‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 31 sur 125 · VIRGO PRUDENTISSIMA VIERGE TRÈS-PRUDENTE · texte numérisé non relu

VIRGO PRUDENTISSIMA VIERGE TRÈS-PRUDENTE

Après avoir célébré l'éloge de la bienheureuse Marie, Mère de Diev, aux douze titres ou épithètes ci-dessus, le chœur fidèle de l'Église commence à exalter la virginité de cette même Marie en la décorant de ce titre : Vierge très-prudente. Et c’est avec raison que sa maternité a été admirée et louée avant sa virginité ; car sa maternité fut comme la veine trèsféconde de laquelle ont coulé en la bienheureuse Vierge toutes les grâces célestes, les bienfaits divins et les priviléges miraculeux, comme nous l’avons abondamment prouvé dans les volumes précédents. Honorant donc la virginité de la très-sainte Mère de Dieu, l’Église l’orne et la décore tout d’abord de ce titre : Vierge très-prudente, voulant dire par là que sa prudence fut extraordinaire et excellente. C’est pourquoi il faut rechercher ici :

210° CONFÉRENCE EN QUOI A BRILLÉ LE PLUS LA PRUDENCE DE LA VIERGE, MÈRE DE DIEU.

SommamE. — 1. Les vertus se manifestent par leurs actes. — 2. Actes de la prudence; définition de chacun d’eux.

I. — Tous les sages sont d'accord pour dire que les vertus se manifestent par leurs actes. Car la vertu se produit au dehors de l’âme, lorsqu'elle éclate extérieurement par son action. Puis donc que la

VIERGE TRÈS-PRUDENTE. 193 prudence est une vertu, elle ne peut briller autrement qu’en se montrant au dehors, en se produisant, en se manifestant par son action.

IT. — Or, les actes de la prudence sont :

1° Mépriser les choses de la terre et aimer les choses du Ciel. Car saint Augustin, au VI Livre de la Musique, dit : « La prudence est une affection ou un mouvement de l’âme, par lequel on comprend que les choses éternelles sont supérieures et les choses terrestres inférieures. » Et sur l’Épitre aux Romains ! : «On est prudent lorsqu’on ne place ni son espoir dans les biens temporels, ni sa crainte dans les maux. »

2° Connaitre les choses divines et humaines. L’empereur Justinien définit ainsi, en effet, la prudence ? : « La prudence est la connaissance des choses divines et humaines, la science du juste et de linjuste. »

3° Se garder des maux et choisir les biens. Voici, en effet, comment le prince des philosophes, Aristote, définit la prudence ? : « La prudence est la vertu qui consiste à se garder des maux et à choisir les biens. » Et l’orateur romain * : « La prudence est la science de ce qu’il faut redouter et de ce qu’il faut fuir. »

4° Bien choisir les moyens pour atteindre la fin, les enseigner, les montrer de façon à atteindre la fin qu’on se propose. C’est de là que l’on appelle prudents les négociants, les pilotes, les juges, quand ils ont su trouver et préparer les moyens propres à atteindre la fin des devoirs qu’ils ont à remplir. C’est ainsi que le Docteur angélique dit 5: « Elle est vraie et parfaite la prudence qui conseille, juge et commande de manière à diriger toute la vie vers une bonne fin. »

5° Bien régler le présent, se souvenir du passé, prévoir l’avenir, Sénèque, au [° Livre des Bienfaits, dit : « Si ton esprit est prudent, qu’il règle les trois temps : songe au passé, ordonne le présent, prévoie l'avenir. »

6° Conformer tous les actes humains à la droite raison : «La prudence, dit Macrobe, est de régler suivant la raison tout ce qu’on pense ei tout ce qu’on fait, et de ne rien faire qui ne soit droit et louable. »

1 Prop. xuix. — ? Codex, u, $ 1. — 8 Liv. VI de l'Éthique, — * Des Devoirs, 1, — 5 XXII, quest. xLvH, art, 13

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