‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 25 sur 125 · MATER ADMIRABILIS MÈRE ADMIRABLE · texte numérisé non relu

MATER ADMIRABILIS MÈRE ADMIRABLE

L'Église continue de chanter les louanges de la Mère de Dieu, après l’avoir appelée Mère aimable, à cause de sa beauté, de sa plénitude de grâces, de vertus et de dons, elle l’appelle Mère admirable, pour montrer que cette beauté et cette plénitude de grâces qui l’ont fait appeler Mère aimable, ne sont point vulgaires, mais au contraire grandes, rares et insolites. Nous avons, en effet, coutume d’admirer les choses grandes, rares et insolites, comme saint Augustin le remarque dans sa zi° Lettre. C’est donc à bon droit que cette invocation suit immédiatement la précédente, et indique qu'en Marie sont renfermés d’inestimables trésors de choses admirables.

Jacques Rhem, prêtre de la Compagnie de Jésus, serviteur dévot de la Bienheureuse Vierge Marie, eut révélation que ce titre de Mère admirable était, parmi tous les autres, trèsagréable à la sainte Vierge, comme étant l’abrégé de toutes les grâces, louanges et éloges qu’on peut faire d’une pareille Mère- Vierge. Ce Père avait un grand désir de savoir quel était l'éloge le plus agréable à la sainte Vierge, et il lui fut révélé d’en haut que c’était celui-là. Voici dans quelles circonstances : les membres de sa résidence chantaient un jour les litanies de Lorette, quand, à ces mots : Mater admirabilis, la sainte Vierge, entourée d’un éclat céleste, se présente à lui. Aussitôtil se précipite du coin qu'il oceupait toujours pendant

la prière, et lui, d'ordinaire si humble, à la grande surprise de ses frères, il crie qu’on répète trois fois cette invocation, car il venait d'apprendre combien cet éloge était agréable à la sainte Vierge. Antoine de Balinghem, dans son Calendrier de la très-sainte Vierge, au 12 octobre, raconte ce fait, d’après Jean de Bourg. Expliquons donc, comme nous l'avons fait pour les autres, cette invocation selon notre faible portée ; admirons la dignité, la sublimité, la beauté, l'ampleur des grâces dans la glorieuse Mère de Dieu. De l'admiration passons à la louange de Celui qui l’a si merveilleusement ornée et enrichie.

DE QUELLE MANIÈRE ET POUR QUELS MOTIFS LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE EST MÈRE ADMIRABLE.

SOMMAIRE. — 1. Le titre. — 2, Les dix motifs,

TI. — En chaque Saint reluit une vertu héroïque spéciale qui nous permet de l’appeler admirable. Saint André a été admirable à cause de son merveilleux amour de la croix; saint Paul l’a été à cause de sa merveilleuse puissance de prédication ; saint Jean à cause de sa pureté virginale; saint Étienne à cause de sa force d'âme; sainte Marie- Madeleine à cause de la rigueur de sa pénitence; saint Antoine à cause de sa contemplation, saint Laurent à cause de son courageux martyre; saint Athanase à cause de sa défense de la foi; saint Basile à cause de sa religion; saint Bernard à cause de son ardente piété envers la sainte Vierge; notre bienheureux Père saint Dominique à. cause de son zèle pour le salut des âmes; saint Thomas d'Aquin à cause de sa science; saint Hyacinthe à cause de la gloire de ses miracles; saint François à cause de sa très-parfaite pauvreté, et ainsi des autres.

Mais, sur ce point, la Mère de Dieu a été rare et unique. On le prouve en ce que, sous le rapport de la sainteté, elle a été sainte au-

dessus de l’ordre commun de la grâce. Vous la diriez tout miracle, toute composée de miracles. Elle est née par miracle de parents stériles ; elle a été élevée non sans miracle dans l’intérieur du Temple ; elle a épousé Joseph avec miracle, conservant sa virginité intacte; elle est devenue enceinte par le miracle le plus grand de tous, sans le concours de l’homme; elle a porté son fruit sans fatigue; elle a enfanté sans douleur; elle est morte sans souffrance; elle a été ensevelie sans corruption. Femme élevée au-dessus des Anges, Mère du Fils de Dieu, vraiment Mère admirable.

On peut citer en faveur de cette invocation un grand nombre de Pères très-graves, qui l’appellent en divers endroits un miracle.

Saint Ignace, martyr, dans sa lettre à saint Jean l’Évangéliste, Pappelle « un prodige céleste et un spectacle très-saint. » Saint Éphrem, dans son Discours sur les Louanges de la Vierge, la salue en s’écriant : « Je vous salue, à le plus éclatant des miracles du monde entier ! »

Saint Jean Damascène, dans son Discours sur la Nativité, s’écrie tout stupéfait : « O miracle, le plus inouï de tous les miracles! Une femme est devenue plus élevée que les Séraphins, » etc.

Saint André de Jérusalem, dans sa Salutation de la Mère de Dieu, Vappelle « une officine de miracles. » De même, en effet, que les artistes ont d'ordinaire des officines où ils conservent leurs œuvres, de même Dieu, l'artisan suprême de toutes choses, a voulu se construire une officine où il conserverait ses œuvres prodigieuses et les plus admirables : c’est la bienheureuse Vierge Marie. En elle, Dieu a renfermé des prodiges nouveaux et inouïs. Le Verbe éternel, Dieu tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre, Seigneur du monde entier, Roi des rois, Seigneur des seigneurs, s’est incarné en elle. C'est là qu’eut lieu l’union hypostatique de l'humanité et de la divinité, la véritable génération de la personne présubsistante, la conception de la très-pure Vierge. C’est là qu’au même instant le corps du Sauveur fut formé avec tous ses membres et toutes ses lignes, accouplé avec une âme très-sainte et uni à l’hypostase divine. Là, sans aucune œuvre d'homme, l'Enfant a été conçu par l’admirabie opération du Saint-Esprit. Là, l'Enfant n’a point lésé la virginité de sa Mère, et,

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