X.— Dixièmement. On rend à Marie les mêmes témoignages de
1 Jean Nauclerc, Génér., xxx1v. — ? Raymond de Capoue, dans la Vie de sainte Catherine. — 3 Jean Nauclerc, comme ci-dessus, — # Inserlanus, Traité du Rosaire.
respect, lorsqu’en son honneur on fléchit le genou, on baise la terre, on récite des oraisons, des Ave, Maria, et autres formules de prières telles que le rosaire, le chapelet et l'office dont nous parlerons plus loin. Tel était l'hommage que rendait à Marie saint Charles Borromée, neveu du pape Pie IV, sénateur et cardinal de la sainte Église romaine, homme doué de toutes les vertus. Outre les nombreuses prières que les prêtres doivent réciter chaque jour, il disait à genoux l'office de la Vierge et le chapelet. Quand la cloche sonnait l’angelus, en quelque endroit qu’il se trouvât, dans un chemin plein de pierres ou de boue, il tombait à genoux, descendait même de cheval et, prosterné dans la poussière, il saluait la Vierge céleste t.
Voilà ce que faisait un prince de l’Église, un cardinal-archevêque, accablé d'innombrables travaux. Tous les jours, comme s’il eût eu des loisirs abondants, il payait à genoux un large tribut de louanges à la Vierge sa Mère. Que nous sommes loin d’agir de la sorte, nous, hommes de rien! « Nous louons les anciens et nous vivons à la moderne. »
XI — Onzièmement. Si vous offrez à Dieu, en l'honneur de Marie et pour la vénérer, des jeùnes et d’autres morüfications corporelles. Saint Nicolas, évèque de Myre, jeünait le lundi, le mercredi et le vendredi de chaque semaine. Et cependant, pour honorer Marie, il ne prenait à son repas du samedi qu’un peu de pain et d’eau. Saint Hyacinthe d’Oldrovans, la gloire de la Pologne et l’ornement de l'Ordre des Frères prècheurs, jeünait également tous les vendredis, et il jeünait aussi la veille des fêtes de la sainte Vierge et de celles des Apôtres. Dès ses pius jeunes années, saint Bernardin de Sienne agissait de la même manière. Saint Didace d’Alcala ne prenait le samedi, jour consacré à la sainte Vierge, qu’un peu de pain et d’eau, Nitard, évèque de Bamberg, voulait avoir la soirée du samedi libre de toute affaire, pour donner un plus large cours à sa dévotion pour Marie. Saint Louis de Gonzague, de la Société de Jésus, jeune homme d’une grande chasteté, s’interdit toute nourriture le samedi soir pour l’amour de Marie,
1 Vie de saint Charles,
XII. — Douzièmement. Si, pour célébrer avec plus de dévotion les fêtes de la Mère de Dieu, vous ne vous bornez point à assister à la procession et à l’office divin; mais si vous vous approchez encore du sacrement de pénitence et de celui d'Eucharistie; si vous augmentez également vos prières habituelles, ou si, du moins, vous les faites avec une plus grande ferveur, ou si, pendant l’Octave de ces fêtes, vous lui donnez chaque jour une marque de vénération. C’est ainsi que faisait la bienheureuse Marguerite de Hongrie, sœur de notre bien-aimé Père saint Dominique. La veille des fêtes de la sainte Vierge, elle ne prenait qu’un peu de pain et d’eau. Le jour même de ces fêtes et pendant l’octave, elle lui offrait mille Ave, Maria, se prosternant chaque fois jusqu’à terre {.
XIIT, — Treizièmement. Si vous répandez, si vous rétablissez, si vous conservez, si vous développez le eulte de Marie dans lunivers entier, mais surtout au milieu des hérétiques, Inconoclastes, Luthériens, Calvinistes et autres semblables, et si vous le faites avec courage et avec force, par des discours, des lectures, des conférences publiques, des entretiens privés, des écrits et de bons exemples. Ainsi l’honorent ceux qui prèchent ses louanges, non-seulement dans des conversations particulières, mais encore dans des discours publics, et qui, par leurs paroles comme par leurs écrits, réfutent les blasphèmes des hérétiques, et poussent les catholiques à lui rendre le culte qui lui est dù.
C'était là la dévotion du bienheureux Vincent, compagnon de notre Père saint Dominique. Par amour pour Marie, il ne finissait aucun de ses sermons sans raconter quelque miracle opéré par sa puissante médiation. Cette pratique lui fut infiniment avantageuse, car à l'heure de sa mort cette douce Vierge daigna lui apparaître et venir à son secours; c’est en chantant ses louanges et ses victoires sur les légions infernales que son âme inondée de joie s’envola vers le Christ ?, Ainsi faisait encore saint François de Retz, théologien distingué, de l'Ordre des Frères prêcheurs. Professeur de théologie pendant trentesix ans à Vienne, en Autriche, il consacrait tous les samedis la moitié
1 Gacarinus, dans la Vie de sainte Marguerite. —? Recueil d'evemples, quest. vn, exemple 57.
de sa classe à célébrer avec beaucoup d’élégance et de grâce les louanges de la Mère de Dieu. Souvent son émotion était si grande que des larmes abondantes entre-coupaient sa voix. Il composa en l’honneur de Marie un magnifique ouvrage en trois volumes.
C'est avec une dévotion et un recueillement admirables, qu’il réeitait les nombreuses prières dont il faisait hommage chaque jour à la Reine du Ciel. Allait-il de sa chambre à la bibliothèque, au réfectoire, à la chapelle, ou du couvent aux cours publics, il ne perdait pas un instant et ne cessait de répéter la Salutation angélique. Il continua à rendre ces hommages à notre Souveraine jusqu’à l’âge de quatrevingt-quatre ans. La fièvre, qui le prit le jour de l’Assomption, put seule y mettre une fin. Aux approches de la Nativité de Marie, il reçut les derniers sacrements, récitant selon sa pieuse coutume l’Ave, Maria, et ne cessant de redire cette invocation bien-aimée : « Sainte Marie, Mère de Dieu, priez pour nous, pauvres pécheurs,» etc., jusqu’au moment où il lui fut impossible de remuer les lèvres. Il rendit le dernier soupir dans d’ineffables sentiments d'amour pour Marie !.
Saint François-Xavier rendait à Marie les mêmes louanges. Voici comment il prèchait la doctrine chrétienne aux peuples du Japon : il leur expliquait le premier commandement, puis, après avoir imploré le secours de Notre-Seigneur en récitant l’Oraison dominicale, il chantait avec eux les paroles suivantes : « Sainte Marie, Mère du Christ, obtenez-nous du Fils de Dieu que nous soyions fidèles à ce commandement, et il ajoutait la Salutation angélique. Il suivait la même méthode pour les autres préceptes. Toutes ses autres instructions sur la doctrine chrétienne étaient suivies du Salve, Regina, voulant par cette prière que tous implorassent avec lui la protection de Marie. C’est ce que nous apprend sa Lettre rv°, livre I. Tel est encore l’honneur que rendent à Marie les écrivains qui composent des livres à sa louange, pour venger sa dignité et sa gloire des blasphèmes des impies, et les prédicateurs qui prêchent au peuple la dévotion du saint rosaire et engagent les fidèles, avec les accents d’une piété profonde, à l’honorer et à la vénérer, à fréquenter les sacrements
3 Jean Nider, liv. IV, chap. vn.
VIERGE VÉNÉPABLE. 269
et à mener une vie angélique. Sont encore regardés à bon droit comme pieux serviteurs de Marie ceux qui chantent ses louanges dans de saints cantiques et des morceaux de poésie qu’ils composent en son Eonneur. Er ce genre ont excellé saint Grégoire le Grand, le bienheureux et très-illustre Albert. Les hymnes, les cantiques et autres poésies qui soit sortis de leur plume pour célébrer Marie, sont vraiment admirables. Le prince saint Casimir, fils de Casimir Jagellon, roi de Poiogne, fut un élève digne d’eux. Il eut pour la Mère de Dieu, patronne très-douce des hommes, une dévotion très-vive. Il aimait à lui chanter chaque jour, à genoux et avec une pieuse tendresse, un cantique ingenieux qu'il avait fait lui-même et dans lequel se déroulaient, comme dans une gracieuse guirlande, tous les mystères de l’incarnation du Verbe. Nous rapporterons plus loin, en traitant des formules de prières en l’honneur de la bienheureuse Vierge, ce cantique qu’il aimait tant à chanter.
XIV. — Quatorzièmement. S1 vous parlez souvent de la très-sainte Vierge : la bouche parle en effet souvent de l’abondance du cœur. Quand l’amour de Marie remplit notre âme, il se fait bientôt une large place dans nos paroles. Quelques très-nobles et très-pieux jeunes gens de la Compagnie de Jésus témoignent de cette sorte leur grande dévotion pour la Mère de Dieu. Saint Stanislas Kostka, enfant de la Pologne, parlait de Marie à tout instant; il s’ingéniait à trouver pour elle des noms nouveaux de tendrese et de respect, des expressions de louange et les titres honorifiques les plus pompeux ‘. Saint Louis de Gonzague, dès ses plus jeunes ans, avait une telle dévotion pour la Vierge, Mère de Dieu, qu’il ne pouvait entendre son nom sans être très-vivement et très-pieusement ému, et sans tomber comme en extase ?.
Il n’y a donc là rien d'étonnant, car saint Bernard a pu dire en toute vérité : « O Marie, pleine de grandeur, de piété et de gloire, votre nom est un trait de feu pour nos cœurs, votre pensée réjouit l’âme de celui qui vous aime, et votre souvenir apporte toujours une suavité presque divine. »
1 Voir dans sa Vie, — 2 Ibid.
KV. — Quinzièmement. Si vous faites inscrire votre nom dans les resistres de la confrérie du saint Rosaire, ou dans ceux de toute autre confrérie érigée en l’honneur de la Mère de Dieu; si vous récitez souvent le rosaire ou le chapelet, et si vous observez fidèlement tout ce qui est prescrit dans ces associations. Lorsqu'il s’agira de ces confréries, je dirai l’utilité et les avantages qu’on trouve en s’y faisant recevoir.
XVI. — Seizièmement. Si vous aimez, si vous imitez, si vous honorez d’une dévotion particulière les amis de la sainte Vierge, par exemple saint Joseph, son époux saint Joachim et sainte Anne, ses excellents parents, et les autr ints qui lui ont rendu des hommages exceptionnels. Sainte Thérèse l’honorait ainsi, elle qui avait tant de dévotion pour saint Joseph. C’est ainsi encore que l’honorait Jacques Springer, de l’Ordre des Frères prècheurs, prieur de Cologne, et, un peu plus tard, archevèque de Salzbourg, qui érigea une confrérie en l’honneur de sainte Anne.
Cest ainsi, enfin, que l’ont honorée une multitude d'auteurs qui, en exaltant dans leurs écrits la Mére de Dieu, dirent et publièrent de très-belles choses en faveur de ses amis.
XVII. — Dix-septièmement. Si vous ne refusez rien de tout ce que vous pouvez accorder licitement et prudemment pour exalter sa gloire. Alexandre de Halès agit de la sorte. Ayant été prié, pour l’amour de Marie, d’entrer dans l'Ordre des Frères mineurs, il se hâta de le faire, comme nous l’avons montré plus haut, dans le récit de saint Antonin. Nous lisons dans la vie de saint Bernard qu’un homme noble, ayant été prié par cet illustre Docteur de s’abstenir, pour l’amour de Marie, du vice impur, parvint à dompter complétement ces mauvaises habitudes !,
XVIIT. — Dix-huitièmement. Si vous vous consacrez à la bienheureuse Vierge Marie en entrant en religion; car, comme tout ordre religieux est sous sa tutelle et son patronage, il est évident que quiconque l’embrasse se voue d’une manière particulière à la bienheureuse Vierge, s’unissant à elle par le lien des vœux, et surtout par
1 Tiré de la Vie de saint Bernard et de son Pré spirituel, part, VI.
celui de chasteté, Le bienbeureux Robert, le fondateur de l'Ordre de Citeaux, nous en fournit la preuve. La sainte Vierge apparut à sa mère, portant à la main un anneau d’or, et lui dit ces mots : « Engarde, (c'était son nom, je veux me fiancer par cet anneau l'enfant que tu pôrtes. » L'événement confirma ces paroles, car Robert embrassa l’état religieux désigné par Marie, sous le nom de fiançailles, et fit le vœu de chasteté que signifiait l’anneau d’or *.
XIX. — Dix-neuvièmement. Si vous vous consacrez et si vous consacrez tout ce qui vous appartient, et pour toujours, à la bienheureuse Vierge, la choisissant tout particulièrement pour votre Reine, votre Avocate et votre Mère; si vous prenez la ferme résolution de lui obéir toujours, de la servir fidèiement et d'employer toutes vos forces à la faire honorer. François de La Croix nous enseigne très-bien la pratique de ce pieux exercice, dans son livre intitulé Petit Jardin de Marie ?. à
Sainte Thérèse, la très-pieuse réformatrice de l'Ordre du Carmel, excella dans cette dévotion. Nommée abbesse d’un certain monastère, elle prit possession de sa charge en se consacrant, elle et tout le couvent, à la bienheureuse Vierge Marie, et, en témoignage de cette consécration, elle plaça au-dessus de sa stalle la statue de Marie, lui offrit les clefs du monastère et la règle de l’Ordre, la regardant comme sa supérieure et ne voulant, elle, que tenir sa place. La Mère de Dieu lui montra combien elle était sensible à cette démarche; car, la veille de Saint-Sébastien, elle se montra elle-même visiblement à la place de son image, et déclara qu’elle prenait en main le gouvernement de la maison ?.
| Césaire nous rapporte un fait à peu près semblable : il parle d’une “religieuse, portière d’un couvent, qui, d’abord pieuse servante de Marie, s’échappa ensuite de son monastère. La sainte Vierge, prenant ses traits, fut portière à sa place pendant quinze ans. Je cite textuellement : « Dans un couvent de religieuses se trouvait une Sœur d’une grande beauté, d’une piété remarquable et d’une dévotion bien fervente pour la Mère de Dieu. On l’appelait sœur Béatrix. Un jeune
Platus, de TÉtat religieux, liv. Ier, clap. xxxiv. — 2? PI. LL chap. 1 — 8 Dans sa Ve, liv. IL, chap. rer.
homme l’ayant vue, en fut épris et essaya de la séduire. Elle repoussa d’abord avec horreur ses propositions infâmes, mais lui redoubla d’in-
stances, et, le démon aidant, il finit par allumer dans le cœur de cette pauvre religieuse un amour profane, dont elle ne put comprimer les feux. Elle s’approcha de l’autel de la sainte Vierge, patronne de la chapelle : « O Reine! lui dit-elle, je vous ai servie jusqu’à ce jour,
«autant que je l’ai pu, je vous rends aujourd’hui les clefs qui me sont
« confiées, car il m'est impossible de résister aux tentations qui me
« poursuivent ; » et, déposant sur l’autel les clefs qu’elle portait, elle
suivit son séducteur qui, après lavoir déshonorée, l’abandonna quel-
ques jours après. Alors, n'ayant plus de quoi vivre, privée de toutes
ressources et n’osant pas retourner au couvent, elle se fit courtisane et vécut pendant quinze ans dans cette infâme condition. Un jour,
revêtue d’habits mondains, elle arriva jusqu'aux portes de son monas-
tère, et, s’adressant au portier, elle lui dit : « Connaissez-vous Sœur « Béatrix, autrefois tourière dans cette maison ? — Je la connais très-
« bien, répondit celui-ci, c’est une digne et sainte religieuse. Depuis « son jeune âge elle est dans son monastère, et jamais on n’a pu lui
« adresser le moindre reproche. » Surprise de ces paroles et ne les
comprenant pas, elle allait se retirer quand tout à coup la Mère de
miséricorde lui apparut sous ses propres traits, et lui dit : « Béatrix, «je me suis acquittée de tes fonctions pendant les quinze années de
«ton absence, viens maintenant reprendre ta place et faire pénitence,
« car personne ne connait ta faute. » La sainte Vierge, en effet, avait pris sa forme, sa figure et ses habits, et avait rempli ses fonctions.
Béaitrix étant entrée aussitôt rendit grâces à Marie, et manifesta tout ce que la sainte Vierge avait fait pour elle . »
XX. — Vingtièmement. Enfin, si vous persévérez dans le culte, dans les hommages pieux que l’on rend à Marie. La dévotion à Marie ne doit pas être passagère; elle doit être, au contraire, permanente et toujours constante. Il faut nous établir en elle, non point comme des hôtes et des étrangers dans une hôtellerie, mais comme des citoyens au sein de leur patrie. C’est ce que nous apprend le prophète-roi, dans
1 Livre des Exemples, chap. xxxt.
VIERGE VÉNÉPABLE. 973
le Psaume zxxxvi ‘, en disant : « Tous ceux qui demeureront en vous seront comme des gens transportés de joie. » L’habitation des citoyens, dit-il, n’est pas passagère comme celle des étrangers. Ceux, en effet, qui saluent Marie l’imitent, l’invoquent et l’honorent comme en passant, se montrent dans son service non comme des citoyens, mais comme des hôtes et des étrangers. Je montrerai bientôt par des exemples combien cette manière d’agir déplaît à la bienheureuse Vierge. Maintenant j'arrive à la quatrième manière de la vénérer, c’est-à-dire à l’invocation.
293: CONFÉRENCE COMMENT NOUS DEVONS INVOQUER LA VIERGE MARIE, MÈRE DE DIEU.
SOMMAIRE. — 4. Invocation des Saints, digne de louanges. — 2. Motifs qui nous poussent à invoquer Marie. — 3. Différentes manières de l’invoquer. — 4. Qualités de cette invocation. — 5. Exemples.
I.— Nous n’invoquons que Dieu seul, que Dieu en qui nous croyons, que nous reconnaissons comme auteur et source de tout bien, comme dispensateur souverain des dons de la grâce et de la gloire; nous attachons cependant un très-grand prix à l’intercession des Saints, et surtout à celle de la sainte Vierge. La raison, l’autorité des saintes Écriturés, les écrits des saints Pères, nous engagent à le faire, comme l’ont démontré longuement des théologiens qui ont écrit contre les hérétiques.
Dans une maison bien organisée, le père de famille seul a la direction des affaires et dispose de tous les biens; mais si un enfant a besoin de quelque chose, il voit avec plaisir que sa mère le demande pour lui. Si, irrité par son insolence et sa mauvaise conduite, il veut néanmoins lui pardonner et lui rendre ses bonnes grâces, il est heureux de voir la mère s’interposer comme médiatrice entre sa colère et son enfant. Dieu, le meilleur des pères, gouverne tout sur la terre et dans les Cieux ; seul il dispose de tout, seul il nous donne ce qui est nécessaire pour notre salut; il pardonne seul nos péchés; cependant,
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274 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE. c'ést pour lui üné très-vrande joie lorsque Marie l’implore pour noüs, lorsqu'elle se place éntre lui et nous, en puissante médiatrice.
Pendant que la famine désolait toute l'Égypte et les pays d’alentour, Pharaot était seul roi : tous les blés de ce malheureux pays étâient en sa possession; mais pour honorer Joseph, il lui transmit toute son autorité, et il le chargea de recevoir et de satisfaire tous ceux qui venaient lui demander des vivres : « Allez à Joseph, disait-il, et faites tout ce qu'il vous dira ! » Bien que Dieu soit l’unique Roi du Ciel et de la terre, qu’il règne seul, et que seul il gouverne tout, il nous accorde toutefois par l’entremise de la très-sainte Vierge, sa Mère, tous les biens et du corps et de l’âme, biens de la grâce et de la gloire. Écoutons le Docteur au suave langage, saint Bernard, dans un Sermon sur la Bienheureuse Vierge : « Élevons plus haut nos regards, mes frères, dit-il, Voyons avec quelle tendresse, avec quelle vive dévotion Dieu veut que nous honorions Marie, lui qui a mis en elle la plénitude de tout bien; de telle sorte que, s’il y a encore en nous un rayon d'espérance, quelque don de la grâce, un fondement de salut, nous sachions que c’est d’elle qu'il nous vient, » Et il agit ainsi pour nous manifester davantage la dignité de sa Mère, nous la faire honorer, et exciter dans nos cœurs une grande dévotion pour elle.
IT.— Bien des motifs nous engagent à avoir pour Marie une grande vénération et une confiance sans bornes, à recourir à elle dans toutes nos nécessités, à l’invoquer et à lui demander sans crainte tout ce que nous désirons,
Le premier motif, c’est la pensée quelle est la Mère de Dieu, la Reine du Ciel, la Souveraine du monde, et qu’elle peut nous aider dans tous nos besoins. Cest ce qui faisait dire à saint Germain, patriarche de Constantinople, dans son Discours sur la Consécration à Marie : « O Mère de Dieu, ma douce Reine, mon refuge, ma vie, ma défense, mon bouclier, ma gloire, mon espérance et ma force, accordez-moi de jouir sans cesse de vos inénarrables et incompréhensibles bienfaits ! Vous avez, je le sais, une puissance égale à vos désirs, car
1 Genèse, x1x, 5,