‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 117 sur 125 · HI · texte numérisé non relu

HI

la 244° Conférence, combien le démon redoute la Salutation-angéli. . que. Réfutons maintenant les objections des hérétiques.

Ou L’ON RÉFUTE LES FAIBLES RAISONNEMENTS QUE FAIT ÉRASME CONTRE L'USAGE SI PIEUX ET SI RELIGIEUX DE LA SALUTATION ANGÉLIQUE, AVANT LES SERMONS ET AUTRES PRÉDICATIONS.

“Soxwaire. — 1. /Réfutation des :assertions d'Érasme contre la Salutation angélique. — 2. Réponse aux calomnies et impostures dont il veut appuyer ses. faibles objections.

T. — Les novateurs et les préte 1dus docteurs se moquent effrontément de cette pieuse et louable coutume de l’Église, qui s'accorde. si bien avec la raison. Érasme surtout, dans son Ecclésiaste, l'attaque avec impudence et il s'efforce de la ruiner par quelques raisons sans grande valeur.

Érasme dit ceci : « On invoque Marie avec plus de respect:-qu’on ne s'adresse au Christ.» Hélas! comme ce sophiste reste dansdes ténèbres en plein soleil de midi! Notre culte pour Jésus-Christ «est bien plus grand, puisque non-seulement nous le révérons en lui-même, mais aussi dans sa très-sainte Mère. Et la gloire de Jésus-Christ n’en est pas obscurcie; en effet, demêème que la lumière de la lune et des autres astres n’ôte rien à la clarté et à l’éclat du soleil; ainsi mon plus l’intercession de Marie et des autres Saints n’affaïblit en rien la grâce du Christ, de qui toute grâce découle comme de la source.

On re lui tlemande rien, à Marie, veut-il dire..C'est une pure, une évidente calomnie ; car :nous lui. disons : «:Priez pour nous, pécheurs, maintenant et: l'heure de motre mort. » Et quand même nous ne lui démanderions rien, ce seraitiassez de lui rappeler l’œuvre de la Rédemption humaïne;rendant grâces à Dieu pour legrand bienfait que nous lui devons. Que de psaumes nellit-on pas dans l'Église, dans lesquels nous ne demandons aucune grâce, mais où nous admirons seulement et nous célébrons la puissance, la sagesse, la bontéide Dieu! et pourtant il ne critique pas cela, il Papprécie au contraire.

C’est sansiexemple dans l’Écriture, et c’est une nouvelle invention

qui n'était pas en usage dans la primitive Église. La première ‘asser-

. tion est fausse, car l’Église a l’exemple de Gabriel. Et ce qui se traite

alors entre l’Ange et la Vierge, quand il lui annonça qu'il naitrait d’elle le Fils de Dieu, semble avoir son analogie dans l’exposé que 'e

prédicateur fait au peuple de la parole de Dieu, comme je lai expli-

qué précédemment. Ce n’est pas non plus une chose nouvelle dans l’Église, mais c’est un usage qui a des siècles de date et qui s'est continué, comme nous l’avons montré. Mais alors même qu'il serait nouveau, ilne faudrait nullement le rejeter, attendu que, de la sorte, on n'aurait rien approuvé comme ancien, car tout a été nouveau autre-

fois. Etsi une chose est ancienne, ce n’est pas une raison pour qu’elle

doive durer toujours; à ce compte, la loi de Moïse devrait durer encore. Or, ce que dit Érasme, que cette coutume ne fut pas usitée dans la primitive Église, nous avons montré précédemment combien c’est faux, en traitant de l’importance et de l’excellence de la Salutation angélique. Mais admettons que dans la primitive Église la Salutation angélique ne fut pas d’un usage fréquent, iln’y a là rien d’étonnant ; en ce temps-là, il s’agissait d'enseigner et de répandre le Christ. Et c’est pour cela que saint Paul, dans ses Épitres, nomme, annonce, célèbre si fréquemment Jésus-Christ. IL fallait alors aussi implorer sa faveur et son secours pour graver plus profondément dans le cœur des âmes fidèles, son amour, son culte, la foi, la dévotion qu'ils lui devaient. C’est pourquoi il y avait d’abord à enseigner le culte dû à la Mère de Dieu. Une fois le culte et l’adoration de Jésus-Christ répandus par tout l'univers, il fallait enseigner et publier aussi le culte de Marie, pour qu’ainsi, après le Christ, Dieu et homme, on honorât, on vénérât, on bénit la première créature pleine de grâce, C'est de là que la Salutation angélique est devenue d’un si grand usage dans la suite du temps.

Parfois l’invocation à la Vierge ne concorde pas avec le sujet du sermon. Comme si, par exemple, on avait à parler.de l’impureté ou de l’orgueil ! Mais la sainte Vierge ne peut-elle nous aider dans la réprobation des vices ainsi que dans la recommandation des vertus? Est-ce qu'un pareil sujet se rapportera mieux à Jésus-Christ ou au Saint- Esprit? Bien moins, je pense. ;

Qui donc faudra-t-il invoquer ? Jupiter ou Mercure ? Vénus ou Flore?

On lit dans l’Épitre de saint Jacques? : « Si quelqu'un de vous manque de sagesse, qu’il la demande à Dieu qui donne à tous libéralement. » Il ne dit pas: «Qu'il demandeàla Vierge. » La plaisante objection! Est-ce que celui qui demande par l’entremise de la Vierge ne demande pas à Dieu? Sa demande a bien plus de force parce que, abaissés que nous sommes et nous défiant de nous-mêmes, il nous est plus facile d’être exaucés par l’intercession dela Mère de Dieu que sans elle.

Le Christ a dit à ses Apôtres et, en leurs personnes, à tous les prédicateurs? : «Ce n’est pas vous qui parlez, mais l'Esprit de votre Père qui parle en vous. » D’après cela, c’est le Saint-Esprit et non la sainte Vierge qu'il faut invoquer. Je nie la conséquence comme étant mille fois absurde. En effet, de même que le Fils de Dieu ne nous a été donné que par la sainte Vierge, instrument de l’incarnation, ainsi, c’est par elle que nous est donné en commun l’Esprit-Saint. C’est pour cela que, quand le Saint-Esprit fut envoyé d’abord sur les Apôtres, Marie se trouvait dans le Cénacle, priant avec ferveur et corrigeant l’imperfection des prières que les Apôtres et les autres fidèles adressaient à Dieu pour son avénement. Comprenons qu’elle fait de même avec nous, quand nous demandons de recevoir le Saint-Esprit.

IT. — Enfin, Érasme s'efforce d’étayer par des calomnies et des impostures ses minces objections. Cette coutume, prétend-il, a été introduite dans les sermons pour flatter le sexe féminin. Impudence! parce qu'il était pris lui-même dans les filets de l’amour sensuel, croit-il que tous les prédicateurs font la cour aux femmes en saluant la Mère de Dieu ? En outre, il croit que cet usage était admis chez les Païens et les poëtes qui invoquaient la muse. C’est une grave imposture que nous avons réfutée plus haut et dans une Conférence précédente. En dernier lieu, ce qu’il prétend, que nous invoquons la bienheureuse Marie à la place de Vénus, n’est qu’un horrible blasphème. Quelle fureur est la sienne! Quelle impiété ! Quelle immense folie! Cette

11,5. — 2 St. Matth., x, 20.

VIERGE VÉNÉRABLE. 693 Vierge, que saint Jean Chrysostome, dans ses écrits, juge avec raison plus élevée en honneur qu’un Chérubin, incomparablement plus sainte et plus pure que tous les Anges, la comparer à Vénus, une impure courtisane! En vérité, je suis peiné et je rougis de rapporter de semblables paroles. Qu’Érasme le prenne à l’aise avec sesbagatelles, ou plutôt avec ses blasphèmes; et nous, gardons religieusement cette pieuse, cette sainte coutume ; vénérons et saluons de toute l’affection de notre cœur la glorieuse Mère de Dieu, pour obtenir, avec sa protection, la grâce du Saint-Esprit et enfin la gloire éternelle. Ainsi soit-il.

Qui À ÉTABLI, ET POUR QUELLES CAUSES, L'USAGE D'ENGAGER, PAR TROIS COUPS DE CLOCHE, TROIS FOIS PAR JOUR : LE MATIN, A MIDI ET LE SOIR, LES FIDÈLES À SALUER LA VIERGE, MÈRE DE DIEU, PAR TROIS SALUTATIONS ANGÉLIQUES ?

SOMMAIRE, — 4. Avant-propos. — 2, Raisons de l’'Angelns. — 3, L’Angelus enrichi d'indulgences à l’occasion d’un miracle. — 4. Motifs qui nous engagent à pratiquer cette dévotion,

I. — C’est une ancienne institution de l’Église de saluer trois fois par jour la glorieuse Vierge Marie, Mère de Dieu, par une tripe Salutation angélique ; et il ferait preuve de peu de piété celui quin’aurait pas l'habitude de découvrir la tête, de tomber à genoux même dans les bourgs, les places, pour vénérer cette Mère très-sainte, et de rappeler à son souvenir le grand mystère et bienfait de l’incarnation du Christ, par ces paroles : Angelus Domini nuntiavil Marie et concepit de Spiritu Sancio. Ave, Maria, etc., comme on le trouve dans les livres de prière.

Degravesauteurs, parmilesquels vouspouvez lire Arnold!,disentque c’est le Souverain-Pontife Urbain II, qui, dans le Concile de Clermont, étabiit cette pratique si pieuse et si religieuse. Ce Pontife, s’efforçant d’arracher la Terre-Sainte aux mains des Sarrasins et de la rendre aux Chrétiens, décida, pour obtenirlesecours divin contre les Barbares, que

1 Liv. V de l'Arbre de vie, chap. xxvir

tous les fidèles salueraient deux fois chaque jour, le matin et le soir, la bienheureuse Vierge par la Salutation angélique.

II. — On ne sait pas à quelle heure précise le Fils de Dieu est descendu sur la terre, a daigné prendre la nature humaine dans le sein de la Vierge, et s’est fait homme.

Quelques auteurs ont pensé: qu’il était descendu le matin, lorsque la nature, c’est-à-dire l’aurore, commence à se montrer; car à ce moment l'esprit humain est mieux disposé pour les choses divines. La bienheureuse Vierge Marie était très-bien disposée, car elle avait l’habitude de consacrer à Dieu, par la contemplation, cette partie du jour jusqu’à la troisième heure, comme le rapportent des auteurs graves etestimés; ce moment a été désigné en figure, puisque la manne tombait du ciel pour les fils d'Israël au commencement du jour‘. Cette opinion a été soutenue par deux théologiens de notre Ordre, et revêtus de la dignité épiscopale; ce sont Albert le Grand et saint Antonin ?.

Quelques autres veulent que le Fils de Dieu soit descendu sur la terre, qu’il ait pris notre nature dans le sein de la Vierge, le soir, et que la mission de l’Ange et l'entretien de la Vierge avec lui se soient ‘prolongés jusqu’au milieu de la nuit, afin que la vérité répondit à la figure. C’est à cette heure, en effet, que Rébecca, qui fut la figure de la Vierge Marie, reçut la nouvelle du serviteur d'Abraham qui la prenait pour épouse à son filsÿ. Car de même que l’envoyé d'Abraham vint le soir auprès de Rébecca pour la fiancer au fils de son maître, ainsi il était convenable que Gabriel, l’envoyé de Dieu, vint aussi le soir choisir Marie pour épouse du Fils de Dieu. 11 faut donc croire que l’incarnation du Christ a eu lieu à l’un de ces deux moments; c’est donc à bon droit que l’Église invite à ces heures-là, par le son de la cloche, tous les fidèles à saluer la Mère de Dieu, afin qu’ils se rappellent le mystère de l’incarnation du Fils de Dieu, que, prosternés à genoux, ils rendent grâce à Dieu pour un tel bienfait, et qu’ils félicitent la très-sainte Vierge Marie de tant de joie et de tant de dignité.

1 Hrode., xv1, 13. — 2 IVe Part. de sa Somme. — 3 Genèse, xxIv, 63.

VIERGE VÉNÉRABLE, 695 Quelques auteurs attribuent l'institution de cette pieuse pratique

à saint Bonaventure, le Docteur séraphique; mais il en fut seulement,

l’ardent propagateur, car: toutes les fois qu'il prêchait au peuple, il l’exhortait à aimer la bienheureuse Vierge Marie avec une piété toute particulière, et à l’honorer par la récitation de la Salutation angélique, surtout lorsqu'ils entendaient après complies le son de la cloche, comme l’atteste Pierre Ribadeneïira, d’après Galesini, dans la vie de ce Saint. Cette sainte coutume de sonner matin et soir pour la Salutation angélique, commencée au Concile de Clermont, qui fut célébré en l’année 1094, fut très-bien observée pendant cent soixante-et-onze ans, jusqu’à Grégoire X, quiordonna de sonner aussi à midi, afin quelabienheureuse Vierge Marie füt honorée trois fois, en considération des trois sortes de mystères surlesquels, dans la récitation du saint rosaire, les personnes pieuses ont l’habitude de méditer en l'honneur de la Vierge, Mère de Dieu. Les mystères se divisent en cinq joyeux, cinq douloureux et cinq glorieux. Le tintement du matin invite à méditer sur les mystères joyeux, à cause de l’incarnation qui, à ce que l’on croit, a eu lieu le matin, comme nous l’avons déjà dit. Le son de cloche du midi rappelle les mystères douloureux, à cause des grandes et suprèmes douleurs que le Christ, déjà près de mourir, a souffertes sur la croix vers l'heure de midi, avec sa Mère pleine de tristesse. Le soir, la cloche nous invite à méditer les mystères glorieux que nous espérons voir clairement dans la gloire. éternelle, après le soir de cette vie, c’est-à-dire la mort : ainsi est prouvée l’antiquité du saint rosaire. Nous saluons encore la bienheureuse Vierge le matin, pour lui recommander toutes nos actions de la journée, afin que, par son inter-

cession, nous soyons préservés du péché et affermis dans les bonnes.

œuvres. Nous la saluons à midi, afin qu’au milieu du jour nous retrempions notre esprit par cette courte prière. Nous la saluons le soir, afin d'obtenir, par son intercession, le pardon des péchés que nous avons commis volontairement ou involontairement pendant la journée, et pour être protégés par ses mérites pendant la nuit.

Or, cette manière de prier ne manque pas de fondement. Le prophète royal, en effet, dit qu’il a fait ainsi en l’honneur de Dieu‘ : « Le matin,

2 PS TIV. 18.

La 696 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE. à midi et le soir, je raconterai et j’annoncerai ta gloire, et il exaucera ma prière. » :

III. — Le Souverain-Pontife Jean XXII accrut cette dévotion, vers l’an du Seigneur 1320, et l’enrichit d’indulgences à l’occasion d’un miracle que Jean Herbort, auteur des Discours du disciple, raconte en ces termes : « La veille de l’annonciation dela bienheureuse Vierge Marie, deux coupables furent attachés par la justice séculière à des poteaux par les mains et par le cou, pour être brûlés. Le feu étant allumé, un des deux criminels invoquait souvent la bienheureuse Vierge, lui rappelant s’il avait quelquefois jeûné, fait des prières, ou quelqu’autre chose en son honneur. Et voilà que ses vètements et son corps résistent au feu, qui ne consuma que les liens des mains et du cou. Il fut jeté une seconde fois dans le feu sans être lié, et de nouveau il resta sain et sauf, et il sortit du feu. Il fut alors conduit dans une église de la bienheureuse Vierge, et le pape Jean XXII décréta que le soir on sonnerait les cloches, et que celui qui, à cette occasion, réciterait à genoux trois Ave, Maria, gagnerait vingt jours d’indulgences. On a aussi de ce miracle et de ces indulgences un témoignage public. » Voilà ce que dit. le Disciple, du tintement des cloches du soir. Vous trouverez plusieurs autres indulgences là où nous parlons du rosaire. Callixte III a confirmé cette manière de prier, le matin, à midi et le soir, pour inviter le peuple à prier contre les Turcs, afin d’obtenir la paix des Chrétiens, comme l’attestent Platina et Alphonse Chacon, dans la Vie du Pape Callirte.

IV.— De là vient que cette manière de saluer la sainte Vierge Marie trois fois par jour est considérée dans l’Église comme si sainte qu’elle peut se pratiquer même dans les lieux soumis à l’interdit ecclésiastique, comme l’enseignent de graves canonistes {.

Cette pieuse manière de prier était pratiquée avec dévotion entre autres par saint Charles de Borromée, cardinal et archevèque de Milan. Toutes les fois qu’il entendait la cloche annonçant la Salutation angélique, quelque part qu’il fût, même dans un chemin boueux,

1 St. Antoine, Ille tit., ne quest, ÿ. 4, vers la fin; Ange de Clavario, Silvestre Brurias, Cabienna, au mot Interdit, et Navarrus, dans son Manuel, chap. xxvir, n°177.

2 pr

VIERGE VÉNÉRABLE. 697 il descendait de voiture ou de cheval, se mettant à genoux à terre, et il saluait dévotement la Reine du Ciel par la Salutation angéliquet. Puisque l’Église recommande cette pieuse manière de saluer la bienheureuse Vierge Marie, qu’elle nous y invite par des indulgences, que le rosaire nous la conseille, que les exemples nous y entraînent, pratiquons-la jour et nuit sans interruption, et,avecl’Archange Gabriel, disons à la Mère du Ciel : Ave, Maria, gratia plena. — Voilà pour la Salutation angélique; passons maintenant aux autres formules de prières et de dévotion établies en l'honneur de la Vierge, Mère de Dieu.

Page 1