‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 7 sur 125 · VÊTE, OU DÉ LA BEAUTÉ DE LA TÊTE DE LA BIENHEUREUSE VIERGE. ME · texte numérisé non relu

VÊTE, OU DÉ LA BEAUTÉ DE LA TÊTE DE LA BIENHEUREUSE VIERGE. ME

Sommamr. — La tête de la Vierge est comparée au mont Carmel, ce qui marque : 10 sa volonté pour le bien et sa charité; 20 sa sainteté ; 30 son influence bienfaisante sur les pécheurs.

L'Époux céleste, louant la beauté de la tête de la Vierge, Mère de Dieu, la compare au mont Carmel ‘ : « Votre tête est comme le mont Carmel. » Il y a deux monts Carmel, comme saint Jérôme l’a remarqué sur le premier chapitre d’Amos : l’un en Judée, où ont habité Nabal, mari d’Abigail, et David ?; l’autre est près de la Ptolémaïde, pays d'Israël; là se cacha et habita Élie, fuyant la vue de Jézabel, ainsi qu'Élisée et les fils des prophètes qui furent les premiers Carmes; car c’est à cette montagne que cet Ordre très-illustre a emprunté son nom. Les deux montagnes sont fertiles, agréables et abondantes en vin, surtout la seconde où Élie habitait souvent Ÿ. Aussi a-t-elle passé en proverbe et est-elle le symbole de la fertilité, de l’abondance et de

3 Cantique, vu, 5. — 2 Ier Livre des Rois, xxv, 2. — 3 IIIe Zivre des Roës, xvin,

la joie. Isaïe, pour montrer la fertilité de l'Église catholique, a employé une comparaison empruntée au mont Carmel : « La gloire du Liban, dit-il, lui a été donnée, la beauté de Carmel et de Saron. » IL fait mention du Carmel qui l’emportait sur les autres montagnes par la fertilité et l'agrément, afin de montrer la mansuétude et la fécondité future de l’Église catholique. Aussi, dans la langue punique où arabique, qui se rapproche beaucoup de la langue hébraïque, et aujourd’hui encore, dans cette partie de l'Espagne qui s'appelle la Bétique, les villes les plus agréables et les plus belles sont appelées Carmenas, comme Delrio le dit dans son 970° Adage.

C’est donc avec raison que la tête de la Vierge est comparée au mont Carmel, afin que sa hauteur nous fasse comprendre que la tête de la Vierge n’est pas inclinée, mais qu’elle est élevée au-dessus des épaules ; c’est pour cela que les Hébreux disent : « La tête s'élève comme le Carmel. » Et, personne ne l’ignore, l'élévation de la tête au-dessus des épaules contribue beaucoup à la beauté du corps.

Mystiquement, la tête de la Vierge signifie la partie supérieure de son âme, la sainte intention de son âme et sa volonté. C’est l’usage, en effet, dans les saintes Écritures, de faire entendre souvent l'intention et la volonté par le mot tête; car, de même que la tête dépasse tout le corps, de même l'intention prévient toute action. De là vient ce proverbe: « Tout ce que font les hommes, l'intention le juge. » Donc, la tête de la Vierge est élevée et fertile comme le Carmel ; car son intention était toujours portée vers Dieu, et les fruits des bonnes œuvres abondaient en elle.

Ou bien, la tête de la Vierge comparée au Carmel est l’image de sa charité qui, semblable à la tête, dépassait les autres vertus; et elle n’était pas aftachée aux épaules, c’est-à-dire qu'elle correspondait seulement aux œuvres, mais qu’elle les dépassait en hauteur et en éminence. Car la Vierge ne se contenta pas d'accomplir les œuvres prescrites par la loi : ce serait là avoir la tête inclinée sur les épaules ; mais elle aspirait toujours aux œuvres de surérogation, qui est avoir la tête élevée au-dessus des épaules.

Le rabbin Aben-Esra est favorable à notre explication lorsqu'il dit que, dans ce passage, on doit entendre par Carmel, non pas cetie

montagne si vantée dans les Écritures, mais sa couleur écarlate; car, en hébreu, Carmel signifie écarlaté, ce qui ressort des Paralipomènes ‘, où le mot Carmel est employé en hébreu pour désigner ce que nous appelons écarlate. C’est pourquoi, d’après cette métaphore, ja tête de la Vierge signifie certainement sa charité, qui est la tête, la première de toutes les vertus; et c’est avec raison qu’elle est appelée Carmel, c’est-à-dire pourprée et écarlate, car elle est tout ardente à cause de la ferveur de son amour.

” Enfin, par la hauteur du Carmel nous devons entendre la sainteté de la bienheureuse Vierge. De même, en effet, que le Carmel dépasse en hauteur les autres montagnes de Judée ; de même, la bienheureuse Vierge dépasse tous les autres Saints par sa beauté et sa sainteté.

De plus, le mont Carmel est très-fertile et très-agréable et renferme toute espèce de plantes variées, de fleurs, de fruits; de même, la bienheureuse Vierge était remplie de toute espèce de fleurs, d’herbes odoriférantes et suaves, c’est-à-dire de vertus et de grâces abondantes.

En outre, le mont Carmel, à cause de sa hauteur et de sa verdure, était favorable au recueillement; aussi Élie s’y retirait-il pour s’y livrer à la contemplation ?. Mais quel lieu est plus propre à la contemplation que la tête de la Vierge, c’est-à-dire cette partie supérieure de son âme où resplendissent tant de prérogatives et de dons divins ? Si quelqu'un gravit cette montagne pour s’y livrer à la contemplation, assurément il sera ravi d’admiration par la bonté, la sagesse et la puissance de Dieu.

Elie gravit le mont Carmel pour demander la pluie, et là, fléchissant le genou, il obtint la pluie du Seigneur après une longue sécheresse * De la même manière, quiconque désire obtenir du Seigneur la pluie de la grâce doit monter, par l’esprit et la piété, sur ce Carmel qui n’est autre chose que la bienheureuse Vierge, implorer ses mérites et ses prières ; il arrosera ainsi le champ desséché de son âme et il le fécondera abondamment.

Enfin, le Carmel signifie Agneau circoncis. C’est donc avec raison

1n,7,— 21Ile Livre des Rois, xvim. — 3 Jbid., xx.

que la tête de la Vierge est comparée au Carmel; car elle portait sans cesse dans sa tête l’Agneau circoncis. Cet Agneau respirait par sa bouche, parlait par sa langue, voyait par ses yeux, entendait par ses oreilles, sentait par son nez.

‘ Ou bien l’Agneau circoncis signifie la tête de la Vierge, parce que quiconque la regardait chassait de son cœur les mouvements désordonnés du vice. L’humilité de la Vierge lui faisait dompter son or. gueil; la virginité, sa passion; la douceur, sa colère; la charité, son envie.

C'est donc avec raison que cette partie, c’est-à-dire la tète, qui est

la partie principale de la Vierge, est comparée au Carmel, car elle était parée d’ornements si beaux et si précieux qu'elle semblait présenter l’aspect de cette montagne si sublime eÿsi fertile.

181° CONFÉRENCE CHEVEUX DE LA VIERGE, MÈRE DE DŒu.

SOMMAIRE. — 1. Les cheveux de la Vierge comparés à des troupeaux de chèvres. — 2. Ce qui marque sa haute sainteté. — 3. Ils sont encore comparés à la pourpre royale.

I. — L’Époux compare les cheveux de la Vierge, Mère de Dieu, à des troupeaux de chèvres : « Vos cheveux sont comme des troupeaux de chèvres qui sont montées sur la montagne de Galaad ‘. » Et : « Vos cheveux sont comme un troupeau de chèvres qui se sont fait voir venant de la montagne de Galaad?. » Ils sont encore comparés à la pourpre du roi liée dans les canaux du teinturier : « Les cheveux de votre tête sont comme la pourpre du roi liée et teinte deux fois dans les canaux des teinturiers ?.

C’est avec raison que l’Époux vante les cheveux de la Vierge, car les cheveux sont le principal ornement d’une femme; c’est pour cela que les femmes y mettent du noir, du blanc, du roux et les embellissent de mille manières; et elles font tant de cas de leurs cheveux qu’elles les préfèrent quelquefois à la vie même. Galien, dans son

1 Cantiques, 1Y, 2. — 2 Vi, 4. — 3 Vix, 5.

livre sur la Médecine * raconte qu’il a vu des femmes mourir de l'amour exagéré qu’elles avaient pour leurs cheveux. Le même fait est rapporté par Actius Tétrabe ?. Puis donc que les femmes font tant de cas de leurs cheveux, c’est avec raison que l’Époux célèbre les cheveux de son épouse.

II. — C’est une belle comparaison que celle des cheveux de la Vierge à un troupeau de chèvres. Ces troupeaux paissent sur les lieux élevés et gravissent avec intrépidité les plus hautes montagnes, où les autres animaux redoutent des précipices, là, les chèvres séjournent et trouvent des aliments; la nourriture y est plus douce, les fruits plus délicats et les loups ne s’y hasardent pas. La bienheureuse Vierge gravit les plus hauts sommets des vertus, et elle posa son nid sur les hauteurs de la perfection évangélique ; car elle a élevé vers le Ciel ses pensées qui sont ordinairement désignées par les cheveux dans les Écritures; elle s’est entièrement séparée des préoccupations terrestres, et elle s’est transportée, établie dans le Ciel. Les autres brebis suivent un chemin peu sûr, établi dans la plaine ; elles ont l’esprit rempli des choses du monde; aussi sont-elles exposées à mille dangers, à mille ennemis, à mille rencontres d’ennemis; et, bien souvent, comme dit le Psalmisteÿ, la mort en fait sa proie, comme des brebis plongées dans l’abime. La Vierge a choïsi sa demeure non pas dans la plaine, comme les brebis, mais sur les rochers les plus élevés, comme les troupeaux de chèvres. Aussi elle-même dit dans l’Ecclésiastique : « J’ai habité dans les lieux très-hauts, et mon trône est comme une colonne de fumée; » c’est-à-dire dans la providence particulière de l'Esprit-Saint. Là, la bienheureuse Vierge ne craignit plus aucun danger, aucune invasion des loups; elle ne subit aucune aticinte du monde, de la chair ou du cruel Satan, ce loup infernal ; elle ne fut pas attaquée dans ses actions comme les autres hommes, ainsi que nous en avons traité plus au long dans la 437° Conférence.

Il y a ensuite : qui sont montées sur la montagne de Galaad, ou qui se sont fait voir venant de la montagne de Galaad. Galaad est une mon-

tagne d’Arabie qui produit beaucoup d’aromates. Aussi les Gaaladites

4 Chap. xix, — ? Liv. IL, sermon nu, chap. Lvim. — 8 Ps. xLut.

MÈRE AIMABLE. 45 et les Arabes sont-ils très-habiles dans l’art de la médecine et de la chirurgie à cause de leurs aromates, de leurs herbes, de leurs bois, de leurs fruits, qui sont d’une qualité supérieure. La bienheureuse Vierge descend véritablement de cette montagne pour les Galaadites, lors-

qu’elle guérit nos blessures, c’est-à-dire les péchés; lorsqu'elle éloigne

de nous, par son intercession, les maladies soit de l’âme, soit du corps; car elle a pour nous la sollicitude d’une mère: elle guérit nos maux par ses prières; elle nous donne ses conseils, ses secours, comme des remèdes spirituels.

IIT. — Il compare ensuite les cheveux de la Vierge à la pourpre du du roi plongée dans les canaux, afin sans doute de faire voir que les pensées de la Vierge, désignées sous le nom de chevelure, étaient royales; car, de même que la bienheureuse Vierge était issue d’une race royale, de même elle eut toujours des pensées royales. Et queile sont les pensées d’un roi? Un roi n’occupe pas son esprit à des choses misérables, il ne s’abaisse pas à de viles préoccupations; il médite toujours de grandes choses, il songe aux guerres, aux triomphes, aux trophées. De la même manière, la Vierge ne souillait pas son intelligence par des pensées terrestres, elle n’abaissait pas son esprit généreux jusqu'aux vices honteux; elle roulait dans son esprit des pensées bien plus hautes, c’est-à-dire célestes; elle méditait des combats contre les ennemis infernaux, il n’y avait dans son esprit aucune pensée si petite, de si peu d'importance, qui ne brillât de la splendeur royale, ou bien, son moindre cheveu respirait la dignité royale. C'est pour cette raison que les cheveux de sa tête sont appelés une pourpre de roi. Car la couleur de pourpre est la couleur royale et impériale. Cette pourpre est dite jointe ou liée dans les canaux, car la pourpre adhère si intimement à la laine qu'aucun effort de l’eau ne peut l’en séparer. C’est pour cela que Laërce, dans son livre sur la Nature des choses, écrivait ceci : « La couleur pourprée du conchyle est tellement unie aux étoffes de laine qu’elle ne peut plus en être séparée, pas mème si Neptune voulait, avec ses flots, lui rendre sa première couleur, pas même si la mer tout entière, avec toutes ses ondes, voulait l’effacer !, »

1 Liv, VI.

C’est ainsi qu'aucune puissance ne pouvait abaisser sur de vils objets les pensées royales de la Vierge, qui retenaient d'autant mieux la couleur de pourpre qu’elles s’en imprégnaient plus souvent.

Les canaux dans lesquels cette couleur de pourpre était jointe ou liée, sont les vases dans lesquels la laine est trempée afin qu’elle prenne la couleur pourprée. Ces canaux signifient le sein sacré de la Vierge, dans lequel la pourpre du Roi éternel a été teinte avec le sang humain, et où l’humilité de la chair s’est élevée à la dignité de la pourpre, lorsqu'elle s’unit à Dieu par l’incarnation. Et c’est avec raison qu’elle est dite jointe dans les canaux ou liée dans les canaux, puisqu'elle s’est unie au Fils de Dieu par le lien indissoluble d’une union hypostatique.

J’adopte volontiers la version des Septante, qui ont ainsi traduit ces paroles : « Les cheveux de votre tête sont comme un roi lié par la pourpre dans les canaux. » Ce roi, c’est le Christ qui a été lié par la chevelure de pourpre, c’est-à-dire par l’humilité de la Vierge, suivant ce que dit le Cantique lui-mème : « Vous avez blessé mon cœur par l’un de vos yeux et par un cheveu de votre cou . » Rupert traduit ainsi : « Par la trop grande humilité de votre cœur. » C’est avec beaucoup de justesse que l’humilité est désignée par un seul cheveu. Qu’y a-t-il, en effet, de plus mince qu’un cheveu? Quoi de plus simple que l'humilité? Qu’y a-t-il de plus flexible qu’un cheveu? Quoi de moins résistant que l'humilité? Un cheveu se voit à peine : l'humilité de La Vierge se permet à peine ce qui peut être remarqué parmi les hommes. Il est dit que ce cheveu est non de la tête, mais du cou, parce que la Vierge n'avait pas d'époux (tête) qui lui fît perdre sa virginité. Ce cheveu est attaché à son cou pour marquer son humilité qui attira sur elle les regards de Dieu et la rendit digne d’être sa Mère. Elle attacha Dieu à ce seul cheveu de son cou, lorsqu'elle se crut indigne d’être la Mère de Dieu. Cest ce que dit Rupert, dont je cite les paroles : « Lorsque vous vous jugiez indigne d’un homme, vous devintes digne de Dieu; c’est le fruit d’un seul de vos yeux, d’un seul cheveu de votre cou; lorsque vous vous jugiez indigne de donner

des enfants à Israël, vous avez été trouvée digne de donner à Israël son salut; lorsque vous vous jugiez indigne d’allaiter le fils d’un homme, vous avez été trouvée digne d’allaiter le Fils de Dieu fait homme avec vos belles mamelles, vos très-belles mamelles, vos mamelles virginales 1 »

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