EN ÉTRURIE
A Florence, dans l’église si majestueuse de l’Annonciation de la sainte Vierge, il y a une image peinte non des mains des hommes, mais des mains des Anges. Voici ce qui en fut l’occasion : L'Ordre des Servites de la bienheureuse Marie commençait à prendre naissance à Florence; les sept nobles Florentins qui posèrent les fondements de ce saint Ordre désirèrent avoir une image de l’Annonciation de la sainte Vierge Marie, qu'ils placeraient dans leur église dont ce mystère était le titre et qui enflammerait les fidèles du Christ d'amour pour la bonté divine. Le peintre, ayant désigné un endroit sur la muraille, traçait l’image du tableau; pendant qu’il était occupé de cette pensée et qu’il se demandait comment il achèverait son œuvre, les Pères Le pressaient de plus en plus; il ne veut pas cependant peindre la figure sans avoir purgé sa conscience par une sainte confession et sans avoir restauré ses forces par la sainte Eucharistie. Ainsi muni des sacrements, il s’approcha de sa peinture et prit un pinceau pour mettre à son œuvre la dernière main, lorsque tout à coup il fut ravi en extase, il sembla dormir, et il vit apparaitre la figure de la sainte Vierge : son œuvre était achevée. Cette vision ne fut pas vaine; car le jour même qu’arrivaient ces choses, s’approchant de la peinture de la sainte Vierge Marie, et ayant relevé le voile qui cachait le reste du tableau, il trouva, chose admirable à dire! le visage ae .a sainte Vierge divinement représenté; sa beauté était telle qu’elle pouvait enflammer d'amour pour Marie les Anges eux-mêmes; sa majesté était telle qu’elle pouvait inspirer la terreur et la vénération aux esprits infernaux. À la vue de cette figure de la Vierge, tracée par une main divine, la ville de Florence fut frappée d’étonnement. Et depuis ce temps-là son amour pour la très-sainte Mère de Dieu s’accrut tellement qu’elle paraît exciter l’envie de presque toutes les villes d'Italie, à cause de la dévotion que fait naître dans le cœur des Florentins le grand nombre des miracles opérés jusqu’à notre époque par cette image,
1 Abraham Bzowski reporte ce fait à l’année 1239,
Au même lieu, il y avait une image de Marie, Mère de Dieu, assez habilement peinte sur la muraille; le peuple était porté pour elle d’une grande dévotion; elle devint bientôt célèbre par les prodiges qui s’y opéraient : les boiteux se redressaient, les paralysés étaient guéris, les démons sortaient des énergumènes, et, en outre, beaucoup d’infirmités, beaucoup de calamités étaient détournées loin des hommes par le secours de la sainte Vierge. Au commencement, les Frères prêcheurs et les Frères mineurs firent opposition, doutant si tout cela était de Dieu. Enfin, comprenant que tous ces prodiges ne pouvaient être opérés que par le secours divin, ils se rangèrent au sentiment de la multitude pieuse, persuadés que la sainte Vierge se plaisait à illustrer son image de miracles pour le salut de son peuple. Ainsi le raconte Augustin ?.
A Lucques, en Étrurie, il y a une image de la Mère de Dieu portant l'Enfant Jésus entre ses bras; elle a trois roses à la main : c’est ce qui lui a fait donner le nom de Notre-Dame des Roses. Cela arriva d’une manière extraordinaire : Un enfant de quinze ans menait paître les troupeaux de son père autour des murs de la ville. En ce lieu, il y avait une motte de terre que la grande quantité d’herbe qui la recouvrait rendait ondoyante; les brebis passaient outre, elles ne broutaient jamais ce gazon, mais elles fuyaient cet endroit comme si les moucherons les avaient rendues furieuses. L’enfant dont la curiosité était excitée s’approcha et chercha ce qu’il pouvait y avoir de caché. Voici qu'au milieu de ces terres incultes, il trouva une rose vermeille; il la cueillit, et comme c'était assez extraordinaire (on était en janvier et tout était durci par la gelée) il l’apporta à son père. O prodige! en la présentant, l'enfant qui jusqu'ici avait été muet reçoit l'usage de sa langue et dit qu’il avait trouvé en cet endroit cette rose si belle. Le père fut saisi d’étonnement; il divulgua ce prodige à tout le monde et le fit connaître à l’évêque. Frappé d’une chose si extraordinaire, celuici se rendit sur les lieux et trouva le tertre de gazon qui s’était élevé devant l’image de la Vierge, et il découvrit que la rose n'avait pu naître devant la Vierge que par un miracle. Les habitants de Lucques
1 Pag, 3, tit. XX, chap. vi.
élevèrent d’abord en ce lieu une chapelle, puis enfin une église à grands frais, et ils y portèrent cette même image que les grands et fréquents miracles qui se sont opérés jusqu’à notre époque ont contiaué de rendre célèbre t.
L'Italie possède encore çà et là, et principalement dans les églises des Frères prêcheurs, d’autres images très-célèbres de la Mère de Dieu, vers lesquelles le peuple accourt en foule avec les plus grands sentiments de piété, comme vers des sources de grâces toujours ouvertes. Telles sont celles qu’on vénère à Monte-Regali; à Girifalci, dans la Calabre supérieure; à Brindes, dans la province de Tarente; à Caccani, dans la Sicile. Il y a encore beaucoup d’autres images de la Mère de Dieu que la même ltalie honore dans différentes églises desservies tant par le clergé séculier que par le clergé régulier : toutes ces images sont célèbres par les miracles qu’elles opèrent, surtout celles qui représentent la Reine du très-saint Rosaire; elles procurent aux hommes beaucoup de remèdes salutaires; je les passe à dessein sous silence, car en parlant des images de la sainte Vierge je ne traite qu’en passant cette matière.
A Avignon, en France, on a en grande vénération une image de la Mère de Dieu. Les habitants de cette cité, assiégés autrefois par les ennemis, se réfugièrent auprès d’elle, et, la portant en procession, ils sentirent la présence du secours divin. Un des citoyens étant de garde à la porte, se cachait derrière l’image vénérée, et de là, lançant des javelots sur ses adversaires, il faisait un grand carnage des ennemis. Un ennemi l’aperçut dans sa cachette : « Méchant! lui cria-t-il, tu n’échapperas pas à la mort, cette statue ne pourra plus te protéger, à moins qu’abandonnant la porte tu ne te hâtes de nous ouvrir la ville. » Er disant cela, il lançait avec force un javelot contre ce citoyen. O prodige! l’image leva un genou et, se mettant ainsi au-devant du , javelot, elle le reçut. Alors tous de s’écrier que la très-sainte Mère de Dieu combat pour les habitants. Les ennemis, entendant ces cris, sont saisis de crainte et de terreur, ils jettent leurs armes et demandent la paix. Les Avignonnais entrent dans l’église de la Mère de Dieu, et
î César Franciotus, dans l'Histoire de Lucques, en l'année 126%
VIERGE VÉNÉPRABLE. 319
lui offrent de grands présents; ils lui promettent de toujours respecter ce lieu. On voit encore de nos jours au même lieu cette statue levant un genou dans lequel un javelot est-enfoncé ?,