‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 23 sur 125 · COMBIEN MARIE, LA VIERGE MÈRE DE DIEU À ÉTÉ AIMABLE POUR DIEU · texte numérisé non relu

COMBIEN MARIE, LA VIERGE MÈRE DE DIEU À ÉTÉ AIMABLE POUR DIEU

SouwaIRE. — 1. Avant-propos. — 2. Amour pour Dieu. — 3. Union avec Dieu. — 4. Grâces accordées. — 5. Détails.

I. — Saint Anselme, très-instruit dans les sciences divines et humaines, et, ce qui est mieux encore, grand serviteur de la sainte Vierge, traitant ce sujet dans son Livre sur l’Excellence de la Vierge *, affirme que l’amour que le Christ a eu pour sa Mère a été le plus grand de tous, au point qu’il est impossible à l'esprit de l’homme de s’en faire une idée. La grandeur de cet amour est montré par l’amour que la Vierge avait pour son Dieu, par son union ou plutôt sa familiarité avec son Dieu, par les grâces ou les dons dont Dieu l’a comblée.

IT. — Amour de la Vierge pour Dieu. L'amour excite à un mutuel amour. Martial dit.:

N’employez pas de paroles, Marcus : si vous voulez être aimé, aimez.

Qui a été embrasé des flammes du divin amour comme Marie ? Pourquoi Marie ne brülerait-elle pas d'amour? Pourquoi ne seraitelle pas embrasée d'amour? La ressemblance engendre l'amour. Pourquoi n’aimerait-elle pas Dieu à l’image de qui elle a été créée ? Pourquoi ne serait-elle pas embrasée d'amour, celle que Dieu a marquée du sceau de sa ressemblance ? La communauté de biens entretient l’amour. Pourquoi n’aimerait-elle pas Dieu qui a fait en elle de si grandes choses et l’a comblée de biens immenses? Pourquoi ne serait-elle pas transportée d'amour pour Celui à qui elle a offert son corps et son âme, à qui elle s’est donnée tout entière? L'amour s’enflamme par l'amour. Pourquoi n’aimerait-elle pas Celui qui l’a aimée par-dessus tout? Pourquoi ne serait-elle pas embrasée d'amour pour

4 Chap. 1v.

Celui qu’elle à aimé plus que tout? La connaissance entretient l’amour. Pourquoi n’aimerait-elle pas Celui qui l’a considérée avant toutes Les autres créatures? Pourquoi ne brülerait-elle pas d'amour pour Celui qu’elle connaît plus que tous les autres? Il serait utile ici de revoir la Conférence 96°, sur l'amour de la Vierge envers Dieu. Si donc la sainte Vierge Marie a aimé Dieu souverainement, elle à été en conséquence souverainement aimable pour Dieu, et elle en a été aimée souverainement. Il n’a pas menti celui qui a dit ‘ : « Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et je l’aimerai. » Dieu ne le cède pas en amour à sa créature; bien plus, sa dilection devance toujours la nôtre.

III. — 20 L’union ou la familiarité de la sainte Vierge avec Dieu. L'union et la familiarité entretiennent l’amour. Ainsi, nous voyons yes abeilles, les fourmis et les grues s’aimer mutuellement, non-seulement parce qu’elles ont la même nature, mais encore parce qu’elles vivent ensemble. Les poissons, au contraire, vivent dans une haine perpétuelle avec les oiseaux; il en est de même des oiseaux de proie avec les colombes, des loups avec les brebis, et cela parce qu'il n’y a entre eux ni union ni familiarité. Il en est ainsi entre les hommes ; les citoyens d’une même ville aiment mieux leurs concitoyens que les étrangers, parce qu’il y a entre eux plus d'union et de familiarité qu'avec des étrangers.

La Vierge, Mère de Dieu, a vécu dans une union et une familiarité irès-grandes avec Dieu, comme nous l’avons amplement prouvé dans la 86° Conférence, et cela non-seulement à cause de la méditation, la contemplation et l’union de son âme avec Dieu, en vertu de laquelle elle lui a toujours été très-unie, mais encore de ses habitudes, son genre de vie et ses pratiques intimes. Il lui a été concédé ce qui n’a jamais été accordé et ne sera jamais accordé à aucune créature : pendant neuf mois elle a porté Dieu dans ses entrailles; de son sein, que le Ciel s'était plu à remplir, elle a allaité son Dieu; pendant un grand nombre d'années, elle a eu le doux bonheur d'élever son Dieu; elle l’a vu soumis à ses ordres ; avec la familiarité

1 St, Jean, x1v, 21.

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la plus intime, elle a serré dans ses embrassements son Dieu enfant; elle l’a couvert de ses baisers. Nous avons considéré ce mystère plus au long dans la 96° Conférence.

Aussi lisons-nous dans l'Évangile que rien n’a été opéré autour de Jésus ou par Jésus sans que Marie ne fût à ses côtés. Si le Christ s’incarne, ce n’est pas dans les Anges, ni dans quelqu'un des Saints, mais c’est dans le sein de Marie. Vient-il au monde, c’est du sein de Marie. Petit enfant, est-il enveloppé de langes, c’est par Marie. Petit enfant, est-il placé dans un berceau, dans une misérable crèche, c’est par Marie. A-t-il faim, le lait qui coule goutte à goutte dans sa bouche sort du sein de Marie. Est-il trouvé par les Mages, est-il manifesté par l’étoile, c’est en présence de Marie. Est-il visité par les bergers, Marie est présente. Est-il adoré par les Anges, il l’a déjà été par Marie. Fuit-il en Égypte pour se dérober à la colère d’'Hérode, c’est avec Marie. Est-il béni par le pontife Siméon, c’est dans les mains de Marie. Enseigne-t-il et interroge-t-il au milieu des Docteurs, c’est Marie qui le cherche et qui Le trouve. Si à Cana de Galilée il commence à montrer Les signes de sa divinité, c’est à la prière de Marie. Est-il suspendu sur la Croix, près de rendre le dernier soupir, tous ses disciples prennent la fuite, Marie, Mère de Jésus, est au pied de l’arbre de notre salut. Ressuscite-t-il d’entre les morts, c’est Marie qui reçoit la première apparition. Monte-t-il au Ciel, Marie monte aussi au Ciel après lui. Siége-t-il dans le Ciel à la droite de Dieu, son Père, Marie est assise à ses côtés. O union admirable ! O quelle délicieuse compagnie! Quelle douce familiarité! Puisque la sainte Vierge Marie a été si unie à Dieu, il n’est pas étonnant qu'entre tous elle ait été aimable pour Dieu. Lisez, dans les Conférences 86° et 87°, tout ce que nous avons dit sur l’union de Marie avec Jésus-Christ.

IV. — 3° Les grûces ou les dons conférés par Dieu à Marie. L'amour divin diffère de l’amour humain en ce que l’amour humain est stérile, impuissant et inefficace; l’homme qui aime son ami ne peut lui accorder aucun bien, soit de le guérir s’il est malade, soit de l’enrichir s’il est pauvre, soit d’en faire un philosophe s’il est illettré, : L'amour divin, au contraire, est très-fécond et très-efficace, puisqu'il est la cause et la source de tous les biens. Voilà pourquoi être aimé

de Dieu n’est rien autre chose qu’en être comblé de biens; et en être aimé davantage n’est pas autre chose que d’en être comblé de plus grands biens; c’est ce qu’enseigne très-bien notre Docteur saint Thomas ‘. Aussi l’Église chante-t-elle d’un bienheureux orné de l’auréole de la sainteté : « Le Seigneur l’a aimé et l’a orné. » Car Dieu aime, et parce qu’il aime il se plait à orner; et plus l'amour est grand, plus Dieu se plaît à orner l’âme de ses dons. La sainte Vierge est la créature que Dieu a le plus ornée; il a versé en elle une si grande abondance de grâces et de vertus, il lui a prodigué ses dons avec un excès tel que non-seulement l'esprit de l’homme, mais même l'esprit de l’Ange ne peut le comprendre. C’est donc un signe que Marie à été aimée plus que toutes les autres créatures.

V.— Mais, afin de mieux faire paraître l'excellence de l'amour de Dieu envers Marie, il est bon de rapporter les grâces, Les vertus, les dons et les priviléges que Dieu lui a conférés comme preuve de cet amour privilégié dont il n’a cessé de l’entourer :

1° Dieu l’a choisie et l’a prédestinée de toute éternité, de préférence aux autres créatures. À ce sujet, lisez la Conférence 127°.

2° Du haut du Ciel, Dieu l’a promise à nos pères, il l’a annoncée par des mystères, des miracles, des figures, et par les oracles des prophètes; il a voulu que les sibylles la célébrassent dans les termes les plus magnifiques. Voyez à ce sujet depuis la Conférence 159° jusqu’à la 169.

3° Par un privilége particulier et par un miracle, Dieu la fit concevoir et naître de parents auxquels elle fut annoncée par un Ange,

4° Dieu voulut qu’elle fût issue d’une origine illustre; elle appartenait en effet à quatre familles : elle était de famille patriarcale, prophétique, sacerdotale et royale.

5° Dès le sein de sa mère, elle fut remplie de grâce, et cela d’une manière admirable et jusqu'ici inconnue pour nous. J’ai dit : jusqu'ici inconnue pour nous, parce que l’Église n’a pas défini quelle a été cette conception ?. Voyez la 442° Conférence.

1 Jre Part., quest. xx, art. 3.

2 Le 8 décembre 1854, l'Église, par la voix de Pie IX, pontife glorieusement

G° Du commencement de son existence, &est-à-dire depuis le moment de l’infusion de la grâce, elle a été tellement confirmée en grâce qu’elle a toujours été exempte de toute faute actuelle, même vénielle.

7° Dieu enchaina en elle le foyer de la concupiscence, et il l’éteignit tout à fait dans la conception de son Fils, et il fit en sorte que la Vierge ne sentit jamais la dure loi des membres, et qu’elle n’éprouvât jamais la révolte de la partie inférieure de son âme.

8 A l’âge de trois ans, Dieu se la fit offrir dans le Temple et l'y fit élever très-saintement.

9 C’est Marie que Dieu choisit pour Mère; c’est dans son sein que, par la coopération de l’Esprit-Saint, il a voulu être conçu, demeurer neuf mois, et enfin naitre de l’auguste Vierge. Cette dignité est presque infinie; elle est si grande que Dieu seul la connaît, comme nous l'avons dit plus haut, à la 105° Conférence.

10° Dieu fit Marie Vierge et Mère, et en rendant sa virginité féconde, il a toujours conservé Vierge sa Mère.

41° Dieu voulut que Marie portât dans son sein le fruit divin sans aucun ennui, qu’elle le conçüt sans ressentir les mouvements de la concupiscence et qu’elle enfantât sans douleur.

49° Dieu la mit à la tête des vierges, il la fit l’institutrice des Apô. tres et de tous les Docteurs de l’univers entier.

43° Cest Marie qui reçut la première apparition de Jésus après sa résurrection : toute porte à Le croire ainsi.

1% Au jour de son Ascension, Jésus-Christ releva l’âme abattue de sa Mère par une consolation spéciale.

15° À la descente du Saint-Esprit, Dieu donna à Marie un grand surcroît de grâces.

16° Dieu préserva le corps de Marie de la corruption et de toute pourriture, et il l’enleva au Ciel en corps et en âme; il l’exalta audessus des Saints, au-dessus des chœurs des Anges, et il la plaça à la droite de son Fils.

régnant, la défini que la bienheureuse Vierge Marie a été conçue sans la tache du péché originel. (Note du Traducteur.)

417 Dieu a constitué Marie la Reine du Ciel, la Reine des Anges et des Saints.

48° Dieu a voulu qu’elle fût le refuge commun des pécheurs, la médiatrice et l’avocate de tout le genre humain.

49° Dieu a conféré à Marie toutes les grâces et toutes les vertus au plus haut degré; il lui a donné les dons de l’Esprit-Saint et ses fruits, toutes les grâces qui se donnent gratuitement, grâces dont nous avons parlé dans la 139° Conférence : les grâces sacramentelles (voir la 136° Conférence), la dignité, la puissance et le gouvernement dans l'Église, mais dans un ordre différent de celui qui a été donné aux Apôtres et à leurs successeurs.

20° Si Dieu s’est plu à honorer Marie de la gloire d’une si grande béatitude, c’est pour qu’elle fit l'admiration de tous les citoyens du Ciel et l’épouvante des démons. Telles sont les preuves de l'amour de Dieu envers Marie. En les considérant plus attentivement, enflammons nos cœurs d’un nouvel amour pour Marie, afin qu’aidés de la protection de cette puissante Reine, nous puissions nous avancer toujours davantage dans la grâce et l'amour de Dieu,

SI LA SAINTE VIERGE EST A ELLE SEULE PLUS AIMABLE DEVANT DIEU QUE TOUTE L'EGLISE DE JÉSUS-CHRIST.

SommamE. — 1. Transition. — 2. Opinion d’Alphonse Tostat. — 3. L'opinion la plus commune, — 4. Autorités. — 5. Raisons. — 6. Réfutation de Tostat.

I. — L’abondance des grâces que nous avons admirées dans la . sainte Vierge nous oblige à traiter cette question. Cette étude montrera clairement que la Vierge, Mère de Dieu, est souverainement aimable devant Dieu, parmi toutes les pures créatures, prises isolément ou ensemble.

IT. — Alphonse Tostat, prélat d’un savoir éminent, considère et exalte la dignité de l’Église. Il s'appuie sur ce que le Christ l’a aimée par-dessus toutes choses, est mort pour elle, afin de la sanctifier et de la purifier, comme il est dit dans l’'Épitre aux Éphésiens ! ;

sur ce que, seule, elle est appelée Épouse sans ride et sans tache *; sur ce que c’est d’elle seule que le Christ est appelé le chef ?; sur ce que, seule, elle est appelée corps du Christ; sur ce que, seule, elle est plus grande que les Anges et les Archanges, ayant juridiction sur eux, puisqu'elle les excommunie, comme le dit saint Paul, écrivant aux Galates : « Quand nous vous annoncerions nous- mêmes, où quand un Ange du Ciel vous annoncerait un Évangile différent de celui que nous vous avons annoncé, qu'il soit anathème*; » sur ce qu’elle enseigne aux Anges des mystères cachés dans le Ciel, comme l'enseigne le même Apôtre aux Éphésiens 5. Appuyé sur ces données, Tostat incline vers l'opinion négative et soutient que le corps entier de l’Église est plus aimable devant Dieu que la sainte Vierge.

4° L’Écriture et surtout l’Apôtre nous prouvent que l’amour du Christ pour l’Église a été son plus excellent amour. Ainsi, quand saint Paul apprend aux maris qu'ils doivent aimer leurs femmes, il leur dit : « Époux, aimez vos épouses comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle 6. » Il cite des exemples du plus grand amour. L'amour de Jésus-Christ pour l’Église a donc été très-grand et incomparablement plus grand que son amour pour sa Mère.

2° Le mème Docteur prouve que l'amour du Christ pour l'Église a été plus grand que son amour pour sa Mère, parce que sa Mère a été une partie de l’Église, et que la partie n’est pas plus digne que le tout.

3° C’est pour l’Église que le Christ s’est incarné afin de la racheter ; c’est pour l’Église qu’il a fait de la sainte Vierge sa Mère, qu’il l’a élevée à une si haute dignité et l’a comblée de grâces très-grandes; donc le Christ a aimé l’Église plus que sa Mère, suivant l’axiôme philosophique: « Ce pourquoi une chose est, est plus grand que cette chose 7, »

Telles furent les raisons de ce savant homme, dont l’opinion est suivie paï Gabriel Vasquez ®.

IT. — Cependant, l’opinion la plus commune et la plus vraie, c’est que la bienheureuse Mère de Dieu est plus aimable aux yeux de Dieu que toute l’Église militante et triomphante.

1 Y, 26. — ? Aux Éphésiens, 1v. — 3 Aux Romains, x, 5; I'e Aux Corinthiens, xu, 12; aux Éphésiens, iv, 4. — 41, 8. — 5 11, 10. — 6 Aux Éphésiens, MIE 7 Poster. 1. — 8 J1Ie Part., tom. IE, disc. cxix, chap. dernier.

IV. — Cette opinion a été entre autres soutenue vigoureusement par Balthazar Sorius, insigne théologien de notre Ordre, dans son Mariale*. « Le Christ répandit une plus grande plénitude de grâce dans sa Mère que dans tout le reste de l’Église, soit par l'intention

de la foi avant de s’incarner, soit par une causalité effective après lincarnation. » Plus bas, expliquant ce qu’il entend par Église, il ajoute : « L'Église, qu’on la considère dans les Anges, dans nos premiers parents, dans Abel, selon la diversité des temps et de l’acception de ce mot. »

Cette même opinion avait été soutenue auparavant par saint Augustin, comme le rapporte saint Boniface, dans son Miroir de Marie?, S’adressant à la Vierge, il dit : « Le Roi des rois, vous aimant pardessus toutes les créatures comme son Épouse très-belle et en véritable mère, vous unit à lui dans un embrassement d'amour. »

Saint Anselme, dans son Livre sur l’Excellence de la Vierge, dit : « Dieu a témoigné à Marie un amour supérieur à tous Les amours. » Ces paroles indiquent clairement que l’amour de Dieu pour la Vierge est supérieur à l’amour de Dieu pour les créatures.

Enfin, cette opinion a été soutenue avec une admirable ferveur et avec beaucoup de raison par plusieurs théologiens modernes : Suarezÿ, Barradius *, Salazar Ÿ.

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