DE LA CONFRÉRIE DU SCAPULAIRE DE LA SAINTE VIERGE DU MONT-CARMEL
SommammE. — 1. Éloge de saint Simon Stock. — 2. La Vierge le nourrit de la manne céleste. — 3. Origine de la Confrérie du Scapularre. — 4. Approbation donnée par plusieurs Papes à la Sabbatine.— 5. Bulle du pape Paul V contre les ennemis du privilége.
I. — Quand les fleurs du très-saint Rosaire eurent répandu en tous sens leur parfum dans l’univers entier, on vit bientôt naître d'autres confréries de personnes du monde. Entre autres il y a la Confrérie du Scapulaire de la bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel, qui, par son antiquité comme par son importance, se rapproche du saint Rosaire, en est comme la sœur, étant née de la même mère, la glorieuse Vierge Marie, comme je le raconte et le fais voir d’après la Chronique des Carmes.
L'an 14240 se fit remarquer l’Anglais Simon Stock, prieur général &e l'Ordre des Carmes, que notre Bzowski, à l’année 1217, numéro 17, d’après Paléoniodore, recommanda en ces termes : «Il y eut un homme de mœurs réglées, d’une charité ardente, plein de douceur dans les” rapports, d’une grande patience, porté à la piété, propagateur si passionné de la parole divine qu’il touchait admirablement le cœur des Anglais et les convertissait à la vertu; il était d’un jugement sûr, modeste dans ses paroles, résolu dans l’action; il se montrait doux envers les petits et les humbles, bienveillant envers ceux qui s’avouaient coupables, sévère à l’égard des superbes et inflexible envers les obstinés ; enfin, il était renommé par son esprit prophétique, et, par-dessus toutes ces qualités, il était extrèmement dévot à la bienheureuse Vierge Mari’.
II. — Nommé prieur général l’an 1240, comme le mentionne, dans sa vie, la Chronique des Carmes, il honora très-ardemment la bienheureuse Vierge, Mère de Dieu, lui demanda par ses ferventes prières de daigner lui donner une preuve de son amour. La sainte Vierge y consentit. Après de doux entretiens souvent renouvelés pendant six années, elle nourrit Simon d’une manne céleste et, comme autrefois
le corbeau à Élie, la glorieuse Vierge apporta chaque jour de ses propres mains la nourriture à Simon.
IT. — Un jour qu'il priait avec plus de ferveur et chantait à sa Mère et protectrice le suave cantique : « Fleur du Carmel, vigne qui porte des fleurs, splendeur du Ciel, Vierge-Mère, femme unique, douce mère qui n’a pas connu d’époux, accorde aux Carmes tes faveurs, étoile de la mer... » la bienheureuse Vierge lui apparut escortée d’une foule d’Anges, entourée d’une grande lumière, et lui donnantle scapulaire que portent aujourd’hui les Carmes : «Reçois, lui dit-elle, mon Fils bien-aimé, ce scapulaire de ton Ordre; c’est la marque des membres de ma confrérie, et un privilége pour tous les Carmes. Celui qui mourra dans ce saint habit ne souffrira pas les flammes éternelles. Voici ce signe de salut, cette sauvegarde dans les dangers, ce gage de paix et d’un pacte fait pour l'éternité. » Et, lui mettant le scapulaire sur les épaules, elle disparut. Fier d’un si précieux vêtement, Simon laissait éclater sa joie et se vantait ouvertement d’un don si rare, que la Mère de Dieu lui avait accordé comme une marque de son amour pour lui et pour l'Ordre entier des Carmes. De partout accourent non-seulement des habitants de la campagne, de la ville, des bourgs, mais on voit venir des rois, des ducs, des princes, des gouverneurs, des nobles, hommes et femmes, qui tous regardent comme un grand honneur de faire partie d’une si grande société. Il y eut dans le nombre le roi de France, Louis, sa mère et toute sa famille; le roi d'Angleterre, Édouard, son épouse et ses enfants; Henri, duc de Lancastre; le roi d'Écosse et tous les siens; le comte d'Irlande, son épouse et ses enfants; le comte de Hainaut, le comte de Hollande et de Zélande; Henri, comte de Northumberland; Angèle, fille du roi de Bohème; Jean et Anne de Toulouse, et beaucoup d’autres princes, éviques et grands personnages. Ainsi se forma une société d'hommes et de femmes, et de là commencèrent à se construire, dans les villes, dans les cités et les municipes, des églises, des sanctuaires, des autels en l'honneur de la sainte Vierge du Mont- Carmel.
IV. — Mais cette célèbre dévotion, soit par ia négligence de l'homme, soit par une ruse du démon, commençait peu à peu à se
perdre, au point de paraître s’éteindre bientôt. La rrès-sainte Vierge Marie, au milieu d’une grande clarté, apparut au pape Jean XXIT et lui prescrivit d’avertir de ceci les Frères carmes et tous ceux qui portaient leur scapulaire: après leur mort, étant ensevelis avec ce scapulaire, s’ils ont le malheur d’être au Purgatoire, par une faveur spéciale et le patronage de la Vierge, le premier samedi qui suivra leur mort, ils seront délivrés entièrement des peines de ce lieu de supplice. Comme beaucoup doutaient de cette indulgence, s'appuyant sur ce qu’elle n’était ni accordée ni approuvée par le grand pasteur de l’Église, le Pontife romain Jean XXII l’approuva et la corrobora en ces termes : « J’approuve, je corrobore, je confirme sur terre cette sainte indulgence comme, en raison des mérites de la Vierge, le Christ l’a accordée dans le Ciel. » On trouve cette bulle dans Paléoniodore ; le pape y parle aussi de l’apparition racontée ci-dessus. Cette bulle fut confirmée par une autre d'Alexandre V, commençant ainsi : Tenore cujusdam privilegii, et qui fut publiée à Rome le 7 du mois de septembre de l’année 4409. Clément VII la confirma dans une autre bulle qui commence par ces mots: Dilectus filius Nicolaus, promulguée dans la ville de Velletni, l’an 1528, le 12 du mois de mai, il ya ce passage : « La glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu elle-même, visitera, le samedi qui suivra leur mort, les membres de la confrérie, les religieux et lessœurs, dans leur lieu de souffrance, délivrera leurs âmes des tourments du Purgatoire. » Elle fut confirmée dans un autre bref qui commence ainsi : Ex clementi Sedis apostolicæ divisione, publié à Rome l’année 1530, le 13 août, septième année du pontificat. (Voir Roderic dans le sommaire du Bullaire pour les Carmes.) Pie V la confirma et aussi Grégoire XIII, dans la bulle Ut laudes gloriosæ. (Voir Blaise Hoetius dans le petit ouvrage cité plus haut ‘.)
V. — Tandis que les Pères Carmes racontaient partout et vantaient avec ardeur ce fameux privilége approuvé et confirmé par tant de papes, des ennemis, poussés par l'ignorance ou par l'envie, se mirent à l’attaquer, et, jugeant incroyable cette délivrance des âmes
1 Chap. v.
, VIBRGE VÉNÉRABLE, 639 des peines du Purgatoire, le premier samedi après leur mort pour tous ceux qui portaient le scapulaire des Carmes, ils traitaient cela de chimères et de songes. Le grand pontife Paul V réprima leur audace par le bref Patribus Carmelitis, où se trouvent ces paroles : « Le peuple Chrétien peut croire pieusement au secours des âmes des Frères et confrères de la société de la bienheureuse Marie du Mont- Carmel, c’est-à-dire que la bienheureuse Vierge, par son intercession continuelle, par ses pieux suffrages et ses mérites, par sa protection particulière après leur mort, principalement le jour du samedi, qui est un jour consacré par l’Église à la sainte Vierge, viendra porter secours aux âmes des Frères et des confrères décédés en état de grâce, qui ont porté le scapulaire pendant leur vie, ont gardé la chasteté selon leur état, et ont récité le petit office de la sainte Vierge, ou qui, s'ils ne savaient le réciter, ont observé les jeûnes de l’Église et ont pratiqué l’abstinence aux jours prescrits, et le samedi, à moins que la fête de la Nativité du Seigneur ne soit tombée un de ces jours-là. » Ce bref fut publié en l’année 1612.
Il y a attachées à cette sainte société beaucoup d’autres indulgences accordées par les Souverains-Pontifes, que le Carme Blaise Hoetius énumère dans son ouvrage sur l’institution des Carmes et la fondation de cette confrérie. C’est pourquoi je passerai. outre sans en parler, et j’en viens à d’autres confréries instituées en l’honneur de la Vierge, Mère de Dieu.
DES AUTRES CONFRÉRIES INSTITUÉES EN L'HONNEUR DE LA VIERGE, MÈRE DE DIEU.
SommaIRE. — 1, Avant-Propos. — 2. Confrérie de Notre-Dame de Hall. — 3. Confrérie des Courroyés de Notre-Dame. — 4. Confrérie des Disciplinés de la saïnte Vierge. — 5, Confrérie de Notre-Dame de Lorette. — 6. Confrérie de l’Annonciation de Notre-Dame. — 7. Confrérie de l’Immaculée-Conception. — 8. Confrérie de la Purification de Notre-Dame. — 9. Confrérie de la Nativité de la sainte Vierge. — 10. Confrérie de l’'Assomption de Notre-Dame. — 11. De diverses formules de prières en usage dans l'Église catholique.
TI. — L’Archiconfrérie du très-saint Rosaire refleurissant, d’autres confréries séculières se répandirent comme des rejetons féconds et produisirent de grands fruits dans l’Église, nous ne rappellerons ici que celles qui ont été érigées en l'honneur dela Vierge, Mère de Dieu, La première qui se rencontre est la