand criminel dont le forfait était demeuré caché , et qui avait échappé à la vengeance de la loi, après avoir mené une vie tourmentée de remords, n'a réussi à trouver un peu de calme qu'en avouantpubliquementsoncrimeet en venant se livrer lui-même au châtiment qu'il avait évité ?

JNon, cela ne nous étonne point; il nous semble de même naturel qu'un coupable condamné au dernier supplice éprouve le besoin d'avouer son crime, afin de mourir plus tranquille. Preuve évidente que la nature humaine ne trouve de remède contre le remords que dans la confession de l'acte qui en est l'origine, que cette confession est comme un baume versé sur les souffrances de l'âme, parce qu'elle est la seule compensation qui puisse être offerte à la société contre laquelle les hommes se sont rendus coupables. Ce sentiment ne s'arrête point là. Le coupable qui a humblement reconnu sa faute obtient aussitôt notre compassion, et cesse dés lors d'être à nos yeux ce pervers au cœur noir dont l'endurcissement nous faisait horreur. Nous sommes portés à croire que la faute qu'on avoue on la déplore. Le crime est aussi grand, maislaculpabilité n'est plus la même. Si notre divin Sauveur n'avait pas adressé, du haut de la croix, au larron repentant, les paroles que nous retrouvons dans l'Évangile, nous ferions encore, au fond de notre cœur, la différence entre celui qui confessait humblement qu'il subissait un supplice mérité, et celui qui mourait dans l'impénitence finale. Donc, si Dieu a établi une forme extérieure , au moyen de laquelle l'âme puisse échapper aux liens du péché , ce doit être l'aveu, la confession des fautes.

Cette vérité, dont nous trouvons la trace dans la constitution môme de notre nature, est encore plus en harmonie avec l'état de décadence de la nature humaine depuis la chute originelle. Qu'est-ce, en effet, que le péché ? C'est la révolte de l'orgueil de l'homme contre la majesté de Dieu. L'homme, se dressant contre le trihunal de son souverain juge, l'insulte de la manière la plus outrageante en commettant l'acte contre lequel •' sait que sa justice doit un Jr>"* o^vh . i^uclle est la moixicic la plus naturelle de réparer cette faute? N'est-ce pas d'humilier, devant les hommes, cet esprit orgueilleux et rebelle qui a osé s'élever contre Dieu? L'orgueil est la source de toutes nos fautes, et, comme la troisième partie du sacrement de la pénitence, la satisfaction, dont nous parlerons plus tard , tend à réformer la concupiscence et les passions qui sont, pour ainsi parler, les aiguillons du péché , la confession semble plus spécialement destinée à combattre l'orgueil qui est son principe.

Il est si vrai qu'il existe une liaison intime entre la confession de nos fautes et la réparation offerte à la majesté de Dieu, que les saintes Ecritures donnent une valeur presque identique à ces deux actes. Éjoutez Josué parlant à Achan : « Mon fils, rendez gloire au Seigneur d'Israël , U. 10

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» confessez votre faute, et déclarez-moi ce que » vous avez fait, sans rien cacher. »

Il y a de belles réflexions de Pascal sur ce sujet. 11 s'étonne que l'on ne considère point la confession , telle que l'Église catholique la prescrit, comme la plus faible des réparations que Dieu est en droit d'exiger. Vous avez péché devant le genre humain; la réparation ne devrait-elle pas exio puKlifiue comme le crime, afin que l'humiliation du pécheur 1 abaibaàL «v^tont que son orgueil l'a exalté? Considérer comme une loi trop dure celle qui se borne à nous imposer l'obligation de faire acte d'humilité devant une seule personne, préposée à cet effet par Dieu, et qui nous accueille avec une bonté et une compatissauce, images de la miséricorde divine, sans ajouter qu'il est de son devoir de taire et d'oublier les aveux que nous déposons dans son cœur ouvert pour nous donner des consolations, des encouragements et des conseils; considérer cette loi comme trop dure, au lieu d'y voir le reflet admirable d'une bonté sans limites , c'est là une ingratitude qu'on ne saurait ni comprendre ni excuser (1).

En second lieu, cette institution n'est pas seu-

(i) Apud Mohler, ut sup.

lement en rapport avec les besoins de l'homme, mais elle s'accorde avec la méthode toujours observée par Dieu pour le pardon des péchés. Il existait, dans l'ancienne loi, une institution pour le pardon des fautes; selon cette institution, l'aveu des fautes devait précéder le pardon. Dieu avait partagé les sacrifices en différentes classes; il y en avait dont le but était de réparer Jes fautes commises par ignorance, d'autres destinés à réparer les transgressions volontaires , et nous voyons, dans le cinquième chapitre du Lévitique, qu'il était prescrit que, si quelqu'un transgressait la loi de Dieu, il confesserait son péché, que le prêtre prierait pour lui, qu'un sacrifice particulier serait offert, et qu'ainsi le pardon serait obtenu. Vous le voyez, l'aveu du |)éché, fait au prêtre du temple, était la condition préalable du pardon. Je pourrai plus loin approfondir cette analogie entre la loi ancienne et la loi nouvelle; ici, il suflît de l'indiquer.

En dernière analyse, cette institution offre une complète analogie, une harmonie parfaite avec le système religieux établi par la nouvelle loi. Nous avons vu que notre Sauveur a établi un royaume dans son Église, composé d'un corps organisé destiné à pourvoir aux besoins des fidèles, et recevant directement de lui son autorité; que.

d'un côté, étaient l'eiiseignemeiit et le pouvoir, de l'autre rohligation de recevoir l'enseignement et l'obéissance. Ce système de gouvernement, fondé sur l'autorité, pour être complet et conséquent jusqu'au bout, suppose l'existence de tribunaux intérieurs, chargés de connaître des transgressions commises contre la loi de Dieu. L'Église a reçu du Christ, non-seulement la mission d'enseigner, mais celle aussi de juger et secourir; elle doit donc posséder les prérogatives nécessaires pour remplir cette triple tâche. Prouver qu'une institution lui conserve ces prérogatives, c'est prouver qu'elle est vraie.

Jusqu'ici nous n'avons fait que préparer les voies : prouvons maintenant que ce pouvoir de pardonner les péchés, si impérieusement réclamé par la nécessité, et qui semble résulter de la logique du christianisme, tant il est en rapport avec toutes ses parties, existe réellement dans l'Église, et qu'il y a été établi par le Christ luimême.

Les paroles du texte que j'ai choisi sont la base sur laquelle toute la démonstration s'appuie. Dans l'ancienne loi, vous venez d'en voir la preuve, la confessionou 1 aveu des fautes étaitun moyen d'en obtenir le pardon ; ne peut-on pas en conclure qu'il suffisait, dans la loi nouvelle, d'une allusion à ce

remède religieux, pour avertir les nouveaux chrétiens que Dieu ne voulait point que, sous l'empire de la nouvelle loi, on abandonnât cet usage salutaire? Il leur est dit de confesser leurs péchés les uns aux autres; que ce texte soit vague, personne ne le nie; il ne précise personne, quoique la mention qui est faite des prêtres de l'Église, dans le verset précédent, puisse donner à croire que c'est partout d'eux qu'il s'agit ici. En outre, ces mots : « Confesse/-vous vos péchés l'un à » l'autre, » semblent impliquer quelque chose de plus qu'une déclaration abstraite et théorique où rien n'est spécifié, quelque chose de plus que cet aveu devant la généralité rassurante duquel l'orgueil le plus intraitable ne reculerait pas ; « J'ai péché devant Dieu. » Les termes de cette prescription semblent impliquer des rapports plus intimes entre deux membres de l'Église; tout au moins ils prouvent que la manifestation, l'aveu du péché, ne date pas d'hier, et l'objection si souvent renouvelée, qu'il n'existe pas trace de cette institution dans le Nouveau Testament, est ainsi détruite par sa base.

Mais le texte que j'ai inscrit au frontispice de cette conférence n'a-t-il pas quelque chose de plus décisif.'' Le Christ ne s'adresse point à la généralité du troupeau, il donne une mission

I no

spérialnaiix apôtres, on (i'aiifrcs termes, aux pasleurs de l'Égiise; en effet, nous avons vu que lorsque le Christ donnait aux apôtres un commandement qui ne spécifiait point un privilège spécial et personnel en leur faveur, comme le don des miracles, mais qui se rattachait à la conduite générale du troupeau, il étahlissait par là même une institution permanente qui devait continuer à exister dans TÉglise. Que leur dit-il? (f Les péchés seront remis à ceux à qui vous les » remettrez, et retenus à ceux à qui vous les >i retiendrez. )) Voiiàdonc le pouvoir de remettre les péchés solennellement conféré; et, dans l'Écriture, cette expression, remettre les péchés, signifie toujours, remettre les péchés qu'on a commis devant Dieu. « Beaucoup de péchés lui sont 1) remis, n dit notre Sauveur, de Madeleine; que veut-il dire, sinon qu'elle est lavée, purifiée de ses péchés? C'est là le sens que prêtent aux paroles du Christ les témoins de cette scène, car ils s'écrient : a Quel est celui-ci pour remettre ainsi » les péchés? n Ils regardent le privilège qu'il assume comme su|>érieui' au pouvoir qu'il a reçu, quoique ce pouvoir se soit manifesté par des miracles ; donc cette prérogative ne peut être que le droit de pardonner les offenses commises contre Dieu. Lorsqu'il adiesse la parole à la femme

pc^nitente, il dit d'abord : « Vos péchés vous sont » remis; » puis il ajoute : « Allez en paix; » paroles de miséricordieux confort, qui sont pour elle le gage du pardon qu'elle a obtenu. Dans une autre occasion, il dit au paralytique : a Mon » fils, ayez confiance, vos péchés vous sont re- » mis. )} Ceux qui entendent ces paroles vont plus loin encore que les censeurs que vous avez entendus tout à l'heure s'étonner de la phrase adressée à la Madeleine ; ils se disent intérieurement : (( Cet homme blasphème ! » Pourquoi le disent-ils? C'est qu'ils comprennent ces expressions dans leur sens naturel, dans le sens du pardon des offenses commises contre Dieu. Jésus- Christ, dans sa réponse, va les confirmer dans l'idée où ils sont, et leur apprendre ([u'ils ne se sont pas trompés : « Lequel est le plus aisé, » reprend-il, h ou de dire, vos péchés vous sont )) remis, ou de dire, levez-vous et marchez? Or, » afin que vous sachiez que le Fils de l'Homme, » sur la terre, a le pouvoir de remettre les pé- » chés, levez-vous, » dit-il au paralytique. Ainsi remettre les péchés signifie toujours pardonner, absoudre, laver l'âme de la souillure du péché.

Tous ces raisonnements deviennent superflus si nous n'envisageons que l'Église anglicane; car sa liturgie ordonne aux prêtres qui visitent les

malades de se servir des paroles sacramentelles par lesquelles nous donnons l'absolution : « Par » cette autorité (celle du Christ), je vous absous » de tous vos péchés, au nom du Père, du Fils » et du Saint-Esprit; ainsi soit-il. » Les apôtres et leurs successeurs sur la terre ont reçu ce pouvoir, par conséquent la prérogative leur a été donnée d'absoudre et de délivrer l'âme du péché. A côté de cette première prérogative, nous en trouvons une seconde, celle de retenir les péchés. Quel est le sens de cette expression, retenir les péchés? évidemment c'est le droit de ne point pardonner les péchés; mais, puisque le Christ ajoute que les péchés qu'ils retiendront sur la terre seront retenus dans le ciel, il s'ensuit donc qu'il n'existe pas d'autre moyen d'obtenir la rémission des péchés que le recours à leur ministère.

Dans l'ordre des idées humaines, lorsqu'un juge reçoit une commission qui porte que tout coupable absous par lui sera mis en liberté, mais que tout coupable qu'il refusera d'absoudre n'obtiendra pas son pardon , ceci n'implique-t-il point qu'on ne peut obtenir d'amnistie que par l'intermédiaire de son autorité? Sans cela, cette commission judiciaire ne serait-elle pss une moquerie? Ne serait-ce pas faire de l'autorité qui lui

a été accordée un objet de risée, que d'accréditer un autre juge revêtu du même pouvoir? Ainsi non-seulement le pouvoir de remettre les péchés nous a été donné, mais le privilège que nous avons reçu exclut l'existence de tout pouvoir analogue, de toute institution rivale, sous l'empire de la nouvelle loi. En fait, lorsque le Christ établit une institution spéciale pour un objet dépendant de sa volonté, l'établissement de cette institution annonce qu'il n'y aura aucun autre moyen destiné à atteindre le même but. Lorsqu'il institua le baptême pour que nous pussions nous laver du péché originel dans ses eaux, l'institution du baptême exclut l'existence de tout autre moyen pour obtenir le même bienfait. A plus forte raison en doit-il être ainsi dans le sacrement de la pénitence, où l'exclusion de tout autre moyen n'est pas seulement tacitement renfermée, mais positivement exprimée dans les propres paroles par lesquelles le Christ confère aux apôtres le droit de retenir comme de remettre les péchés : <( Tous les péchés que vous remettrez ;) seront remis, tous ceux que vous retiendrez » seront retenus. » Ces paroles marquent combien cette mission est exclusive et combien elle est étendue.

Mais quel est le caractère de ce pouvoir? Pour

suivre jusqu'au bout la comparaisou dont je me suis servi tout à l'heure, ce juge, revêtu de la prérogative de remettre et de retenir les fautes, comment en usera-t-il? Croira-t-il avoir fait un bon usage de ce pouvoir discrétionnaire placé dans ses mains, s'il s'est contenté de se présenter dans les prisons, et de dire à l'un : « Vous êtes » acquitté; :» à l'autre : « Vous serez puni; » à un troisième : « Je vous déclare coupable ; » à un quatrième : « Je vous proclame innocent; » sans avoir fait précéder ces condamnations ou ces amnisties, ces déclarations d'innocence ou de culpabilité, d'une enquête préalable qui le mette à même de juger en connaissance de cause? Le droit de condamnation et d'acquittement ne siippose-t-il pas, pour le magistrat, le devoir d'enquête et d'examen, et n'est-il pas équitable et juste que l'interrogatoire précède et détermine l'arrêt? Comment donc croire que notre Sauveur, qui a donné aux prêtres de son Église cette judicature spirituelle, ne leur a pas accordé le droit de décider, dans chaque cas particulier, selon les mérites du pénitent? N'est-il pas évident que si l'Église peut retenir les fautes, comme elle peut les remettre, elle doit avoir, dans l'un et l'autre cas, des motifs pour prendre la détermination qu'elle prend? Pour que ses arrêts soient mo-

livés, il faut que la questiou sur laquelle le prêtre prononce soit exposée devant lui; et qui peut lui révéler les détails de l'offense, sinon l'offenseur lui-même ? Ainsi il importe, il est nécessaire que le pénitent confesse ses prévarications; ce n'est qu'après en avoir entendu le récit, ce n'est que sur ses aveux mêmes, que le juge spirituel peut prononcer un arrêt motivé.

Telle est la base de la doctrine catholique, que les péchés doivent être remis par les pasteurs de l'Église, en conséquence de l'institution du Christ, qui les a préposés comme ses juges, ses vicaires et ses ministres, dans ce but; à quoi les catholiques ajoutent que, pour obtenir ce pardon, il est nécessaire que nous dévoilions nos trangressions à celui qui encourt la responsabilité de la sentence prononcée.

Cet argument est d'une clarté si grande qu'il porte la conviction avec lui; mais peut-être y céderions-nous avec moins de sécurité, si nous n'étions pas soutenus par l'exemple et l'autorité de l'antiquité chrétienne tout entière. On a dit souvent qu'il ne fut pas question de la confession auriculaire dans le premier et le second siècle de l'Église. Supposons, pour un moment, qu'il en soit ainsi. Ceux qui l'affirment, et leur assertion est inexacte, ceux qui Taffirment devraient dire

aussi pourquoi il n'est pas plus souvent question de la confession auriculaire, dans les premiers âges de la catholicité. La raison en est, qu'au lieu delà confession auriculaire, il est plus souvent question de la confession publique. Le pécheur était obligé d'avouer ses péchés cachés en présence de l'Église entière, et de subir une pénitence proportionnée à ses fautes. Ceux donc qui, sur ce point, se montrent si scrupuleusement attachés à l'esprit et à la lettre des usages de l'antiquité, et blâment la confession auriculaire, doivent suivre et imiter l'antiquité jusqu'au bout, et pratiquer la confession publique, comme une institution en harmonie avec les usages de l'ancienne Église. Ce qui est certain, c'est que la question de savoir quelles doivent être les limites de la confession, si elle doit être auriculaire ou publique, est une question secondaire, une question de discipline. Il suffit d'établir qu'il n'y a point de rémission des péchés sans l'aveu, la confession préalable, que les prêtres de l'Église ont seuls le droit de remettre les péchés, et que la pratique de la confession est exactement la même, si ce n'est que dans les âges de ferveur, où les crimes étaient plus rares, l'Église jugeait utile non-seulement que les pécheurs déclarassent leurs péchés dans le secret de la confession, mais qu'ils parussent

devant la congrégation tout entière, pour faire publiquement l'aveu de leurs prévarications. Ainsi l'argument qu'on veut tirer du prétendu silence des premiers Pères de l'Église, sur la confession auriculaire, tourne contre ceux qui l'emploient. La seule conséquence qu'on en peut tirer, c'est que la confession auriculaire a mitigé l'institution primitive sans en changer l'essence.

Citons actuellement les textes des anciens Pères, qui réduisent au néant la supposition à laquelle je viens de répondre. Je ne pousserai pas ces citalions au delà des quatre premiers siècles de l'Église, parce que, plus loin, les textes deviennent innombrables. Parmi ces textes, j en citerai un ou deux où il est question de la confession publique, parce que vous y reconnaîtrez la conviction où est l'Église que la confession est le seul moyen d'obtenir la rémission des péchés.

Saint Irénée, qui florissait cent années après le Christ, rapporte que certaines femmes venaient à l'église, et s'accusaient elles-mêmes de crimes secrets , inconnus aux autres personnes de la congrégation. Un peu plus loin, il dit : « Quelques- » uns, touchés par la voix de leur conscience, » confessaient publiquement leurs péchés^ tandis )) que d'autres, tombant dans le désespoir, re-

» nonçaient à la foi (1). » Remarquez cette alternative; quelques-uns confessaient leurs péchés, d'autres renonçaient à la foi. S'il y avait un autre moyen d'obtenir le pardon des péchés, pourquoi auraient-ils abandonné leur foi? Tertullien, qui est plus généralement connu comme le plus ancien des auteurs ecclésiastiques qui ait écrit en latin, s'exprime ainsi : « La preuve de » cette disposition à la pénitence est plus difficile » et plus pénible , car il ne suffit point que la » voix seule de la conscience s'élève , il faut » qu'un acte public serve de témoignage. Cet » acte, que les Grecs expriment par le mot » d'êJto;MoAo^g(7/;, consiste ^aus la confession de » nos péchés au Seigneur, non pas que le Sei- )i gneur ignore nos péchés, mais parce que la )) confession conduit à la satisfaction, qu'elle » excite la pénitence, et que la pénitence adou- » cit la divinité (2). » Que ces paroles se rapportent à la publicité de la confession, nous ne le nions pas ; mais en voici d'autres qui se rapportent plus clairement à la nécessité de cette pratique. « Si vous hésitez encore, songez à ces » flammes que la confession doit éteindre, et, pour

(1) Advers. Hœr., c. xiii, p. 03-65.

(2) DePœnit., c. is, |>. ica.

» ne plus balancer à accepter le remède, mesurez )) tonte la grandeur des peines futures. Puisque » vous n'ignorez pas qu'après le baptême la » confession a été établie comme une ressource » auxiliaire contre le feu éternel, pourquoi êtes- » vous l'ennemi de votre propre salut (1)? »

Pour abréger, nous passerons sous silence un grand nombre d'autres textes, d'oii ressort la même conséquence, c'est-à-dire la nécessité de la confession, et nous arriverons à une seconde classe de citations qui établissent que l'aveu des péchés tait aux prêtres, dans le secret de la confession, est le moyeu d'obtenir la rémissiou des fautes. Saint Cyprien s'exprime ainsi : « Dieu lit » dans le cœur et dans la conscience de tous les >^ hommes, et il ne jugera point seulement leurs M actions, mais leurs paroles, leurs pensées, et les >i mouvements les plus secrets de leur âme. » Ainsi, quoique quelques-unes de ces personnes » se soient fait remarquer par leur foi et par la » crainte qu'elles avaient de Dieu, et qu'elles ne » se soient pas rendues coupables du crime d'a- » voir sacrifié (aux idoles), ou d'avoir livré les » saintes Écritures, cependant, si la pensée de n commettre cet acte est entrée dans leur esprit,

(1) DePœuil., c. xii, p. 170.

» elles doivent la confesser, avec douleur et sans >y déguisement, devant les prêtres de Dieu, dé- » chargeant leur conscience, et implorant un re- » méde salutaire, quelque peu graves et quelque n excusables qu'aient pu être leurs chutes. Elles )) le savent, on ne se moque pas de Dieu. » Dans un autre passage, il s'exprime ainsi au sujet des fautes que l'on regarde comme les plus légères : « La faute est peu grave, mais la conscience n'est n pas pure; on peut aisément obtenir le pardon, » cependant on est coupable; que le pécheur » n'omette donc pas de faire pénitence, car la » négligence aggrave une fiï"t<= légère en elle- » même. Je vous y exhorte, mes frères, que tous » confessent leurs fautes, pendant que celui qui » a offensé Dieu jouit encore de la vie, pendant j» que sa confession peut être reçue, pendant que n la satisfaction et le pardon que le prêtre accorde >) sont recevables devant Dieu (1). »

Voilà donc deux points importants qui sont actuellement acquis. Le premier, c'est que tous ceux qui sont coupables, nous ne disons pas seulement de graves prévarications, de péchés mortels, mais de péchés plus légers, d'offenses vénielles, doivent se présenter devant le prêtre,

(i) DeLapfeis, p. 196.

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