‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 87 sur 125 · IT · texte numérisé non relu

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Catherine et de sainte Lucie : sainte Catherine portait une palme, sainte Lucie une couronne d’or, et la Mère de Dieu lui donna un livre ouvert, et lui présenta ce passage de Apocalypse * : « Sois fidèle jusqu’à la mort et je te donnerai la couronne de vie. » (Grégoire Lombardelle et Jean Lopez ?.)

La même Vierge, Mère de Dieu, donna à quelques-uns des nôtres. des anneaux de fiançailles, présent magnifique, comme on le verra dans le paragraphe suivant.

LA MÈRE DE DIEU SE FIANCE À ELLE-MÊME ET UNIT AU CHRIST DES RELIGIEUX DE L'ORDRE DES PRÊCHEURS.

Une mère prudente et zélée doit avant tout, lorsque son enfant est devenu grand et qu’il désire contracter mariage, lui procurer un époux pu une épouse distingué par l’honneur, la beauté, la dignité et les richesses. L’Écriture nous montre cette sollicitude dans Rébecca, mère d’Isaac*. La très-sainte Mère de Dieu a été animée envers ses clients d’une sollicitude semblable et plus grande encore. Nous lisons dans un auteur qu’elle s’est fiancé, en lui donnant un anneau, le bienheureux Robert, premier fondateur de l'Ordre de Citeaux. Les histoires de l’Ordre des Prémontrés rapportent que le Frère Herman de cet Ordre a reçu miraculeusement le même bienfait et le même honneur. Mais c’est surtout aux membres de l'Ordre des Prècheurs (ceci soit dit sans envie) que la bienheureuse Vierge a donné des preuves palpables d’un amour si parfait. Commençons par les hommes :

Le bienheureux Alain de La Roche, quela Vierge aima de son chaste amoar, comme son fils bien-aimé, fut honoré par elle de cette faveur. Après une lutte très-dure avec le démon et un combat continuel de sept ans, la bienheureuse Vierge Marie lui apparut entourée d’une brillante lumière, lui présenta son sein rempli d’un lait céleste qui guérit les blessures mortelles qu’il avait reçues des monstres de l'Enfer. Alors se présenta aussi le Christ avec une troupe d’Anges. Ayant donc pris dans sa main la main du bienheureux Alain, la trèsbienveillante Mère se le fiança et, en présence du Christ, prononçant

4 Chap. 1, ÿ, 10, — 2 IIIe Part., chap. xvir. — 3 Genèse, xxviL, 46,

les paroles de la formule, elle contracta avec lui un mariage chaste et constant par l’union non de la chair, mais de l'esprit, et comme gage très-précieux de son amour elle lui donna un anneau et un collier irès-élégants, faits de ses propres mains avec ses cheveux. Elle plaça Panneau au doigt d'Alain et suspendit le collier à son cou, Or, autant l'anneau que le collier étaient faits très-habilement d’une main angélique, sinon divine. Sur le collier étaient placées artistement cent-cinquante pierres précieuses et quinze un peu plus grandes, qui représentaient le rosaire dont Alain était un des plus ardents propagateurs. Ce fait est raconté par Alain lui-même, dans le Livre du Psuutier de la bienheureuse Vierge, par Plodius et autres.

Venons maintenant aux femmes qui ont contracté mariage avec Notre-Seigneur, selon le rit commun. Celle qui conduit le chœur de ces saintes femmes est sainte Catherine de Sienne. Pendant les jours du carnaval, où les autres célèbrent les fêtes de la chair, cette vierge sainte aspirait au degré parfait de la foi. Voilà que le Christ lui apparaît avec sa très-sainte Mère, Pierre, le prince des Apôtres; Paul, le Docteur des nations; Jean, l’Évangéliste; le saint patriarche Dominique et le roi David, qui chantait sur sa lyre le Cantique pour le bien-aimé. La bienheureuse Vierge ayant pris la main de Catherine, étendit son doigt annulaire et pria son Fils de se la fiancer. Le Christ obéit à sa Mère et passa l'anneau des fiançailles au doigt de Catherine, en disant : « Voici que moi, ton Créateur et ton Rédempteur, je t’'épouse dans la foi qui restera en toi. Et à partir de ce moment elle demeurera immuable jusqu’à ce que, par les fiançailles célestes, je m’unisse à toi dans le Ciel où tu me verras face à face et où tu jouiras de moi t. »

\ Onest étonné aussi de la bienveillance extraordinaire du Christ, qui, convoitant pour ainsi dire d’être fiancé à la bienheureuse Lucie de Narni, la visita en présence de la Vierge, sa Mère, et d’une grande multitude d’Anges et de Saints parmi lesquels se trouvaient saint Dominique et sainte Catherine de Sienne, et s’offrit de iui-même comme son époux, lui passant au doigt un anneau d’or. (Plodius.)

Ce quiest non moins admirable, c’est que le Christ, sur l’interces-

4 Raymond de Capoue, dans la Vie de la bienheureuse Catherine.

sion de la bienheureuse Vierge, ait contracté des fiançailles non pas une fois, mais trois avec Catherine Raconisi, de l'Ordre de saint Dominique. La première fois, ce fut en l’année du Seigneur 1501. Le jour de la Pentecôte, la très-auguste Reine du monde, revêtue d’un vêtement blanc et portant une couronne très-élégante, se montra à Catherine et l’exhorta à contracter des fiançailles avec son Fils. Catherine lui répondit: « Je cuis la fille d’un pauvre ouvrier, je ne puis avoir de dot. » La Vierge ajouta: « Mon Fils ne demande que le cœur. » Celle-ci lui dit: « Et où est donc mon cœur ? Si vous le trouvez, je le donne volontiers. » |

La Mère de Dieu, riant de la simplicité de la jeune fille, toucha avec sa main virginale le cœur de Catherine, en disant: « Là est ton cœur.» Après ces paroles, se présenta un enfant d’une grande beauté, revêtu d’un habit blanc et portant au cou un collier d’or auquel pendait un médaillon en pierres précieuses, où l’on voyait l’image du Christ flagellé; il semblait avoir l’âge de Catherine et était accompagné de saint Jérôme, de saint Pierre, martyr, de sainte Catherine de Sienne, et d’un séraphin ayant six ailes. Alors la Mère de Dieu, s’adressant à la jeune fille : « Catherine, lui dit-elle, voilà mon Fils que je te désire pour époux.» La jeune fille ayant fait un signe de consentement, la Mère se tournant vers son Fils, lui dit : « Mon Fils, je te prie d’accepter Catherine pour ton épouse. — Je le veux bien, dit Le Fils, car je l’ai rachetée de mon sang. » Alors, la Mère de Dieu, tirant l’anneau de son doigt auriculaire, le présenta à son Fils, et saisit la main de Catherine. Le jeune homme, avançant la sienne, plaça l'anneau au doigt annulaire de Catherine, en disant : « Je t’épouse dans la foi, l'espérance et la charité; » et il ajouta: « Prends garde, d mon épouse, de vivre toujours et en toute chose selon mes désirs. » Et aussitôt il la plaça sous la protection de sa Mère et du séraphin qui paraissait alors, et lui donna pour maitres saint Jérôme, saint Pierre et sainte Catherine. Pierre devait lui servir de père, et sainte Catherine de mère. Catherine était parvenue à sa quinzième année, lorsque le Christ lui apparut à un âge plus avancé, approuva, confirma ses premières fiançailles, et enrichit son épouse de nouveaux présents. La troisième fois, il lui apparut le jour desa naissance, en présence de la

Mère de Diéu et des Saints, qui avaient été présents aux premières fiançailles, et de saint Joseph, saint Jean l’Évangéliste, et Marie Madeleine, et se la fiança pour la troisième fois, et fit présent à son épouse de trois magnifiques anneaux d’or. Sur l’un était écrit Fides (foi) ; sur l’autre Dies Regis (jour du Roi); l’autre était simple: ces anneaux ont été vus par quelques personnes huit ans après les dernières fiançailles. (Jean Pic, Plodius, Gaveston, dans Choquet !.)

Sylvain, Razzi, Marieton, Plodius, dans Choquet, racontent, en. outre, que les religieuses vierges dominicaines Cécile de Ferrare et sainte Claire d’Abissino ont été fiancées au Christ, et que plusieurs personnes ont vu les anneaux que le Christ leur avait passés aux doigts.

Le Christ a donné une preuve célèbre et admirable de cet amour dans la bienheureuse Agnès de Lima. Celle-ci, ayant terminé son année d’épreuve, fut avertie par la maîtresse des novices de se préparer avec soin à contracter heureusement ses fiançailles avec le Christ. Cette manière de parler aux vierges consacrées à Dieu, lorsqu’elles doivent faire leur profession, est tout à fait familière. La jeune fille qui était d’une grande simplicité, priait instamment le Christ et ca très-sainte Mère, afin de mériter de devenir une épouse digne de lui.

A cette fin, la maîtresse &es novices lui avait ordonné de persévérer dans les veilles et la prière. La jeune fille, très-obéissante, exécute les ordres de sa supérieure et, pendant toute la nuit, prosternée à genoux devant une image de la très-sainte Mère de Dieu, elle prie avec ardeur l'Enfant-Jésus que la Vierge portait sur ses bras; lEnfant-Jésus, quittant le sein de sa Mère, s’approcha d'elle, lui mit un anneau au doigt et se retira bientôt dans les bras de Marie. Dès que la nuit eut disparu, la maîtresse des novices vint trouver Agnès au lever de l’aurore, et la trouva veillant, et prosternée à genoux et mouillée des larmes que lui avait fait répandre la grande joie d’un don céleste si précieux. Elle lui demande si elle a veillé et s’est recommandée par ses prières au Christ et à la Vierge, sa Mère. Agnès lui répondit:

4 Chap. xx.

« Bien certainement, et c’est à mon grand avantage que j’ai obéi à vos ordres ; car l’Enfant-Jésus a quitté le sein de sa Mère, m’a prise pour sa fiancée, et à passé à mon doigt l’anneau que vous voyez, comme gage de son amour éternel. » La maîtresse demeura dans la stupéfaction en voyant ce grand témoignage de l’amour divin accordé à la jeune fille. (Lopez, évêque de Monopoli.)

Cette prérogative de la faveur et de l’amour divins a été accordée aussi à d’autres Sœurs de Saint-Dominique, comme la bienheureuse Osanna de Mantoue, Agnès de Germanie, Stéphanie de Soncina, Catherine Ricci, dont vous pouvez lire les actions racontées par différents auteurs, dans la Chronique de l'Ordre des Précheurs.

LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE DONNE L'ENFANT-JÉSUS A GARDER AUX RELIGIEUX DE L'ORDRE DES PRÈCHEURS.

Cest une grande vérité ce qu'a dit quelqu'un : « Le véritable amour connaît tous les moyens de se montrer. » Nous voyons cela presque à la lettre dans la bienheureuse Vierge qui, non-contente de tant de bienfaits accordés aux personnes de notre Ordre, leur a souvent donné ses délices, son cœur, ses amours, c’est-à-dire Jésus, non-seulement à voir, mais mème à embrasser, à baiser et à garder.

Cest sainte Agnès de monte Pulciano ‘qui a joui la première de c‘tte faveur. La veille de l’Assomption, celle-ci ayant prié ardemment la bienheureuse Vierge Marie de lui donner son Fils, l’Enfant-Jésus, non-seulement à voir, mais encore à embrasser et à tenir, la bienveillante Mère y consentit. Je ne parle pas des larmes que cette grande faveur de Marie fit verser à la vierge Agnès. Je ne parle pas des mille baisers qu’elle déposa sur les joues de l'Enfant. Je ne puis pas exprimer ce qu'elle dit alors, ce qu’elle fit et quels furent sa joie et son bonheur. Au cou du petit Enfant était suspendue, par un fil très-fin, une croix d’or. Lorsque l'Enfant demanda à retourner à sa Mère et la Mère à reprendre son Enfant, Agnès le lui rendit avec peine et, pour garder quelque chose de lui, par une pieuse audace,

4 IIIe Part., liv. VIL, chap. Ly.

elle détacha la croix d’or de son cou et obtint de la garder. Cette croix existe encore dans l’église où repose intact le corps sacré d'Agnès, d’après le témoignage de Clément VIII, dans la bulle de béatification.

* La seconde qui se rendit digne de tant d’amour, c’est la bienheureuse Lucie de Narni qui, âgée de quinze ans à peine, par un bienfait de Dieu, était douée, plus qu’on ne l’est à son âge, de la connaissance des choses divines. Ayant l'habitude de visiter les églises et les autels et de prier beaucoup, elle se rendait souvent dans l’église de Saint- Augustin où elle récitait le rosaire, à genoux, devant la statue de la très-sainte Mère de Dieu portant son Enfant au bras. Un jour, tandis qu’elle priait, elle entendit la voix de la Mère de Dieu sortir de cette statue d’albâtre, et lui dire : « Veux-tu recevoir mon petit Enfant et le porter avec toi? » Celle-ci consentant et le désirant mème vivement, voilà que, à merveille! l’image d’albâtre étend les bras et dépose dans ceux de Lucie le petit Enfant qui déjà n’était plus en pierre, mais de chair et vivant. Celle-ci, après avoir reçu ce présent, le porte pleine de joie à la maison, le serre fortement, le couvre de baisers, et la joie l’empêche de mesurer l’étendue de son amour. Des hommes et des femmes, la rencontrant sur les places et pensant qu’elle a volé quelque part cet enfant sibeau, et craignant qu’il ne lui tombe des bras, voulaient le lui enlever; mais c’est en vain qu'ils s’efforcent de le faire En arrivant à la maison, sa mère ayant les mêmes soupçons que les autres, lui arrache l'Enfant par force. Lucie, consternée, tombe à terre et demeure étendue pendant deux heures comme morte. Revenue à elle-même, elle demande aussitôt le petit Enfant; on le lui donne, et elle le garde pendant trois jours avec elle dans sa chambre. Pendant ce temps on vit la statue de la Vierge privée de son Fils, jusqu’à ce qu'après trois jours le jeune Enfant revint miraculeusement dans les bras de sa Mère. (Plodius, Livre des Miracles de la bienheureuse Vierge 1.)

La même faveur fut accordée à la pieuse Sœur Bienvenue, de notre Ordre, le jour de la Nativité du Christ. Tandis qu’elle méditait ce

? Deuxième édition, éditée à Rome en l’an 160%

mystère et qu’elle avait un désir ardent de voir le Christ nouvellement né, la très-sainte Mère de Dieu se montra à elle portant son petit Enfant dans les bras, et le plaça sur le sein de Bienvenue; celle-ci le garda pendant une heure, le couvrant de baisers, comme nous le montrerons plus bas, sur l’autorité d'auteurs dignes de foi, lorsque nous traiterons du mystère de la Nativité.

La bienheureuse Vierge Marie a accordé la même faveur aux bienheureuses Sœurs de notre Ordre : Osanna de Mantoue, Eustochie de Ferrare, Catherine Ricci, Colombe de Rieti, comme nous le dirons plus tard en détail.

Nous ne devons pas passer sous silence sainte Gertrude, sainte religieuse de notre Ordre, qui priant dans le chœur devant une image de la Mère de Dieu, la suppliait avec larmes de lui faire savoir si elle pourrait obtenir le pardon complet de ses péchés et le salut éternel de l’âme. Tandis qu’elle s’appliquait à ces prières, elle vit l'Enfant qui était assis sur les bras de sa Mère tendre vers elle ses petites mains, en lui disant : « Sœur Gertrude, je te jure que tu ne seras jamais abandonnée ni de moi ni de ma Mère; je veux moi-même t’être propice et pardonner tes péchés qui, à partir de ce moment, disparaîtront de ton souvenir. » À ces mots, inondée d’une douceur incroyable, pour conclure une stipulation, elle prit dans sa main la main du Sauveur. Celle-ci, détachée miraculeusement de la statue de l'Enfant, resta dans la main de Gertrude et ne put jamais, par aucun moyen, être rajustée au reste de la statue. Le Frère Conrad Zittard, prieur provincial de la Germanie, affirme avoir vu cette main. Qu’elle soit conservée toujours comme témoignage de la bienveillance divine envers sainte Gertrude. Celle-ci, ornée de toutes les vertus, quitta le trouble de ce monde pour la paix éternelle, en l'an 1246. (Nicolas Jansénius, Livre des Bienfaits de la Vierge envers l’Ordre des Précheurs ‘.)

1 Chap. xry

VIERGE VÉNÉPRABLE. 569

LA BIENHEUREUSE VIERGE OBTIENT LES STIGMATES POUR LES RELIGIEUX DE L'ORDRE DES PRÊCHEURS.

Ceux qui aiment n’ont qu’un soin, qu’une préoccupation, c’est de combler de biens et de bienfaits ceux qui sont l’objet de leur affection. Ils mettent à cela tant de sollicitude qu’ils leur accordent toujours de nouveaux présents, de nouveaux honneurs, de nouvelles dignités. C’est ce qu’a fait avec profusion notre très-aimable Mère, la Vierge Marie, envers les personnes de notre Ordre. Non-contente de leur accorder tant de bienfaits et de faveurs, comme nous venons de le montrer, elle a encore voulu, autant que la chose pouvait se faire, les rendre semblables à son Fils et les décorer des mêmes ornements. Voyant done que l'unique but de notre institut était de prêcher partout le nom très-saint du Christ, d’enflammer les autres de son amour, de les porter à l’honorer et à limiter, de le reproduire par leur humilité, leur pauvreté et leur patience, de suivre sa croix et sa mort, cette Mère chérie a voulu que plusieurs d’entre nos Frères fussent honorés des cicatrices extérieures de son Fils, qu’ils en ressentissent les douleurs, et qu’ils reproduisissent, autant que possible le Christ patient, puisque tous les prédicateurs doivent dire : « Je suis attaché à la croix avec le Christ.» C’est pourquoi elle a obtenu pour quelques-uns des nôtres les cinq précieuses plaies du Christ, gage magnifique de Pamour divin, et que le Christ, vaincu par les prières de sa Mère, leur accorda et leur imprima, comme un témoignage de sa grande bienveillance,

Le premier des nôtres qui a reçu cette faveur insigne, ce fut Dominique, notre bienheureux fondateur, que Benoîte, pieuse et religieuse femme de Florence, vit revêtue des stigmates du Christ et portant une couronne d’épines sur la tête, lorsqu'il montait à l’autel pour y célébrer les divins mystères. Le Père Thomas du Temple, compagnon de saint Dominique, a recueilli et réuni dans son livre ce qu’il a entendu de la bouche de cette femme. Le bienheureux Alain affirme sous la foi du serment que ce fait lui a été révélé par la sainte Vierge ‘; la chose

1 Exemple ue du Rosaire, chap. Lx,

est aussi rapportée par Flaminius et autres. Bien plus, ils racontent que la bienheureuse Catherine de Sienne et quelques autres ont vu le bienheureux Dominique jouissant déjà de la gloire éternelle, revêtu quelquefois des stigmates des plaies sacrées

Or, Fernandez, dans le prologue du livre sur le Rosaire, seconde édition, écrit d’après Alphonse Verner; que quatre ans avant que cette vision eût lieu à Florence, l’existence de ces sacrés stigmates avait été connue et constatée en Espagne. 1l ajoute que ce saint patriarche les avait reçus à Ségovie, dans une grotte de notre couvent. Ce lieu est resté célèbre jusqu’à nos jours par les pèlerinages des personnes pieuses. Ce fait mémorable et extraordinaire, dont le souvenir s’est transmis par une tradition longue et continue, Verner l’a inserit dans la grotte elle-même en ces termes : « Compatissant au Seigneur attaché vivant à la croix, et arrosant de larmes ses joues amaigries, sous ce même rocher, consumé tout entier par l’amour de la croix, il ressentit sur tout son corps les stigmates douloureux du Christ. »

La grande modestie de Dominique et sa profonde humilité sont cause qu'il a gardé dans un perpétuel silence ces témoignages de salut si précieux. Il a lui-même demandé au Seïgneur et obtenu que ces sacrés stigmales ne fussent pas visibles à tout le monde et connus de la postérité.

Un autre religieux qui a été honoré d’un présent si précieux, c’est le bienheureux Gualter, de notre Ordre. Un jour, dans un couvent des Frères récolets, en rappelant vivement à son esprit les cruelles douleurs de la passion du Christ et s’unissant à sa mort, il ressentit dans les mains, dans les pieds et au côté, des tourments si atroces et si intolérables que la force de la douleur lui fit jeter de grands cris. On raconte qu’à ce moment les cinq précieux stigmates du Christ lui ont été imprimés miraculeusement. Les tourments qu’il éprouva jusqu’à son dernier jour aux membres dans lesquels le Christ attaché à la croix reçut cinq plaies, attestent que ces stigmates ont duré tant qu'il a vécu. Les auteurs ne disent pas si ces plaies étaient visibles à tout le monde. Le mème Gualter, voulant savoir quel glaive de douleur transperça

1 Dans Choquet, chap .xvir.

l’âme de la Mère de Dieu, lorsqu'elle se tenait près du Christ mourant sur la croix, sentit comme un glaive pointu qui pénétrait dans son cœur. Il cessa de vivre en lan du Seigneur 1264. Ce que nous avons dit de lui est raconté par Jérôme Borselli, Séraphin Rozzi, Plodius, Bzowski, à l’an du Seigneur 1265, n° 8.

La même faveur a été accordée à la bienheureuse Hélène de Hongrie, professe du Tiers-Ordre de Saint-Dominique. Pendant qu elle contemplait avec ardeur le mystère de la passion du Seigneur, le jour de la fête de Saint-François, elle reçut visiblement les cinq stigmates précieux du Christ à ses mains et au côté droit. Dès qu’elle les eut aperçus, elle s’écria : « O mon Jésus, que ceci n’ait pas lieu; Ô mon Rédempteur, que ceci n’apparaisse pas! »

Léandre, de Bologne, a écrit ce fait et après lui Bzowski, à l’année 4270, où il fait un abrégé admirable des actions de cette sainte femme.

Il ne faut pas croire que sainte Catherine de Sienne, cette épouse choisie de Dieu et pleine de dévotion envers la Vierge Marie, n’ait pas eu part à ce bienfait si grand du Ciel. Tant fut grande la jalousie de quelques personnes, d’ailleurs honnètes, qu’elles n’ont omis aucun moyen pour soustraire à cette vierge sainte l'honneur du bienfait précieux des sacrés stigmates et pour faire disparaitre les images qui la représentent avec les stigmates. Elles ont employé mille séductions et mille impostures pour solliciter d’une manière importune le Saint- Siége apostolique par leurs discours, par des libelles, et des machinations secrètes ; elles ont tâché de faire effacer ces stigmates de sainte Catherine, imprimés par le Christ, et de les ensevelir pour toujours dans l'oubli. De sorte que, pour arrèter ces attaques si longues et toujours plus vives contre les images de cette vierge, Clément VIII fut obligé de mettre un frein à la langue des calomniateurs, par un bref qui commence ainsi : Cum sicul accepimus, fait à Rome en 1599. Mais comme les ennemis de la Sainte ne rentrèrent point dans le repos, le Souverain-Pontife Urbain VIII, dont l’univers entier admire maintenant le règne, désirant recommander sainte Catherine de Sienne et ses stigmates, fit insérer dans le Bréviaire la fête et l'office de la bienheureuse Vierge sous le rit double, et, afin de fermer la bouche aux

calomniateurs, il ordonna de composer la leçon suivante du second nocturne : « Lorsqu'elle demeurait à Pise, un dimanche, après s’être nourrie du pain céleste, ravie en extase, elle vit le Seigneur crucifié venant à elle avec une grande lumière et cinq rayons partant des cicatrices des blessures du Christ, et descendant aux cinq endroits correspondants de son corps. S’approchant du mystère, elle demanda au Seigneur que ces cicatrices n'apparaissent pas, aussitôt les rayons changèrent leur couleur de sang et prirent une couleur brillante, et, sous la forme d’une lumière pure, elles parvinrent aux pieds, aux mains et au cœur de Catherine. Et telle était la douleur qu’elle ressentait que si Dieu ne l’avait pas amoindrie elle aurait cru mourir bientôt. Le Seigneur dans son amour fit suivre cette grâce d’une autre, c'est qu’elle ressentit la douleur, quoique la blessure eût disparu et que les stigmates sanglants n’apparussent pas. Lorsque la servante du Seigneur eut raconté que la chose s’était passée de la sorte, la piété des fidèles indiqua par des couleurs, dans les images de sainte Catherine, des rayons arrivant aux cinq endroits précités, afin que celte faveur fût représentée visiblement.» Telles sont les paroles du Souverain-Pontife, suprême défenseur de l'innocence et de la vérité, qui permit aussi de peindre les images de cette Vierge avec les cicatrices.

Lorsque cette pernicieuse querelle, soulevée par quelques personnes, plutôt par envie que par amour de la vérité, au sujet des stigmates de sainte Catherine, n'était pas assoupie, le Christ, à la confusion de ses ennemis et sans doute à la prière de sainte Catherine de Sienne, imprima les cinq stigmates précieux de son corps, d’une manière visible à tous les yeux, sur les membres de la bienheureuse Lucie de Narni, sainte religieuse professe du Tiers-Ordre de saint Dominique. Un jour qu’à Viterbe elle priait avec ardeur aux pieds du crucifix, elle obtint du Christ ce qu’elle désirait d’un désir brülant et immense depuis deux ans, et ce qu’elle avait demandé avec larmes, c’est-à-dire les stigmates ouverts des saintes blessures du Seigneur, pratiquées sur ses mains, ses pieds et son côté. Premièrement, depuis le dernier jour de février jusqu’au dimanche de la Passion, les plaies paraissaient livides avec une légère saillie de chair sous la forme d’un carolin italien, ensuite elles paraissaient

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