‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 24 sur 125 · V. — Ils l’appuient sur d’excellentes raisons · texte numérisé non relu

V. — Ils l’appuient sur d’excellentes raisons

1° La Vierge, Mère de Dieu, est la médiatrice de tout le genre humain, comme nous le prouverons plus bas, à l’invocation Refuge des pécheurs ; c’est par elle et pour elle que plaisent à Dieu tous ceux qui lui ont jamais plu. Donc, elle plaît plus que tous. Donc, elle obtient une grâce plus grande que tous, et, partant, seule elle est plus aimable que tous devant Dieu. Elle est, dis-je, plus aimable que tous pris ensemble; c’est là, en effet, ce qu’exige la condition de médiateur. Il faut qu’il plaise à lui seul plus que tous les autres pris ensemble, les autres pour qui il est médiateur.

9 La bienheureuse Vierge Marie a un empire plein et absolu sur tous les Anges et tous les hommes, même ence qui regarde la grâce

4 ue Sermon swr la Conception. — 2? Chap. vi.— 3 IIIe Part., tom. IT, disp. vin, sect. 4.— # Tom, Ier, liv. VI, Chap. x. — 5 Prolégoménes, chap. xxx1, ÿ. 29,

et les biens de la grâce. Donc, elle a une grâce supérieure à celle des autres pris isolément ou ensemble, En effet, toute dominaiion, tout empire demande une excellence en son genre. Si donc la Mère de Dieu a auprès de Dieu une grâce plus grande que les autres Sainis, hommes ou Anges, pris ensemble et collectivement, il s’ensuit qu’elle est plus aimable devant Dieu que l’Église du Christ entière, laquelle se compose des hommes et des Anges. Voyez la 137° Conférence, où nous avons clairement et évidemment prouvé l'excès de la grâce de la bienheureuse Vierge Marie, dépassant tous les Anges et tous les hommes, pris à part et collectivement.

Didace Baeza, excellent prédicateur des clercs de la Compagnie de Jésus, au tome IV de ses Commentaires sur l'histoire évangélique ?, confirmant notre doctrine, dit : « Marie, la Mère de Dieu, a tellement plu à Dieu au-dessus de toutes les autres créatures prises ensemble, qu’il n’y aurait rien d'étonnant à ce que Dieu, ayant Marie avec lui, délaissât tous les autres. » Et, plus bas : « Si cela pouvait être, Dieu, possédant Marie, ne se soucierait pas beaucoup de posséder les autres créatures, et même il les délaisserait. » Son dire, il le prouve avec beaucoup d'énergie.

Il s’appuie sur ce verset des Cantiques, où le Seigneur dit à sa Mère : « Détournez de moi vos regards, parce qu’ils m'ont fait enfuir?. » Jésus-Christ demande à sa Mère de cacher la beauté de ses yeux, de peur que, la considérant, il ne s’en contente et ne quitte les autres créatures, les abandonne. Saint Ambroise, dans son Livre sur fsaac*, l'explique ainsi en ces termes : « Il veut qu’elle détourne les yeux de peur que, la considérant, il ne s’élève pour pouvoir la suivre dans les régions élevées et n’abandonne les autres créatures. » C’est comme si Jésus-Christ disait ouvertement : «Quoique, Ô ma Mère, vous soyez parfaite au point que, pour vous seule, je serais descendu sur la terre et aurais trouvé bon de m’incarner, cependant j’ai décrété de sauver avec vous d’autres âmes. Mais, paree que, en vous considérant vous seule, je ne sais quelle force me pousse à me contenter de vous, je vous demande de détourner vos yeux de moi, de peur que, en vous

1 Liv, XVIUL, chap. «1, 8 6. — 2 vr, 4. — 8 Chap. vit,

regardant, je ne me contente de vous seule et je ne délaisse et n’abandonne toutes les autres âmes rachetées de mon sang. » La dignité, la grâce de Marie est si grande que Dieu, contemplant son aimable beauté, lui demande de détourner ses regards de peur que, la voyant monter au Ciel, il ne s’en contente et ne méprise les autres âmes.

Ici se rapporte ce que saint Cyrille d'Alexandrie dit dans son Dis- cours contre Nestorius. Interpellant la sainte Vierge, il s’écrie : « Vous “êtes la perle précieuse de l’univers. » Quand j'entends parler de la

sorte, je rappelle le texte de saint Matthieu : « Le royaume des Cieux est semblable à un marchand qui cherche de belles perles et qui, en ayant trouvé une de grand prix, va vendre tout ce qu'il a, et l’achètet, » Ce marchand, c’est Jésus-Christ, comme l'explique Salomon; les belles perles, ce sont les hommes de bien, comme le veut saint Augustin dans son Livre des Questions évangéliques. Jésus-Christ donc, cherchant les âmes des hommes, s’il n’eût trouvé que Marie qui eût eu besoin de sa Rédemption, pour elle seule eût vendu tout ce qu'il avait, offert le prix abondant de son sang afin de la racheter.

Cette pensée est confirmée par le Sauveur lui-même. Quand il était attaché à la croix, voyant sa Mère et le disciple qu’il aimait, debout,’ il dit à sa Mère : « Femme, voilà votre Fils! » Voyez le soin qu'il prend de sa Mère. Il accomplit l’œuvre du salut de tous les hommes, et, parmi ces occupations, il oublie en quelque sorte tous les autres pour ne plus s’occuper que de sa Mère. Saint Ambroise, dans son Livre de l’Institution des vierges, dit : « Il diffère un peu le salut public pour ne pas laisser sa Mère sans honneurs ?. » Il aimait tellement sa Mère qu’il ne craignait pas de différer le salut de tous les autres. (a été mème par une merveille de sa bonté que, pour elle, ii n’ait point, dès lors, délaissé les autres âmes. 4

Et qu’y a-t-il d'étonnant à ce que pour elle il délaissat les autres âmes, quand pour elle il a délaissé son humanité jusqu’à sa mort entre les mains de ses bourreaux? A peine avait-il pourvu la mère d’un fils, disant : « Femme, voici votre Fils! » et aussitôt il éleva la voix vers son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-

Lx, 45 et 46. — 2? Chap. vue

vous abandonné? » Pourquoi passe-t-il brusquement du sein de sa Mère à la montre qu’il fait de l'abandon de son humanité entre les mains de ses ennemis? Est-ce que cet abandon, comme la passion entière, n’a pas été pour le salut de toutes les âmes des hommes? Pourquoi donc a-t-il voulu la joindre au soin qu’il a eu de Marie? Afin de se montrer Fils de Marie, comme lui étant semblable en passibilité et en mortalité. Cette réponse nous est indiquée par saint. Idefonse, dans son vi Sermon sur l’Assomption, où il dit à Marie : « Afin de vous montrer Mère, il s’est montré vrai homme en subissant les tourments. » Voyez combien Dieu aimait sa Mère, puisque, pour montrer avec plus d’évidence sa maternité, il n’a pas hésité à abandonner son humanité entre les mains des bourreaux. Certes, la vie temporelle de Jésus avait plus de valeur que la vie éternelle du monde entier, et néanmoins Dieu l’abandonne pour la gloire de Marie. De là les théologiens concluent avec beaucoup de raison que, si les autres eussent manqué, tous les mérites, la vie et même la mort de Jésus-Christ auraient pu être dépensés pour la Vierge seule.

VI.— Comme on le voit, les raisons de Tostat, tout en étant fondées sur l’Écriture et la raison, ne concluent pas que l’Église soit plus aimable devant Dieu que la sainte Vierge. Si, en effet, Dieu a aimé l'Église et est mort pour elle, c’est particulièrement et principalement pour Marie. De là vient que saint Bernardin dit dans son xv° Sermon pour les Fêtes de la sainte Vierge?, que « Dieu a eu plus en vue la rédemption de sa Mère que celle de tous ses serviteurs. » Nous avons établi cette vérité peu auparavant, dans cette même Conférence.

Si l’Église est appelée Épouse du Christ, ce titre est dû principalement à Marie.

Si le Christ est le chef de l’Église, il l’est plus entièrement et plus immédiatement de Marie, car elle est le cou de l’Église immédiatement joint au chef qui est le Christ.

Si l’Église est le corps du Christ, Marie est le membre principal de ce corps.

1 St, Matth., xxvIr, 46. =— 2 Art. 3.

Si l’Église est supérieure aux Anges et a juridiction sur eux, Marie a une juridiction supérieure, étant la Reine des Anges et des hommes.

Si l’Église apprend aux Anges des mystères cachés au Ciel, ce rôle est rempli surtout par Marie, qui a enseigné beaucoup de choses à l'Église et l’a éclairée par sa sagesse, comme nous l’avons montré à la 93° Conférence.

Donc, si le Christ aime l'Église, il aime beaucoup plus sa Mère. Son amour envers l’Église est le plus grand, parce que l'Église renferme sa Mère. Mais si vous séparez sa Mère et que vous preniez le corps de l’Église, seul, à part, sans Marie, cet amour ne sera pas le plus grand. |

Quoique la sainte Vierge soit une partie de l’Église, et moindre que l'Église, au point de vue de la multitude et du nombre, pour la valeur et le prix, elle est plus grande, car elle est la partie principale de l’Église. Le Ciel suprême est bien une partie de l’univers, et cependant, par son étendue, il dépasse toutes les parties de l’univers prises ensemble; de même, la sainte Vierge, quoique partie de l’Église, par la grandeur de la grâce, dépasse toutes les autres parties de l’Église.

Il est faux également que Dieu ait aimé la bienheureuse Vierge Marie à cause de l’Église et l'ait, dans ce but, élevée à la dignité de Mère. Au contraire, elle vient au secours du monde perdu à cause de la sainte Vierge; c’est pour l’amour d’elle qu’il est descendu du Ciel sur terre et qu’il a revêtu un corps humain, comme nous le prouverons plus bas.

Ajoutez à cela que c'est à cause de la bienheureuse Vierge Marie que Dieu a créé l'univers, les Anges, les hommes, les cieux et les éléments. Quant à Marie, il l’a aimée à cause du Christ. Saint Bernard le décrit avec élégance et piété dans un sermon cité par Pelbart : « Dieu, dit-il’, a conservé nos premiers parents à cause de la Mère de Dieu qui prééxistait dans leur sein, afin que Jésus naquit d’elle, C’est à cause de la Mère de Dieu que Dieu délivra Noé du déluge, Abraham des Chaldéens, Isaac du glaive paternel, Jacob de la persé-

1 Liv, XI 8 2.

cution de son frère, les Hébreux de l'Égypte, Moïse de Pharaon, David de Goliath et de Saül, enfin les trois jeunes hommes des mains de Nabuchodonosor. En un mot, tous les bienfaits, faveurs et grâces accordés aux Pères de l'Ancien Testament, l’ont été en vue d’elle et par égard pour elle. »

De là vient que, dans les Cantiques, l'Époux lui dit : « Vous avez blessé mon cœur, ma sœur, mon épouse.» Tout ce que Dieu a témoigné d'amour au monde, il l’a fait pour Marie. Le Christ est bien la fin de toutes les œuvres de Dieu; mais, de même que le Christ ne peut être compris sans Marie, de même Marie ne peut l’être sans le Christ. De là vient que, dans la pensée du Créateur, tout entre eux a été corrélatif : le Fils avec la Mère, la Mère avec le Fils.

Aimons donc, honorons, vénérons cette bienheureuse Vierge Marie comme notre Mère excellente, très-belle, très-gracieuse, trèssemblable à Dieu, très-ornée de tous les dons de la nature, de la grâce et de la gloire, afin de sentir son patronage dans tous nos besoins. Ainsi soit-il,

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