‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 57 sur 125 · CLÉ · texte numérisé non relu

CLÉ

Antequam exires de‘vulva, sanctificavi te; si saint Jean-Baptiste 1 le fut également : Spiritu sancto replebitur adhuc ex utero matris suæ, à plus forte raison celle qui enfanta le Saint, le Fils de Dieu, dut-elle être sanctifiée dans le sein maternel 2.

Mais ils se séparent quant au moment où eut lieu la sanctification de la sainte Vierge; quant à la question de savoir si ce fut au moment même de sa conception ou à sa naissance, alors que son âme et son corps étaient déjà réunis.

Ceux qui soutiennent la première opinion admettent l’immaculée conception de la sainte Vierge, c’est-à-dire la conception affranchie du péché originel. Geux qui ne placent la sanctitication de Marie qu'après sa conception, mais avant sa naissance, pensent que la sainte Vierge, comme tous les enfants des hommes, le Christ excepté, a été conçue dans le péché, et que, par conséquent, sa conception n’est pas immaculée. 9

Ce fut saint Bernard qui, le premier, souleva cette controverse. Les chanoines de Lyon, ayant introduit dans leur église la fête de la Conception de la sainte Vierge, qui était déjà célébrée en beaucoup d’autres endroits, reçurent de saint Bernard, en 1131, une lettre 3 dans laquelle ik les blâämait, parce qu’il n’y avait pas de motif suïfisant pour introduire cette fête, et qu’ils n'avaient pas obtenu préalablement l'autorisation de Rome. Il pensait que, tout en reconnaissant la sanctification de Marie ayant sa naissance, dans le sein de sa mère, comme celle du prophète Jérémie et de Jean-Baptiste, sanctifiés dès le sein de leur mère, ce qui lui faisait accepter avec joie ia fête de la Nativité de la sainte Vierge, on ne devait pas célébrer sa Conception, parce qu’elle avait été atteinte de la tache originelle, comme celle de tous les hommes, par le péché d'Adam, qu’ainsi elle n'était pas sainte, et que, si on voulait admettre cette sainteté dès la conception, il s’ensuivrait que sainte Anne avait concu Marie, non de son époux, mais du Saint-Esprit; que la conception de la sainte Vierge serait, par conséquent, analogue à celle du Christ, ce qui était contraire à l’enseignement de l'Eglise et une véritable hérésie.

Mais, abstraction faite de ce que le sens de la lettre de saint Bernard sur ce point, qu’il n’y a pas de motif suffisant pour célébrer cette fête, n’est pas clair, il fait connaître lui-même, à la fin de sa lettre, qu'il n’est pas tout à fait d'accord avec lui-même à cet égard; car il ne blâme positivement les chanoines que d’avoir introduit la fête sans l'approbation du Saint-Siére; il ajoute que, ce qu’il dit, du reste, de cette matière, il entend lavoir avancé sans préjudice de ce qu'un docteur plus instruit en pourrait dire, qu’il soumet spécialement son opinion au Saint-Siége, déclarant qu'il est prêt à modifier son jugement suivant celui de Rome, s'ils diffèrent.

Aussi, cette lettre n’eut-elle aucun effet sur la célébration de la fête, car ni les chanoines de Lyon, ni les autres églises dans lesquelles elle était déjà établie ne se laissèrent détourner de la célébrer; elle se répandit au contraire de plus en plus, sans que personne songeât à s’enquérir si la sainte Vierge était demeurée ou non exempte du péché originel #.

Saint Bernard partait, d’un côté, d’une idée de la conception différente de celle qui est supposée dans le système qu’il combattait; d’un autre côté, il exigeait trop

quand il prétendait que, pour demeurer exempte du péché originet, il aurait fallu

que la sainte Vierge fût conçue du Saint-Esprit, puisque la grâce prévenante et sanctifiante de Dieu suffit; il forçait d’ailleurs les conséquences tirées de l'exemple de la sanctification de Jérémie et de saint Jean-Baptiste en l'appliquant à la sanctification de la sainte Vierge avant la naissance et dans le sein de sa mère, vu que Marie, mère de Dieu, est plus que le prophète et le précurseur, qui ne furent pas conçus sans péché, et qu’elle fut jugée digne d’une plus grande grâce que l’un et l’autre; car, quel est l'enfant des hommes à qui échut jamais en partage une salutation telle que celle dont Marie fut honorée 5?

Quand saint Bernard en appelle à la tradition, qui ne recommande pas cette fête, non commendat antiqua traditio, cela S'applique à la célébration de la fête, dont il n’est pas question dans l'antiquité, comme nous l'avons vu plus haut, mais non aux motifs de ia fête tels queles comprend saint Bernard; car les anciens Pères de l'Orient et de l'Occident parlent dans les termes les plus élevés de la

1 Luc, 1, 45, — 2 Jb., 1, 35. — 3 Epist. 174 ad canonicos Lugdunenses, ad Mabill, — 4 Be-. ned., 1. c., 8 189. — 5 Luc., 1, 28.

sublimité et de la sainteté de la sainte Vierge, qu’ils exaltent au-dessus de toutes les créatures 1, et s'ils ne disent pas expressément qu’elle est demeurée exempte du péché originel, il ne s'ensuit pas qu'ils ont cru et qu'ils auraient enseigné le contraire, vu qu'ils n’eurent pas d'occasion de se prononcer formellement sur ce point. En revanche, celui qui fut amené à s'expliquer sur ce sujet par les Pélagiens, saint Augustin se prononça assez clairement, en exceptant la sainte Vierge de la faute qui pèse sur tous les hommes et en la déclarant exempte de tout péché. Excepta itaque sancta Virgine Maria, dit-il, de qua, propter honorem Domini, nullam prorsus, cum de me agitur, haberi volo quæstionem. Unde enim scümus quod ei plus gratiæ collatum fuerit ad vincendum omni ex parte peccatum, : quæ concipere ac parere meruit eum quem constat nullum habuisse peccatum ?,

. S'il la proclame exempte de péché sous tous les rapports, on peut certainement et avec raison en conclure qu’il la proclame exempte non-seulement du péché actuel, mais du péché originel 3.

Quant à l'idée de conception de la sainte Vierge telle que saint Bernard la comprenait, c'était l’acte de génération physique par ses parents qu’il entendait, car il pensait que, si l’on voulait déclarer la sainte Vierge exempte du péché originel, il aurait fallu qu’elle l’eût été avant sa génération par ses parents, par conséquent dans un temps où elle n'existait pas encore, ce qui est impossible, disait-il; done il faut admettre qu'elle n'avait été sanctifiée qu'après avoir été conçue, mais toutefois dans le sein de sa mère. Si igitur, dit-il, ante conceptum sui sanctificari minime potuit, quoniam non erat, sed nec in iso quidem conceptu, propter peccatum, quod inerat; restat ut post conceplum, in utero jam existens, sanctificationem accepisse credalur, quæ, excluso peccalo, sanctam fecerit nalivitatem, non famen el conceptionem.

Mais les théologiens distinguent une conception active et une conception passive, conceptio activa et passwa ; 11s entendent par la conception active l’acte de la génération par ses parents; par conception passive le moment où l’âme est infuse par Dieu dans le corps déjà formé. ï

Le pape Sixte IV # publia, en 1476, une constitution par laquelle, sans faire mention du décret du concile de Bâle, il couférait des indulgences à ceux qui

4 Cf. Pallavicini, Hist. Conc. Trid., 1. VIL, c. 7, . 7-9. — 2 In lib. de Gratia et Natura, c. 36. — 3 Cf. Natalis Alex., Hist. eccl. sœc: I, dissert. 14, $ 21. — 4 En attendant, dit le savant abbé de Solesmes, l’heure de la proclamation solennelle du grand dogme, la sainte Eglise le confessait chaque année en célébrant la fête d’aujourdhui. Cette fête n’était pas appelée, 1 est vrai, la conception immaculée, mais simplement la conception de Marie. Toutefois, le fait de son institution et de sa célébration exprimait déjà suffisamment la croyance de la chrétienté. Saint Bernard et l’angélique docteur saint Thomas s’accordent à enseigner que l'Eglise ne peut pas célébrer la fête de ce qui n'est pas saint; la conception de Marie fut donc sainte et immaculée, puisque l'Eglise, depuis tant de siècles, l’honore d’une fête spéciale. La nativité de Marie est l'objet d'une solennité dans l'Eglise, parce que Marie naquit pleine de grâce; si le premier instant de son existence eût été marqué par la flétrissure commune, sa conception n’eût pu être l’objet d’un cute. Or, il est peu de fêtes plus générales et mieux établies dans l'Eglise que celle que nous célébrons aujourd'hui. ne : :

L'Eglise grecque, héritière plus prochaine des pieuses traditions de l'Orient, la célébrait déjà au vie siècle, comme on le voit par le Type ou cérémonial de saint Sabbas. En Occident, . nous la trouvons établie dès le vire siècle, dans l'Eglise gothique d'Espagne. Un célèbre calendrier, gravé sur le marbre, au 1x° siècle, pour l'usage de l'Eglise de Naples, nous la montre déjà instituée à cette époque. Paul diacre, secrétaire de Charlemagne, puis moine au Mont- Cassin, célébrait le mystère de l’Immaculée-Conception dans une hymne remarquable, que nous donnerons tout-à-l'heure, d’après les manuscrits du Mont-Cassin, de Subiaco et de Bénévent. En 1066, la fête s’établissait en Angleterre à la suite d’un prodige opéré sur mer en faveur du pieux abbé Hélsin, et bientôt elle s’étendait dans cette île par les soins du grand saint Anselme, moine et archevèque de Cantorbéry; de ià, elle passait en Normandie, et prenait possession du sol francais. Nous la trouvons en Allemagne, sanctionnée dans un concile présidé, en 14049, par saint Léon IX; dans la Navarre, en 1090; à l'abbaye d'Irach, en Belgique, à Liége, en 1142; c'est ainsi que toutes les églises de l’Occident rendaient tour à tour témoignage au mystère, en adoptant la fête qui l’exprimait. : 3

Enfin, l'Eglise de Rome l’adopta elle-même, et par son concours vint rendre plus imposant encore ce concert de toutes les églises. Ce fut Sixte IV qui, en 1476, rendit le décret qui instituait la fête de la Conception de Notre-Dame dans la ville de saint Pierre. Au siècle suivant, en 1567, saint Pie V publiait l'édition universelle du Bréviaire romain; on y voyait cette fête inscrite au calendrier, comme l’une des solennités chrétiennes qui doivent, chaque année, réunir les vœux des fidèles. Rome n'avait pas délerminé le mouvement de la piété catholique envers . le mystère; elle le sanctionnait de son autorité liturgique, comme elle l'a confirmé, dans ces

derniers jours, de son autorité doctrinale.

assisteraient à la sainte messe le jour de l'Immaculée-Conception et diraient l’office approuvé par lui en l'honneur de cette fète, ou assisteraient à l'office canomial et par conséquent manifesteraient leur adhésion à cette constitution pontificale,

Grégoire XV décida que, dans l’ofiice et la messe célébrés par l'Eglise le jour de la Conception de la très-sainte Vierge, personne ne pourrait, ni en public, nien particulier, se servir d’un autre terme que de celui de Conception, alio quam conceplionis nomine; par conséquent ne pourrait dire ##maculata Conceptio B. Mariæ Virginis, mais devrait dire, Conceptlio B. Murie Virginis immaculatæ 1.

Le Pape Alexandre VII alla plus loin et ordonna, par sa constitution de 1664, que le culte de la Conception de la bienheureuse Vierge immaculée, introduit dans l'Eglise romaine, une fois établi dans cette Eglise, devait y être conservé à perpétuité, perpeluo, ct défendit, sous des peines graves, de révoquer en doute l'opinion, la fête et le culte de (l’Immaculée) Conception, ou de les attaquer sous un prétexte quelconque ; cependant il ajoute : Vetamus autem, Sixti IV constitutionibus inhærentes, quemquam asserere quod propter hoc contrariam opinionem tenentes, videlicet Gloriosam Virginem Mariam cum originali peccato fuisse conceptam, hœresis crimen ant mortale peccatum incurrant, cum a Ramana Ecclesia et ab apostohica sede nondum fuerit hoc decisum, prout nos nunc minime decidere volumus ant intendimus ?.

Bientôt apres, le Pape Clément IX (1667-1669) ajouta une octave à cette fête, Clément XI l’éleva, par sa constitution du 6 décembre 1708, au rang de fête de précepte (festivitatem de præceptlo) pour toute l'Eglise.

Le Pape Grégoire XVI autorisa les évêques de France, sur leur demande, à ajouter dans la Préface : Et le, in Immaculata Conceptione B. M. V., et dans les litauies de la Sainte-Vierge : Regina sine labe original concepta.

Ainsi les Papes se prouoncèrent de plus en plus en faveur de l’opinion de l’Immaculée Conception de la sainte Vierge.

Le chef de l’ordre religieux qui avait toujours soutenu l'opinion contraire, le général des Dominicains, demanda au Saint-Siése et obtint, en 1843, la permission d'adopter la messe et l'office de l'Immaculée Conception.

Enfo, le 23 septembre 1863, quelques années après la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception, Sa Sainteté le Pape Pie IX donna à l'Eglise un nouvel office pour le 8 décembre et une octave. Cet office, magmifique de rédaction, fait chaque année le bonheur des dévoués enfants de Marie Immaculée.

Cette fete fait naître dans le cœur des fidèles des sentiments que nous trouvons admirablement résumés dans la petite étude qui suit, et que nous empruntons à M. le chanoine Coulin #.

Quand nous lisons dans l’Apocalypse ces admirables paroles : Le dragon s’arréta devant la femme qui devait enfunter un fus, dont l'empire devait s'étendre sur toutes les nations 5, notre pensée ne se porte-t-elle pas naturellement sur Marie, de laquelle est né Jésus 6?

Quarante siècles s'étaient écoulés depuis la chute du premier homme. Satan appelé par le Saint-Esprit l’ancien serpent qui séduit tout luniversT, apres avoir porté la mort jusqu’à la racine de cet arbre dont les branches multipliées couvraient la terre entière, semblait considérer avec complaisance, disons mieux, avec une joie atroce, les fruits amers que portait cet arbre planté par la main de Dieu méme, pour ne donner que des fruits de vie. L’ennemi superbe du genre bumain voyait les malheureux enfants des hommes devenus ses esclaves avant qu'ils pussent élever leur regard vers le trône de la divine miséricorde. Tous naïssaient coupables, tous étaient obligés de répéter cette lugubre parole : Jar été concu au milieu des iniquités; ma mère m'a conçu dans le péchés.

Mais le Seigneur avait parlé, le démon devait être vaincu.

Tandis qu'il parcourt le monde pour y multiplier les victimes de sa fureur, il s'arrête tout-à-coup, et c’est devant une enfant. Cette enfant de bénédiction sera la femme invincible, seule capable de poser son pied sur la tête à jamais humiliée de l'ennemi du genre humain. Marie est conçue sans péché!

Quel magnifique triomphe! Quel sublime privilége accordé à Marie! Privilége que Dieu semblait ne pouvoir refuser à celle qu'il devait un jour élever jusqu’à la maternité divine.

., 1. c., 8 208. — 2 Bened., I. €, $ 199. — 3 Bened., I. c., $ 207.—4 Année du pieux . L'Avent. — 5 Apoc., XIL. — 6 Matth., L — 7 Apoc., x1r. — 8 Ps. L.

VIERGE VÉNÉPAPBLE. 263

En sa qualité de Mère de Dieu, Marie est l'arche de la nouvelle alliance. Rien de plus certain.

L'arche dé l’ancien Testament était destiné à renfermer les objets les plus vénérables dans le cuite israélite : la verge miraculeuse que Dieu avait rendue féconde pour fixer à jamais le sacerdoce dans la famille d’Aaron; les tables de pierre sur lesquelles le doigt du Très-Haut avait écrit sa loi sainte; enfin, le vase d’or dans lequel était conservée la manne, ce pain miraculeux destiné à nourrir pendant quarante ans, l'israélite voyageur dans le désert.

Or, cette arche, Dieu voulut en donner lui-même le dessin et en désigner la matière. Construite d'un bois rare, précieux, incorruptible, elle devait etre re-

‘ vêtue, au dedans comme au dehors, d’un or très-pur ; une couronne du même

métal devait l’environner, et un couvercle richement orné, surmonté de deux chérubins également de l’or le plus pur, fut placé sur l’arche, du haut de laquelle le Seigneur daigna rendre ses oracles.

Oh! comme la réalité est au-dessus de la figure! Le sein virginal de Marie est destiné à renfermer Celui qui est véritablement le prétre éternel, seul capable de rendre à Dieu un honneur infini, et de réconcilier l'homme avec son créateur. Dans ce tabernacle, habitera Le législateur suprème qui apporte au monde la loi de grâce et d'amour. Enfin, Celui qui dira un jour : Je suis le pain de vie, le pain descendu du ciel, si quelqu'un mange ma chair, il aura la vie en lui, Jésus- Christ, le Fils éternel du Très-Haut, sera enfermé pendant neuf mois dans ce sanctuaire angnste qui n’est pas fait de la main des hommes, parce qu'il est la demeure du Saint des Saints.

Mais si l’arche de l’ancien Testament a dû inspirer le plus grand respect, si Dieu a voulu que tout en elle fût riche et maguifique, quelle richesse, quelle magnificence a-t-il donc réservée pour Marie, l'arche véritable de la nouvelle alliance ?

Dieu, nous dit l'Ecriture, est magnifique par sa sainteté?. Et pour être digne de lui, il faut être saint. À la maison de Dieu appartient la sainteté 3. Rien de souillé ne pent lui être agréable. Scrait-il donc raisonnable de penser que Marie eùt pu devenir digne de porter de Saint des Saints autrement que par une éminente sainteté? Non.

Marie ne doit avoir au-dessus d’elle que la sainteté de Dieu même. Tout degré

À Jean, vr, — 2 Ps, exo. xv.— 3 Ps. xci1, — 4 Ps, xLv, — 5 Cant, 1v,

en faire le digne tabernacle de votre Fils? Et, où verrai-je la perfection de ce ot de Dieu, si ce n'est dans le sublime privilége de la Conception immaculée

Certes, je ne m'étonne pas de voir le Concile de Trente, au moment où il définit le dogme du péché originel qui atteint tous les malheureux enfants d’Eve, s'arrêter tout-à-coup devant Marwe, pour déclarer que son intention n'est pas de comprendre dans ce décret la bienheureuse et immaculée Vierge Marie. Je ne m'étonne pas de voir les souverains Pontifes défendre, sous les peines les plus graves, d’enseigner une doctrine contraire à la croyance de la Conception immaculée de la Mère de Dieu.

L'Eglise a toujours tenu le même langage. Sa doctrine est invariable. Elle a dit constamment par la bouche de ses plus illustres docteurs : Je trouve Marie sans tache, sous quelques rapports que je la considère !. Marie fut exempte de toute tache du péché 2. Dieu a formé Marie sans tache et sans péché $. Marie fut formée d'un limon pur*, Marie n’a jamais été dans les ténebres, mais toujours dans la lumière 5. Marie est un paradis dans lequel l’ancien serpent n'a pu pénétrer 6. ke

Ajoutons à cette couronne une belle fleur que nous fournit saint Augustin : « Quand il s’agit du péché, s’écrie ce grand docteur, il faut excepter Marie et «ne pas faire mention de cette reine des Vierges. L’honneur de Dieu méme « l'exige.»

Je dois applaudir, avec toute l'Eglise, à ces magnifiques témoignages rendus par toute l'antiquité en faveur de Marie. Un fils est tout glorieux des grandeurs de sa mère. Comment ne serais-je pas dans le bonheur en pensant aux sublimes prérogatives de celle que le Sauveur mourant a bien voulu me donner pour mère. Mais ces prérogatives doivent m'instruire, en même temps qu’elles remplissent mon âme de consolations.

I. Ce que Dieu nous apprend en accordant à Marie le privuége d'élre conçue sans péché.

Au moment où Dieu va créer Marie, il me semble l’entendre qui s’écrie : Jar résolu de bâtir une maison; j'ai préparé tous les matériaux de l'édifice, et je veux ge ron tellement beau que tous les peuples du monde en partent avec admirafon 7.

Lorsque Marie s’écriera, dans les transports de son amour reconnaissant : Le Tout-Puissant a fait en moi de grandes choses; toules les nations m’appelleront bienheureuse8, il sera facile de reconnaître ce temple magnifique orné par les mains de la Sagesse éternelle, enrichi par le Saint-Esprit de tout ce que Dieu possède de plus admirable dans les trésors de sa bonté.

7 Mais où sont ces trésors? Quelles sont les richesses prodiguées à Marie? Quels dons merveillenx embellissent ce sanctuaire de la divinité?

C'est ici que Dieu instruit les hommes, et pose pour fondement de la morale que son Fils doit prêcher au monde, une vérité importante qu'il est essentiel pour nous de n’oublier jamais.

Le Seigneur veut faire de Marie le chef-d'œuvre de sa sagesse et de son amour. Il veut que sa gloire surpasse celle des créatures les plus parfaites; il la destine à régner sur les sublimes intelligences qui environnent son trône éternel. Dieu voit, du haut du ciel, tous les objets qu'ambitionnent les hommes. fl dispose en souverain de tout ce qu’ils estiment. Noblesse d’origine, richesses, honneurs, génie, beauté, sciences, talents. Dieu est le maître de tout. Sans doute, il prodiguera en faveur de la Mère de son Fils tout ce qui pourra contribuer à la faire admirer, et à lui mériter les applaudissements et les louanges du monde entier.

La sagesse de Dieu n’est pas la sagesse des hommes. Les pensées des enfants d'Adam lui sont connues, il les regarde en pitié, il les appelle folie. Voyez ce qu'il annonce en créant Marie.

Déjà le Saint-Esprit l'avait déclaré dans les divines Ecritures. Dieu abhorre l’iniquité, il w’y a de grand et d’estimable devant lui que la sainteté et l'innocence. Au moment où il va tirer du néant la Mère de son Fils, le Seigneur a devant les

{ Joan. Chr. — 2 Ambros, — 3% Amphil. — 4 Proclus. — 5 Hyer. — 6 Jean Dam. — 7 ! Paral. xxvin. — 8 Luc, 1.

yeux d’un côté, ce vain amas de grandeur et de gloire dans lesquelles l’homme place tous les jours sa félicité ; de l’autre, la sainteté et l'innocence.

Or, sans aucun égard pour les préjugés qui nons abusent, celui qui tient dans ses mains l'Univers, qui dispose à son gré des trônes et des empires, le Créateur et le souverain Maître de toutes choses, choisit, pour en faire la Mère de son Fils, une fille de Juda, pauvre, vivant dans l'obscurité, inconnue même aux riches et aux savants de sa nation, épouse d’un modeste ouvrier; s’il la distingue par des priviléges dignes de ses hautes et sublimes destinées, c’est uniquement par le privilége de l’innocence et de la sainteté. Pour que Marie en possède la perfection, Dieu opère les plus étonnants prodiges. Il suspend toutes les lois par lesquelles il gouverne le monde depuis quarante siècles. Il ordonne à ce fleuve qui entraîne ous les malheureux enfants d’Adam dans l’abime du péché, de suspendre son cours, à la vue de cette arche miraculeuse que le Tout-Puissant a choisie pour son sanctuaire. Il parle, et son doigt pose des limites à cet immense océan dont les eaux se répandent sur le monde entier. En désignant Marie, il dit à l'Océan irrité : Tu viendras jusque-là, et, devant cette enfant, tu briseras tes flots qui ne mouilleront pas même ses pieds. Marie est conçue sans péché!

O mon Dieu! Quel jugement solennel vous prononcez en ce moment! Qui refusera de l'entendre?

À vos yeux, il n’y a donc qu’une seule chose qui soit digne d’estime, c’est la sainteté! Iln’y a rien de grand, sice n’est la sainteté! On ne peut vous être agréable que par un seul et unique moyen, la sainteté! Vous méprisez toute grandeur qui n’est pas la sainteté!

IL. — Ce que Marie nous apprend après avoir recu la grâce de sa conception immaculle.

L'âme sainte de Marre reçut, avec la grâce de sa conception immaculée, une lumière divine qui lui découvrit toute l’étendue du bienfait divin. Le jugement que Dieu avait porté en l’élevant par l'innocence et par la sainteté, l’éclaira d’une manière ineffable et lui communiqua une sagesse bien plus admirable que celle du roi Salomon. Elle considéra ce que le Saint-Esprit avait fait pour elle en la prévenant des célestes bénédictions, et elle s’écria avec un sentiment de vive reconnaissance : La grâce est venue en moi; elle n'a été donnée; je l'ai préférée aux royaumes et aux trônes, et j'ai pensé que des richesses ne sont rien comparées à l'innocence : je ne lui ai point égalé la pierre précieuse, parce que l'or est un peu de sable auprès d'elle, et l'argent, devant elle, est comme de la boue. Je l'ai aimée par-dessus la bonté et la beauté; je l'ai préférée à la lumière, parce que sa lumière ne sera jamais éteinte. Et tous les biens me sont venus avec elle, et j'ai vu des richesses incomparables découler sur moi, par ses mains 1.

Que Marie ait éprouvé les sentiments exprimés dans ces paroles, c’est ce qu’il y à au monde de plus évident. Pour s’en convaincre, il suffit de méditer le beau cantique inspiré par l'esprit de Dieu à la Reine des Vierges. Le Tout-Puissant, dit-elle, a fait en moi de grandes choses; toutes les nations m'appelleront bienheureuse, parce que le Seigneur a regardé la bassesse de sa servante 2. Voilà sa gloire, sa félicité. Voilà toutes ses richesses, le regard de Dieu. En la créant, il à vu ce qu'elle serait en sa qualité de fille d'Eve; alors il a fait pour elle de grandes choses. A cause de la sainteté de son nom, qui ne permettait pas que la Mère du Rédempteur fût un seul instant sous l'empire du mal, il a déployé la force de son bras pour humilier, devant une femme, le tyran orgueilleux du genre humain, et il a élevé admirablement une créature au-dessus de la loi générale du péché. Il l’a élevée en lui ordonnant de poser-son pied sur la tête superbe du serpent infernal, dont la malice a été, pour la première fois, frappée d’im-

uissance.

? En découvrant toute ia richesse de cette grâce qu'elle avait reçue dans sa conception tmmaculée, Marie a eu pour elle une estime si grande, si parfaite, que, pendant toute l'éternité, elle continuera à chanter la divine miséricorde, sans que jamais sa reconnaissance puisse égaler à ses yeux la grandeur du bienfait.

Tel est le premier enseignement que je reçois de Marie dans la fête de ce jour. Je dois estimer par-dessus tout le trésor de la grâce que j'ai reçu en

naissant.

4 Sap. VII, — 2 Luc, I,

Il est vrai que j'ai été conçue dans le mal, et que suis né enfant de colère. Mais le baptême a été pour moi une seconde création, une seconde naissance. Par ce sacrement je suis devenu enfant de Dieu, et la grâce sanctifiante a été communiquée à mon âme. Cette grâce, quoique inférieure à celle que reçut la sainte Vierge dans sa conceplion, est, cependant, un riche trésor; c’est un bien au-dessus de tous les biens; je puis dire que toutes les richesses, toutes les grandeurs de la terre ne sont qu’un peu de sable, un peu de boue, comparées à cette grâce.

Eh bien! dès que ma raison a été développée, dès que j’ai eu la qualité de réfléchir, ai-je commencé à estimer ce trésor? Cette estime a-t-elle augmenté à mesure que j'avançais en âge et que je recevais plus de lumières? Maintenant encore, Suis-je bien établi dans cette conviction que les biens de la grâce, et principaiement la grâce de mon baptême, surpassent tout ce que l’on peut imaginer de plus grand, de plus estimable, suivant les idées du monde? Hélas! oui, en théorie; mais dans la pratique, mes désirs, mes craintes, mes espérances, mes discours, mon langage, mes œuvres, prouvent-elles qu'il en est ainsi?

Cette estime de Marie, pour la grâce qu’elle possédait, lui inspira tous les moyens qu’elle n'avait jamais cessé d'employer pour conserver et augmenter dans elle ce trésor inappréciable. De là, cette vie de retraite, de recueillement, d’éloignement du monde; cette vie de silence, d'union intime avec Dieu; cette vie de prières, de dévoüment à Jésus, de zèle pour sa gloire. On peut dire que la vie de la sainte Vierge fut un travail constant pour conserver, augmenter et perfectionner les dons sublimes que Dien lui avait faits en la créant. -

Telle devrait être la vie du fidèle après le baptème. S'il estime la grâce, comment pourra-t-il négliger les moyens qui sont nécessaires pour la conserver?

Ah! exposer avec témérité les dons de Dieu à une perte déplorable, n’est-ce pas un aveuglement affreux? N'est-ce pas une ingratitude révoltante? Et, cependant, c'est ce que l’on voit tous les jours.

Non content de se jeter soi-même au milieu des dangers, on y entraine les autres. Oh! combien de parents, après avoir procuré à leurs enfants la grâce précieuse du baptême, ne leur ont jamais dit une parole pour leur apprendre à estimer, à conserver cette grâce? Combien d’autres ont regardé comme une chose indifférente de jeter ces pauvres petites créatures au milieu des dangers les plus imminents, en les livrant sans réflexion à des mains perfides qui ont porté un coup mortel à leur innocence?

O mon Dieu! aujourd'hui on apprend tout aux enfants, excepté l'horreur qu'ils doivent avoir pour le mal, et les moyens qu’ils doivent employer pour conserver le trésor précieux de la grâce. Je le sais et je connais bien des victimes de cette négligence. Où est maintenant la crainte du mal? Où est l'estime et l'amour du seul et unique bien, la sainteté?

III. — Sentiments du fidèle qui célèbre la fête de l'Immaculée-Conception.

Toutes les fêtes que l'Eglise célèbre en l'honneur de Marie réjouissent nécessairement le cœur des fidèles; mais toutes ont leur caractère partivulier propre à nourrir la piété et à augmenter en même temps la confiance envers la Mère de Dieu.

La fête de l'Immaculie- Conception semble résumer tous les sentiments que peuvent inspirer les autres mystères de la. sainte Vierge. La joie, l'admiration, l'amour remplissent le cœur dès que cette parole de la liturgie a frappé les oreilles: C’est aujourd'hui la Conception de la bienheureuse vierge Marie dont la vie adiirable est la gloire de l'Eglise.

La joie est vive, pure, sans mélange de tristesse, C'est la gloire de la nouvelle Jérusalem, YEglise catholique; c’est la réjouissance dans le peuple d’Israel; c'est Phonneur et l’ornement du monde entier qui est annoncé à la terre. Le voyezvous ce Lis, d’une blancheur éclatante, qui commence à s'élever au milieu des ronces et des épines dont l’univers entier n’a cessé d’être couvert cepuis quarante siècles? Entendez-vous cette parole : Maintenant l'hiver est passé avec toutes ses rigueurs; les torrents qui inondaient la terre ne porteront plus la désolation dans nos campagnes. Le doux priniemps a commencé ; les premieres fleurs ont répandu leur parfum dans les airs. La tige de Jessé a poussé; elle à pris racine dans le peuple que Dieu a honoré, dont ila fait son héritage, Voyez-la s'élever dans une

terre sainte; elle devient comme le cèdre du Liban, comme le palmier de Cadès, comme les rosiers de Jéricho. Elle donne des fleurs odorantes comme la vigne, ses fleurs deviendront des fruits de gloire et d’ahondance.

Que sera donc cette enfant dont l'apparition dans le monde est saluée avec transport par le Ciel même? Elle sera la Mère du pur amour et de la sainte espérance. C’est dans elle que l’on trouvera un jour toute la grâce de la vuie et de la vérité, toute l'espérance de la vie et de la vertu. Son esprit est plus doux que le miel; son héritage l’emporte sur le miel le plus exquis; sa mémoire vivra dans la suite des générations 1,

Qui refusera de chanter avec l'Eglise ce cantique de joie: Votre conception, ô Marie, vierge, mère de Dieu, apporte la joie au monde; car c’est par vous que doit se lever bientôt le soleil de justice, Jésus-Christ, notre Dieu. Il vient pour briser notre malédiction et répandre la bénédiction du Ciel sur le monde; il vaincra la mort, et nous aurons, par lui, une vie éternelle.

Cette joie est accompagnée d’un sentiment d’admiration à la vue des priviléges que Dieu accorde à Marie dans sa conception immaculée. Que peut faire le Seieneur en faveur de Marie qui soit plus grand et plus glorieux pour elle? Il m’est impossible de rien imaginer que je puisse seulement comparer à ce qu'il a fait. Au moment où il l’a créée, il s’écrie lui-même : O mon amie, Ô vous dont la blancheur efface celle de la colombe, vous êtes parfaitement belle; mes veux ne découvrent dans vous aucune tache. Venez à moi; vous êtes ma sœur, mon épouse. Vous êtes devant moi comme un jardin délicieux, enrichi de toutes les fleurs dont l'éclat réjouit la vue et dont le parfum embaume les airs. Vous êtes une source d’eau pure par qui tout sera rendu pur et blanc comme neige. Votre nom sera comme un parfum qui se répand; vous serez la fleur des champs et le lis des vallées; les vierges rechercheront votre amour; vos joues sont belles comme le plumage de la colombe; votre cou brille comme les pierreries; vos lèvres sont comme la pourpre; votre parole est remplie de douceur 1.

On le voit, le Saint-Esprit a voulu nous faire admirer la beauté de Marie. Toutes les images qu’il emploie tendent à cette fin. Cette admiration est un sentiment bien légitime. Le vrai enfant de Marie s'y complaît. Il se représente sa Mère sous toutes ces formes gracieuses, il comprend que la beauté communiquée à une âme par la sainteté et l'innocence, est quelque chose de ravissant; il aime cette beauté dans sa divine Mère.

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