‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 88 sur 125 · SY, ALBERT" LLEGÉM IE VIERGE VÉNÉRABLE · texte numérisé non relu

SY, ALBERT" LLEGÉM IE VIERGE VÉNÉRABLE

béantes, ensanglantées, et répandaient une bonne odeur. Le démon, jaloux, ne put souffrir cela, et il commença à attaquer l'innocence et la sainteté de cette vierge en faisant proclamer par des méchants que Lucie s'était fait ces blessures par hypocrisie, afin de s’attirer les applaudissements et l’admiration des peuples.

Il circulait des bruits si différents dans le peuplé au sujet des stigmates de Lucie, que le Souverain-Pontife chargea d’une enquête des hommes distingués qui devaient examiner la chose avec soin. Il y eut donc, premièrement à Viterbe, une enquête très-exacte faite par l’évêque de la ville et l’inquisiteur Dominique de Gorgon et d’autres juges. Ensuite Lucie subit à Ferrare un examen plus sévère en présence de Hercule, gouverneur de Ferrare; du cardinal Hippolyte d’Este; du récolet Pierre de Trani, évêque de Toloreni, suffragant de Ferrare; Nicolas de Marie, évèque d’Atri, et le médecin Bernard de Recanati que le Souverain-Pontife avait envoyé à Ferrare pour ce motif. Celui-ci, ne se fiant pas à ses mains et à ses yeux, composa des eaux-fortes et en lava quelquefois les mains de Lucie, les couvrit de compresses, et pour qu’elle ne püt pas les enlever, il la scella avec le sceau du pontife imprimé sur de la cire et lui ordonna de rester neuf jours dans cet état. Mais, Ô constante vérité du bienfait divin envers l’illustre vierge! à l’expiration de ces neuf jours, Lucie se présente de nouveau devant les juges; on brise le sceau qui avait été mis, on délie la cire, on arrache les compresses, et tout le monde constate que les blessures des deux mains n’ont produit aucun pus, n’ont rejeté aucune pourriture et n’ont pas la plus légère trace de mauvaise odeur, n’ont pris aucune autre couleur, mais conservé cette couleur chaste, parfumée et rougie par un sang pur et frais. Toutes ces preuves de la vérité qu’ils venaient d'examiner, les témoins nommés précédemment, qui avaient vu ces blessures de leurs propres yeux, les avaient touchées de leurs propres mains, et dont ils avaient conservé le sang qui s’en échappait sans qu’il entrât nullement en putréfaction, ils les envoyèrent à Rome après avoir recueilli dans des écrits le témoignage public et l'avoir marqué de leurs sceaux, et voulurent qu’elles fussent connues dans tout l’univers. Mais une grande multitue d'hommes et de femmes, surtout parmi les personnages distin-

gués par le sang, et les princes de l’Église non-seulement d'Italie, mais des parties reculées de l’Europe, venait chaque jour pour voir les plaies de Lucie, au point qu’elle ne pouvait presque plus vivre pour elle-même. Comme cependant elle aimait la solitude et le repos, poussant de nouveau des soupirs du fond de son âme, elle supplia ardemment la bienveillance du Christ d'augmenter les douleurs de ces blessures, mais, au nom de son amour pour elle, de guérir et fermer ces stigmates ouverts.

Le Christ, son époux très-aimant, se rendit à ses prières, et quoique Lucie eût gardé pendant sept ans ces blessures béantes, elles commencèrent à guérir peu à peu aux mains et aux pieds, et enfin elles disparurent. Cependant la blessure du côté demeure béante et sanglante. Un peu plus tard, un jour, de cette plaie coula un sang si abondant qu’étant presque épuisée, Lucie demeura sans vie. La bienheureuse Mère de Dieu lui apparut portant sur son sein l’Enfant- Jésus. Alors le petit Enfant toucha le côté de Lucie avec sa petite main, arrèta le sang qui coulait et guérit la blessure, ne laissant qu'une légère cicatrice. Il rendit à Lucie toutes ses forces et toute sa santé, de sorte qu’elle assista depuis aux prières de matines, au grand étonnement des autres Sœurs. Les linges qu’elles avaient imbibés du sang qui coulait de ses stigmates opérèrent, par la vertu divine, divers miracles. (Jacques de Marchena, Plodius, Gaveston, Lopez, dans Choquet.)

Une autre femme vénérable et d’une grande sainteté, la Sœur Blanche, après avoir reçu de grands bienfaits du Ciel, après avoir vu la Mère de Dieu et eu avec elle de doux entretiens, après avoir reçu le don de prophétie, priait ardemment le Christ de lui faire éprouver les douleurs de l’une au moins de ses blessures. Sa prière fut bientôt exaucée, et elle reçut au pied une plaie qui, même plusieurs heures après sa mort, répandait encore du sang. (Jean Lopez ‘.)

Par un miracle non moins grand, la vénérable Sœur Marie Raggi, Grecque de nation, originaire de l’île de Chio et morte en l’an du Seïgneur 4600, reçut les sacrés stigmates du Christ. Après de fréquents

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VIERGE VÉNÉRABLE. Not

entretiens avec la Vierge, Mère de Dieu, elle obtint du Christ, par l’intercession de Marie, ce présent précieux, c’est-à-dire les stigmates sacrés que plusieurs personnes virent, et un diadème d’épines pressé sur sa tête. (Michel Lot, de Ribera et Jean Saragoza, confesseur de cette Marie.)

Brillèrent aussi, sous le drapeau de saint Dominique, des hommes et des femmes qui, bien que n’ayant pas reçu sur leur corps les stigmates ouverts du Rédempteur, éprouvèrent pourtant des douleurs atroces et sentirent les pointes de la couronne d’épines, dont les marques restèrent gravées sur leurs tètes. Ces personnes peuvent à bon droit être dites stigmatisées ; car dans les stigmates on considère moins la marque extérieure que la douleur du tourment, et jamais aucun Saint n’a demandé à Dieu les stigmates pour le regard des autres où par vanité, mais pour éprouver de la douleur. Et le Christ, le maître de l'humilité, n’a pas accordé cette faveur à ceux qui l’ont reçue pour une vaine ostentation, mais pour les faire participer à ses tourments, d'autant plus que la plupart, honorés par les marques de ces stigmates sacrés, ont demandé à Dieu avec instance de ne pas les faire paraitre.

Parmi eux se présente premièrement Nicolas de Ravenne, de l'Ordre des Prêcheurs. Une fois, prèchant au peuple le Vendredi-Saint sur la Passion du Christ, il avait l'esprit si impressionné par les souffrances de cette passion, il expliquait avec un tel sentiment de douleur ce mystère de notre salut que, lorsqu'il voulut montrer au peuple le Christ déjà attaché à la croix, lui-même s’animant à la mort du Christ, tout son corps fut soulevé en l’air, dans la chaire, les bras étendus, la figure pâle, les mains livides. Il demeura ainsi immobile pendant un temps assez considérable, de sorte qu’on l'aurait dit luimême mort et attaché à la croix. On n’entendait que ses profonds soupirs, comme si tout son corps était brisé et les fibres de son cœur rompues ; mais on n’aperçut alors sur son corps aucun stigmate : ce n'est qu'après sa mort, qui arriva quelques années après, que quelques personnes les virent très-distinctement sur ses mains. (Léandre, Ceynes, Jérôme Borselli, Razzi, Plodius.) Notre sainte Brigitte de Hollande, vierge d’une remarquable sainteté, mérita de participer à

cette faveur. On dit que le Christ, Notre-Seigneur, lui apparut et lui imprima les stigmates de ses cinq plaies. (Antoine de Sienne, dans sa Chronique, décade 1890.)

Le Christ a daigné accorder la même faveur à la bienheureuse Osanna de Mantoue, qui, désirant éprouver dans son frêle corps les cruels tourments de Jésus crucifé, fut exaucée et ressentit des douleurs si fortes et si atroces qu’elle demeura trois jours privée de tout sentiment, et que ceux qui les virent ne savaient pas si elle était vivante ou non. Quelques années après, le Christ apparut souvent à Osanna et lui fit éprouver les tourments ordinaires de son côté ouvert. Un jour qu’elle ressentait ces douleurs plus fortement qu’à l’ordinaire, elle s’aperçut que la blessure s’ouvrait et devenait béante, c’est pourquoi elle pria ardemment le Christ, son époux, et le supplia avec larmes de ne pas permettre que sa chair s’ouvrit. (Jérôme de Mantoue, François de Ferrare, dans la Vie de la bienheureuse Osanna.

La même faveur fut accordée à la bienheureuse Marie de Saint- Dominique, qui, outre les bienfaits reçus de l’Auteur de toutes choses, ressentait encore des douleurs à la tète, au cœur, aux mains et aux pieds, de la même manière que sainte Catherine de Sienne. Cette vierge a vécu en l’an 4515. (Vincent Justinien, Antistius, Discussions sur les images de sainte Catherine !.)

La bienheureuse Colombe, sans parler des admirables bienfaits dont Dieu a daigné la combler, reçut, un jour qu’elle priait avec ardeur devant une image du Christ crucifié, des rayons partant des mains, des pieds et du côté du Sauveur. Ces rayons toutefois ne lui causèrent aucune douleur et ne lui imprimèrent aucun stigmate, mais ils allumèrent dans le cœur de la vierge une ardeur dans la piété au-dessus de toute expression, de sorte que chaque fois qu’elle regardait l’image du Christ crucifé, ses entrailles se brisaient presque de douleur. Ce feu d'amour fit naître en elle un grand désir d’éprouver dans son cœur les tourments du Christ, de sorte qu'après avoir souvent demandé cette grâce au Christ, elle ressentit dans ses mains, ses pieds et son côté, d'immenses douleurs qui, bien qu’elle

les desirât et s’en félicitât, la fatiguaient tellement qu’il lui était impossible de se tenir debout.

Mais comme Colombe exerçait quelque charge dans un monastère et que la douleur l’empêchait quelquefois de remplir activement ses fonctions, à force de prières et de larmes elle obtint du Christ que cette douleur fûtun peu moins vive, de manière à lui permettre de remplir parfaitement son ministère, mais à la condition qu’elle devint plus violente le sixième jour de la semaine. (Gaveston, Plodius, Lopez.)

Le même bienfait divin fut accordé à la bienheureuse Stéphanie de Soncina, à Catherine Ricci de Florence, à la bienheureuse Jérôme Carvallo, qui ressentirent pendant longtemps les douleurs des principales plaies du Christ. (Jean Lopez, Séraphin Razzi, Plodius dans Choquet.)

Ce précieux don des stigmates sacrés fut aussi miraculeusement accordé à la bienheureuse Catherine Raconisi, qui, le troisième jour de Pâques, avant midi, contemplait le Christ priant dans le Jardin des oliviers, et tout couvert d’une sueur de sang, et désirait participer à cette agonie. Elle le vit aussitôt beau comme après sa résurrection, couvert d’un manteau d’écarlate, portant un étendard à la main et resplendissant d’une grande lumière, lui parlant avec douceur. Il lui montra les cinq principaux stigmates de son corps, dont elle vit cinq fils couleur de pourpre se diriger vers ses mains, ses pieds et son côté. Ces fils la blessèrent si fortement qu’elle tomba à terre et y demeura quelque temps comme morte à cause de la violence de la douleur.

.Rendue à elle-même, elle supplia le Christ avec larmes que ces marques d’un si grand bienfait n’apparussent pas sur son corps, et elle l’obtint enfin. (Jean Pic de La Mirandole, dans sa vie.) Sainte Catherine reçut aussi à cette époque un précieux diadème d’épines qui s’enfonça tellement dans sa chair qu’elle eut autour de la tête un profond sillon parsemé de gouttes de sang caillé. (Pic de La Mirandole, très-familier avec Catherine et l’admirateur de ses vertus, raconte qu’il a vu cela de ses propres yeux.) Cette vierge mourut en l’an

du Seigneur 1547.

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