IMAGES DE LA MÈRE DE DIEU, PEINTES PAR SAINT LUC
Le témoignage d'auteurs très-graves prouve que l’Évangéliste saint Luc a exercé son pinceau à représenter les images du Christ et de la Mère de Dieu. Outre la tradition des ancêtres, le fait est attesté par saint Germain, par saint Jean Damascène dans les Actes de saint Étienne et ses compagnons martyrs ; par Théodore Luteus, qui vivait il y a plus de mille ans, dans son Livre des collections ; par Siméon Métaphraste, dans la Vie de saint Luc ; par Jean Coropalata, dans son Théophile ; par Nicéphore ‘, par Vincent de Beauvais ?, par Sigonius, dans son livre I du Royaume d'Italie, et par saint Thomas *.
Il existe à Rome six tableaux de cette provenance :
1° Le premier est à Sainte-Marie Majeure. C’est celui qui, du temps de saint Grégoire, fut porté processionnellement par ce grand Pape dans les rues de la ville et en chassa la peste qui y sévissait, comme l’attestent Baronius * et d’autres auteurs. Notre saint patriarche Dominique le porta révérencieusement sur ses épaules, de l’église de Sainte-Marie trans Tiberim à l’église Sainte-Sixte, lorsqu'il transféra l'album et les vœux d’une église à l’autre *.
Le pape Paul V bâtit pour cette sainte image une chapelle trèsbelle dans l’église Sainte-Marie Majeure, à droite, du côté de la sainte Crèche. L'image y fut transférée et honorée avec magnificence.
2 Le second est dans l’église de Sainte-Marie èn Ara Cæli, où on le vénère avec grande piété sur le maître-autel.
3° Le troisième, où Marie est representée portant un anneau au doigt, est religieusement conservé sur le maïtre-autel de l’église de Sainte-Marie ir Via lata.
4 Le quatrième est dans l’église Sainte-Marie du Peuple. Grégoire IX l’y transféra vers l’an de Notre-Seigneur 1227, avec tout le clergé et le peuple du lieu appelé le Saint-des-Saints.
5° Le cinquième, apporté de la Troade, est pieusement vénéré sur
1 Liv. XIV, chap. x. — 2 Liv. XXII, chap. cxcvtr. — 5 III Part, dist. 1x, quest. 11. — # An 590. — 5 Théodoric, Vie de saint Dominique, liv. Il, chap. vs.
le maître-autel de Sainte-Marie la Neuve. Sous le pontificat d'Honorius III, cette église fut brülée, mais eïle n’eut point à souffrir de l'incendie.
‘6° Le sixième se trouve dans l’église Sainte-Marie du Champ-de Mars. Les religieuses de Saint-Benoît, venant de la Grèce à Rome, l’y apportèrent avec beaucoup de reliques de Saints. Ce tableau, après que la poutre qui le soutenait eut été incendiée, fut trouvé intact et suspendu dans les airs.
1° Nicéphore atteste que le septième portrait de la Vierge peint par saint Luc se irouvait à Constantinople dans l’église Sainte- Marie Hodigitrix, bâtie par limpératrice Pulchérie. Cet historien ajoute que saint Luc peignit ce tableau du vivant de la Mère de Dieu et en sa présence : c’est pourquoi il est si frappant de grâce et de beauté.
8° À Constantinople encore, dans le trésor de la basilique de Sainte-Sophie, on conservait un portrait de la Mère de Dieu peint par saint Luc. Les Vénitiens, brisant les portes du trésor, l’enlevèrent et, à cause de ce sacrilége, ils furent anathématisés par Thomas, le patriarche de Constantinople. Le pape Innocent l'ayant su approuva cette sentence et fit restituer ce larcin sacrilége ?.
9° Il en existe un à Naples, dans l’église de Sainte-Marie Majeure, desservie par les pieux Pères de l'Ordre des Clercs réguliers mineurs.
10° Un autre est vénéré avec beaucoup de dévotion à Bologne, sur le mont de la Garde, dans une église dédiée à saint Luc,'à deux milles environ de la ville. Cette sainte image fut apportée sur cette montagne dans les circonstances suivantes : Un vénérable personnage, célèbre par l'innocence de sa vie, avait vu en Grèce, à Constantinople, dans le temple de Sainte-Sophie, une image de Ja bienheureuse Vierge Marie avec cette inscription : « Ce tableau, peint par l’Évangéliste saint Luc, doit être porté dans la chapelle bâtie sur Le mont de la Garde; il y sera placé sur l’autel où on l’honorera saintement. » Le Grec, désirant savoir quel était ce mont, après avoir longtemps cherché dans son pays, prit l’image, parcourut divers pays et le chercha
Liv. XIII, chap. xiv. — ? Bzowski, an de Notre-Seigneur 1207, n° 7,
partout soigeusement. Dieu permit qu’il rencontrât à Rome un Bolonais avee lequel il lia amitié et auquel il exposa le but de son long voyage, lui montrant l’inscription de l’image et lui demandant où se trouvait ce mont de la Garde. Le Bolonais lui indiqua aussitôt et le mont et l’église dédiée à saint Luc, l’assurant que cela se trouvait dans le territoire de sa vilie, à trois milles de Bologne. Le Grec se rend dans cette ville et explique aux Bolonais quel trésor il leur apporte. Ceux-ci, remplis de joie, indiquent un triduum de prières, reçoivent ce don céleste avec beaucoup de piété et de pompe dans leur ville, le portent àätravers les places, et célèbrent la bonté divine avec des hymnes et des cantiques. Le troisième jour, sur le soir, le clergé, le sénat et le peuple de Bologne accompagnent la sainte image jusqu’à la Garde et la placent solennellement, comme il était marqué, dans l’église de Saint-Luc, au sommet de la montagne, sur l'autel. Il s’y fit d'innombrables miracles, comme il conste par les ex-voto et par les dons de cire, d’or et d'argent. Cette église et l’image de la sainte Mère de Dieu ont été confiées aux pieuses Sœurs de notre Ordre. Selon le bruit public, et la chose est racontée par un auteur recommandable, Sigonius, dans son Livre sur les Évéques de Bologne, quand cette image de la Mère de Dieu a été portée en proces- Sion à Bologne, elle a apaisé de terribles tremblements de terre, d’affreuses tempêtes, d’épouvantables ouragans. Une eau jaillit aussi miraculeusement pour rafraichir les pèlerins qui venaient là, selon le témoignage d’Ascanius Persius, cité par Antoine de Balenghem dans son Calendrier de la très-sainte Vierge, au 10 juin. Cette sainte image est chaque année portée religieusement à Bologne le lundi des Rogations, et on la promène avec beaucoup de pompe et d'honneur dans la ville. J’ai souvent assisté à cette procession, lorsque j'étudiais à Bologne.
11° — Le onzième portrait se trouve en Pologne, à Cestokowitz. Un grand concours de fidèles venus de Pologne, de la Moravie, de la Silésie et de la Poméranie, le vénèrent très-pieusement. La tradition constante veut que cette image ait été peinte par saint Luc, du vivant de la Mère de Dieu, qui vit le tableau et lui communiqua sa beauté. L'impératrice Hélène le transporta de Jérusalem à Constan-
tinople. L'empereur Nicéphore le donna à Charlemagne, et celui-ci à Léon, prine de Russie. De ce dernier, il vint à Ladislas, duc d’Opolie, qui combattait contre les Prussiens avec Casimir le Grand, roi de Pologne. Il le plaça à Cestokowitz, à dix-huit lieues de Cracovie, pensant le transporter en Opolie; mais, lorsqu'il vint pour le reprendre, il se trouva miraculeusement et inébranlablement fixé. Forcé de le laisser à cet endroit, il excita dans les esprits une grande dévotion pour la Mère de Dieu. En effet, depuis lors, cet endroit est devenu célèbre en Pologne et, parmi les nations sus-nommées, l’image y fut vénérée et la sainte Mère de Dieu commença d’y être fort honorée. À Constantinople, cette image se distinguait par ce miracle que le voile qui la recouvrait se tirait de lui-même le Samedi-Saint ‘. J’ai pu la voir quelquefois en Pologne : la Mère de Dieu porte son Fils dans ses bras; la peinture, très-vieille, rappelle la manière grecque et est très-remarquable. On voit deux gerçures sur le visage; aucune couleur n’a pu les faire disparaître. On pense que ce sont les Hussites qui les ont faites. Les gens se rendent auprès de cette sainte image de Pologne, de ses provinces et duchés, de la Silésie, de la Moravie et de la Poméranie par troupes. Les malades et les valétudinaires, négligeant le secours des médecins, s’y rendent quand ils le peuvent, comme les sains et les robustes, sinon ils s’y font porter. De la plupart des villes, bourgs et villages de Pologne, là où existent des confréries, les peuples, envoyés en plusieurs bandes, comme des cohortes marchant sous des étendards, chantent les louanges de Dieu et de sa Mère, remplissant les lieux des bruits de fête, de leurs symphonies et de leurs instruments. À la vue de l’église où l’on vénère l’image de la Mère de Dieu, qu’on aperçoit sur la colline de deux lieues loin, ceux qui sont à cheval ou dans des chariots descendent et, tous à genoux ou prosternés, vénèrent de loin la Vierge céleste. De là, ils vont à l’église et offrent leurs vœux à Dieu et à sa sainte Mère dans la chapelle où l’on conserve la sainte image. La libéralité des pèlerins qui viennent à ce sanctuaire est si grande, que que tout ce qu'ils possèdent de précieux, tout ce qu'ils peuvent avoir
Bzowski, Collier de diamants.
de bon, ils le livrent et le donnent volontiers pour parer la sainte image. L’autel où on la conserve brille de diamants innombrables, de perles très-belles. Les rétables sont couverts d’or et d’argent, et les murs voisins également. A l’occasion de cette image, l’église de Cestokowitz s’est enrichie d’un mobilier d’or, d'argent, de parures précieuses dus à la pieuse munificence des rois et des grands. L’intercession de la Vierge y opère de nombreux miracles; on cite, entre autres, la résurrection de sept morts, la délivrance d’énergumènes, la guérison d’aveugles et de moribonds. Des naufragés, des captifs, des malades de tout genre y ont ressenti le secours divin, et chaque jour on y reçoit de nombreuses grâces. Les louanges et les miracles de cette image ont été racontés dans un style élégant et vif par notre Abraham Bzowski dans son livre intitulé Collier de diamants consacré à la Vierge, Mère de Dieu, et au tome XIV de ses Annales.
42°, 13° et 14°. Les trois autres se trouvent dans l’île de Malte. Il existe là trois images de la bienheureuse Vierge Marie peintes par saint Luc, qui fut le compagnon de voyage de saint Paul dans cette île et y habita pendant trois mois. C’est ce que raconte Cornélius à Lapide dans son Commentaire sur les Actes des Apôtres !. Ce commentateur dit l'avoir appris d'anciens Maltais, hommes graves et érudits.
IMAGES DE LA MÈRE DE DIEU CÉLÈBRES PAR DES MIRACLES EN DIVERSES PARTIES DU MONDE.
Outre les images de la Mère de Dieu peintes par saint Luc l’Évangéliste, il y en a plusieurs autres très-célèbres par de grands miracles. Je vais les énumérer ici d'après des auteurs de renom, afin de démonirer encore davantage combien la Vierge est digne de vénération, et de réprimander ceux qui négligent d’avoir des images ou qui les gardent avec peu de respect.
En premier lieu, on cite celle du Pont, qui ordonna au martyr saint Mercure de tuer Julien l’Apostat. Je raconte le fait d’après saint Jean Damascène. Saint Basile priait devant un tableau de la Mère de Dieu, où l’on voyait aussi l’image du célèbre martyr saint Mercure. Il
1 Chap. xxvin.