ORNEMENTS DU COU
SOMMAIRE, — 1. Colliers. — 2. Chaînes d’or marquetées d'argent.
1. — D’après saint Bernard, le cou de la Vierge désigne son esprit pur et simple. En effet, de même que le cou de la Vierge fut le canal de tous les aliments corporels, de même l'esprit de la Vierge a fait passer en elle les beautés spirituelles, savoir : la vérité, nue, pure et simple. Orné de cet ornement, il n’en a pas besoin d’autres, mais il orne lui-même comme un collier précieux son intérieur, et voilà pourquoi on le décrit au moyen de ces colliers. « Un bon collier, dit saint Bernard, c’est la pureté; un bon collier, c’est la pureté ou simplicité; un bon collier, c’est d’être savant avec sobriété. L'esprit des hérétiques et des philosophes n’a point cet éclat de la pureté et de la vérité, et voilà pourquoi ils ont tant de soins pour le colorer, pour le farder avec les colliers des mots et les arguties des syllogismes, de peur que,
en apparaissant toute nue, la honte de la fausseté éclate à tous les yeux. »
1 Liv, VI, sur les Cantiques.
L’'Époux, voulant louer le cou de la Vierge, le compare aux colliers : « Votre cou, dit-il, est comme des colliers‘, » Les colliers sont des ornements de jeunes filles ou de matrones qu’on porte au cou pour le parer. Ce sont plusieurs pierres de grand prix liées entre elles par un fil. On y voit une pierre plus précieuse que les autres, enchâssée dans l'or et pendant du cou sur la poitrine. Le collier est aussi un ornement de la gorge suspendu au cou pour prêcher la vertu, surtout la vertu de chasteté. Autrefois, on conférait un collier pour récompenser une action d'éclat. Aussi le mot monile vient-il de munus, parce qu’on le donnait en récompense. C’est la remarque d’Isidore?. Par conséquent, le collier, beau en soi, rend le cou plus gracieux et est un témoignage de vertu.
Lors donc que l’Époux loue la Vierge, il la loue non point d’avoir un cou orné de colliers, mais un cou beau comme des colliers, si agréable et si charmant qu’il est lui-même un collier, n’a aucun besoin d'ornement extérieur pour se parer, mais est par lui-même comme toute espèce de colliers, contenant en lui-mème toutornement et toute beauté. [l ne dit pas « comme un collier, » mais «comme des colliers » au pluriel, afin que la beauté de la Vierge puisse ainsi se comparer à tous les ornements et à tous les colliers. Le cou de la Vierge est, en effet, un collier de vertus, un ornement de grâces, un trésor de dons spirituels, une union et une connexion de pierres célestes.
Quand Pharaon constitua Joseph prince ou chef de l'Égypte, il prit
l'anneau de sa main et le mit à la sienne ; il le revèêtit d’une robe de soie et passa autour de son cou un collier d’or. Ainsi Dieu, pour proclamer sa Mère Reine de l’univers, du Ciel et de la terre, l’orna de colliers d’or en signe de son empire et de sa domination sur toutes les créatures.
«Le collier de la Vierge, ditOrigènet, c’est l’obéissance.» De même, en effet, que le collier fabriqué avec de l’or fléchissant est flexible, suit en tout la direction et la flexion de l’orfèvre; de même, la sainte Vierge était obéissante; elle obtempérait en tout aux volontés de Dieu, artiste suprême, et remplissait entièrement sa volonté.
1 Cantique, 1, 9. — ? Étymologie xx°. — 3 Genèse, xui et xt. — # 1° Homélie sur les Cantiques.
ve CONXÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE.
« Le collier.de la Vierge..dit Rupert !, est la médiocrité d’or dans les paroles.».De même, en effet, que les colliers protégent la poitrine des femmes pudiques, ce qui leur a donné ce nom-demonilia, indiquant une idée de protection pour la poitrine-sur laquelle aucun étranger, aucun impudique ne doit mettre la main; de: même, les paroles de la Vierge protégeaient son cou, non-seulement pour que sa voix ne fit entendre rien d’oiseux, de nuisible où de désordonné, mais encore de peur que.le secret ou mystère divin qui lui avait été confié ne trouvât légèrement une voie ou'une issue par laquelle une oreille étrangère le saisirait et ne saurait le garder. De même donc que la Mère de Dieu était belle par son cou, de mème elle fut ornée d’une modération trèsconvenable dans ses paroles.
Le collier de la Vierge, c’est une doctrine chaste ‘et l'exemple des meilleures vertus. Notre saint Thomas, par de coude l’Épouse, entendait les Docteurs de l’Église. De mème, en effet, que par le cou les aliments sont fournis au corps pour le réconforter, que, par le canal du cou, les discours qui manifestent les secrets des cœurs sortent ;* de même, les Docteurs non-seulement nous fournissent l'aliment de la doctrine salutaire, mais ‘encore nous manifestent les secrets des Écritures. Ce.cou de l’Église est donc comme unicollier, parce que les saints Docteurs l’ornent des diamants de la doctrine ét des parures des vertus. — A plus forte raison, un cou‘de:ce genre convient à la sainte Vierge, puisque par elle.se manifestent et sont révélés aux fidèles les aliments des discours divins et les :secrets de la science et de la sagesse de Dieu. Et, parce qu’elle est: ornée de très-chastes exemples et d'excellentes vertus, son cou est à bon droit comparé aux colliers.
Le collier de la Vierge.est le corps humain pris par le Verbe dans son sein virginal. La sainte Vierge a, en effet, acquis des-colliers insignes: et très-précieux, lorsque le Verbe de Dieu embrassa son cou par l’Incarnation, comme l’expose saint Jérôme dans sa oxzvi° Leitre à Damase,
Le collier. de la Vierge, c’est le Christ lui-même, le plus beau des enfants des hommes, qui ornait merveilleusement sa Mère quand
1 Liv. Il, sur les Cantiques.
MÈRE AINADLE. 15
elle le portait petit enfant dans ses bras, quand'elle l’allaitait de ses mamelles, ie baïsait de:ses-chastes lèvres. Alors, ‘en effet, suspendu à son cou, elle l’ornait comme un collier très-précieux.
Il.— Autre ornement. QG Nous vous ferons des chaines d’or marquetées d'argent !. » Ce sont des ornements de cou pour les jeunes et petites filles; petites baguettes d’ortordues, mélangées de‘fils d'argent très-subtils.et très-gracieusement variés. Le texte porte vermiculatas argentd, c’est-à-dire distinctes et réunies entre elles comme ces vers detterre qu’on‘appelle les lombries. Le mot murænulas est emprunté à da ressemblance de ces chaïînettes avec le ‘poisson marin qu’on appellemurène. Cest:le commentaire de: saint Thomas.
Mystiquement., d'après le vénérable :Bède ? les petites chaînes de l'Époux sont les Écritures divines avec lesquelles l’âme du juste s’entourecomme d’un-collier, lorsque, dans tout ce qu'il ditret fait, il a toujours-en vue da:sainte Écriture. Elles sonttissues d’ortet d'argent, parce que les Écritures sont d’or à cause de la sagesse, et marquetées d'argent à cause de la parole «etide la prédication, Ces ‘chaînes, la bienheureuse Vierge Marie les aeues, car elle s’appliquait rigoureusement à la sainte Écriture, sur les prescriptions de laquelle elle réglait tousises actes, pensées et paroles’
Ou bien, pour en revenir à.la première interprétation du ‘cou que nous avons dit signifier l’obéissance iles chaines représentent les récompenses etles ornements promis à lobéissance. Au cou de Pobéissant sont suspendus dans le Ciel des ornements très-plorieux et irès-beaux. Ornements d’or à cause de la charité; marquetés d'argent à cause de la pureté deconscience.Il<est bien juste, en effet, que le
cou qui a porté le joug du Seigneur, après qu'on a ôté le:joug, soit décoré de nombreux ornements. Toutes ces choses regardent surtout
la Vierge, qui a surpassé par la vertu d’obéissance, comme l’or et l'argent surpassent les ‘autres métaux. Sans parler de cétacte d’obcissance par lequel ellese soumit à la loi de la purification, qui :ne’la regardait point, et de ‘cet autre par lequel elle se tint debout près'de la 1e, offrant son Fils à la volonté de son Père, je citerai celui par
11, 10, — 2 Liv. II, sur les Cantiques,
lequel elle consentit en ces termes à la salutation de l’Ange: « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole. » Alors, en effet, elle mérita plus que tous Les Saints par tous leurs actes, selon la remarque de saint Bernard dans son xvu° Sermon pour les Fétes de la sainte Vierge. C'est donc à bon droit que des chaînes d’or marquetées d'argent sont suspendues à son cou.
Je crois que ça été la pensée de saint Bernard *, lorsque, par ce murænulas, il a entendu des ornements d'oreilles et non des ornements de cou, nous enseignant que ces pendants d'oreille ont été donnés à l’Épouse lorsqu'on lui donna les ornements des oreilles, la connaissance variée des choses divines. La sainte Vierge a eu d'autant plus exclusivement ces parures, qu’elle a dépassé les autres Saints en obéissance et en méditation des choses divines.
D’autres, par ces chaînes d’or marquetées d’argent, entendent la charité ornée de sagesse. D’ordinaire, c’est l’argent qu’on dore; ici, au contraire, on place l'argent sur l’or pour que vous sachiez que la charité doit passer avant la science, et que cette dernière, symbolisée par l’argent, doit être fondée sur l’or très-pur de la charité. Les Septante traduisent points d'argent. Les éléments si subtils de la science, que nous appelons des points, doivent être fondés sur la charité. La bienheureuse Vierge Marie a eu de semblables chaines, car elle possédait une charité très-ardente conjointement avec une science très-parfaite, comme nous l'avons prouvé plus haut, à la 94° Conférence, et cette science était fondée sur la charité, comme les autres verlus.
D'autres entendent, par ces chaînes marquetées ou pointées d’argent, la foi, la charité, distinctes des bonnes œuvres, en sorte que la foi et la charité soient une chaine d’or, et que leurs effets sont des marqueteries ou points d'argent.
Par chaines d’or, on entend l’amour de Dieu; par les marqueteries ou points d'argent, on entend l’amour du prochain. Nous avons abondamment prouvé, à la 97° Conférence, que la bienheureuse Vierge Marie a eu ces ornements.
1 xive Sermon sur les Cantiques.
MÈRE AIMABLE, w7(
Notre saint Thomas, écrivain loué par la bouche du Seigneur, entend par les chaînes les louanges et les éloges dont les saints prophètes, évangélistes et Apôtres, dans les Écritures, et les Docteurs dans leurs commentaires, ont orné la Vierge. C’est à bon droit qu’on les dit marquetés d’argent, parce que les louanges adressées à la Vierge dans les Écritures, par le Christ, par les Évangélistes ou par : les Apôtres, sont des louanges d’or, des louanges suprèmes, comme d’être Mère de Dieu, Vierge et Mère, etc.; tandis que les louanges prèchées par les saints Docteurs sont marquetées d'argent. En effet, quoiqu’elles constituent une grande louange pour la Mère de Dieu, elles ne sauraient être égalées aux premières, puisque le titre de la maternité divine est un titre suprème et le plus élevé qui puisse être attribué à la Mère de Dieu, comme nous l’avons prouvé à la 406° Conférence.
Ajoutez que, de même que le Christ était un composé d’or et d'argent, de natures divine et humaine, dans une seule hypostase du Verbe; de même, les ornements de la Vierge se composent d’or et d'argent, je veux dire de maternité et de virginité, et, de même que le Fils subsiste dans la nature divine et dans la nature humaine, de même Marie est en mème temps Mère et Vierge.
Les Septante traduisent : « Nous vous ferons des semblants d’or avec des pointes d'argent et des séparations d’argent. » Quoique Marie n’ait point de sa nature la divinité, n’étant pas déesse, mais créature, les ressemblances d’or nous présentent les ornements des grâces et des vertus que Dieu lui avait conférées; car ils rendent la personne de la Vierge unie de très-près à Dieu.
On dit, à bon droit, « avec des points d’argent, » avec des séparations, parce que chacune des vertus de la Vierge, divines et morales, étaient parfaitement jointes ensemble, mais elles se distinguaient en ce que chacune d’elles atteignait le degré le plus élevé qui convient à une pure créaiure,