‹ Conferences sur les litanies de la très-sainte viergeChapitre 90 sur 125 · L'ORDRE DES FRÈRES DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE DU MONT-CARMEL · texte numérisé non relu

L'ORDRE DES FRÈRES DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE DU MONT-CARMEL

Cet Ordre s'appelle l'Ordre des Frères par excellence de Ia bienheureureuse Vierge Marie, parce que la très-glorieuse Mère de Dieu elle-même à voulu l’enrichir de ce titre spécial, comme l’atteste Sixte IV dans sa bulle commençant par ces mots : Dum attenta meditatione. C’est pourquoi Innocent IV a accordé dix jours d’indulgence et Urbain VI trois ans et trois quarantaines à tous les chrétiens qui

nommeraient lesdits Frères avec le titre de la bienheureuse Vierge Marie, comme l’assurent les écrivains carmes.

Ils obtinrent ce titre glorieux parce qu’ils ont toujours honoré la sainte Vierge d’un amour spécial et qu’ils ont pu jouir de ses entretiens et de sa familiarité.

Leur origine remonte, en effet, à Élie et Élisée, prophètes de l’Ancien Testament, en l’an 930 avant Jésus-Christ. Dès lors, ils commencèrent à vénérer la sainte Vierge, Mère de Dieu, en figure. Lorsque Élie, leur premier fondateur, l’aperçut un jour comme une ombre au travers d’un léger nuage qui s'élevait dans les airs, et qu’il eut connu, par une inspiration, que cette Vierge enfanterait un jour le Messie, il ordonna à ses disciples de l’aimer et de l’honorer comme leur mère et leur propre avocate. Ceux-ci s’appliquèrent de tous leurs soins à exécuter cet ordre. En effet, après l’ascension de Jésus-Christ dans le Ciel, baptisés par les Apôtres, comprenant que le mystère révélé à Élie sur le mont Carmel s'était réalisé, ils descendirent de cette montagne et allèrent répandre sans relâche la foi du Christ dans la Galilée, l’Idumée, la Samarie et la Judée. Ensuite, ils érigèrent sur le penchant de la montagne du Carmel une chapelle en l’honneur de la sainte Vierge Marie, peu après son assomption dans le Ciel. Assemblés tous les jours dans cet oratoire, ils honoraient la sainte Vierge comme la principale protectrice de l’Ordre par des cérémonies, de pieuses prières et des louanges. C’est de cette chapelle que les susdits religieux du Carmel reçurent justement le titre de Religieux de la bienheureuse Vierge Marie. Il était convenable, en effet, que ceux qui étaient autrefois appelés disciples d’Élie fussent enrichis du titre plus illustre de Marie, eux qui, les premiers, lui ont érigé un temple, qui ont servi la Mère du Sauveur d’une manière toute spéciale et qui ont pu jouir heureusement de sa familiarité et de ses entretiens.

C’est à eux d’abord que fut confiée la garde de la maison de la sainte Vierge, qui est maintenant à Lorette, comme le rapporte Walden‘.

Ce sont eux que Josèphe et Philon, grands Docteurs juifs, appellent

4 Tit. IX, chap. Lxxxi1v.

VIERGE VÉNÉPABLE. 607

Esséniens, et d’autres écrivains Carmes éliséniens, ou disciples d'Élie.

Il en est qui pensent que ce titre particulier, savoir : de Frères de la bienheureuse Vierge Marie, fut donné à ces religieux en l’honneur de la victoire de Cyrille, remportée sur Nestorius. En effet, saint Cyrille, patriarche d'Alexandrie, qui, comme ils le disent sans cesse, a fait partie de leur Ordre, défendit énergiquement l’honneur de la sainte Vierge, attaqué par Nestorius dans le Concile d’Éphèse, l'an 430 de Notre-Seigneur. En récompense d’un si important combat et du succès glorieusement obtenu sur Nestorius, il reçut lui-même ce titre si célèbre en commun avec les Carmes. C’est ce qu’on lit vers la fin de l’Éphéméride des Carmes, publiée par Thomas Sarrasin dans la Vie de saint Cyrille, évèque d'Alexandrie.

Quoi qu’il en soit, il est certain que la sainte Vierge a manifesté, par des apparitions et des miracles, son désir en ce que les Frères de l’Ordre prophétique, c’est-à-dire les Carmes, ne s’appelassent plus ermites, moines, anachorètes, ce titre étant commun presque à toutes les religions, mais bien Religieux de la bienheureuse Vierge Marie du Mont-Carmel. C’est pour cela que les Souverains-Pontifes déjà cités ont confirmé et propagé ce noble titre par des lettres et des bulles, et ont enrichi l'Ordre d’une foule de prérogatives, de priviléges et de faveurs nombreuses.

C’est pour ces motifs que les Carmes modernes honorent et chérissent la sainte Vierge d’une manière toute spéciale, qu’ils la vénèrent de toute l’affection de leur cœur, de toute la dévotion de leur âme, de toutes leurs forces, et qu'ils la servent comme leur mère et leur spéciale avocate. Les preuves de cette singulière et bien ancienne affection sont que :

Premièrement. Ils récitent tous les jours, outre les heures canoniales, l’office de la sainte Vierge.

Secondement. Qu'ils récitent l’antienne Salve, Regina, à la fin de toutes les heures et de chaque messe, excepté aux messes des morts; qu’ils chantent ou récitent cette même antienne tous les mercredis, en se rendant processionnellement devant l’autel de Marie.

Troisièmement. Une fois la semaine, tout le temps de l'Avent jus-

qu’à la Purification, et toutes les semaines du Carème, la dernière - exceptée, ils font dans son entier l’office de notre Souveraine.

Quatrièmement. Ils portent un habit, sinon entièrement, au moins en partie blanc, en l'honneur de la sainte Vierge, et cela d’après un indult de Boniface VIIT; car auparavant ils portaient un manteau de grossière bure, selon que l’atteste Baptiste Confetti, dans Innocent IV.

Cinquièmement. Ils propagent la congrégation du Scapulaire de la sainte Vierge du Carmel et inspirent merveilleusement à tous ceux de ses membres le culte de Dieu et la dévotion à la Vierge Marie.

Sixièmement. Ils célèbrent scrupuleusement les fêtes de la trèsglorieuse Vierge Marie, auxquelles les Souverains-Pontifes ont attaché en leur faveur l’indulgence plénière. Tous ces avantages leur sont communs avec les Frères de l'Ordre des prècheurs.

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