‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 22 sur 125 · ST. ALBERT'S COLLEGE LIBRARY MÈRE AIMABLE · texte numérisé non relu

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comme les perles les plus belles de son Église; c’est le nom que donne aux vierges saint Jérôme !. 5° Il les aime comme les holocaustes les plus agréables; les vierges offrent et consacrent à Dieu leur corps, et, avec leur corps, leur âme tout entière. C’est pour cela que saint Ignace, dans sa Lettre aux fidèles de Tarse, appelle les vierges les prêtres du Christ. Saint Ambroise, commentant le psaume exvur, décore les vierges du nom de martyres, car en sacrifiant pour Dieu les amours et les concupiscences qui s’élèvent en leurs âmes, elles ont souvent à soutenir des luttes plus pénibles que celles des martyrs. Si les vierges sont si aimables aux yeux de Dieu, qu'y a-t-il d’éton-

mnt qu’elles le soient aussi aux yeux des Anges? Surtout la Mère de

Dieu, qui est à la tête des vierges dont elle est la Reine, comme nous le montrerons plus bas.

IE.— Les Anges ont toujours aimé les vierges, ils en onttoujours été les gardiensetles protecteurs. Lorsque les trois j jeunes hommes chastes étaient plongés dans une fournaise ardente, des Anges descendirent pour les mettre à couvert des ardeurs du feu. La chasteté rendit saint Thomas d'Aquin si cher aux Anges, qu’ils le ceignirent d’un cordon de chasteté, depuis ce moment, il ne sentit plus les ardeurs de la concupiscence, eomme l’attestent les actes de sa vie.

Saint Amon, par amour de la chasteté, avait horreur de regarder son corps nu, et, pour ce motif, il n’osait pas ôter son habit pour traverser un fleuve. Un Ange le transporia à l’autre rive ?.

Comme un libertin dressait des embüches à la chasteté de la bienheureuse Ermelinde, vierge, elle reçut d’un Ange cet avertissement : « Retirez-vous, Ô vierge, retirez-vous et gardez inviolée la virginité que vous avez consacrée à Dieu. » Effrayée, obéissant à la voix, elle se mit en route. Voici que l’Ange lui apparaît de nouveau et lui indique l'endroit où elle doït fuir : « Vousirez, lui dit-il, dans une ville que vous appellerez Meldrice, car c’est là que le Seigneur vous a préparé un asile pour accomplir le désir de votre volonté?. »

Ainsi, saint Jean, saint Vincent, sainte Cécile, sainte Lucie, sainte Agnès et plusieurs autres vierges, ont conservé sans souillure et sans

1 Liv. IL, contre Jovinien. —2? Socrate, Histoire ecclésiastique, Liv. IV, chap. xxv. — à Surius, 29 octobre,

tache aucune leur virginité contre les tyrans et les libertins, Jésus

Christ les protégeant par son Ange. De plus, et ceci doit être regardé comme un miracle et noté avec le plus grand soin, plusieurs vierges saintes ayant été sollicitées au mal par des promesses, la crainte et la violence de la part de tyrans impudiques, quelques-unes même ayant été condamnées par un jugement public aux lupanars, aucune d'elles ne fut jamais violée, mais toutes, par le secours de Dieu, échappèrent miraculeusement et demeurèrent inviolées.

Baronius ‘ en donne un exemple remarquable dans sainte Théophile, vierge, qui, sous l’empereur Maximien, fut condamnée à être prostituée. Trainée par les licteurs, elle levait les mains et les yeux au ciel, et faisait cette prière : « Mon Jésus, mon amour, ma lumière, le Dieu de mon cœur, le gardien de ma chasteté et de ma vie, daignez jeter un regard sur votre fiancée, Venez, Ô mon Époux, hâtez-vous, empêchez que les loups ne dévorent votre brebis; Ô mon Époux, gardez votre épouse; vous qui êtes la source de la pureté, daignez protéger ma chasteté. » Étant entrée dans le lieu où elle devait être prostituée, elle tira de son sein le saint Évangile, et se mit à le lire attentivement. Elle eut bientôt à ses côtés un Ange qui frappa de mort le premier jeune homme qui, dans son impudence, voulait avoir commerce avec elle; le second devint aveugle, et les autres qui se présentèrent eurent à subir divers châtiments, au point que personne n'osait plus paraître en présence de la Sainte. La passion se changea bientôt en respect. Plusieurs libertins étant entrés auprès d’elle, touchés par un sentiment de piété, virent Théonhile se tenant décemment assise et courbée sur son livre; un jeune adolescent était auprès d'elle, une lumière que rien ne peut décrire l’environnait, son visage était d’une beauté dont rien n’approche, ses yeux semblaient lancer des éclairs. Le jeune homme qui, le premier, avait osé frapper à la porte était étendu mort à ses pieds. L’Ange fit sortir la jeune vierge de ce lieu infâme et, précédé d’une lumière, il la conduisit à l’église, la laissant dans le vestibule, et lui ayant dit : « Que la paix soit avec vous ! » il disparut. On trouve des traits semblables dans les actes de

: An 300,

sainte Cécile, de sainte Agnès, de sainte Lucie et d’autres saintes vierges.

Si les Anges ont ainsi conservé, gardé et défendu les autres vierges, que dire de Marie, la glorieuse Mère de Dieu ? Imaginez avec quelle attention ces esprits célestes l’ont conservée pure, avec quel soin ils l'ont gardée, avec quel zèle ils l’ont protégée? Il convient d’ajouter ainsi quelques-unes de ces paroles dont les saints Pères se sont servis pour montrer combien Marie était précieuse aux Anges.

Saint Bernardin ‘ fait entendre ces paroles : « La sainte Vierge fut aidée de la protection des Anges. Car des multitudes innombrables de ces esprits célestes étaient à ses côtés pour la protéger. Pour moi, c’est une pieuse croyance que Marie a eu plusieurs légions d’Anges pour la garder et la protéger; ne lit-on pas au IV® Livre des Rois ? qu'Élisée a eu une multitude d’Anges pour sa défense? » L'auteur du Livre sur la Naissance de La sainte Vierge, saint Jérôme, selon l'opinion de quelques-uns, s’exprime ainsi : « Chaque jour la Vierge était visitée par les Anges; chaque jour elle était favorisée d’apparitions célestes. » Saint Grégoire, archevèque de Nicomédie, dans son Discours sur la Présentation de la Vierge, parle ainsi : « Qui a vu et qui a entendu des choses si merveilleuses : l'élévation d’un corps qui habite dans les cieux et qui est soutenu par les Anges ? » Saint Bonaventure*, considérant ces paroles de saint Luc * : « Elle fut troublée de ses paroles, » dit : « Marie fut troublée des paroles de PAnge et non pas de sa vue, parce qu’elle était accoutumée à les voir souvent. » Selon saint Ambroise, au commencement de son ouvrage sur les Vierges : « Gabriel trouva la sainte Vierge là où il avait coutume de la yoir; Marie fut troublée parce qu’elle croyait voir un homme, elle eut peur pensant voir un inconnu devant elle, mais dès qu’elle eut entendu son nom, elle reconnut l’Archange Gabriel. » Saint Jérôme, d’après saint Bonaventure ÿ, assure que non-seulement Marie était visitée, gardée et protégée par les Anges, mais encore qu’elle recevait sa nourriture de leurs mains : « Elle était réconfortée, dit ce Père, par la nourriture qu’elle recevait des mains des Anges;

i Sermon 1x, tit. IL, chap. n, art. 3. — 2 Chap. vi. — 8 Liv. IV. — # Chap. rer. — 5 Méditations sur la Vie du Sauveur, chap. nr,

celle que les prêtres du Templé lui donnait, elle la distribuait aux pauvres. Chaque jour un Ange venait lui parler et se mettre, pour ainsi dire, aux ordres de sa sœur chérie. » D’après tout ce que nous venons de dire, on voit assez clairement combien la bienheureuse Vierge Marie a été aimable aux yeux des Anges.

III. — La sainte Vierge a été aimable pour les hommes par sa fécondité. La fécondité de la sainte Vierge a été telle qu’elle a mis au monde un Fils qui est aimé, désiré, adoré et loué par toute la terre. De là vient que l’Épouse des Cantiques ! s’écrie : « Mon bien-aimé est tout aimable, » c’est-à-dire tout en lui attire à son amour. Pour cette raison, il est juste que toutes les créatures honorent, vénèrent, louent et aiment ardemment la sainte Vierge. Ce que nous pourrions dire à ce sujet est presque infini. Elle est la Mère de Celui qui est la sourceet l’origine de tous les biens. Elle est la Mère d’un Fils que toutes Les créatures doivent aimer. Pour cette haute et ineffable dignité de Mère de Dieu, toutes les nations aiment, louent et exaltent Marie; c’est parce que c’est par elle qu’elles ont reçu le bienfait du salut. Aux hommes elle a procuré la réconciliation, aux Anges la réparation, aux morts la vie, aux pécheurs la grâce, et aux malheureux la gloire.

Qui donc n’aimera pas la Mère du Seigneur? qui n’aimera pas ce paradis de délices qui a donné au monde les plus grandes délices ? Qui n’aimera pas ce jardin si agréable, qui a produit l’arbre de vie, qui a été si fertile qu’au lieu de porter des fruits il a engendré Dieu lui-même? Qui n’aimera pas ce livre éclatant de blancheur où le Verbe du Père a été peint d’une manière admirable, non pas avec de l’encre, mais avec le sang empourpré de la Vierge divine? Qui n’aimera pas cette table où est servi le pain du Ciel? Qui n’aimera pas ce coquillage d’où a été tirée la perle la plus précieuse, le corps de Notre-Seigneur? Qui n’aimera pas cette chambre nuptiale où a été célébrée cette triple alliance du Verbe divin avec l’humanité, du Christ avec son Église, et du Saint-Esprit avec Marie? Qui n’aimera pas cette citerne d’où a coulé ce breuvage qui donne l’immortalité

MÈRE AIMABLE. 111 au genre humain? Qui n’aimera pas ce trésor précieux qui 4 enrichi l'univers entiers et l’a rempli des bénédictions de la grâce divine? Qui n’aimera pas ce grand et illustre temple de la divinité, le sanctuaire de l’Esprit-Saint, le repos et la demeure de la très-sainte Trinité? Qui n’aimera pas celle que le Père éternel s’est choisie pour fille, la Sagesse pour mère, le Saint-Esprit pour épouse, le monde pour avocate, les Saints pour protectrice, et les Anges pour maîtresse? Qui n’aimera pas une vie si sainte, si glorieuse et si beile? Qui n’aimera pas une mère si douce, si miséricordieuse et si clémente? Quiconque aime cette Vierge, quiconque célèbre ses louanges est un homme du Ciel; quiconque ternit sa gloire est un démon, un hérétique, il est tourmenté par les furies de l'Enfer.

De plus, dans notre 125° Conférence, nous avons prouvé assez au long que Marie, étant devenue, par sa fécondité, Mère de Dieu, estaussi devenue notre Mère : nous l’avons montrée remplissant à notre égard tous les devoirs d’une mère. Car comme une mère de la terre élève mollement ses enfants, leur présente le lait qui doit les nourrir, les réchauffe contre son sein, les porte dans ses bras; de même, c’est elle qui les lève et qui les recouche dans leur lit; marchent-ils, elle leur tend les mains pour les attirer à elle, elle veille sur les dangers que leur fait courir leur imprudence; elle est toujours en garde contre leur peu de soin; elle a toujours l'oreille attentive à leurs vagissements; il en est de même de Marie : elle reçoit avec douceur ceux qui lui sont dévoués, elle les réchauffe, elle les protége, elle les dirige dans la voie de Dieu; elle les console dans leurs tribulations, elle les secourt dans les nécessités et les dangers auxquels ils sont exposés. Nous avons prouvé ailleurs par des exemples ce que nous venons de dire.

Aimons donc celle que Dieu aime tant; louons celle que les Anges exaltent dans leurs chants de louange; honorons celle qu’honore le chœur des Apôtres; proclamons bienheureuse celle que proclament bienheureuse les martyrs, éclatants de blancheur; célébrons celle que célèbre la multitude des confesseurs; vénérons celle au-devant de laquelle accourt, saisie de respect et ravie d'allégresse, l’armée des saintes vierges; chantons celle que l’Église se plaît à orner des plus grands éloges. C’est la volonté de Celui qui a mis en Marie la pléni-

tude de tous ies biens. C’est à lui qu'appartiennent la louange, l'honneur, la vertu et la domination pendant la durée infinie des siècles des siècles. Ainsi soit-il.

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