‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 12 sur 125 · CONFÉRENCE BOUCHE · texte numérisé non relu

CONFÉRENCE BOUCHE

SOmmAIRE. — 1. L’haleine de la Vierge était suave comme le parfum des pommes. — 2. Les pommes signifient les vertus intérieures.

I. — L'Époux, louant la bouche de la bienheureuse Vierge, emploie ces belles paroles : « L’odeur de votre bouche est comme celle des pommes !. » De même qu’une haleine fétide est désagréable pour tous et surtout pour ceux qui ont les sens délicats et qui aiment ce qui est délicat et suave, la bonne odeur de la bouche, au contraire, est agréable pour tous et surtout pour ceux qui recherchent les choses exquises. L’'Époux céleste, qui est l’auteur et l’ami de toute pureté et de toute beauté, loue la bouche de son Épouse parce qu’elle répand l’odeur trèssuave des pommes.

Quelques dévots serviteurs de Marie pensent que sa bouche virginale et, plus encore, son corps tout entier, bien qu’il ne füt pas imprégné de parfums, répandaient cette odeur suave. Je ne blâme pas cette pieuse croyance, je l’approuve, au contraire, et je donne des raisons pour l’appuyer.

Suivant Théophraste, les odeurs suaves sont produites par des sucs distillés par la chaleur, ce qui fait que les contrées arides et brülantes produisent en abondance des parfums exquis. Que faut-il donc penser de la bienheureuse Vierge, chez qui les humeurs terrestres, charnelles et sensuelles, avaient été consumées par ce feu divin qui l'avait embrasée tout entière, qui l’avait disposée, préparée, afin qu’elle fût le digne tabernacle du Fils de Dieu? Qui pourrait dire combien ce corps fut suave, odoriférant, ce corps, dis-je, qui renfermait le Christ, oint de l’huile d’allégresse, dont l’odeur était inestimable?

1 Cantique, vu, 8.

Les corps glorieux répandent une odeur délicieuse, parce que leurs entrailles. sont remplies non pas de vils excréments, mais par une substance précieuse : c’est ce qu'a enseigné notre saint Docteur t, Quelle odeur répandait donc ce corps très-saint qui était comme une coupe sans tache remplie d’aromates divins, qui donna au monde un baume précieux, dont la suavité fait dire aux âmes des fidèles embra-

. sées d’amour : « Nous courrons à l'odeur de vos parfums ?? »

Plutarque raconte d'Alexandre le Grand, que sa bouche répandait une odeur très-suave. Je ne recherehe pas d’où provenait cette odeur. Quant à la bienheureuse Vierge, on ne doute pas qu’elle ne provint de son âme, pleine de toutes les grâces et de tous Les dons du Saint- Esprit, qui lui valaient auprès de Dieu et des hommes une merveilleuse faveur.

II. — Mais il est temps de nous demander pourquoi l’odeur de la bouche de l’Épouse est comparée à l’odeur des pommes. Les pommes signifient les vertus intérieures, qui naissent dans le jardin de notre cœur sous l’action de notre bonne volonté; elles deviennent une nourriture pour les autres par l’enseignement de bonnes doctrines. La bienheureuse Vierge Marie était un jardin très-agréable rempli de ce pommes. Aussi invitait-elle son Époux par ces paroles : « Que mon bien-aimé vienne dans son jardin et qu’il mange du fruit de ses arbres ?. » À quoi l’Époux répondait : « Je suis descendu dans le jardin des noyers, pour voir le fruit des vallées, pour considérer si la vigne avait fleuri, et si les pommes de grenade avaient poussé *. » Car, après que le Christ fut descendu dans le sein de la Vierge, cette vigne, qui est l’âme très-sainte de la Vierge, commença à se couvrir de fleurs nouvelles et à développer le germe de la grâce.

Il y a différentes espèces de pommes : il y en a de rouges, de dorées,

de vertes, de blanches, de müres, de dures, de molles, d’âpres, de

douces. Ainsi, dans l’âme de la Vierge, il y avait des vertus diverses. La rouge, c’est la charité; la dorée, c’est l’honnêteté; la verte, c’est la pureté de l'innocence; la blanche, c’est la chasteté; la mûre, c’est la tempérance; ia dure, c’est la mortification de la chair; la molle, c’est

1 IV, Disc. xuv, quest. re, — ? Cantique, 1, 3. — 3 Ibid, v, 1 — # vi, 10.

la bienveillance; l’âpre, c’est la justice; la douce, c’est la miséricorde.

La bienheureuse Vierge Marie présentait ces pommes à son Epoux : «Je vous ai gardé, Ô mon bien-aimé, les nouveaux fruits et les anciens !, » Ces fruits répandaient une odeur très-suave : « Vos plants forment comme un jardin de délices, rempli de pommes de grenade et de toute sorte de fruits ?.» C’est donc avec raison que l'odeur de sa bouche est comparée à l’odeur des pommes.

Page 1