V. — Mais cessons cette digression
L'Église catholique honore tellement Marie, cette divine Mère de Dieu, dans l'érection et la consécration des églises, qu’en faisant les prières de leur consécration ou de leur bénédiction, et même celles qui regardent les autels, elle place très-souvent le nom de Marie après celui de la très-sainte Trinité. Elle ne prononce celui du saint patron qu'après le sien. Lorsque l’évêque oint avec le saint chrême les douze croix peintes sur les murs d’une église, il dit devant chacune : « Que ce temple soit sanctifié et béni au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, en l'honneur de Dieu, de la glorieuse Vierge Marie et de tous les Saints, du nom de saint. et pour conserver son souvenir. Que la paix soit avec vous!» Dans la consécration des autels, elle s'exprime de la sorte : « Que cet autel en l’honneur de Dieu tout-puissant, et de la glorieuse Vierge Marie, et de tous les Saints, élevé à la mémoire de saint... et consacré à son nom, soit sanctifié.…. Que la paix soit avec vous! »
Voilà ce que nous avions à dire des temples élevés en l’honneur de Marie. -
DES IMAGES ÉRIGÉES EN L'HONNEUR DE LA VIERGE, MÈRE DE DIEU. Sommaire. — 1. Avant-propos. — 2, Utilité, — 3. Énumération.
I. — Aucun catholique ne peut douter que les images ne relèvent beaucoup le culte et la vénération dus à la Mère de Dieu. Saint Basile, cet homme surnommé Porte-Dieu, ce Docteur si savant dans les choses divines, dit : « L’honneur rendu aux images se rapporte aux personnes qu’elles représentent. » Avant lui, le paien philosophe,
Aristote, dans son livre de la Mémoire et du Souvenir, chapitre 11, avait écritexcellemment : « L'image de quelqu'un mérite autant de respect que sa personne, car elle ne fait avec elle qu’une même et seule chose, » Saint Athanase, dans son Sermon v° contre les Ariens, dit : « Dans l'image du roi, on voit l’apparence et les formes du roi, et dans le roi l'apparence de l’image; en sorte que celui qui voit l’image, voit le roi en elle, et, réciproquement, celui qui regarde le roi reconnalt que c’est lui qui est représenté par l’image. »
Du reste, comme il n’y a aucune différence entre les deux, celui qui, après avoir vu l’image, voudrait voir le roi, en obiiendrait de celle-ci une réponse à peu près semblable : « Le roi et moi nous ne sommes qu’un : je suis en lui et il est en moi, ce que vous remarquerez en moi, vous le remarquerez aussi en lui, et ce que vous verrez en lui, vous le verrez en moi. » Celui donc qui adore l’image, adore en elle le roi, l’image n'étant que la représentation magnifique du roi. Il faut en dire autant des images du Sauveur et de la Vierge, Mère de Dieu : celui qui honore leurs images, les honore eux-mêmes, et celui qui les vénère, vénère leurs images.
Voilà pourquoi, si vous parcourez les pays chrétiens, dans toutes les églises, qu’elles soient dédiées à la Mère de Dieu ou à d’autres Saints, sur presque tous les autels érigés dans quelque temple que cesoit, vous verrez les saintes images de la Mère de Dieu. Surtout, s’il vous arrive de visiter en quelque lieu que cz soit une église des Frères prècheurs, vous y verrez des chapelles ou tout au moins des autels érigés avec magnificence en Phonneur de la Vierge, Mère de Dieu, des images de Marie peintes avec art, ornées de cadres d’or, d'argent, avec des diamants, des perles et des bijoux. Vous verrez des ex-voto, des figures en cire de mains, de pieds, de tête, d’yeux, de visage, de poitrine. Ce sont des trophées érigés par les fidèle: en souvenir des bienfaits reçus par les mains de la Mère de Dieu endiverses maladies, et suspendus en l’honneur de leur Mère secourable.
Il n’y a presque point de village où Péglise ne soit dotée d’un autel ou tout au moins d’une image de la Vierge. Et ce n’est point seulement dans les églises et les chapelles, c’est dans les carrefours et les contours des chemins, dans Les maisons de particuliers, dans les bou
tiques de marchands que nous voyons s'élever des images de ce genre pour exciter le sentiment de la piété. Bien plus, grâce à l’art de la gravure et de l’imprimerie, nous voyons entre les mains de chacun des images de Marie très-gracieuses, gravées sur airain et le plomb, imprimées sur le papier.
IT. — Voici maintenant à quoi sert cet usage pieux et sacré :
4° Instruction etenseignement. — Nous vénérons le petit Jésus dans son étroite crèche; nous l’adorons dévotement, étendu sur la croix; nous l’honorons pieusement, sortant du tombeau; nous le regardons souvent assis à la droite de son Père. Il est également convenable que nous le voyions et l’honorions porté entre les bras de la Vierge-Mère, tant pour le remercier de tout cœur du bienfait insigne par lequel ee géant d'immense substance à daigné se faire petit enfant, que pour reconnaître et honorer Marie, sa Mère. Lorsque, en effet, nous voyons la Vierge porter le Christ-Enfant sur son sein ou dans ses bras, cela nous apprend qu’elle est la Mère de notre divin Sauveur. Sans doute, la foi nous l’a déjà surabondamment appris, mais cette vue renouvelle notre foi.
90 Amour de la sainte Vierge. — Celui qui aime regarde volontiers l'image de son ami absent, et la regardant il s’enflamme davantage. En voyant une image de la sainte Vierge agenouillée devant son Fils, afin d’intercéder pour les péchés du monde, qui ne serait porté à Vaimer? En la voyant porter dans ses bras le Fils de Dieu, en la voyant l’allaiter de ses mamelles, qui n’exciterait dans son cœur un grand amour pour elle? En la voyant embrasser tous ses dévots agenouillés, de tout état, de toute dignité et de toute condition, qui ne serait épris de son amour? En la voyant revêtue de clarté, régnant au Ciel, tendant de là à ses serviteurs des rosaires ou des scapulaires, qui ne serait embrasé d'amour pour elle?
3° Exhontation à l’imiter.— Les images sont de doctes prédicateurs et de discrets orateurs qui excitent les hommes à la piété; c’est pourquoi on les appelle communément les livres des simples, livres d’un caractère si considérable qu’à première vue ils exposent en peu de mots, par les signes et les moulures, une très-longue histoire. Ils parlent pargestes et par signes, réjouissant le lecteur, et l’excitent pareilles
ment à la justice, à la piété, à la dévotion. Si, en effet, les images obscènes portent au vice, comme on le vit chez ce jeune homme qui au rapport de Térence, fut porté au viol par la vue d’un tableau où l'on représentait Jupiter faisant violence à Diane, à combien plus forte raison les images belles et dévotes exciteront-elles à la piétéot, à la dévotion? On sait que les trophées d'Alexandre le Grand porterent Jules César à faire la guerre pour conquérir bientôt l'empire romain.
4 Souvenir.— Notre mémoire conserve ainsi lesouvenir de Celle qui est notre mère, notre avocate, notre secours, afin que, dans toutes nos tribulations et dans toutes nos angoisses, nous l’ayons présente, et nous invoquions son secours et son patronage. Pour ce motif, les rois, les généraux, portent son image sur les étendards, boucliers et lances ; dans toutes les péripéties du combat, ils la regardent et implorent souvent son secours. Privislas, roi de Danemark, remportait d’heureuses victoires quand il portait au combat un bouclier sur lequel était sculptée l’image de la Mère de Dieu. Bzowski le rapporte. La même chose arriva tout récemment à Maximilien, duc de Bavière, lequel ayant fait porter devant lui un étendard où l’on voyait une image de la Mère de Dieu, remporta une grande victoire sur les Bohémiens rebelles, en l’an de Notre-Seigneur 1619.
5° Confession de foi. — Quand nous honorons les images de la sainte Vierge, nous attestons que sa foi, son humilité, sa pureté, son obéissance et ses autres vertus nous plaisent.
6° L’honneur. — Il n’y eut jamais aucun Chrétien qui ne regardât les statues et les images des Saints comme concourant à leur honneur.
IIT. — Il est donc à propos de rappeler ici les images de la Mère de Dieu, non point toutes et chacune de celles que l’univers chrétien possède et honore, posséda ou honora, — car ce serait vouloir prendre l'océan Atlantique dans une coquille, pour employer l'expression proverbiale, —mais celles que Dieu a rendues célèbres dans le monde entier par des miracles spéciaux, celles qui sont devenues le but de pèlerinages lointains, ou qui ont été célébrées par Le récit des historiens.
4 An de Notre-Seigneur Jésus-Christ 9290.
Commençons donc par les images peintes par saint Luc. L'auteur leur assigne la première place.