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DE LA NAISSANCE OU DE L'ORIGINE DES CONFRÉRIES EN GÉNÉRAL

SOMMAIRE. — 1. Vie des premiers Chrétiens. — 2. Origine du nom de Frère. — 3. Extinction de ce nom parmi les Chrétiens. — #4. Origine et but des monastères. — 5. Origine des confréries séculières. — 6. De l’Archiconfrérie du très-

saint Rosaire, dans l’Ordre des Frères prêcheurs.

I. — Si la vie de tous les Chrétiens était telle qu’elle fut autrefois dans la primitive Église, on n’aurait pas besoin de cette variété de confréries que nous voyons maintenant. La multitude des croyants ne faisait qu'un cœur et qu’une me, comme on le lit dans les Actes des Apôtres ?. L'accord qui existait entre leurs pensées et leurs sentiments était le même que si tous n'avaient eu qu'un seul cœur et qu’une seule âme.

1 Platus, des Avantages de l’état religieux, liv. Ier, chap. xxx1v. — 2 1v, 32,

4° Ils ne formaient qu'un cœur, parce que l’amitié parfaite et la charité mutuelle régnaient entre eux; ils s’aimaient au point d’être prête à mourir l’un pour l’autre, aussi les Gentils disaient communément en parlant des Chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment, ils sont prêts à mourir l’un pour l’autre ;»

2° Tous se revêtaient de Jésus-Christ, et en luiils étaient souverainementunis avec lui comme ils l’étaient entre eux. L’Apôtre? les appelle Saints, non-seulement à cause de leur vocation qui les appelait à une vie sainte, ou de leur baptème, dans lequel ils avaient été sanctifiés, mais encore à cause de l’union sainte qu'ils conservaient entre eux. |

3° Tous, d’après saint Grégoire Ÿ, travaillaient à connaître et à accomplir non pas leur volonté propre, mais celle de Dieu : « Par leurs pensées et par leur volonté, dit ce Père, ils ne voyaient que le Créateur; et par les affections de leur amour, tout leur désir était de voir sa face. »

4 Tous se laissaient posséder et gouverner par ce même Esprit que Notre-Seigneur et notre Rédempteur demandait pour eux à son Père *, lorsqu'il disait: « Père saint, conservez en votre nom ceux que vous m'avez. donnés, afin qu’ils soient un comme nous. »

5° Tous obéissaient pleinement et entièrement à Pierre, comme à leur père et au pasteur de l’Église.

Il. — Ils s’appeläient communément frères. Ils étaient, en effet, frères et sœurs non par la chair, mais par l’esprit; leur naissance, ils ne l’avaient pas reçue d'Adam ou de quelque autre père terrestre, mais par la mort et le baptème du Christ; ils l'avaient reçue du Christ et de son Église. Chaque jour ils communiaient,; ils priaient continuellement, ils entendaient la parole de Dieu, selon que le rapporte saint Luc; ils persévéraient dans la doctrine des Apôtres, dans la communion de la fraction du pain et dans les prières.

IIJ, — Cette sainte charité se soutint quelque temps, ainsi que la dignité de ce nom de frères parmi les Chrétiens, mais elle ne dura pas; car, à mesure que l'assemblée des Chrétiens se multiplia, la cha-

1 Tertullien, Apologie, xxx. — ? Aux Éphésiens, 1, 1. — 3 Liv. Ier sur Le Cha- Ditre 1er des Rois. — * St, Jean, xvu, 11.

rité se refroidit et vit en même temps s’éteindre la fraternité qui régnait entre eux. La force et la beauté de ce nom se maintinrent plus longtemps dans le clergé; elles durèrent tant que les membres de latrihu sainte vécurent sous une seule règle et sous l’autorité d’un seul supérieur; mais dès que cet état de choses fut tombé en désuétude, qu’on permit à chacun de vivre seul, que la propriété devint légitime, que les revenus communs commencèrent à être partagés, le nom de frère fut aboli et changé en d’autres titres, par exemple en vénérables seigneurs, en révérends chanoïnes ou curés, etc. Ceux qui possédaient des bénéfices, devinrent des maîtres; ceux qui brillaient par leur science, furent appelés Docteurs, et ceux que leur autorité élevait au-dessus de leurs semblables reçurent le nom de Pères.

IV. — Les saints Pères voyant donc s’éteindre la charité chrétienne et périr le nom si glorieux de frères, se mirent à employer tous leurs soins à choisir, parmiles nombreux fils du monde, quelquesâmes privilégiées qui retiendraient le nom de frère, et qui retraceraient par leur vie et par leurs mœurs cette sainteté et cette ancienne affection des Chrétiens. C’est ce qui porta saint Antoine et saint Basile à élever de nombreux monastères en Orient. Leur exemple fut imité en Occident par saint Augustin, saint Benoît, saint Romuald, saint Norbert, saint Gualbert, saint Bruno, notre Père saint Dominique, saint François, saint Ignace et un grand nombre d’autres.

V.— Mais, pour ne pas sembler restreindre entre les murs des monastères le nom si illustre des frères et la charité chrétienne, on inventa aussi des sociétés de laïques appelées confréries, où cette primitive charité chrétienne, ainsi que la piété, serait renouvelée, accrue et pourrait devenir florissante ; où encore on conservait le nom des frères et des sœurs jusqu'ici non prononcé. Et telle fut la cause ou l’occasion de l'établissement de tant de confréries ou sociétés de laïques que l’on voit dans l’Église. Mais je ne les citerai pas toutes; comme je l’ai dit déjà, j'ai l'intention de ne parler que de celles qui ont été établies en l'honneur de la Vierge Marie, sous le vocable de son nom vénéré, dans lesquelles prospère son culte particulier et fleurissent les œuvres de la piété chrétienne.

DE L'ARCHICONFRÉRIE DU TRÈS-SAINT ROSAIRE DE LA BIENHEURE SE VIERGE MARIE DANS L'ORDRE DES PRÉCHEURS.

VI. — Après cette commune archiconfrérie de l’Église, dont saint Luc a dit dans les Actes des Apôtres ! : «Or, la foule des croyants n'avait qu'un cœur et qu’une âme, et aucun d’eux ne disait que les biens dont il jouissait lui appartenaient, mais tout leur était commun, » la Confrérie du très-saint Rosaire, sous le nom dela Vierge Marie, glorieuse Mère de Dieu, surpassa toutes les autres, comme on le verra clairement ci-après. J’ai l'intention d’en parler plus en détail. En effet, cette archiconfrérie, entre tous les dons mémorables et sans nombre de la très-sainte Mère de Dieu envers nos Frères, est la faveur paticulière et la plus choisie que nous à valu notre Père saint Dominique. C’est lui d’abord qui l’a fait connaître au monde, elle a été ensuite de la part de ses disciples, les Frères prêcheurs, l’objet d’un culte assidu et non sans être accompagné de grands prodiges ; elle a été enfin répandue dans l’univers entier. Maïs puisque nous avons à parler plus loin sur la Rose mystique, il y aura à écrire des conférences sur le Rosaire mystique, où sera exposé le traité complet de Rosa myslica, c’est-à-dire de la bienheureuse Vierge. Nous renvoyons donc nos considérations à ce passage, puisque nous nous arrèterons à expliquer le verset Rosa myslica. Passons maintenant à d’autres confréries établies en l’honneur de la bienheureure Vierge Marie, et parlons brièvement de leur origine, de leur usage, de leurs fruits, de leur nombre et de leur éclat,

\ 4 Chap. av, ÿ. 99,

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