CONFÉRENCE DENTS
Somwame. — 1. Les dents de Marie comparées à un troupeau de brebis, — 2. Ce qui veut dire qu'elle prêcha la parole de Dieu et célébra ses louanges. — 3. Commentaires de saint Bernard.
I. — L'Époux, louant les dents de la Vierge, dit : « Vos dents sont comme un troupeau de brebis tondues, qui sont montées du lavoir, et qui portent toutes un double fruit, sans qu’il y en ait de stériles parmi elles ÿ. »
Les dents sont le principal ornement des femmes; les dents blanches et brillantes les rendent plus gracieuses et plus aimables. Afin que l'Époux manifestât clairement son amour pour son Épouse, il loue ses dents : Vos dents, dit-il, sont comme des troupeaux, etc.
Les dents indiquent la pensée, la méditation continuelle des choses divines. Aussi, dans l’Écriture le mot « dent » désigne les Apôtres, les prédicateurs, les religieux, qui font une méditation assidue des choses divines, comme cela a été remarqué par Origène*, saint Ambroise 5, saint Grégoire. De même que les dents divisent, broient, réduisent la nourriture sous un petit volume et en font une substance propre à entretenir la vie ; de mème, les prédicateurs éloignent les hommes du vice et du péché, écrasent, détruisent les infdèles, et, expliquant l'Écriture-Sainte, ils la rendent plus claire pour les ignorants, ils la mâchent, pour ainsi dire, comme les mères émiettent le pain à leurs enfants, afin que de faibles ils deviennent forts.
Cantique, 1v, 2.— 2? Ibid.,1v, 18.— 3 Ibid., 1, 2.— * Homélie xue, sur la Genèse.
— $ De la Bénédiction des patriarches, chap. 1v. — 6 Morales, liv. IV, chap. xxv, et liv. XI, chap, xvr.
MÈRE AIMABLE. | 65 11. — Tout cela s’applique surtout parfaitement à la Mère de Dieu, puisqu'elle est la Reine des prédicateurs et de ceux qui célèbrent les louanges de Dieu. Ses dents, c’est-à-dire ses méditations, sont semblables à des brebis tondues qui montent du lavoir. Je dis à des brebis, parce qu’elles sont le symbole de l'innocence et de la pureté; fondues, parce qu’elles sont pures de toute souillure terrestre. . Le Docteur saint Bernard, à la parole de miel, dans le vr° de ses Petits sermons, comparait les religieux à des brebis tondues : « C’est avec raison, dit-il, que les moines sont comparés à des brebis tondues; en vérité ils sont tondus, car il ne leur est resté ni leur cœur, ni leur corps, ni quelque chose de mondain. » On doit dire la même chose avec plus de raison de la bienheureuse Vierge Marie, qui fut toujours étrangère aux soucis terrestres et aux affaires du siècle, et qui s’adonna entièrement aux seules choses divines. C’est pour cela qu’ellemême dit dans le Cantique : «Qu'il me donne un baiser de sa bouche, » Il, c’est-à-dire l’Époux. Elle ne désire pas la beauté des créatures, elle n’aime, ne convoite rien qui soit au pouvoir des créatures, elle ne souhaite que les lèvres de son divin Époux.