‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 38 sur 125 · ST. ALBERT'S COLLEGE LIBRARY · texte numérisé non relu

ST. ALBERT'S COLLEGE LIBRARY

VIERGE VÉNÉPABLÉ. 275

vous êtes la Mère du Très-Haut, et c’est pourquoi j'ai du courage Ne permettez pas que je sois frustré dans mes espérances, Ô vous, Vierge immaculée qui avez mis au monde d’une manière si merveilleuse Notre-Seigneur Jésus-Christ, le désiré des nations. »

Le second motif, c’est la persuasion que Marie est notre avocate, notre médiatrice, l’espoir de ceux qui n’ont plus rien à espérer, l’aide des pécheurs, la consolation du monde, et que non-seulement elle sait, elle peut nous aider, mais encore qu’elle veut le faire. Voilà pourquoi le Docteur angélique ! disait : « Nous admirons grandement un Saint, quand il possède assez de grâces pour le salut de beaucoup; nous l’admirerions par-dessus tout s’il en possédait assez pour sauver le monde entier, C’est là précisément ce que nous rencontrons dans le Christ et la bienheureuse Vierge Marie, car elle peut noup sauver de tout espèce de danger. » «Mille boucliers, est-il écrit dans le Cantique des cantiques, sont suspendus autour d’elle; c’est-à-dire nous trouvons en Marie mille moyens de triompher us dangers qui nous menacent. Elle nous aide encore dans tout acte de vertu, et c’est pourquoi elle nous dit elle-même : « En moi se trouve toute espérance de vie et de salut ?, »

Le troisième motif, c’est qu’elle a été figurée par l’arche de Noé, la cité de refuge, le propitiatoire, le temple du Seigneur où la prière ‘fait exaucée et le pardon promis aux coupables. Aussi saint Bernard, dans son Homélie 11° sur le Missus est. s'écriait : « Si la tempête des tentations s'élève contre vous; si vous êtes emporté par les tribulations, regardez l'étoile, invoquez Marie; si vous êtes ballotté par les flots de l’orgueil et de l'ambition, et souillé par ceux de la médisance et de la calomnie, regardez l’étoile, invoquez Marie. Au milieu des périls, dans les tortures de l'angoisse et de l’anxiété, pensez à Marie, invoquez Marie; que son souvenir ne s'éloigne jamais de votre bouche, n’abandonne jamais votre cœur. »

Appliquons-nous doné à invoquer assidûment une Mère si bonne; implorons son secours dans tous nos besoins. Elle ne repousse la prière de personne ; elle est pour tous riche en bienfaits. Plus grande

1 Opuscule vnr. — 2 Ecclésiastique, xxIv,

est la misère de celui qui invoque, et plus grands seront les dons de sa miséricorde. Sur les mêmes paroles que ci-dessus, saint Bernard dit fort élégamment : « En la suivant, vous ne vous égarerez pas; en la priant, vous ne serez point déçu dans vos demandes. Sa pensée, sera pour vous un guide sûr; son bras, un secours qui vous empèchera de tomber. Si elle vous protége, vous n’avez plus rien à craindre; si elle vous conduit, vous n’éprouverez aucune fatigue; vous arriverez au port si elle vous est favorable. »

III. — Pierre-Antoine Spinelli, dans son livre de Marie qui a pour titre Trône de la Mère de Dieu ‘, et aussi dans un ouvrage qu’il composa tout exprès, nous enseigne une excellente méthode pour invoquer Marie et nous recommander à elle, nous et tout ce qui nous appartient. Nous allons l’exposer brièvement :

4° Consacrez-vous pour toujours à son service et consacrez-lui tout ce qui vous appartient, offrez-lui les pieux désirs de votre cœur; choisissez-la d’une manière toute particulière, comme votre reine, votre avocate et votre mère, ainsi que le faisaient ceux dont nous avons parlé plus haut.

2° Et comme l'ont fait encore ceux que nous avons déjà désignés ; implorez par de pieuses prières son puissant secours, soit dans l’adversité, soit dans toutes les nécessités de votre vie; et, dans vos doutes et dans vos craintes, confiez-vous absolument à elle.

3° Lui offrir souvent nos hommages respectueux lorsque la cloche sonne l’angelus, et à toute heure du jour réciter la Salutation angélique, comme le font beaucoup d’âmes pieuses, zélées pour leur salut: cette très-avantageuse pratique a été enrichie par la libéralité des Souverains-Pontifes. Léon X y attacha mille jours d’indulgence, et Paul V confirma cette faveur en 1611.

4 En entrant chez soi ou en er sortant, mettre sa personne et ses affaires sous la protection de Marie par un Ave, Maria. Après avoir récité le saint office, célébré la sainte messe et fait l’action de grâces, en rentrant dans votre cellule, arrêtez-vous un moment en présence de l’image de Marie qui se trouve sur la porte comme une gardienne

1 Chap, xxxvr, n° 3, et chap, xxxvir et suiv.

VIERGE VÉNÉRABLE. el

fidèle, et, si vous le pouvez, inclinez-vous devant elle pendant que vous ouvrez. Dès que vous êtes entré, prosternez-vous; priez la Mère de Dieu avec toutes les ferveurs de votre âme; demandez-lui de vous adopter comme son enfant et de disposer tous vos actes conformément à sa volonté et à celle de son Fils. Le pieux Chartreux Lansperge a recommandé cette pratique avant lui. Bien longtemps avant lui, saint Jérôme l’enseignait à la vierge Eustochium dans sa Lettre 11° : « En sortant de votre habitation, disait-il, armez-vous de la prière; priez encore à votre retour; ne donnez point de repos à votre corps avant que la prière ait nourri votre âme. » De nombreux exemples nous apprennent combien ces pieuses pratiques sont agréables à Marie. Nous les avons rapportés dans la Conférence précédente, nous en citerons encore un : Un certain moine, très-zélé dans le service de la Vierge Marie, avait l'habitude de se prosterner bien souvent devant son image; il le faisait surtout lorsqu'il entendait prononcer ou qu'il prononçait lui-même le nom sacré de cette glorieuse Vierge. Or, un jour que, déjà avancé en âge, il se trouvait tellement affaibli qu’il lui était impossible de quitter sa place pour vaquer à sa dévotion accoutumée, ayant essayé de se mettre à genoux et ne pouvant y parvenir, ilse tourna vers Marie, en s’écriant : « O douce Mère, aidez votre pauvre serviteur. » Chose admirable! la Mère de Dieu se présenta tout à coup devant lui, entourée d’une grande foule de saintes vierges; l’une d'elles l'ayant prise à droite et l’autre à gauche, elles le soulevèrent, et la bienheureuse Vierge lui rendit ses premières forces. En souvenir de ce bienfait, ce saint religieux continua pendant toute sa vie à ne la prier qu’à genoux!.

C’est encore invoquer Marie que de penser souvent à ses douleurs et de lui demander de nous faire souffrir quelques-unes de celles qu’elle a endurées dans la passion de son divin Fils. C’est la prière que lui faisait saint Bernard dans son Traité des Lamentations de Marie, en disant : « Je vous en conjure, Ô ma Mère, accordez-moi l'abondance des larmes que vous avez eues vous-même pendant la passion de votre divin Fils. » Examinez avec quelle piété elle se préparait, après

1 Tiré du Miroir des exemples.

VPAscension de son Fils, à recevoir la sainte Eucharistie, et avec quelle ardeur elle la recevait. Méditez encore sur les consolations ineffables qui inondaient son âme lorsqu’elle était sur la terre, et sur le bonheur inénarrable dont elle jouit maintenant dans le Ciel.

IV.— Mais l’invocation et la vénération que nous rendons à Marie doivent être revêtues de certaines qualités; elles doivent être constantes : nous l'avons dit dans la Conférence qui précède; elles doivent être encore ferventes, attentives et inspirées par un cœur chaste et saint. L’invocation de cette glorieuse Vierge doit être avant tout constante; elle se détourne avec indignation de ceux qui la saluent et qui l’invoquent avec légèreté et comme en passant. La sainte Vierge a reproché, et très-vivement reproché, cette manière de faire à plusieurs Saints qu’elle avait d’ailleurs en grande affection. Parmi eux, on cite Herman, de l’Ordre des Prémontrés. Il était si pieux envers la sainte Vierge qu’il demanda à être choisi par elle comme son époux, et de recevoir le nom de Joseph. Surius nous rapporte, dans sa Vie, qu'ayant été poussé par les affaires de son état à négliger assez l’office, les hymnes et les autres prières qu’il récitait en l’honneur de Marie, cette bienheureuse Vierge lui apparut un jour non pas admirablement belle comme elle avait coutume de se montrer, mais sous la figure d’une vieille femme, le front sillonné de rides. « Me voici, lui dit Marie, telle que je suis pour toi. Je viens te redemander ces temps heureux où, mille fois par jour, tu pensais à moï, et tu n’offrais le tribut de tes salutations et de tes louanges. Ne rougis-{u point d’une pereille négligence, et comment oses-tu laisser mon souvenir s’effacer dans ton cœur?» Bouleversé par ces reproches et tout à fait converti à ses premiers sentiments, Herman reprit son ancienne ferveur. Je citerai encore Thomas à Kempis, très-connu des âmes pieuses par ses ouvrages spirituels. Pendant qu’il fréquentait les écoles d’Acrentia, la sainte Vierge apparut en classe et donna un baiser affectueux à tous les étudiants, maïs elle se détourna de lui d’un air sévère, parce qu'il avait omis ses prières accoutumées. Il raconte lui-même ce trait dans son Recueil d'exemples ?,

! Part, Ire, Instruction aux novices.

François de La Croïx nous parle d’un religieux fortement réprimandé par la sainte Vierge sur sa négligence à l’honorer. Il était dans son lit et, cédant à la paresse, il ne se mit pas à genoux au son de l'angelus. La nuit d’après, il vit en songe le clocher de la chapelle s’incliner trois fois et d’une manière si profonde qu’il semblait du sommet toucher la terre, et il entendit une voix qui disait : « Misérable paresseux, les créatures insensibles s’inclinent pour honorer Marie, et toi, être raisonnable, tu lui refuses tes hommages!»

Je ne puis passer sous silence un fait bien remarquable cité dans la Chronique des Capucins : Un certain Frère, animé d’une ardente dévotion pour Marie, faisait chaque jour cent génuflexions devant elle. Pressé par les occupations de son Ordre, il prit la résolution de n’en plus faire que cinquante. Or, un jour, la sainte Vierge lui apparaît revêtue d’un superbe manteau, dont une moitié était remplie d'étoiles éblouissantes, et l’autre dépouillée et sans éclat : « Sachez, mon fils, lui dit-elle, que c’est vous qui avez commencé à décorer ce manteau d'étoiles brillantes par les génuflexions que vous faisiez en mon honveur. Vous en avez retranché cinquante, et c’est pourquoi il est privé dans une de ses parties d’un si bel ornement. » Averti par ces paroles, le pieux religieux reprit sa première pratique et y fut fidèle pendant toute sa vie.

V. — Terminons par l'exemple que Surius rapporte dans la Vie de saint Edmond, évèque de Kant. Ce pieux prélat récitait tous les jours, en l’honneur de Marie et de saint Jean Baptiste l’oraison 0 intemerala et in æternum benedicta, etc. Or, un jour, l’ayant oubliée, saint Jean Baptiste lui apparut la nuit suivante, et l’exhorta avec menace à reprendre ses saintes habitudes.

La dévotion envers Marie doit être, enfin, fervente, recueillie et inspirée par un cœur chaste et pur. Dieu, source de toute sainteté, « ne peut trouver agréable la louange qui lui vient de la bouche du pécheur. » La très-pure Vierge Marie, à son tour, ne peut se complaire dans les hommages qui partent d’un cœur souillé. Notre Albert Castellan, dans son Livre sur le Rosaire, rapporte un exemple admi-

1 François de La Croix, dans son Porterre de Marie, pl. Ire, chap. wir.

rable qui prouve très-bien ce que j’avance. Un jeune homme, plein de dévotion pour le saint rosaire, vivait dans l’habitude du péché. La sainte Vierge lui apparut en songe, lui offrant du vin qui paraissait excellent, mais contenu dans un vase dégoûtant de saleté. Comme il était tout étonné de voir une boisson si admirable dans un vase aussi repoussant, la sainte Vierge lui dit : « Les prières que vous récitez, mon enfant, sont comme cet excellent breuvage : la coupe dans laquelle vous me l’offrez est très-loin de me plaire ; votre prière est bonne, mais votre vie n’est pas sainte; vous priez bien, mais vous vivez mal. Si vous voulez m'être agréable en tout, soyez chaste. » Touché par cette salutaire vision, le jeune homme prit des habitudes de vertu, afin de mériter le Ciel tant par sa conduite que par sa prière.

Honorons, invoquons, vénérons la bienheureuse Vierge Marie, Mère de Dieu, si nous voulons qu’elle nous protége pendant la vie et à l'heure de la mort, ce que daigne nous accorder Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, avec le Père et le Saint-Esprit, vit et règne dans les siècles éternels.

Nous allons parler maintenant de la quatrième manière de vénérer Marie, savoir : l’imitation.

Page 1