POUR QUI ET POUR QUELLE RAISON LA VIERGE, MÈRE DE DIEU, EST ADMIRABLE
SOMMAIRE. — 1. Principe général. — 2. Pour qui la Vierge est admirable : Dieu, les Anges, les Saints.
I. — Ce qui augmente la dignité, c’est de la voir admirer par les grands et les savants. En effet, les gens grossiers, ignorants. et de peu de sens ont coutume d'admirer des choses petites et de mince valeur. Les enfants admirent les noix, les fruits et leurs confitures, parce qu'ils n’ont pas goûté les délices de l’homme fait. Les campagnards admirent leurs toits de chaume et leurs troupeaux, parce qu'ils n’ont pas vu les palais, les temples et les maisons de ville. Les hommes terrestres admirent les honneurs, les richesses, les délices du monde, parce qu’ils ne connaissent pas les biens plus grands qui sont dans les cieux. L’admiration de pareilles gens procède communément de l'ignorance d’une chose grande, nouvelle et insolite, ou de la cause
de cette chose; tandis que l'admiration des grands et des sages provient de la compréhension et de l’estime d’une chose grande. C'est ainsi que le savant David, après avoir levé les yeux vers le ciel, la lune et les étoiles, disait dans son admiration : « Seigneur, notre Seigneur, que votre nom est admirable sur toute la terre! Parce que je verrai vos cieux, l'ouvrage de vos doigts, la lune et les étoiles que vous avez établies. C’est ainsi que la reine de Saba admirait la sagesse de Salomon !.» C’est ainsi que Habacuc, admirant l’œuvre de notre rédemption, disait : « Seigneur, j'ai entendu votre parole et j’ai craint ?,» Les Septante ajoutent : « J’ai considéré vos œuvres, et j'ai tremblé. » C’est ainsi que Joseph et la Mère de Jésus « admiraient ce qu’on disait de lui ?. » C’est ainsi que le Christ admira, en voyant la foi du centurion *. C’est ainsi que saint Paul, dans son admiration pour la sagesse divine, s’écrie : « O hauteur des biens de la sagesse et de la science de Dieu *!» Admirer ces choses, c’est estimer une chose à grand prix et la réputer grande.
II. — Quand nous aurons démontré que Marie, la Mère de Dieu, est admirable aux yeux de Dieu, des Anges et des Saints, nous aurons assez clairement montré sa dignité, sa majesté, son excellence. Les grands savants, nous l’avons dit, n’admirent que ce qu’ils estiment véritablement grand, rare, nouveau et insolite. Or, la Vierge, Mère de Dieu, est admirable.
4° Pour Dieu. — S’adressant à elle dans le Cantique, il dit : « Ma sœur, mon épouse, vous avez blessé mon cœur f.» Les Septante traduisent : « Vous avez stupéfñé mon cœur. » La stupeur est une vive admiration. Dieu lui-même, le Père éternel, est dans la stupeur à cause de la dignité de la Vierge, admirant qu’elle lui soit semblable dans la génération de ce même Fils, dont elle est la Mère selon l'humanité comme il en est le Père selon la divinité. Le Fils et le Saint-Esprit admirent aussi en elle la maternité qu'ils n’ont pas ni le Fils, ni le Saint-Esprit. Le Fils en Dieu n’est pas le père du Saint-Esprit, il ne vient pas de lui par génération, mais par procession. Aucune autre personne divine ne procède du Saint-Esprit, ni par génération ni par
1 1IIe Livre des Rois, x, 5. —2m, 4. —3 St. Luc, 11, 33. —# St, Matth., vin, 40. — $ Aux Romains, x1, 33.— 6 1x, 8.
spiration. Bien que le Saint-Esprit soit survenu dans la sainte Vierge, lait couverte de son ombre, l’aït fécondée, cependant il ne peut être appelé le Père du Christ, parce qu'il me lui est pas semblable en nature (incarnée), et que la paternité exige cette ressemblance. C'est donc à bon droit que le Fils et le Saint-Esprit admirent la maternité de la Vierge. Ils l’aëmirent, non point comme une chose inconnue, puisqu'ils l’ont faite Mère de Dieu ensemble avec le Père, mais ül nous indiquent que nous devons l’admirer à cause de la grandeur et de l'excellence de sa dignité. Admirer, pour Dieu, n’est pas autre chose qu’estimer à haut prix, réputer une chose grande.
Nous avons un bel exemple de cette admiration dans Alexandre le Grand, qui, s’étantt approché de Diogène le Cynique, ayant considéré sa vie, ses mœurs, son visage, sa modestie, la forme de son vêtement, son caractère, son jugement, son érudition, sa prudence et sa liberté de parole, voyant un homme parfaitement réglé sur toutes les règles des vertus, l’admira, le vénéra, ‘au point de ne pas'hésiter à mettre sur le même pied sa pourpre illustrée par ‘tant de conquêtes et de victoires avec les haïllons du philosophe, etson sceptre royal avec le bâton de Diogène, disant : « Si je n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène. » C’est le récit de Plutarque‘. Montonsd’Alexandre à Dieu, d’un roi terrestre, au Roi du Ciel. Celui-ci a ‘daigné conférer une si grande grâce à la sainte Vierge qu'il pouvait à ‘bon droit admirer lui-même son œuvre à cause de son ‘éclat, de sa grandeur et de sa nouveauté, disant : «Si je n'étais Dieu, je voudrais être Marie. » Après Dieu, en effet, rien de plus grand, de plus excellent, de plus digne, de plus admirable que Marie.
2° Pour les Anges. — Parmi des admirateurs des grandes choses, ceux-là admirent davantage qui sont doués d’une plus grande intelligence, car ils comprennent mieux les secrets de la sagesse divine. De là vient que les Saints et les esprits prudents sont sans cesse :occupés à admirer les œuvres de Dieu, tandis que Les mondaïas ne les observent jamais et, partant, ne les admirent point. Les Anges, parmi toutes les créatures, comprennent le mieux les œuvres de Dieu en Marie, les
1 xie Discours sur la Fortune d'Alexandre, et Discours sur lEx,
pénètrent le plus profondément, et, partant, les admirent souverainement.
a) Les Anges admirent la pureté par laquelle Marie les dépasse, eux et toutes les hiérarchies plus élevées, et les ordres de chacune d'elles.
b) Les Archanges admirent la puissance illuminatrice par laquelle elle éclaire non-seulement l’Église militante que ses mérites font briller etque sesexemples honorent, mais encore l’Église triomphante, dont l’Agneau est la lumière, que la splendeur et l'éclat des vertus et des grâces de Marie font briller merveilleusement.
c) Les Vertus admirent sa puissance, laquelle s’étend si loin qu’elle atteint les orbes célestes, l'hémisphère terrestre et les demeures infernales : « J’ai fait seule tout le tour du Ciel, j'ai pénétré la profondeur des abimes, j'ai marché sur les flots de la mer, et j'ai parcouru toute la terre; j'ai eu l’empire sur tous les peuples et sur toutes les nations, j'ai foulé aux pieds par ma puissance les cœurs de tous les hommes, grands et petits !. »
d) Les Principautés admirent l’autorité qu’elle exerce non-seulement sur les créatures, mais encore qu’elle a eue sur le Créateur lui-
-même revêtu d’une chair humaine: « Et il leur était soumis ?. »
e) Les Puissances admirent sa force coercitive sur les démons, lesquels la redoutent si fort qu'ils ne peuvent même souffrir le nom de Marie, s’enfuyant et s’évanouissant aussitôt qu’on le prononce.
f) Les Dominations admirent la hauteur de laquelle elle préside tous les chœurs des Anges, leur commandant comme une souveraine à ses serviteurs, comme une reine à ses sujets.
g) Les Trônes Padmirent, voyant la très-sainte Trinité résider d’une manière beaucoup plus parfaite en elle comme dans une arche vivante qu’en eux-mêmes.
h) Les Chérubins admirent la science et la sagesse de leur souveraine. Comparés à elle, ils se voient ignorants et semblables à de petits enfants. Aussi la révèrent-ils comme leur institutrice.
1 Ecclésiastique, xxiv, 8, 11, — 2 St, Luc, 11,
:) Les Séraphins admirent son ardente charité qui les enflamme eux-mêmes, surtout quand ils se voient froids en comparaison d'elle.
De là vient ques lors de son assomption au Ciel, les Anges, respirant le parfum de ses vertus, s’écrièrent, ravis d’admiration : « Qui est celle-ci qui monte par le désert comme une petite vapeur d’aromate, de myrrhe et d’encens, et de toute sorte de poudres de senteur‘? » Symbole de toute sorte de vertus. Quelques-uns, charmés de son éclat et de sa beauté, s’écrièrent dans leur surprise : « Quelle est celle-ci qui s’avance, comme l'aurore quand elle se lève, qui est belle comme la lune et éclatante comme le soleil, et qui est terrible comme une armée rangée en bataille ?? »
3° Pour les Saints. — Voyant sa beauté, sa grâce, sa sainteté ; contemplant son immense clarté par laquelle elle éteint les clartés des autres Saints comme des étincelles comparées à leur foyer; la voyant si fort élevée que leur vue peut à peine l’atteindre, ils admirent avec stupeur ce spectacle si rare, si inusité, si glorieux.
a) Les patriarches l’admirent, voyant leur fille désirée depuis tant de siècles, celle dont le souvenir tout seul les réjouissait, quand ils étaient exilés loin de la patrie céleste, et ils disent : « Fille, vous êtes bénie par le Seigneur, parce que, par vous, nous avons communiqué le fruit de la vie. »
b) Les prophètes admirent celle qu’il voyaient si longtemps d'avance des yeux de l'esprit, celle dont il voyaient la gloire sublime figurée par des symboles ou des images. |
e) Les Apôtres et les Évangélistes admirent leur conductrice, leur illuminatrice et leur très-sainte maitresse. Ils la félicitent avec effusion de cette grande gloire.
d) Les martyrs admirent leur confortation, leur gloire, leur éclat, et leur âme se réjouit dans ses grands triomphes.
e) Les Confesseurs admirent son secours, son refuge et ses délices suaves; ils reconnaissent que cette grande couronne est bien due à son intégrité singulière, à son admirable sainteté,
1 Cantique, 1, 6. — 2 Ibid, vx, 9.
MÈRE ADMIRABLE. A4l
f) Les vierges admirent leur princière, leur coryphée et leur porte-
étendard, qui la première a levé le blanc drapeau de la virginité, sous lequel sont venus se ranger des myriades de vierges, de femmes et d'hommes.
__g) Toute la cour céleste des hommes l’admire comme los de ses os, la chair de sa chair. Elle s’étonne dela voirexaltée au-dessus dece qui a jamais pu être dévolu à une pure créature. En effet, tout ce qu’il peut y avoir en Dieu de plus beau, de plus doux, de plus large dans cette gloire des Bienheureux, tout cela est à Marie, tout cela est dans Marie, tout cela est par Marie, comme l’atteste saint Bonaventure dans son Miroir de la sainte Vierge.
Pour nous, admirons aussi une Mère si admirable, imitons ses vertus, afin de mériter d'arriver par son suffrage à cette admirable gloire. Ainsi soit-il,