FÊTE DE LA NATIVITÉ DE LA SAINTE VIERGE MARIE
Cette fête est beaucoup plus ancienne que la précédente, et commença à se célébrer après le Concile d’Éphèse, vers l’an 430; elle fut fixée au 8 septembre. Il fut révélé par Dieu à un saint homme menant la vie solitaire, que la bienheureuse Vierge Marie naquit en ce jour. Chaque année, lanuit qui précédait le 8 septembre, il entendait les concerts les plus harmonieux; rempli d’admiration, il pria Dieu de lui montrer ce que signifiait cette mélodie. Un ange lui dit ceci: « Aujourd'hui est née Celle qui, toujours vierge, a mis au monde le Fils de Dieu; bien que les hommes l’ignorent, les Anges ne laissent pas de fêter ce jour.» Cette révélation s’étant répandue, on commença à célébrer dans l'Église la Nativité ?.
A l'appui de ce que nous venons de dire, Tursellini, d’après Baptiste de Mantoue, dans le Livre 1°" de ses Histoires de Lorette, cite un autre
1 Hccl, XXIV. — 2 Cantic. — 3% Vincent de Beauvais, dans son Hiroiër historique, hv. VI, Chap. Lxvi, et liv. VIL, chap. cxix.
fait merveilleux : Ün solitaire d’une grande sainteté, dont la cabane était située non loin de la sainte maison de Lorette, remarqua pendant dix années entières une flamme céleste pareille à une grande comète planant sur la maison de la sainte Vierge ; de plus, il aperçut chaque année, le G des ides de septembre, vers la quatrième veille de la nuit, c’est-à-dire vers le matin, un grand globe de feu descendant du ciel et couvrant le toit de la maison de son éclat; peu après, il le voyait disparaître dans les airs d’où il était venu. Croyant que la sainte Vierge descendait du Ciel et venait visiter sa demeure, il se hâta d’accourir pour voir et offrir ses salutations Les plus empressées à la céleste Reine. Mais, à son approche, il vit d’abord la flamme diminuer, puis enfin disparaître à ses yeux. Alors il demanda instamment à Dieu de vouloir bien lui révéler ce que signifiait cette flamme qui s’était offerte tant de fois à ses regards. Il reçut en songe cette réponse : « Cette maison, où la Mère de Dieu a vu le jour, est décorée d’une flamme au jour de sa naissance, pour .que les hommes aient à cœur de célébrer en ce lieu ce jour mémorable par une fête solennelle. »
Le Souverain-Pontife Innocent IV ajouta une octave à cette fête, dans une occasion que Platina rapporte dans sa vie. Le pape Célestin IV venait de mourir; les cardinaux, que les embüches multipliées de l’empereur Frédéric IT avaient totalement empêchés de procéder à l'élection d’un pape pendant vingt-et-un mois, promirent par vœu à la Mère de Dieu d'établir une octave pour da fête de ‘la Nativité, si, dans une affaire si importante, ils pouvaient obtenir, par le secours de ses prières, la faveur de surmonter tous Les obstacles et délire un pontife. L'événement étant arrivé au gré de leurs désirs, Innocent IV, élu Souverain-Pontife, décréta, dès la première année de son pontificat, que cette octave serait conservée.
La bienheureuse Vierge a révélé elle-même combien les prières qu’on lui offre dans ce jour et dans toute l’octave lui sont agréables. Sainte Gertrude, le jour de cette fête, avait récité autant d’Ave, Maria, que cette brillante Étoile de la mer a passé de jours dans le sein de sa mère (on peut le faire facilement en récitant chaque jour, pendant huit jours, trente-cinq Ave, Maria); elle lui demanda ce que méritait de sa bonté celui qui, guidé par une dévotion semblable, réciterait en
son honneur le même nombre de Salutations angéliques. Elle répondit: « Voici ce qu’il méritera : pendant toute l'éternité dans les Cieux, il jouira du bonheur spécial de participer avec moi à toutes les joies que j'ai reçues et que je reçois encore, sans cesse renouvelées pour toutes les vertus dont la bienheureuse et glorieuse Trinité a répandu dans mon âme l'habitude infuse ‘, »
Dans cette même fête de la Nativité de la Mère de Dieu, sainte Gertrude offrit à la bienheureuse Vierge cent-cinquante Ave, Maria, qu’elle lut en son honneur, la priant de venir l’assister à l’heure de sa mort avec sa piété toute maternelle. Et voilà que tous les mots qu’elle lisait lui paraissaient sous la forme de pièces d’or présentées devant le trône du Christ, qui les offrait lui-même à sa Mère, et sa Mère les recevait avec amour; puis, comme une dispensatrice fidèle, elle les disposait au profit et à la consolation de l’âme de la Sainte, chacune en particulier ; et, avec un soin extrème, elle pourvoyait à ce que, lors de son départ de ce monde, elle obtint des consolations spéciales pour chacune des salutations qu’elle lui avait offertes, et qu'elle eût des secours assurés pour se rendre favorable le souverain Juge. Elle comprit, en outre, que lorsque quelqu'un recommande à quelque Saint l’heure de sa mort par des prières spéciales, ces prières sont aussitôt portées devant le tribunal du Christ, et ce Saint qui les reçoit est constitué par Dieu l'avocat de son suppliant, afin qu’il s'intéresse à lui quand le moment sera venu ?.