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SA NAISSANCE ET SA CONCEPTION

IT. — Il faut se souvenir de ce que nous avons dit plus haut, c’està-dire que Dieu a aimé Marie de toute éternité, qu’il l’a montrée dans les vœux des patriarches, dans les prédictions des prophètes, dans les signes et les figures de l'Ancien Testament, et que non-seulement il a voulu la faire connaître aux prophètes et aux patriarches juifs, mais encore la faire entrevoir aux Païens qui existaient longtemps avant sa naissance. Les sibylles et les prophétesses du paganisme ont parlé de Marie avec tant de précision et de clarté, qu’on dirait qu’elles

1 I, Paralipomènes, xxwin, 2, et Il, Paralipomènes, v et vin. — ? Ps. xcvitt, 5, III 19

ont peint le passé plutôt que l'avenir, On en compte dix, dont nous avons rapporté les noms et les paroles dans le tome précédent, Conférence 124°t, Dès lors, personne ne doit trouver surprenant qu'au milieu des ténèbres très-épaisses du paganisme on ait élevé en l'honneur de Marie, Môre de, Dieu, des autels et des temples. Nous parlerons seulement des principaux :

Les druides, descendants de Druius, quatrième roi des Celtes, en l'an 4840 avant Jésus-Christ, Ils étaient prêtres de la nation gauloise. Es connaissaient et ils pratiquaient les premiers principes de la morale naturelle, et, selon l'opinion la plus commune, ils croyaient à l'immortalité de l'âme. En temps de paix où en temps de guerre, rien ne se faisait sans eux, C'était à eux de décider tout ce qui regardait les affaires publiques et privées ?

L'avénement futur du Christ leur ayant été révélé, ils élevèrent à Chartres, ville foraine de la Gaule lyonnaise, à l'endroit même où se tenaient leurs assemblées et dans un souterrain profond, un autel qui portait celte inseription : « À la vierge qui doit enfanter, » Les Chrétiens agrandirent ensuite ce monument et l’embellirent. Is bâtirent au-dessus une cathédrale qui devint tès-célèbre, Saint Julberg, évêque de Chartres, très-dévot serviteur de la Mère de Dieu, au moyen des libéralités de Ganut, roi des Anglais, dota richement cette église. C'est ce que nous raconte Withelm au Il livre des Gestes des Anglais Ÿ. Martin Navarre * fait le même récit.

D'après le conseil de ces mêmes druides, un certain comte de Chartres, nommé Priseus, érigea une Statue représentant une viergemère, et dédia un temple à la vierge qui devait enfanter. Et tout cela bien avant l'avénement de Jésus-Christ.

Les Argonautes, qui vivaient douze cents ans avant le Christ, ayant élevé à Cyzique, dans l’Hellespont, un temple magnifique, et ayant demandé à l'oracle à qui ils devaient le consacrer : « A Marie, leur répondit-il, à Marie Mère du Verbe éternel. » Ne comprenant pas ces paroles, et poussés d'ailleurs par le démon, ils le dédièrent à Rhéa, qu'ils regardaient faussement comme la mère des dieux. Sous le

4 Vers le milieu. — 3 Voir Genebr., an du monde 2109. — $ Chap. mn. — $ Dans !

son Liv. XXI, n° 8, >

VIERGE VÉNÉRABLE. 201 règne de l’empereur Zénon il fut consacré à Marie, véritable Mère de Dieu’.

Jason, chef des Argonautes, éleva un autre temple dans la citadelle d'Athènes et demanda à l’oracle de Delphes à qui il devait l’offrir. Forcé par une vertu divine, l’oracle répondit: « Faites tout ce qui vous porte à l’honneur et à la vertu. Je vois clairement trois choses : un seul Dieu régnant dans les Cieux; son Verbe éternel conçu dans le sein d’une Vierge mortelle, parcourant le monde comme un foyer de lumière ardente, embrassant tous les hommes et les offrant à son Père. Ce temple lui sera dédié et portera le nom de Marie. » Saint Procope, martyr, rapporte cette prédiction. On la trouve aussi dans sa vie, écrite par Métaphraste ?. La vie de ce Saint a tant d'autorité qu’elle fut citée avec éloge par Le n1° Synode de Nicée, art. 4, pour justifier le culte des saintes images. La Gentilité stupide appliqua cet oracle à la déesse Minerve, la croyant sortie de la tête de Jupiter, la regardant comme la déesse de la Sagesse. comme la vierge des combats et comme la gardienne d’Aihènes, dans la citadelle de laquelle se trouvait le temple que Jason avait fait bâtir. Depuis lors, on dédia à Minerve les temples construits dans les citadelles. C’est à cela que Virgile fait allusion dans le vers suivant:

Que Minerve protége les villes qu’elle-même a fonûées,

Plus tard, et avant la naissance de Jésus-Christ, les Égyptiens représentèrent et vénérèrent une Vierge donnant le jour à un bel enfant, dans une pauvre crèche. Ils répondaient à ceux qui leur demandaient pourquoi ils agissaient de la sorte, qu’un prophète leur avait appris à le faire *. Ce saint prophète n’était autre que Jérémie, fuyant avec les Juifs devant les Chaldéens vainqueurs ; il sortit de la Judée et vint en Égypte, où il demeura pendant quatre ans, faisant des miracles en présence de Pharaon et, prophétisant *. C'était bien lui qui avait découvert l'avenir aux prêtres égyptiens, afin qu'ils pussent renverser et abandonner leurs simulacres à l’arrivée de da Vierge Mère et de son Enfant. Saint Épiphane et saint Dorothée

1 Cedrenus, dans son Compendium. — ? Voir Surius, 8 juillet. — 3 Canisius, lv, IL, chap. vis. — # Jérémie, chap. XL et XLIV.

292 CONFÉRENCES SUR LES LITANIES DE LA SAINTE VIERGE. racontent qu’ils agirent, en effet, de cette manière lorsque la Vierge, fuyant avec son Fils, entra dans Jeur pays. Le prophète Isaïe avait prédit la même chose ‘: « Voilà que le Seigneur montera sur une nuée légère, il entrera en Égypte, et, en sa présence, les simulacres égyptiens seront ébranlés et le cœur de l'Égypte se fondra au milieu d'elle. »

TEMPLES ÉLEVÉS EN L'HONNEUR DE LA SAINTE VIERGE PENDANT SA VIE OU PEU APRÈS SA MORT, DU TEMPS DES APÛTRES.

IT. — Nous citerons d’abord la sainte maison de Lorette, dans laquelle la Mère de Dieu naquit et fut élevée. C’est là qu’elle adressait à Dieu le Père ses ferventes prières et qu’elle lui offrit le sacrifice de son cœur très-pur; c’est là que le Verbe s’est fait chair, qu’il a habité plusieurs années et que se sont opérées les nombreuses et si grandes merveilles de notre salut. Nous pouvons, avec raison, [ui donner le nom de temple, puisque le Seigneur, à qui tous les temples sont dédiés, l’a consacrée et ennoblie par sa conception et sa présence; sanctifiée ensuite par l’autel que les Apôtres y élevèrent et sur lequel ils offrirent le saint sacrifice; ornée, par eux, de l’image de Jésus crucifié et d’un tableau de cèdre sur lequel saint Luc avait représenté la Vierge Marie se tenant debout et embrassant son enfant; par eux, elle fut consacrée au culte de la Mère de Dieu. Tout cela fut révélé par Marie elle-même, dans une vision dont elle daigna favoriser Alexandre; évèque de Dalmatie, dans le diocèse duquel la sainte maison de Lorette avait été portée d’abord par les Anges; et afin qu’Alexandre fût dans l'impossibilité de s’imaginer que cette vision n’était qu'un songe puéril, il fut subitement et miraculeusement guéri d’une maladie grave qui menaçait ses jours ?. Dans son Histoire de Lorette, tirée de saint Jérôme, nous avons parlé longuement de cette sainte maison au commencement du tome précédent.

Après elle, on doit placer la basilique qui fut élevée la première en l'honneur de Marie, à Grangavoure, dans les Indes orientales, par un des trois mages venus à la crèche pour adorer Jésus.

1 xx, 1. -- 2 Tursellini liv. Ier, chap. wi.

Le fondateur de la ville de Calcutta, trois ans après l’enfantement de la Vierge Marie, bâtit une église et la lui consacra. Par ses ordres, toutes les fois qu’on y prononcait le nom de cette glorieuse Vierge, tout le monde devait se prosterner jusqu’à terre. Les Chrétiens trouvèrent cet usage encore établi : « Lorsque Vasco de Gama, envoyé d'Emmanuel, roi de Portugal, fut arrivé, en l’année de Notre-Seigneur 4498, à Calcutta, ville célèbre des Indes, il voulut rendre visite au roi de ce pays. Reçu au nom du roi par un certain chef appelé Cavil, il fut conduit dans un temple qui était regardé comme très-saint et très-magnifique. Au milieu de ce temple setrouvait une chapelle de forme ronde à laquelle on montait par plusieurs degrés; sa porte était d’airain et très-étroite; une image était suspendue sur le mur; les nôtres ne purent pas la distinguer à cause de l’obscurité. L'entrée ne s’ouvrait que pour les gardiens seuls et pour les prêtres. Les quatre gardiens, s’avançant plus près, placèrent un doigt sur l’image et prononcèrent deux fois, en criant, le nom de Marie. Ils entrèrent ensuite avec ceux qui suivaient, se jetèrent tout à coup à terre les bras étendus, se levèrent ensuite et achevèrent leurs prières suivant l’usage établi. Les nôtres, étonnés, se mirent à genou, implorant le secours de la très-sainte Vierge. Ils demandent à Dieu la paix et vénèrent Marie comme nous sommes dans l’usage de le faire nousmême. » Jérôme Storius, évêque d’Algali, dans le Livre I* de son Histoire des faits accomplis sous le règne d'Emmanuel, roi de Portugal, nous enseigne qu'il a appris ces détails des hommes les plus distingués de l’Inde.

Mais les temples que les Apôtres, ces princes de la sainte Église, ont élevés et consacrés à Marie, sont bien plus fameux et bien plus admirables. Saint Pierre, leur chef, comme nous l’avons déjà dit un peu plus haut, se trouvant dans une ville de Syrie, qui porte aujourd’hui ie nom de Tortose, et la Mère de Dieu vivant encore, lui bâtit une chapelle dans laquelle il célébrait les saints mystères. C’est l'opinion de beaucoup que cette chapelle fut la première parmi celles que l’on dédiait à la Vierge Marie. Elle est regardée avec beaucoup de respect non-seulement par les Chrétiens, mais encore par les Sarrasins et visitée par une grande foule de personnes. Le cardinal

Jacques de Vitry le rapporte ainsi dans son Histoire orientale, chapitre xziv. Plusieurs autres Docteurs dignes de foi, que nous avons déjà cités en parlant des autres Apôtres qui bâtirent des temples en l’honneur de Marie, ont aussi fait mention de cette chapelle.

À l’exemple des Apôtres, les premiers Chrétiens commencèrent à élever des églises à la divine Mère de Dieu. Baptiste de Mantoue, de l'Ordre des Carmélites, rapporte que les Chrétiens du mont Carmel en bâtirent une dès qu’ils eurent appris sa glorieuse Assomption dans le Ciel.

Sainte Marthe, l’hôtesse illustre de Jésus-Christ, en fit construire ane autre à Mamille, que saint Maximin, l’un des Septante, disciple

o Sauveur et évêque d'Aix, et Trophime d’Arles, consacrèrent en honneur de Jésus et de Marie, le 16 des calendes Fe janviert,

Une autre église à la gloire de Marie fut bâtie en Éthiopie par Candace, reine très-magnifique, dont l’eunuque avait été baptisé par Philippe ?. François Alvarez, que Thomas Bosius, dans son Livre IX° des Faits remarquables de l’Église, appelle homme de foi, nous apprend qu’il l'avait vue de ses propres yeux.

Saint Materne, disciple de l’Apôtre saint Pierre, ressuscité par lui, dont le Martyrologe fait mémoire le 44 septembre, après avoir répandu la parole de Dieu dans la Germanie et établi la foi de Jésus- Christ chez ceux de Tongres, de Cologne, de Trèves, des Éburons et autres peuples voisins, dédia une chapelle à la Vierge, Mère de Dieu : les annales de Cologne et de Trévise en font foi.

TEMPLES ÉLEVÉS PAR DES CHRÉTIENS EN L'HONNEUR DE MARIE, APRÈS L’ASSOMPTION DE CETTE GLORIEUSE REINE ET LA DIFFUSION DE L'ÉVAN- GILE DANS LE MONDE.

IV.— Tous les Chrétiens saintement jaloux de la piété des Apôtres à l'égard de Marie, rivalisèrent avec eux de zèle et d’empressement pour lui élever des temples. Parmi eux, Constantin tient le premier rang. Après avoir embrassé la foi et fait démolir les temples des

1 Vincent de Beauvais, dans son Histoire, chap. c et cr. — ? Art. 8, 38.

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idoles, il donna le pouvoir à tous les Chrétiens de construire des églises dans le monde entier. Il les encouragea non-seulement par ses édits, mais encore par ses exemples. Il fit bâtir plusieurs églises à Rome, mais surtout celles de Latran et Les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul, pour lesquelles il se montra d’une très-grande magnificence. Après les avoir ornées d’une manière superbe, il les fit consacrer par le pape saint Sylvestre. Dans les provinces et les autres parties de l'empire, par ses soins et par ceux de sainte Hélène, sa mère, de nombreuses églises furent élevées. Les gouverneurs des provinces fournissaient, en vertu de ses ordres, Les fonds nécessaires, qu’ils prenaient dans les caisses publiques. Un témoinoculaire, Eusèbe, nous l’assure dans son livre IT, chapitre xzrv; livre TT, chapitre xuix, de sa Vie de Constantin. Socrate‘ et Sozomène ? nous donnent la même assurance. [ls énumèrent nominativement les temples très-augustes élevés à Antioche, à Nicomédie, dans la Bythinie et à Bysance. Une tradition nous enseigne que Constantin en fit construire deux en Phonneur de la Mère de Dieu, dans la ville de Naples. L’un portait le nom de sainte Marie in Porta nova. Les Grecs, autrefois, y célébraient les saints mystères dans leur langue; sous un autel principal reposait le corps du confesseur saint Stase. L'autre était appelé Sainte-Marie Rotunda ou, vulgairement, du Nid.

A l’exemple de Constantin et de sainte Hélène, les Chrétiens mirent tant d’ardeur à édilier des temples, et surtout des temples en l’honneur de Marie, que si vous parcouriez le monde chrétien tout entier, vous ne trouveriez pas le plus humble et le plus pauvre hameau dépourvu d’une chapelle, d’un autel, ou au moins d’une image dédiée à la Vierge Marie. |

Pierre-Antoine Spinelli, en parcourant l’univers, a compté et décrit les temples élevés et consacrés à cette glorieuse Mère. Il ne les a pas tous comptés. : le faire aurait été compter le nombre des étoiles du firmament. Il a seulement parlé des plus vastes, des plus magnifiques, des plus renommés par le bruit des miracles, par le concours des étrangers, la célébrité des images de Marie et de ceux que la piété

4 Liv, Ler, chap. vi. — 2 Liv. Lex, chap. vm.

publique ou privée ont rendus les plus illustres. Il a fait un recensement des miracles qui se sont opérés en eux, et il à dépeint les exvoto etles décorations qui les parent. Son livre est un véritable traité des temples consacrés à Marie. Locrius écrivit avant lui un livre qui l’emporta sur le sien et dans lequel il énumère les églises, les monastères, etc., fondés en l’honneur de la sainte Vierge. Je pense qu’il est inutile de vouloir rien ajouter à son travail, car nous ne faisons pas l’histoire et la description des temples, nous écrivons seulement des conférences propres à la prédication. Il ne serait pas convenable de passer sous silence la manière d’agir de Jacques [°, roi d'Aragon : Il a construit de sa main, ou il a ordonné de construire, plus de deux mille temples à la gloire de la très-heureuse Vierge, Mère de Dieu. C’est Scribanius qui le relate dans sa Politique chrétienne.

Les Frères porte-croix de l’ordre teutonique, qui combattaient autrefois sous les étendards de Marie, et comme ses soldats, firent briller leur piété envers elle en lui élevant des temples et d’autres édifices. Que de temples, en effet, élevés par leur munificence dans la Prusse et la Livonie! que de temples très-vastes et très-ornés ! Maïs, hélas ! les hérétiques les ont presque tous détruits, et ceux qui existent encore ils les souillent par leurs cérémonies sacriléges. Parmi ces temples il en est un qui surpasse tous les autres; il est consacré à la Vierge, Mère de Dieu. L'espace qu’il occupe est immense. Sa structure est admirable, sa forme superbe. IL représente une croix parfaite. Sa tour est d’une hauteur prodigieuse, ses clochetons se perdent dans les nues. Il est éclairé d’une manière très-douce et trèsbrillante. On ne peut le garder qu'avec admiration. Je l’ai regardé bien des fois avec ce sentiment et aussi avec le sentiment d’une immense douleur. Je suis à Dantzick, en écrivant ces choses. On dit que ce temple avait été doté de très-riches propriétés par Les chevaliers porte-croix. IL était desservi par cent prètres. Maintenant, Ô douleur ! il appartient aux Luthériens et il est profané et souillé par leurs superstitions. Ses autels, autrefois consacrés et bien ornés, sont maintenant violés, couverts de poussière, de toiles d'araignées,

1 Préface dédiée à Philippe IV, roi des Espagnes,

VIERGE VÉNÉRABLE 297 de saletés et d’ordures. La fille de Sion est dépouillée de tous ses ornements. Dieu a repoussé ses offrandes et ses autels, il a maudit. sa consécration, il a livré ses richesses et ses décorations à ses ennemis. Seigneur, voyez notre affliction ; notre ennemi s’est élevé contre nous. Donnez un cœur très-fort à notre roi Wladislas, du zèle à son Pontife, afin qu’ils défendent, qu’ils vengent, qu’ils protégent, qu’ils conservent votre héritage.

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