CONFÉRENCE TAILLE
SouwamE. — 4. Estime générale. — 2. Taille corporelle. — 3. Taille spirituelle, — 4. Symbole du palmier.
I. — « Votre taille est semblable à un palmier ?. » La taille du corps sert beaucoup à la gloire d’un homme. Saül est loué de ce qu’il « dépassait tout le peuple de la hauteur des épaules et de la tête 5. » Les Lacédémoniens, comme nous l’avons rappelé à la 117° Conférence, infligèrent une forte amende au roi Archidamus, parce qu’il avait épousé une femme de petite taille, disant qu’il en résulterait des rois petits et faibles. C’est ce que rapporte Plutarque dans sa Vie d’Agésilas.
Ceux qui ont écrit l’histoire des hommes illustres, les louent beaucoup de la taille convenable de leur corps. Trebellius Pollion, dans sa Vie de l'empereur Claude, raconte ceci: « IL était de taille élevée, avait des veux vifs, un visage agréable et beau, les doigts tellement forts qu'il lui est souvent arrivé de casser d’un coup de poing les dents des chevaux et des mulets.» Théodoret* raconte de l'empereur Constantin le Grand que la taille de son corps méritait beaucoup d’éloges. Un général romain n’admettait jamais dans son armée un soldat, sil n'avait au moins six pieds de haut.
Lentulus, proconsul romain, raconte du Christ, Notre-Seigneur et Rédempteur, dans sa lettre au sénat et au peuple romain : « Il était de taille élevée. » À Rome, on voit la mesure de la taille du Sauveur. On dit que jusqu'ici il ne s’est rencontré personne qui en eùt une exactement semblable: tous se trouvent ou plus grands ou plus petits.
11. — C’est donc à bon droit que l’Époux loue la taille de la bien-
À xt, 8. — ? Cantique, vu, 7. — 8 Ier Livre des Rois, x, 23. —# Histoire ecclésastique, Liv. Ier, chap. xvn.
heureuse Vierge Marie. Nous avons déjà donné la description de cette taille corporelle, d’après Nicéphore Calliste, à la 117° Conférence. Contemplons maintenant la taille spirituelle.
« Votre taille, dit l'Époux, est semblable au palmier. » Elle est comparée à cause de la hauteur et de l’élancement qui contribuent beaucoup à la beauté, comme nous l’avons dit. La taille de la Vierge, avons-nous déjà dit, était assez grande, vénérable, présentant une majesté empreinte de suavité. La proportion de ses membres était admirable, elle inspirait le respect; son visage était assez long, ses yeux baissés, sa tenue, sa démarche, sa parole respiraient la modestie. La couleur était agréable et virginale, brune mais élégante, comme elle le dit elle-mème dans les Cantiques : «Je suis noire, mais belle !. » De là vient que saint André de Jérusalem, dans son Sermon sur l’Assompton, appelle la sainte Vierge « une statue sculptée par Dieu avec un art merveilleux et une excellente beauté. » Nous insérerions 1ci, si nous ne l’avions déjà fait ailleurs, le témoignage de saint Denys l’Aréopagite, lequel l’eût prise pour une déesse, s’il n’eût eu la véritable foi touchant.la divinité suprème et infinie. Relisez la 417° Conférence en entier.
III. — Sa taille est donc comparée au palmier, pour que nous comprenions l’excellence de sa beauté. C’est pourquoi, puisqu'elle eut un corps si beau et si parfait, ainsi que nous l’avons appris, il est nécessaire que son esprit ait été beaucoup plus distingué et plus beau encore : « La beauté du corps, dit saint Ambroise ?, est une image de l’esprit et une figure de la bonté. » Si donc l’image était si belle, que faut-il penser de la beauté du prototype ? O bienheureux Denys, vous n'avez vu que l'extérieur de la Vierge et vous avez été ravi d’admiration, qu’aurait-ce été si vous aviez vu la lumière de l’âme, la grâce très-abondante de Dieu, ses dons innombrables, ses vertus presque infinies ? Vous vous seriez certainement tu dans votre stupéfaction.
IV. — Cette beauté, l’Époux la symbolise sous la métaphore du palmier, afin d'indiquer combien fut grande sa beauté intérieure.
11,4, — 2 De la Virginité, Liv. IL.
Le palmier croit en s’élevant fort haut; la bienheureuse Vierge Marie prédomine sur tous par sa chasteté, son humilité, sa charité, sa patience, sa miséricorde et ses autres vertus.
Le palmier, si on le charge de grands poids, ne se laisse point abattre, ne fléchit point, mais il réagit contre le poids et s'élève en haut. De là vient que le palmier, selon la remarque de Cornélius Lapide * appuyée sur de nombreux exemples, passait auprès de tous les peuples pour le symbole de la force, de la vertu héroïque et de la victoire.
Les Latins disent : « Porter la palme, » pour « être victorieux. » La sainte Vierge tendait toujours à la hauteur des vertus. Voilà pourquoi, dans le mépris, couverte d’injures comme celle-ci : « N’estce pas là le forgeron, le fils de Marie ?? » et autres que nous rappellerons ailleurs, elle ne tombait pas, elle ne défaillait point, mais elle s'élevait toujours en haut, elle dévorait les injures et les ennuis comme des rayons de miel. Lisez ce que nous disons plus bas de la patience de la sainte Vierge.
Le palmier est toujours vert, toujours en feuilles; il surpasse par sa verdeur le laurier, l'olivier, le myrte. La bienheureuse Vierge Marie est toujours verte, elle ne perd jamais l'habitude des vertus, la fleur de sa virginité ne se flétrit jamais, elle produit chaque jour des fruits abondants dans l’Église, comme nous l'avons montré ailleurs.
Le palmier est couronné en haut, il a une chevelure de feuillages et de fruits en forme de couronne. La bienheureuse Vierge Marie est couronnée au haut, car elle a remporté la palme sur toutes les créatures. Elle dépasse en beauté corporelle toutes les femmes, comme nous l'avons démontré ailleurs. Par sa beauté spirituelle, elle éclipse même tous les esprits angéliques. Par son éclat et sa grâce, elle dépasse tous les justes, elle porte même la palme victorieuse rem-
portée sur eux et triomphe de tous. Elle est donc justement comparée au palmier.
1 Commentaires sur PApocalypse. — ? Marc, vi, 3.
VÊTEMENT ET ORNEMENTS EXTÉRIEURS DE MARIE SowmamE. — 1, Éloge de l’Époux, — 2. Principe général. — 3. Détails.
I. — L’Époux célèbre par ces louanges le vêtement et les habits du corps de l’Épouse : « L’odeur de vos parfums dépasse tous les aromates !. — L’odeur de vos vêtements est comme l’odeur de l’encens ?. »
II. — La splendeur du vêtement, l'odeur des parfums et des aromates rendent les épouses plus gracieuses et plus belles. C’est pourquoi, afin de gagner Les bonnes grâces d’Holopherne, Judith « quitta ses habits de veuve, elle se lava le corps, l’oignit d’un parfum précieux, frisa ses cheveux et se mit une coiffure magnifique sur la tête, se revêtit des habits de sa joie, prit une chaussure, des bracelets, des lis, des pendants d'oreilles, des bagues, se para enfin de tous ses ornements %, » Et tandis que Ruth préparait son union conjugale, Noémi lui donnait ce conseil : « Lavez-vous donc, parfumez-vous d'huile de senteur et prenez vos plus beaux habits *. » La toilette est le signe distinctif des femmes; c’est ce qui fait leur joie, leur éclat ; c’est ce qui les rend plus aimables à leurs époux. Et, du reste, ce que Lucien dit de Cléopâtre * peut être appliqué à la plupart des femmes :
La voit-on? sa beauté parle mieux qu’un discours.
IT. — Or, l'Époux céleste semble avoir recherché dans la bienheureuse Vierge les charmes de ses parfums. Il s’est extrèmement complu dans leur suave odeur, et les a préférés à tous les autres : « L’odeur de vos parfums, s’écrie-t-il, est au-dessus de tous les aromates. » Puis il explique combien la senteur de ses vêtements lui fait plaisir : « Oui, l’odeur de vos vètements est l’odeur de l’encens luimême. »
Mais la bienheureuse Vierge aurait-elle donc fait usage de parfums et de senteurs? Exhalait-elle au loin des odeurs aromatiques et pénétrantes ? Se serait-elle jamais habillée de pourpre et de lin précieux ?
L1v, 10. — 21v, 11, — 8 x, 2 et 3. — * Ruth, 111, 3. — 5 Liv. X. I U
Se serait-elle jamais fardée de vermillon et de blanc de plomb? Seraitelle jamais sortie en public toute couverte d’or, de perles et de colliers? Aurait-elle suspendu des pierres précieuses les unes sur sa tête, les autres à son cou, sur son sein, le long de sa ceinture? Loin de nous cette pensée! « Les femmes vêtues de soie et de pourpre ne peuvent pas se revêtir de Jésus-Christ !. » L’odeur de lamome et du musc sont des objets de luxe qui réveillent les convoitises des sens.
Mon ami, ne sent pas bien celui qui sent toujours bon. (MarriaL, liv. Il, épigr. 10.)
Quels étaient donc les vêtements, les parfums et les senteurs de la bienheureuse Vierge ? Ceux qu'a décrits en détail Tertullien dans son livre sur la Toilette des femmes. Elle portait la soie de la justice parfaite et le lin précieux de la sainteté. Elle était parfumée de vertus, et ses bons exemples répandaient au loin leur odeur. Remarquons que saint Grégoire de Nysse, dans son 1v° Discours, traduit ce mot de parfums par celui de verius.
Mais hâtons-nous d'écouter 'Époux lui-même : « L’odeur de vos vêtements, dit-il, est tel que l’odeur de l’encens. » Ah! vous ne voyez aucun parfum précieux; vous ne sentez aucune odeur qui répande d'impures émanations ; c’est de l’encens. Que signifient ces vêtements ainsi parfumés d’une manière si particulière et si étrange? Pourquoi les riches robes de l'Épouse n’auraient-elles point exhalé l’odeur des parfums de prix, et pourquoi n’ont-elles toutes que l’odeur de l’encens? Cette odeur n’est-elle pas simplement celle d’une pauvre sacristine? Abandonnons la chose sensible et ne pensons qu’au mystère. L’encens, d’après l’assentiment unanime des peuples, se brüle en l’honneur de Dieu et de Dieu seul. Ovide lui-même dit dans son IV° livre des Métamorphoses : |
Pour toi les temples saints, les honneurs de l’encens.
Et par le mot honneurs, il faut entendre ici les honneurs divins ; comme si l’on disait: « Je l’honorerai de l’encens comme Dieu. »
1 St. Cyprien, sur le Costume des vierges.
MÈRE AIMABLE, 99 Aussi les mages adorant l’Enfant-Jésus, lui offrirent de l’encens pour reconnaître publiquement sa divinité. Sedulius a dit :
Au Roi Jésus enfant, ils offrirent de l'or; À leur Dieu de l’encens, au Rédempteur la myrrhe,
Telle est aussi la doctriné de saint Ambroise, de saint Basile, de saint Jérôme et de saint Grégoire.
Or, l’encens signifie : 4° les bonnes œuvres qui, accomplies dans la flamme de la charité, font monter vers Dieu une très-suave et trèsagréable odeur; 2° la vertu de religion et de prière. Voilà pourquoi, dans les offices sacrés, on fait usage de l’encens, afin de rendre sensibles à tous la piété et la prière de chacun, comme lexpliquent Hesychius, Rodolphe et d’autres. Aussi le Psalmiste s’écrie-t-il : «Que ma prière s'élève vers vous, Seigneur, comme l’encens devant vous !! » 3° l’encens signifie encore l’odeur que répandent une bonne vie et une bonne réputation, comme le montre Cyrille ?, L’odeur des vêtements de la Vierge est donc semblable à l’encens qui est consacré au culte de Dieu; dans les vêtements de la Vierge, il n’y à rien de profane, il ne s’exhale aucune de ces odeurs connues de la mollesse des courtisanes : tout y est divin, tout y est honnête, tout y est saint, tous les ornements dont cette Vierge bénie se pare se rapportent à Dieu. L’Époux du Cantique des cantiques * ne peut s’empècher de jeter ce cri : « Mon amie, vous êtes toute belle, vous êtes pleine de douceur, vous êtes belle comme Jérusalem ! » Il la compare à Jérusalem et non pas à Babylone, que saint Jean vit ornée de pourpre et d’écarlate, parée d’or, de pierres précieuses et de perles *. Babylone est certainement l'habitation du démon; le Christ, au contraire, se plait à habiter dans Jérusalem.
* Tel est le portrait de la Vierge Mère de Dieu : c’est la reproduction la plus parfaite du Dieu très-grand et très-bon qui s’est plu à la peindre et à la former de ses mains. Elle est à la hauteur de la divinité, bien qu’elle soit cependant la figure créée du Père éternel. Honorons donc, très-chers frères, celle que Dieu a tant honorée, Honorons de toute manière notre Reine et notre Souveraine, et révé-
1 Ps. exc, 2, 3. — ? Liv. XIL, sur l’Adoration. —? VI, 8. — k Apocalypse, xxn, 4
rons-la de tout notre cœur. Aimons notre Mère dont Dieu a fait ses délices, et pour laquelle il a souffert l’extase de l'amour. Souffrons, nous aussi, l’extase de l'amour en aimant cette auguste Reine. Dieu a brûlé de zèle pour elle, brülons aussi de zèle pour l'honneur et la gloire d’une Vierge si haut placée; estimons-nous heureux de répandre pour elle notre sang avec Notre-Seigneur. Que cette grâce nous soit accordée par Notre-Seigneur, lui qui vit et règne avec le Père et le Saint-Esprit dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
PourQuoI LA VIERGE, MÈRE DE DIEU, EST-ELLE AIMABLE, ET POUR QUI EST-ELLE AIMABLE ?
SowmaIRE, — La Vierge aimable : 1° pour Dieu ; 20 pour les Anges; 3° pour les hommes.
Nous l'avons déjà dit, les titres qui établissent que Marie est digne de tout notre amour sont presque infinis. Donnez donc un libre cours à vos pensées, reculez les limites de votre intelligence, représentez-vous dans votre esprit une Vierge très-pure, très-prudente, très-belle, brillant par sa fidélité à Dieu, par les qualités de son esprit, par sa noblesse, sa grande sagesse, sa profonde humilité, figurez-vousla pleine de douceur et de grâce, remplie de toute sainteté, ornée de toutes les vertus, très-agréable à Dieu, irréprocha ble en tout, et consommée en toutes sortes de perfections ; augmentez, “ajoutez toujours autant que vous Le pouvez : cette Vierge est la mère de Dicu, et sa grandeur dépasse tout ce que vous pouvez imaginer. Si Cicéron, Démosthène, Virgile, Homère, et tous les autres grands maîtres de l'éloquence entreprenaient de la louer sur chacune de ses vertus, ils ne pourraient pas dire la plus petite portion de son excellence; aussi, saint Fulgence fait-il entendre ces paroles : « Quelle est cette femme qui est proposée à limitation de tous les Saints? Sur sa tête elle porte une couronne de douze étoiles, c’est-à-dire elle est ornée et décorée de toutes les grâces, de tous les dons et de toutes les vertus. » Cette femme n’est-elle donc pas aimable? Elle l’est ceriainement, et
beaucoup plus qu’on ne peut le dire. Car le beau et le bon sont aimables de leur nature, d’après saint Thomas ‘. Mais pour qui et par quoi Marie est-elle aimable ?
Saint Bernard, ce pieux et suave Docteur, dans son Sermon n° ?, répond très-bien à cette question : « Salut, pleine de grâce! Vous êtes pleine de grâce, parce que vous êtes agréable à Dieu, aux Anges et aux hommes: vous êtes agréable à Dieu par votre humilité, aux Anges par votre virginité, aux hommes par votre fécondité. »
La sainte Vierge Marie est donc aimable, pour Dieu par son humilité, pour les Anges par sa virginité, pour les hommes par sa fécondité.
1. — Marie est aimable pour Dieu par son humilité. Dieu ne se plaît que dans l’humilité; il l’aime, cette vertu, plus que toutes les autres; elle est, en effet, la racine et la source de tout ce qu’il y a de bon et de vertueux. Aussi humilie-t-il les superbes et exalte-t-il les humbles, selon la parole du prophète * : « Vous sauverez le peuple qui est humble et vous humilierez les yeux des superbes. » Job * dit aussi de Dieu « qu’il élève ceux qui s’abaissent. » C’est pourquoi Dieu n’a pas élevé au trône de Juda les frères aînés de David; mais il a pris David, le plus jeune de la famille, celui qui faisait paître les brebis. De même, il n’a pas choisi pour l’apostolat des philosophes, des orateurs, des Juifs recommandables par leur noblesse, leurs richesses et leur sagesse; mais il a appelé Pierre, André, Jacques et Jean, pa [res et méprisés, dont la vie se passait à prendre des poissons. Il en ést de même pour la sainte Vierge : il n’a regardé que sa
bassesse, et il Fa faite si admirable que toutes les nations la proclament bienheureuse, comme Marie l’atteste elle-même en disant que Dieu a regardé la bassesse de sa servante 5.
Nous aimons volontiers ce qui est beau. L’humilité étant la beauté de Marie, Dieu a aimé volontiers son humilité. De là ces cris de l’Époux des Cantiques : « O que vous êtes belle, ma bien-aimée, Ô que vous êtes belle ‘! » L’Époux l'appelle deux fois belle, c’est à cause de son humilité profonde unie à sa grande innocence, comme l’expose très-bien saint Bernard dans son xv° Sermon sur les Cantiques,
1 {re 8, quest. xxvu, art. 1, à la 8°, — 2 Petits Sermons.— SPs. xvir, 27. — #4 y, 1, —5 St. Luc, 1, 48. — 6 Cantique, 1, 14.
« Elle n’a pas perdu sa sainteté, dit ce grand Docteur, et elle n’a pas manqué d’humilité, et c’est pourquoi le Roi du Ciel a conçu de l’amour pour sa beauté, » parce qu’elle a su unir humilité à l'innocence.
Il est râre celui qui ne perd pas la sainteté ou l'humilité. La Vierge, Mère de Dieu, n’est pas seulement cet être rare, mais elle est cet être unique qui a toujours su conserver sa sainteté sans aucune souillure du péché et allier l'humilité avec la sainteté. Dieu a vu cette rare humilité; il l’a contemplée d’un œil favorable; elle lui a plu d’une manière étonnante; il la aimée uniquement, et c’est pour cela que Marie est vraiment la Mère aimable.
Combien Dieu s’est complu dans l’humilité de la saïnte Vierge! Saint Augustin Pa exposé dans les termes les plus forts en son: xvii® Sermon sur la Nativité de Notre-Seigneur, lorsque, considérant pieusement lambassade de Gabriel auprès de Marie, ïl fait parler ainsi l’Archange : « Pourquoi, Vierge bénie, retardez-vous le départ d’un messager pressé de retourner vers Dieu? Voyez, il m'attend dans le vestibule du Ciel. » Ces paroles précieuses sont pleines de mystère; elles méritent une attention particulière. L’Archange dit que son message presse. Et pourquoi cela? Convenait-il de traiter avec précipitation une si grande affaire ? Dieu a différé cette affaire pendant quatre mille ans, et lAnge Gabriel veut la traiter en un instant? Le messager de Dieu connaissait [le désir ardent qu'avait son maitre d'entrer dans la demeure de cette Vierge; aussi, comme un messager fidèle, attendait-il avec impatience le consentement de Marie : « Voyez, dit-il, Dieu qui m'attend dans le vestibule du Clel. » Il ne dit pas que Dieu lattend dans le palais de sa majesté royale ou sur le trône de sa gloire, mais bien dans le vestibule du Ciel, à la porte de son palais. Attend-on quelqu'un avec empressement, on l’attend à la porte de sa maison pour voir plus tôt son arrivée. Aïnsi faisait la mère du jeune Tobie: transportée d’un grand désir de voir son fils, elle sortait chaque jour; elle regardait autour d’elle ; elle parcourait les chemins par où elle espérait voir revenir son fils, et cela pour le voir arriver de loin, s’il était possible ‘. De
ATobie, x, ile
même, Dieu qui brülait d’un ardent désir d’entrer dans le sein virginal de Marie, est montré seulement à la porte du Ciel, attendant l’arrivée de Gabriel, comme ne pouvant souffrir de retard. Mais pourquoi ce désir si ardent? L'abbé Rupert en indique la cause en disant : « L’humilité de la Vierge a seule réjoui le cœur de Dieu; l’odeur qu’elle à répandue a été si suave que jamais sacrifice n’a pu et n’a dû en exhaler de pareille. Le même auteur, au chapitre 1°" des Cantiques, dit encore ces paroles : « Il a été agréable à Dieu de trouver ume humilité si grande dans une vierge, dans ce sexe d’où a commencé à sortir, pour le genre humain, cet orgueil qui l’a corrompu tout entier. »
Il faut entendre parler cette Vierge elle-même ‘ : « Pendant que le roi était dans son repos, le nard dont j'étais parfumée a répandu son odeur. » Quel est le lieu du repos du roi, si ce n’est le cœur ou le sein de son Père? Quel est le nard, cette herbe si petite, si ce n’est Phumilité de la Vierge? Pendant que le Roi était dans son repos, c’est-à-dire dans ce festin céleste, le nard de la sainte Vierge, ou, pour mieux dire, son humilité embrasée d'amour; à répandu son odeur, et elle a eu tant de charme pour Dieu qu’elle l’a fait descendre du Ciel sur la terre. Marie dit: « Le nard dont j'étais parfumée à répandu son odeur. » « Ce n’est pas ma sagesse, ni ma beauté, ni ma noblesse, ni ma dignité, je n’avais rien de tout cela; c’est ma seule humilité qui arépandu son odeur.Autrefois, Dieu, offensé dans Ëve par la puanteur de l’orgueil, s'était détourné du genre humain; mais maintenant, il s’est retourné vers les hommes, réjoui par le nard de mon humilité. »
Saint Augustin continue : « Point de retard, le messager retourne vers Dieu, et le Christ entre dans la couche nuptiale. » Voyez cet ardent désir! I] n’attend pas quarante jours, jusqu’à ce que la matière soit disposée et que le corps soit organisé; mais, en vertu de l’autorité de son suprême domaine sur les créatures, il viole les droits de la nature; il entre dans le sein virginal de Marie, et, dans l’espace} de temps le plus court qui se puisse imaginer, il prend un corps; lui denne une âme, et l’unit à sa personne divine. D'où vient
i Cantique, x, 11,
ce grand désir, si ce n’est de l'humilité de la Vierge, qui a été si agréable à Dieu qu’elle la attiré du Ciel sur la terre et l’a fait descendre dans le sein de Marie? Le Christ l’avoue lui-mème franchement dans le Cantique des Cantiques ? : « Vous avez blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse; vous avez blessé mon cœur par un de vos yeux et par un cheveu de votre cou. » On lit encore ? : « Votre cou, sans ornements, est comme orné des plus riches colliers. » Que signifient un cheveu, un cou, comme orné des plus riches colliers ? L’humilité. Entendons l'abbé Rupert? : « Qu'y at-il de plus mince qu'un cheveu, et quoi de plus subtil que l’humilité? Qu’y a-t-il de plus flexible qu'un cheveu, et quoi de plus souple que l'humilité ? Un cheveu paraît à peine; l’homme humble ne consent qu'avec peine à être compté parmi les hommes. Un cou élevé et paré de colliers appartient à une femme arrogante et dissolue, comme nous le montre Isaïe*. » On ne dit pas du cou de la sainte Vierge qu'il est élevé, mais on le peint beau comme s’il était paré des plus riches colliers ; c’est que ce n’est pas l’orgueil qui ie fait dresser avec fierté, mais c’est Phumilité qui le rend souple; il ne resplendit pas par les vanités et les ornements empruntés, mais il plaît par l'abondance des vertus dont il est paré. Ce cou de la Vierge, c’est donc son humilité qui l’a rendue si aimable aux yeux de Dieu. ?
Cette Arche de l’ancienne alliance n’a pas été placée sur un trône élevé, mais à terre ; c’est pour cela qu’elle a été appelée l’escabeau de Dieu : «Adorez l’escabeau de vos pieds, parce qu’il est saint 5. » Cette humilité de l’arche figure l'humilité de la Vierge. Car, étant pleine de gräce, elle se prosterna jusqu’à terre pour devenir l’escabeau de Dieu, lorsqu’el'e dif : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon votre parole. » Plus elle est descendue dans l’abime de sa profonde humilité, pius Dieu s’est complu à l’aimer et à l’exalter. L’humilité est l'emplacement de la grâce, au point qu’on ne peut posséder la grâce qu’autant qu’on est humble. Ainsi, c’est donc par l’humilité que la bienheureuse Vierge Marie a été aimable aux yeux de Dieu.
IT. — Marie a été aimable aux yeux des Anges par sa virginité.
1 Chap. 1v, 9. — 2 Chap. 1er, 9, — 8 Liv. LIL, sur le Cantique des Cantiques. — # Chap. m1, 16. —— 5 Ps, xCxvIn, 5.
L'amour naît de la ressemblarce. Tout animal aime son semblable; de même aussi, tout homme aimie son prochain‘. La virginité est limitation de la vie pure des Anges. Car les Anges ne se marient point; ils sont tout entiers au service de Dieu; c’est ce que font aussi les Vierges. Voilà pourquoi les saints Pères comparent, et même préfèrent les vierges aux Anges. Saint Anathase ? parle ainsi : « La virginité est la vie des Anges. » Saint Jean Damascène * dit: « Que le célibataire imite la vie des Anges. » Selon saint Bernard * : « La chasteté fait un Ange de l'homme. » L'homme pur diffère de l’Ange par la félicité, mais non par la vertu. La chasteté de Ange est plus heureuse; celle de l’homme est plus estimable. Saint Ambroise, dans son livre sur la Virginité, nous assure que « c’est la chasteté qui fait les Anges. Celui qui la garde est un Ange; celui qui la perd est un démen. » Saint Grégoire de Nazianze appelle la virginité la rivale de la gloire des Anges. Saint Augustin, dans son livre sur /a Virginité, la nomme la portion des Anges. Saint Cyprien * fait entendre ces paroles : « En persévérant chastes, vous êtes des vierges égales aux Anges. « Écoutons encore saint Cyrille de Jérusalem : « N’ignorons pas, dit-il, la gloire de la chasteté, elle est la couronne des Anges; cette perfection élève l’homme au-dessus de lui-même. » Si la virginité est si semblable aux Anges, il n’est donc pas étonnant que la Mère de Dieu ait été aimable aux yeux des Anges à cause de sa virginité.
De plus, l'amour se fonde sur la ressemblance de Dieu. Aïnsi, nous sommes tenus d'aimer notre prochain, qu’il soit ami ou ennemi, parent ou étranger, fidèle ou infidèle, homme ou Ange, par cela même qu'il nous est uni par la ressemblance de Dieu, vu qu'il a été créé à l’image de Dieu. Les vierges sont l’image vivante de Dien, On lit au Livre de la Sagesse? : « La parfaite pureté approche l'homme de Dieu. » Les vierges retracent et reproduisent image de la très-sainte Trinité. Comme le dit saint Grégoire de Nazianze, dans san Livre sur la Virginité, la très-sainte Trinité est la première Vierge. En effet, le Père
1 Ecclésiastique, x, 19. — 2 Livre su» da Virginité. — 3 Liv. IV; de la Foi, chap. 1. — # Lettre Lx. — 5 Sur la Discipline des vierges. — 5 Catéc{ies, XI, — T Chap. vi, 20.
n’a été engendré par personne; le Fils a été engendré par le Père seul, sans mère; le Saint-Esprit n’est pas engendré, mais spiré par le Père et le Fils. Dans la 87° Conférence ‘, où nous avons éclairci plus au long cette matière, nous avons cité les propres paroles de ce Docteur. Toutes les vierges imitent cette première Vierge. Caton, quoique païen, disait que notre vie serait semblable à celle des dieux, si nous pouvions vivre sans épouse. La virginité étant la ressemblance de Dieu, c’est avec raison que la Mère de Dieu est à cause d’elle aimable aux yeux des Anges; car ces esprits célestes aiment parfaitement Dieu qui se reflète si parfaitement dans la Vierge Marie.
En outre, les citoyens d’une même ville ont coutume de s’aimer entre eux. Les vierges sont les citoyens du Ciel. C’est ce qui faisait.
dire à Quintilien ? que « les célibataires sont comme appartenant au Ciel. » Aussi saint Jean, dans son Apocalypse *, vit-il les vierges non pas sur, mais au-dessus de la montagne de Sion. Dieu voulait lui montrer que la virginité surpasse de beaucoup la hauteur des vertus que pratiquent ordinairement les hommes. De là vient qu’elle fut enlevée au Ciel pour n’avoir soumis son corps à aucune volupté charnelle. La Vierge étant au-dessus du monde, appartenant au Ciel et vivant de la vie des Anges, il est done juste de dire que Marie a été aimable aux yeux des Anges, elle qui, par sa virginité, a été leur concitoyenne.
1° Le Christ, enfin, aime plus les vierges que les autres, parce qu’il est leur Époux, c’est l’Apôtre qui le dit*, 2 Il les aime comme ses soldats : « C’est cette milice céleste, dit saint Ambroise ‘, que l’armée des Anges annonçait à la terre dans ses chants de louange. » 3° Il les aime comme la partie la plus noble de son Église, comme la fleur éclose des rejetons de l’Église, comme la gloire et l’ornement de la grâce spirituelle, comme une œuvre que l’impureté n’a point altérée, comme l’image de Dieu s’accordant avec la sainteté du Seigneur, comme la portion la meilleure de son troupeau. Ce sont les épithètes dont saint Cyprien se plait à orner les vierges dans son Livre sur lœ Discipline et la conduite des vierges. 4° Le Christ aime les vierges
1 Part. IV. — 2 Liv. Ier, chap. x. — 8 xrv, 4, — # Ile Épitre aux Corinihiens, XI, 2. — 5 Liv. Ier, de la Virginité.