S. JO\N\.. XXI
* Sap., IV, 9.
comme aux laïques, et il pourrait se reposer dans cette consolante certitude que chacun de ses bien-aimés collaborateurs a toute facilité de suivre l^s conseils de saint François de Sales, et de choisir, sinon entre mille, du moins entre plusieurs, le guide de son âme. Un diocèse assez heureux pour posséder en grand nombre ces dignes et saints confesseurs serait un diocèse modèle.
Ai-je besoin d'ajouter que les confesseurs de prêtres doivent veiller à administrer toujours cet auguste sacrement avec un grand respect ? Je le dis, parce qu'entre confrères on peut être tenté de s'en départir. Souvent la confession se fait dans une chambre du presbytère, au sortir d'un repas auquel confesseur et pénitent ont pris part, à la suite d'une récréation, très honnête et très légitime sans doute, mais qui n'est pas une préparation naturelle à ce grand acte ; et si on n'a pas soin de faire appel à la foi, de se recueillir sous le regard de Dieu en dehors de ces préoccupations humaines, les dispositions nécessaires pour que ce sacrement produise tous ces effets courent grand risque d'être sinon totalement absentes, au moins fort incomplètes.
Vous prendrez bien soin d'assurer à votre auguste pénitent ces conditions nécessaires de recueillement même extérieur, en l'entendant de préférence à l'église ou à la sacristie, en vous revêtant pour lui comme pour les simples fidèles du surplis et de l'étole. Vous n'épargnerez rien pour que tout se passe de la façaBJ la plus surnaturelle et la plus éditiante. Ainsi voiïsj empêcherez que cet acte appelé à tenir dans la vie dij| prêtre une telle place, à exercer une si grande! iniluence, devienne une vaine formalité : à tout priîj vous lui conserverez son caractère divin et sanctif fiant.
LA CO\l ESSIOX DES RELIGIEUSES ET DES PRETRES 295
Mais si vous êtes toujours pour ceux de vos confrères qui vous donnent leur confiance un confesseur vigilant et dévoué, c'est surtout en cas de maladie que vous devez remplir ce ministère avec une particulière sollicitude. Chose triste à dire et cependant incontestable, les prêtres, particulièrement ceux des campagnes, sont plus exposés que les laïques à mourir sans secours religieux, ou du moins sans ces consolations spirituelles si nécessaires et si douces pour Tàme à ces dernières heures de sa vie sur la terre.
Le simple fidèle gravement malade et surtout en danger de mort reçoit les visites de son curé, il est Tobjet de ses paternelles sollicitudes ; si celui-ci est un véritable pasteur, il les multiplie ; il vient souvent, tous les jours et plusieurs fois le jour.
Le prêtre souvent est seul. Le voyez-vous, ce pauvre curé confiné au fond d'une campagne, ne pouvant plus sortir de son presbytère, peut-être même de sa chambre et de son lit. S'il a su gagner l'estime et 'affection de ses paroissiens, il reçoit des témoignages de leur sympathie reconnaissante ; ils accourent ^rendre de ses nouvelles et même lui prodiguer leurs soins affectueux : mais ce ne sont que des hommes, ils n'ont pas grâce d'état pour exercer un ministère surnaturel. Ce qui ferait du bien à ce prêtre malade, ce qui serait pour « son âme triste parfois jusqu'à la -mort * » une réelle consolation, c'est la présence et la parole d'un prêtre : et souvent c'est ce qui lui manque e plus. Ses confrères, empêchés par la distance à parcourir ou par des occupations multipliées, ne peuvent venir que de loin en loin ; ces visites ne constituent d'ailleurs pour eux qu'une obligation de charité. C'est
' S. ^^AiT[ï., XXVI, 38.
à vous, confesseur de ce prêtre, qu'il appartient d'y suppléer.
En acceptant la direction de cette âme, vous vous êtes engagé, au moins implicitement, à l'aider de tout votre pouvoir dans la voie du ciel ; et ne voyez-vous pas qu'à ce moment la montée est plus rude, les pièges et les périls plus nombreux, et par conséquent votre présence plus utile que jamais ? Qui sait même si elle n'est pas d'une indispensable nécessité, à raison | des assauts formidables que parfois livre à cette àme de prêtre le démon acharné à sa perte.
N'épargnez pas vos visites ; multipliez-les le plus i qu'il vous sera possible. Ne dites pas : J'ai confessé ce cher confrère, je puis bien attendre quelques jours. Non, la charité sacerdotale comprend qu'elle doit à un prêtre plus qu'à un simple fidèle. Vous l'avez confessé, vous avez sur Tétat de son àme les plus consolantes certitudes ; malgré cela, retournez le voir, ne fût-ce que pour lui dire une bonne parole, une de ces paroles de piété et de cœur qui entretiendront sa vie spirituelle et l'aideront à supporter et à sanctifier ses souffrances.
Surtout, Messieurs, soyez pour ce cher et vénéré malade un confesseur zélé. Mettez tout en œuvre pour Taider à tirer de cette grâce sanctifiante de la maladie tout le profit qu'elle contie-nt en germe. Suggérez-lui les pratiques les plus propres à le maintenir dans la patience, la soumission amoureuse et joyeuse à la sainte volonté de Dieu. Amenez-le, par vos pieuses et fraternelles exhortations, à s'abandonner entre ses mains lilialement et sans réserve pour la vie et In mort, le temps et l'éternité.
Ne soyez pas de ces confesseurs cruels sous une apparence de charité, qui dissimulent jusqu'à la fin, à un pauvre confrère, la gravité de son état. Sans doute
évitez d'elïrayer la nature, toujours portée à se troubler et à se révolter aux approches delà mort. Ne brusquez rien ; mettez-y toute la prudence et la discrétion voulues ; prenez tous les ménagements convenables. Mais n'allez pas, par des protestations et des assurances menteuses, entretenir dans cette âme des illusions qui la priveraient de beaucoup de grâces. C'est un prêtre, c'est-à-dire un homme d'immolation ; ne craignez donc pas de lui faire comprendre que le moment approche, et de lui ménager ainsi le temps et le moyen de faire son sacrifice avec plus de mérite en s'offrant librement, en remettant lui-même, comme le divin Maître, son âme entre les mains de Dieu : Patei\ in manus tuas Domine coniniendo spiritiim meiun ^ ».
Tout en donnant ainsi vos premir^res et vos meil-
eures sollicitudes aux intérêts de l'âme et de l'éternité,
n'oubliez pas ceux du temps. Ayez soin de les faire
régler de façon à éviter toute difficulté. Que de fois des
Drêtres meurent laissant leurs affaires financières en
désordre, et par suite, des embarras inextricables.
Même en temps ordinaire, si vous soupçonnez que
votre pénitent néglige une partie de ses devoirs,
vous devez les lui rappeler, mais à plus forte raison
quand arrive la maladie, surtout si elle s'annonce
sérieuse et inspire des inquiétudes. Assurez-vous que ce
3her confrère a fait son testament, qu'il est rédigé selon
outes les règles, qu'il ne contient aucune disposition
Deu édifiante et qui, parfois même, pourrait devenir
in scandale. Rappelez-lui, s'il a de la fortune, surtout
îi elle n'est pas purement patrimoniale, qu'il doit à
'édification publique et aussi aux intérêts de son âme
le faire une part aux bonnes œuvres et de s'assurer
les prières après sa mort. En un mot, soyez-lui ua
* S. Luc, XIII, 46.
conseiller assez avisé et assez prudent pour qu'il laisse ni à sa famille ni à son diocèse aucun embarras, aucun sujet de plaintes et de murmures, et que dans sa paroisse sa mémoire demeure en bénédiction.
Je vous le disais dans notre dernier entretien, les bons confesseurs recevront au ciel vine magnifique récompense ; mais, il n'en laut pas douter, elle sera particulièrement consolante et glorieuse pour ceux qui auront exercé ce ministère auprès de ces âmes de religieuses et de prêtres, si chères au cœur de Notre- Seigneur Jésus-Christ.
Celui qui « les blesse l'atteint lui-même à la prunelle de Toeil : Qui enim tetegerit ços^ tangit pupillam ocw// ;?2^/i )). Tous les persécuteurs du sacerdoce et de la vie religieuse lui sont particulièrement odieux et j encourent son indignation, qui se traduira au dernier , jour par de terribles châtiments. N'est-il pas dès lors j tout naturel de penser que ses prédilections sont pour ceux qui s'intéressent et se dévouent à ces bien-aimés de son cœur? Oui, son regard se repose avec une particulière complaisance sur ce confesseur qui, saintement ) jaloux de les maintenir et de les pousser dans la voie ' de la perfection, se consacre à cette œuvre avec un zèle infatigable.
Courage donc, Messieurs, vous que Dieu appelle à [ ce saint et glorieux labeur. Soyez heureux et fiers l •d'être chargés d'une telle mission : apportez-y tous | vos soins. Faites comme le jardinier qui, non conteni ; de cultiver indistinctement toutes les plantes de son jardin, en distingue quelques-unes plus précieuses e1 de plus grande espérance vis-à-vis desquelles ilj multiplie ses sollicitudes : ne sait-il pas qu'au prochairl|
^ Zacii., II, 8.
concours elles lui feront honneur et lui vaudront de flatteuses distinctions ?
Et vous aussi, Messieurs, quand vous arriverez au
grand concours de l'éternité où « il sera rendu à
chacun selon ses œuvres^», vous pourrez offrir à
Dieu les âmes de vos paroissiens conduites au port du
salut par les voies ordinaires de la vie chrétienne.
Mais celles que vous lui présenterez avec plus de
confiance, qui vous mériteront des félicitations et des
récompenses exceptionnelles, ce seront ces âmes
ppelées à une vocation supérieure et qui auront
marché, dirigéus et soutenues par vous, dans les
entiers de la perfection. C'est de celles-là surtout
uc vous pourrez dire : « Chères âmes, vous êtes ma
oie et ma couronne : Gaudium meum et corona
mea^ ». Elles le seront pendant l'éternité.
' S. Mattii., XVI, 27 * Ad Philipp., IV, 1.
Messieurs,
Au nombre des recommandations faites par Noti Seigneur à ses Apôtres et qui constituent leprogrami de l'apostolat catholique, nous lisons celle-ci : « Gi rissez les infirmes: Citrate infirmos^ )k En 1( donnant cet ordre, le Maître aurait pu ajouter : que je vous commande, moi-même le premier je Tai pratiqué ; vous m'avez vu toujours plein de compassion pour les souffrances physiques de la pauvre, humanité.
L'Evangile, en effet, nous montre Jésus sans cesse en contact avec les malades. C'est un paralytique auquel il rend l'usage de ses membres 2, un aveuglené dont il ouvre les yeux à la lumière 3, la belle-mère de saint Pierre qu'il délivre d'une fièvre persistante V