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Considérez combien est grande la beauté d’une seule âme pure de tout péché et ornée de vertus. Sainte Catherine de Sienne disait avec raison : « Si on pouvait voir avec les yeux du corps la beauté de l’âme pure de tout péché, il n’y aurait personne qui ne souffrît volontiers la mort pour conserver chaque âme dans ün état si beau et si aimable. » Si donc la beauté d’une seule âme sainte est si grande, quelle sera, pensez-vous, la beauté de la Mère de Dieu qui, pour la plénitude de la grâce, de l'éclat de la gloire, surpasse incomparablement toutes les âmes saintes et bienheureuses! |
“Si tout ce qu’il y a de beauté, d'éclat, de charmes dans les créatures corporelles, dans le soleil, la lune, les étoiles, dans l’or, les pierres précieuses, les fleurs, les jardins, les vêtements, les palais, les couleurs, les oiseaux, les animaux, si tout cela ne peut pas égaler la beauté d’une seule âme, bien mieux encore la beauté de Marie. Aussi Louis de Blois, qui avait pour Marie un amour tout particulier, lui adressa cette salutation dans ses petites prières : « Je vous salue, Marie, Vierge pleine de charmes, vous dont l'éclat est plus pur que celui du soleil, plus brillant que celui des astres; Vierge plus suave que le baume, plus rose que les roses, plus blanche que les lis; vous dont la beauté surpasse toute beauté ‘. » C’est pour cela que dans le Cantique elle est appelée : « Très-belle entre toutes les femmes ?.» Et : « La plus belle des femmes ?. »
VII. — Assurément elle est très-belle, car les choses excellentes conviennent aux choses excellentes. Et de même que, dans la création, toutes choses sont entièrement bonnes, c’est-à-dire belles; car la bonté est une source de beauté, comme le dit très-bien Marsile Ficin,
de même, lors de la seconde création universelle, les choses ont dû être bien meilleures et bien plus belles.
Le premier homme et la première femme furent très-beaux, même au point de vue de la beauté corporelle, puisqu'ils étaient l’œuvre immédiate de Dieu dont tous les ouvrages sont parfaits. Jacques Salien, excellent historiographe de notre époque, a écrit dans ses Annales sur l'Ancien Testament*, qu'Adam, notre premier parent, fut
1 1e Eulogie, — 21, 7 = 8 v, 17, — # 6e Jour du monde, n° 67.
créé par Dieu, si beau, si orné de charmes et de grâces, qu'il avait une figure semblable à celle de Moïse sur le mont Sinaï, et à celles d'Élie et de Moïse lors de la transfiguration. Vous pouvez donc penser quelles furent la beauté, la grâce, les charmes de la Vierge, Mère de, Dieu ! quel éclat brillait sur son visage ! quelle grâce avait chacun de ses membres! puisqu’aucune créature ne fut jamais si étroitement unie, si semblable à Dieu, le Créateur.
VIII. — Sile temple de Salomon était orné à l’intérieur et à l’extérieur, d’ornements en or et de belles ciselures d’ur très-grand prix, à combien plus forte raison convenait-il que le temple vivant du Fils de Dieu, dans lequel it a pris sa chair, dans lequel il a habité neuf mois, fût fait de parties habilement proportionnées et paré d’ornements non-seulement spirituels, mais aussi charnels! Il convenait certainement qu'il fût fait avec une grande grâce, une extrême délicatesse, que les membres fussent parfaitement proportionnés ; enfin, que la beauté résultât de l’ensemble du corps.
IX. — Si cette gloire fut accordée à Esther, à Judith et à d’autres femmes ordinaires; car on dit de la première, dans Esther! : « Car elle était parfaitement bien faite, et son incroyable beauté la rendait aimable et agréable à tous ceux qui la voyaient; » et de la seconde, on lit dans Judith? : « Il n’y a point dans toute la terre une femme semblable à celle-ci pour la mine, pour la beauté ou pour le sens et la sagesse des paroles; » par quelle juste raison pourra-t-on refuser cette gloire à la Mère de Dieu? Est-ce que cette beauté du corps manqua à la Mère de Dieu, qui fut appelée gracieuse par les Anges ? Je vous salue, pleine de grâces, c’est-à-dire gracieuse, selon l’interprétation de saint Damascène dans son 1% Discours sur la Nativité de Marie. Assuérus posséda des jeunes filles de la plus grande beauté, dont il choisit l’une pour être son épouse : c'était Esther; le Roi des cieux eut des vierges bien plus belles, et il en choisit une pour être sa Mère. Rachel fut belle; Judith fut belle; Esther fut belle, et toutes les autres dont la sainte Écriture célèbre la beauté; mais Marie fut plus belle ; bien plus, sa beauté dépassait d'autant plus la beauté des
111, 15. — 2 xx, 19,
autres créatures, qu’elle était intimement unie, plus semblable à Dieu le Créateur. Aussi, Rupert, admirant sa beauté, s’écriait : «O la pius belle des femmes! Ô vous, bénie entre toutes les femmes, dont la beauté est une bénédiction; la beauté est le fruit de vos entrailles! »
X. — Charles, fils de sainte Brigitte, enflammé d’un immense amour pour cette beauté, avait l’âme remplie d’une sainte volupté en contemplant la perfection de la Mère de Dieu, en pensant surtout que Dieu l'avait choisie pour être sa Mère, et il disait : « S'il était possible que la bienheureuse Vierge déchût un seul instant de la dignité qui lenvironne, je voudrais, pour que cela n’arrivâi pas, être crucifié éternellement dans les Enfers. » Telle était l’extase dans laquelle le plongeait son amour.
Un certain clerc, ayant un amour ardent pour cette beanté, désirait être aveugle, pourvu qu’il pût contempler un seul instant la Mère de Dieu dans toute sa gloire. Je raconte ce fait d’après saint Antonin !. Un autre clerc, dévot à la bienheureuse Vierge, adressait à Dieu de fréquentes prières afin qu'il méritât de voir la beauté de la bienheureuse Marie qui, il l'avait appris dans ses lectures, était toute belle et sans tache. Il adressait aussi à la bienheureuse Vierge des prières continuelles, afin qu’elle daignât lui montrer sa beauté. La douce Marie lui accorda sa pieuse demande et lui fit savoir par un Ange qu’elle voulait se montrer à lui, mais qu’il devait cependant savoir qu’il ne fallait pas que les yeux qui l’auraient vue vissent ensuite quelque objet terrestre. 11 y consentit, et il dit qu’il ne ferait rien pour se guérir de la cécité, pourvu qu’il vit seulement un instant la bienheureuse Vierge dans toute sa splendeur. Il pensait, à part lui, que si la bienheureuse Vierge lui apparaissait, ilouvrirait seulement un œil pour la voir, afin que, privé de ses deux yeux, il ne füt pas forcé de mentir. Done, tandis qu’il priait, et tandis qu’il brûlait d’un amour toujours plus ardent pour la Vierge, la Reine du Ciel lui apparut environnce d’une immense clarté. Aussitôt l'œil qui l'aperçut, saisi par cette vive lumiere, fut frappé d’aveuglement. Mais lui, rempli de bonheur par la merveilleuse beauté de la Vierge, commença à pleurer ef à s’accuser
1 IVe Part., tit. XV, chap. xxxIv, 8 3.
lui-même : « Plût au Ciel, dit-il, que je fusse tout à fait aveugle, et : que je l’eusse vue plus complétement! » Il demanda donc à la Vierge qu’elle daignât lui apparaître une seconde fois, disant qu'il était prèt à perdre aussi l’œil qui lui restait, pourvu qu'il pût la voir encore. La bienheureuse Vierge lui apparut une seconde fois, et non-seulement elle n’éblouit pas par sa gloire l’œil qu’il exposait au danger de cécité, mais encore elle lui rendit avec bonté celui qu’il avait perdu. Ceci est rapporté par saint Antonin et dans le Miroir des exemples *.
Si donc la bienheureuse Vierge est si belle, elle est certainement aimable; aimons-la donc, et chérissons en elle Dieu qui est la source de toute beauté. La Gentilité insensée fit tant de cas d'Hélène, femme , du roi Ménélas, que Homère, homme au divin génie, et plusieurs auires peintres et sculpteurs célèbres, travaillèrent sans relâche à exprimer sa beauté. Quel grand cas, je vous le demande, ne devonsnous pas faire de Marie, qui ne fut pas l’auteur de l'incendie de Troie, mais la cause de notre salut, qui fut d'autant plus belle, qu’elle fut plus à l’abri de toute atteinte des passions, de toute contagion du vice, plus admirable par l'intégrité de ses mœurs, plus illustre par sa sainteté, plus ornée de vertus! Aimons-la done, car c’est la volonté de Celui qui l’a faite si belle, si pleine de charmes, si aimable. Louange, honneur, gloire, puissance, soient à lui dans toute la suite des siècles! Aïnsi soit-il,
Mais, afin de mieux faire voir la beauté de la Vierge Marie, Mère de Dieu, il nous a paru bon de faire voir son image au naturel.
IMAGE VÉRITABLE DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE, TIRÉE DU CANTIQUE DES CANTIQUES.
SOMMAIRE. — 1, Avant-propos. — 2. Le Cantique des cantiques célèbre Marie. — 3. Plan que l’auteur se propose de suivre.
I. — Je suis un peintre insensé, inhabile, ignorant et grossier, moi
qui entreprends de représenter et de mettre sous vos yeux une image
qrès-belle, éclatante et splendide, c’est-à-dire l’image de la sainte
1 vin, 69.
Marie, Mère de Dieu. Maïs comme je manque de couleurs dignes de mon tableau et que je n’ai pas une main capable de tracer avec perfection les contours de mon image, Dieu lui-même, très-sage et trèshabile, artisan suprême en toutes choses, me fournit la matière et les couleurs, afin que je peigne, que je représente une image très-belle et très-digne, et que j’excite l’amour de celle qu’elle représente dans tous ceux qui la verront.
Cette image est dans le livre sacré du Cantique des cantiques, où le Saint-Esprit représente des créatures variées, auxquelles il prend toutes leurs beautés, et comme leur quintessence; il les compare ensuite à la Vierge, afin que des choses que nous connaissons nous puissions nous élever à la connaissance de celles qui ne peuvent pas tomber sous nos yeux.
IL. — Il n’est pas douteux que toutce qui est dit dans le Cantique des cantiques au sujet de l’Épouse, c’est-à-dire de l’Église, ne puisse s’appliquer surtout à la bienheureuse Vierge. Car la Vierge est le membre principal de l’Église après le Christ, qui en est la tête. C’est pourquoi Apponius, qui fleurit en l’an du Seigneur 840, dit avec beaucoup de raison, à la fin du cantique : « Celui-là est malheureux qui ne croit pas que le véritable sens du livre des Cantiques s’applique à la Mère de Dieu. » Cela est approuvé par le sentiment de l’Église, puisque, dans son office, elle fait plusieurs emprunts au Cantique et qu’elle les chante surtout en l’honneur de la bienheureuse Vierge Marie à ses jours de fête; et dans la prose de la Nativité de la bienheureuse Vierge Marie, plusieurs Églises chantent ceci en l’honneur de la Vierge : « Les bouches des prophètes vous ont célébrée; Salomon a
chanté pour vous son cantique. » Donc, dans le Cantique, le Christ, Époux de l’Église, fait tour à tour des demandes et des réponses à Marie comme à son épouse. La Mère s’applaudit de son Fils, le Fils se réjouit de sa Mère; la Mère vante l’excellence de son Fils, le Fils admire la beauté de sa Mère. Dans le Cantique des cantiques, quatre personnes prennent la parole, comme le remarque Jean Algrinus, cardinal évêque de Sabine: la Mère avec le Fils, les Anges qui assistent le Fils, leur Seigneur, les jeunes vierges qui assistent la bienheureuse Vierge leur maitresse. Notre bicnheureux Alain à
appliqué d’une manière très-convenable chaque parole de ce cantique à un entretien de Marie avec le Christ.
Voyons donc ce que l’Époux de l'Église dit sur la beauté de la bienheureuse Vierge. Admirons autant que nous le pouvons sa beauté, afin que de l'admiration nous soyons amenés à l’amour.
III. — L’Époux commence par louer les joues de son Épouse sur lesquelles apparaît surtout la beauté de la femme. Qu'il nous soit permis de suivre l’ordre de la nature et d'admirer d’aboz& la beauté de la tête de la Vierge. Plaise au ciel qu’en parlant et qu’en écrivant, nous nous exprimions si bien que nous approchions de Celui qui met dans ses œuvres une telle expression, une telle perfection que les Anges eux-mêmes désirent admirer son œuvre! Dans la 478° Conférence, nous avons donné particulièrement l’image extérieure du corps de la bienheureuse Vierge, d’après Nicéphore et le prêtre Épiphane. Nous venons maintenant représenter son image spirituelle et interne. 5