‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 16 sur 35 · L. III, C. XLVII · texte numérisé non relu

L. III, C. XLVII

tionnée au travail : bénie soit donc la mission, pLii< qu'en multipliant mon travail, elle multiplie mes mérites et mes droits à la récompense.

J"aborde maintenant, Messieurs, rol)jection la plus sérieuse, la seule qui puisse paraître insurmontal)le à votre zèle.

Pour faire donner une mission il faut des ressources. Il en faut pour recevoir les missionnaires, lear offrir,, pendant trois semaines, une hospitalité modeste, conforme aux traditions et aux exigences de la simplicité et de la pauvreté apostoliques, mais pourtant convenable ; il en faut pour leur offrir « cet lionoraire auquel tout ouvrier a droit*» et dont leur communauté a besoin pour vivre ; il en faut ])our subvenir aux frais du culte et des cérémonies exceptionnelle^ que comporte toute mission sérieuse, et les ressources d'un curé et de sa fabrique sont d'ordinaire trè^ restreintes.

Malgré tout ce que nos ennemis vont répétant, avet une insigne mauvaise foi, de la richesse du clergé, je sais assez quelle est, en réalité, votre situation pour comprendre la valeur de cette difficulté. Oui, ce manque de ressources doit être souvent pour vous uin préoccupation ; que ne puis-je vous en délivrer complètement ! Il en serait ainsi si je parvenais à établit l'Œuvre des Missions, qui fonctionne déjà daii^ plusieurs diocèses. De toutes les fondations que peu faire une famille riche et chrétienne, une des meilleures assurément, c'est de constituer un capital suffisan pour que les revenus, accumulés pendant quelque: années, permettent de subvenir aux frais de ces saint.^ exercices : et la somme nécessaire n'est pas telle qu'oi ne puisse la trouver dans la plupart de nos paroisses

1 TiM., v, 18.

Partout où vous le pourrez, ^Messieurs, occupezvous de celte œuvre ; faites-en connaître Fimportance et le mérite à ceux de vos paroissiens que vous estimez assez chrétiens pour la comprendre, assez généreux pour vous aidez à la réaliser. Fonder une mission dans une paroisse, c'est y l'aire un bien incalculable pour le présent et pour l'avenir.

^lais si vous n'avez pas de missions fondées, si vous n'en pouvez pas fonder immédiatement, comment vous procurer des ressources ?

Inutile de vous répéter ce que je vous ai dit plusieurs fois déjà : celle œuvre me paraît tellement importante que, malgré tant de charges écrasantes, je n'hésiterai jamais à vous venir en aide , dans la mesure du possible. Je vous demande seulement de comprendre cette gène extrême que les circonstances actuelles créent aux évéques et de ne- recourir à moi que lorsque vous aurez vainement essayé tous les autres moyens de vous procurer des ressources. Votre fabrique peut mettre de côté chaque année une petite somme à cette intention ; vos paroissiens, s'ils ne veulent pas fonder une mission, peuvent du moins vous aider, par leurs offrandes, à en faire donner une ; et, si vous avez établi dans vos paroisses les excellentes œuvres de Saint-François-de-Sales et des Campagnes, elles ne refuseront pas de vous accorder un secours d'argent, ou de vous envoyer une certaine quantité de ces objets de piété dont la distribution contribue si puissamment à conserver le souvenir de ces saints exercices.

D'ailleurs, Messieurs, un curé convaincu que la mission est une des plus grandes grâces qu'il puisse procurer à ses paroissiens saura bien trouver le moyen de la leur ménager. La difficulté pécuniaire, pas plus qu'aucune autre, ne lui sera un obstacle

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insurmontable ; son amour pour les âmes Ten fera triompher.

11 ne suffit pas d'avoir une mission ; il J'aut qu'elle se donne dans les conditions les plus capables d'en assurer le succès.

Les missions qui se succèdent dans une paroisse doivent se soutenir mutuellement. Il convient donc qu'elles ne soient pas séparées par un trop long intervalle. Il importe que les nouveaux missionnaires retrouvent les traces de leurs prédécesseurs et que les impressions de la mission précédente ne soient pas complètement effacées au début de la suivante.

Quel espace de temps convient-il de laisser entre deux missions ? Il serait difficile de le déterminer d'une façon absolue. Un intervalle de sept ans me paraît être la limite extrême ^. Elle ne doit pas être dépassée ; mais c'est à chacun de vous d'examiner, devant Dieu et avec la connaissance que vous avez de votre paroisse, s'il n'est pas utile d'abréger ce délai.

Une fois résolue, la mission demande à être sérieusement préparée. Il en est de ces saints exercices comme de la prière, dont le Sage nous dit : « Avani de vous y livrer, préparez votre àme, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu ^ ». Ce serait tentei

1 Saint Alphonse de Lii^uori ne va pas jusqu'à ce terme ^'oici sur ce point son opinion :

« Je suis d'avis qu'on no doit pas employer trop fréquemment ces moyens extraordinaires, mais un intervalle de Irou ftjis me paraît bien suffisant pour qu'on revienne à la charge )' (Lettre à un évêque).

2 Eccli., xviii, 23.

Dieu que de vouloir, pour ainsi dire, improviser une nission.

Avant tout, il faut s'assurer de bons missionnaires, [lertains prêtres se font à cet égard de singulières llusions ; ils s'imaginent qu'il suffira de se préoccuper Je cette question quelques jours seulement avant "époque qu'ils ont fixée, dans leur pensée, pour l'oui'erture de ces saints exercices, et ils sont tout surpris juand leur évêque ou un supérieur de communauté eur répond : 11 est trop tard, je Ji'ai personne à vous envoyer. Les missionnaires doivent être retenus un an |)u deux à Tavance.

De môme leur nombre doit être en rapport avec "importance de la paroisse. En général, un seul missionnaire ne suffit pas ; il en faut plusieurs, au moins ieux. N'est-ce pas la règle tracée par Notre- Seigneur ui-mème, qui envoyait deux à deux les premiers >uvriers îipostoliques : Misit illos binos ^ ? Ce nombre nininiuni est nécessaire pour deux raisons principales. Jne mission est un travail laborieux et multiplié. 11 audra souvent aller à la conquête des auditeurs ; dans )Gaucoup de paroisses dont les villages sont nom])reux 'l dispersés, il sera nécessaire d'organiser des réunions lans les principaux centres, afin de faciliter l'audition le la parole de Dieu à des gens trop éloignés de "église ou trop occupés pour y venir. Ce sera le seul noyen de grouper peu à peu les différents quartiers Je cette paroisse et de pouvoir ensuite les convoquer ous à des assemblées générales. Mais les forces d'un lomme sont impuissantes à soutenir, pendant trois semaines, de telles fatigues. S'il est seul, le missionnaire devra nécessairement faire, dans ce plan de •ampagne apostolique, des suppressions regrettables

• S. Luc, X, 1.

et qui nuiront à son succès. D'un autre côté, il es rare qu'un prédicateur plaise à tout le monde ; s'il; sont plusieurs, chaque àme en trouvera plus facilemen un qui lui agrée, auquel elle donnera volontiers se^ sympathies et sa confiance. C'est au nombre insuffisant des missionnaires qu'il faut attribuer souveii l'échec ou le résultat incomplet d'une mission.

Déterminer l'époque de la mission, se pourvoir d( bons missionnaires, c'est la préparation éloignée Vient ensuite la préparation prochaine.

Le temps d'une mission c'est un temps de semailles les missionnaires sont « les semeurs de l'Evangile qu sortent pour semer la bonne semence* ». Mais on w jette pas la semence dans une terre qui n'a pas él' disposée pour la recevoir ; car elle y demeurerai inféconde. Un curé s'efîorcera donc de préparer au missionnaires une de ces terres excellentes qui rap portent au centuple.

Dans ce but, Messieurs, vous annoncerez la missio à vos paroissiens quelques semaines à l'avance. Voii ferez ressortir à leurs yeux le prix de cette gràc extraordinaire ; vous les exhorterez à ne pas la rece voir en vain. Vous reviendrez sur ce sujet dans vo prônes, dans vos avis, Vous en parlerez non seule ment du haut de la chaire, mais au saint tribunal l dans vos visites à vos paroissiens. Vous ferez en sorl que leur curiosité soit stimulée et tenue en éveil, qu'; tous les foyers domestiques on s'en entretienne et o s'y dispose.

Mais surtout, vous vous rappellerez que « ce n'es pas celui qui plante, ni celui qui arrose qui est quelqu chose, mais Dieu qui fait croître ces germes'^»,»

1 S. Luc, VIII, 5.

2 I Cor., III, 7.

^oiis travaillerez de toutes vos forces à vous ménager

e secours d'en haut, cette rosée du ciel qui peut seule

éconder les travaux apostoliques. Vous prierez donc

)eaucoup ; vous conjurerez Dieu de vous envoyer les

lommes les plus capables de faire son œuvre : Mitte

fNcm missuriis es ! ^ Pour vos futurs auxiliaires vous

lemanderez ces grâces de sagesse et de force qui leur

)ermettront de passer, au milieu de votre peuple, en

aisant le bien. Un Père de FEglise a dit que Paudi-

cire mérite son prédicateur. Peut-être n'est-il pas

uoins de dire qu'un curé mérite ses missionnaires.

on seulement vous prierez vous-mêmes, mais vous

erez prier ; vous intéresserez à cette œuvre les com-

nunautés religieuses, les âmes ierventes, les enfants

e votre catéchisme que vous enverrez, dans chaque

aiuille, comme les anges de la bonne nouvelle. Quand

ous aurez ainsi préparé les voies vous pourrez

llendre avec confiance l'arrivée des ouvriers évangé-

ques. Vous aurez acquis le droit de dire, en les recc-

tint et en prévoyant de quelles bénédictions leurs

nains et leurs cœurs sont remplis pour vous et vos

hers paroissiens : « Bénis soient ceux qui viennent

u nom du Seigneur ^ ».

Une mission commencée dans de telles conditions irésente les meilleures garanties de succès ; pour les endre certaines, que reste-t-il à faire ? Je vous le dirai 'un mot : vous elfacer le plus possible. Sans doute, ous restez toujours curé de la paroisse ; vous ne ■ouvez vous dépouiller ni de ce titre ni des responsaililés qu'il impose : mais il convient, pendant le Mnps de la mission, de les comprendre et de les xercer autrement que de coutume.

' Ex., IV, 13.

- S. Mattii., XXIII, 39.

Avant tout, qu'une entente parfaite et cordiale règn^ entre vous et vos missionnaires. Très probablemen ils vous la faciliteront par leurs bons procédés ; mai fallût-il vous imposer quelque contrainte et faire à c bien indispensable de la paix des concessions et de sacrifices, n'hésitez pas. En définitive, ce sont de confrères qui viennent se mettre au service de voir paroisse, vous consacrer leur temps, leurs forcer leur expérience acquise. Ne devez-vous pas leii témoigner votre reconnaissance par un accueil em pressé et vous efforcer de leur rendre agréable ] séjour de votre presbytère et moins pénible leur tàcli si laborieuse ? Gardez-vous bien de prétendre lei imposer vos idées et vos méthodes. Vous leur dev( sans doute et vous leur fournirez dès leur arrivée, ' déjà vous ne l'avez fait par écrit, tous les renseigne ments utiles sur l'esprit de votre population, ses in ditions, ses usages, ses côtés faibles ou défectueux mais, après cela, confiant en l'expérience qu'ils ont ( ce ministère, vous leur en abandonnerez la conduit Vous vous prêterez volontiers aux cérémonies usitéi dans les missions et c[ui contribuent si puissammen quand elles sont faites avec dignité, à en assurer succès ; vous prendrez tous les moyens de leur donn^ de la solennité et de léclat ; mais si vous invitez v( confrères, vous veillerez à ce que rien, dans c réunions, n'affaiblisse l'impression religieuse qu'( doivent retirer les fidèles. En un mot, à moins qu'ui , mesure soit évidemment mauvaise ou dangereus vous laisserez toute liberté à vos missionnaires etvo ne vous exposerez pas à compromettre le résultat ' leurs travaux par une intervention maladroite et ino portune. Voire rôle principal sera celui d intercesseu pendant que,, sous vos yeux, ces providentiels au> liaires combattront les ennemis acharnés à la per

des âmes, vous, nouveau ^Nloïse, vous demeurerez sur la montagne de la prière, élevant vos mains vers le ciel. Si vous observez bien cette consigne, vous aurez une part très appréciable dans le mérite de la victoire.

Vous vous abstiendrez en particulier, sauf un cas exceptionnel et urgent, d'entendre les confessions de vos paroissiens pendant ces quelques semaines, et, pour accentuer cette résolution, vous céderez votre confessionnal à un des missionnaires. Vous donnerez ainsi à certaines âmes, qui en ont peut-être grand besoin, une liberté à laquelle elles ont droit, mais que d'elles-mêmes, et si elles n'y étaient pour ainsi dire .'ontraintes, elles n'oseraient prendre, et en adoptant ?ette sage mesure vous préviendrez de déplorables ibus. Pour en agir ainsi, il vous faudra faire acte de :ourage ; vous aurez à lutter contre certaines illusions uixquelles n'échappent pas toujours les meilleurs Drêtres et contre des réclamations parfois d'autant jlus instantes qu'elles sont moins sincères.

Par cette conduite surnaturelle et vraiment sacerlotale , vous attirerez sur la mission d'abondantes )énédictions. Elle sera pour vous un temps de repos 't de consolation, parce que vous verrez le bien se faire lutour devons, et que, regardant votre chère paroisse, ^ous pourrez vous dire : « Dieu a visité son peuple et 1 en opère la rédemption : Quia visitas>it et fecit edeinptioncin plebis suœ K

Toutefois, ne croyez pas que votre tache finisse ivec la mission : elle continue, ou, pour mieux dire, 'lie recommence sous une forme nouvelle.

Vous avez reconduit aux limites de la paroisse vos nissionnaires devenus pour vous des amis, non sans prouver ce sentiment de tristesse qui accompagne

» S. Luc, I, 08.

d'ordinaire les séparations et que traduisaient si bien les fidèles de Corinlhe escortant saint Paul jusqu'au lieu de son embarquement *. Vous rentrez dans votre presbytère, et il vous paraît d'autant plus solitaire e1 plus vide qu'il a été, pendant quelques jours, plu^ animé et plus joyeux.

Pour lutter contre cette impression douloureuse dites-vous que l'heure est venue de travailler efficace; ment à votre tour à l'œuvre de la mission. A vous d'ei maintenir les heureux résultats, et ce n'est pas, il fau l'avouer, le rôle le moins important ni le moins dif iicile.

Vn mouvement religieux s'est produit ; vous ave eu des auditoires nombreux, des retours consolants des communions multipliées ; bref, vous avez conqui | du terrain sur l'indifférence et la tiédeur. Il s'agit d 1 conserver ces précieuses conquêtes. C'est à ce travai ! qu'il faut vous appliquer de tout votre cœur et d ■ toutes vos forces. Votre champ est débarrassé d beaucoup de mauvaises herbes : veillez pour qu'elle ne repoussent pas ou pour les couper à mesure qu'elle reparaîtraient. Il est ensemencé, défendez-le contr toute invasion hostile. Déjà môme « des fleurs pleine de promesses s'y montrent : Flores appanienint, i terra nostra'^ » ; mais elles ne donneront des fruil que si vous les entourez de soins assidus. C'est-à-diri pour parler sans figure, les âmes ont repris goût à ] parole de Dieu ; ne les en privez pas. Elles ont retrou\ le cliernin de la table sainte ; prenez garde que, faut j de conseils et d'encouragements, elles ne viennent f'I l'oublier de nouveau. Des pécheurs se sont converti^ ne les laissez pas retomber dans le bourbier, car lei

1 AcL., XX, 37-38.

- Gant., II, 12.

mA

'tat serait pire que précédemment *. Certaines âmes

iont devenues plus ferventes ; elles ne demandent qu'à

)rogresser dans la voie delà perfection ; ne refusez pas

l'être leur guide et leur soutien. Et, pour réussir dans

•e travail de conservation, rendez-vous bien compte

les causes qui ont produit ces heureux résultats. C'est

)ar la prédication, la confession, l'assiduité à l'église,

a pratique de la prière, la communion surtout que

otre paroisse a été régénérée. Si vous voulez qu'elle

)ersévère, employez ces mêmes moyens. Efforcez-

'ous de les mettre en œuvre avec une intelligence et

m courage renouvelés. Et, si la grâce de la mission,

rétendant jusqu'à vous, vous a fait découvrir, dans

'exercice de votre ministère, des défaillances ou des

léfauts, cause première de vos insuccès, corrigez-les

t livrez-vous tout entiers à cet apostolat dont l'effica-

ité vient de se révéler à vous visible, incontestable ^.

Je conclus, ^lessieurs : un diocèse où les missions

e donneraient régulièrement, dans les conditions que

e viens de rappeler, ne saurait manquer de devenir

m diocèse religieux. C'est ma conviction : elle s'appuie

ur l'enseignement des maîtres, l'expérience et les don-

lées du simple bon sens. Voilà pourquoi, depuis mon

irrivée parmi vous, je n'ai pas cessé d'appeler votre

attention et d'insister sur ce point. Grâce à Dieu

t à votre bonne volonté, mes recommandations n'ont

* S. MaTTH., XII, ^JO.

• « L'impression salutaire produile par la mission durera l'Our le moins un an ou doux ; et si le fruit non est pas plus

arable, à qui la faute ? La faute en est ordinairement, il faut lien le dire, aux prôtros du lieu qui n'ont pas soin de l'enretenir par de fré(|uenles instructions, par l'assiduité au ribunal de la pénitence, par l'encouragement donné aux ainles pratiques de la piété ». (S. Liguori, Lettre à un véquc).

point été imitiles. Vous avez compris ma pensée, et j'ai la consolation de voir des missions sérieuses se donner, chaque année, dans un certain nombre de nos paroisses ; je constate avec grand plaisir que Thabitude d'appeler au moins deux missionnaires tend à prévaloir, et que, presque partout, les fruits obtenus réalisent si même ils ne dépassent les espérances.

Courage, avancez encore dans cette voie ; marchez-y avec persévérance. La régénération d'un diocèse, par le moyen des missions, se fait peu à peu ; ce n'est pas d'une année à l'autre, mais en prenant une certaine période de temps, qu'il convient d'apprécier le résultat général. Chaque mission isolément prise y apporte sa part. Combien en faudra-t-il dans telle paroisse pour triompher de son indifférence ? C'est le secret de Dieu. Combien faut-il de coups de bélier pour enfoncer une muraille ? Nul ne le sait ; mais, ce qui est certain. c'est que chaque coup laisse sa trace jusqu'au jour oî le dernier, préparé par tous les autres, achève d( percer la muraille. Le bien qu'une première mission i. ébauché, une seconde, suivant d'assez près, leconsolid( et le perfectionne, une troisième souvent l'achève.

Appliquez ce principe à vos paroisses et faite: donner des missions dans chacune d'elles, aux inter valles et dans les conditions que vous estimerez devan Dieu les plus favorables. Faites mieux encore ; que le curés d'une même région se concertent, sous la direc lion de leurs doyens, pour organiser cette successio périodique de missions chaque année dans un certai nombre de paroisses.

Que le souverain missionnaire Notre-Seigneur Jésu^ Christ vous donne à tous la pleine intelligence du bie que vous pouvez faire par ce moyen et le courage ci vous mettre à l'œuvre avec une infatigable perse vérance.

Pour moi, Messieurs, je puis bien vous le dire, une de mes plus grandes joies parmi les tristesses de l'heure présente, c'est d'apprendre qu'une bonne mission vient d'être donnée dans telle ou telle paroisse du diocèse : j'estime que c'est un pas, un grand pas fait dans la voie de la régénération religieuse.

Donnez-moi souvent cette consolation : donnez-la au Sacré Cœur de Jésus ; donnez-vous-la à vousmêmes. Il est si bon, pour un curé qui a conscience des responsabilités de sa charge et un véritable souci du salut des âmes, de se dire, à la fin de ces saints exercice^ : Ces chères âmes, je leur ai procuré une grâce de choix ; beaucoup en ont profité, beaucoup d'autres, je l'espère, en profiteront dans l'avenir. C'est pour lui le principe de cette allégresse surnaturelle que décrivait si bien le Prophète : « Ils se réjouiront devant vous, Seigneur, comme les moissonneurs en présence d'une riche moisson, comme les vainqueurs lorsqu'ayant saisi leur proie ils s'en partagent les dépouilles : Lsetabiintur coram te^ sicut qui hetantur in messe^ sicut exultant victores capta prseda^ quando dividunt spolia » *.

Puissiez-vous tous faire cette douce expérience !

Messieurs,

Ce qu'un pasteur des âmes doit redouter et évite par-dessus tout, c'est le découragement, le plus dan gereux des conseillers. Quand on se décourage on n l'ait rien, et, ce qui est pire encore, on se persuad qu'on ne peut rien faire.

Si un cultivateur, en présence d'un champ en friche se dit : Impossible de cultiver un pareil sol ; et, e croisant les bras, s'endort dans l'inaction, « la disett se présentera comme un voyageur importun et la pai vreté comme un homme armé * ». Si, au contraire, se met courageusement à l'œuvre pour arrache ensemencer, planter, s'il consacre à ce travail toui son intelligence et tout son temps, un jour viendr; peut-être même assez vite, oii le succès couronner ses efforts. Ce sol aura pour ainsi dire changé c nature : il portera des fruits, lui qui semblait pr( destiné à une irrémédiable infécondité.

^ Prov., XXIV, 30.

Ainsi en est-il de la culture spirituelle. Si le prêtre,

chargé de défricher une portion du vaste champ des

âmes, se laisse envahir par le découragement ; si, à la

vue de la torpeur qui règne dans sa paroisse, en

constatant que les saints offices y sont délaissés, les

sacrements peu ou point fréquentés, les habitudes

cîhrétiennes tombées en désuétude, il se dit : Je ne

saurais porter remède à un tel état de choses ; s'il se

3ontentede faire strictement l'essentiel de son minis-

ère sans recourir aux procédés extraordinaires du

^èle, il pourra demeurer dix, quinze, vingt ans dans

;ette paroisse, elle ne se relèvera pas ; elle s'enfoncera

)lutôt dans l'indifférence. Mais vienne un prêtre de

a race de ceux qui sauvent Israël, il se dévouera ; il

entera l'impossible ; et, s'il ne lui est pas donné

l'achever l'œuvre du renouvellement, il aura du moins

a consolation d'en constater les débuts et d'en prévoir

es rapides progrès.

Or, Messieurs, de l'avis de tous, un des moyens les •lus efficaces pour procurer cette transformation des •aroisses, surtout à l'heure actuelle, c'est d'y établir t de travailler à y faire prospérer des œuvres : vous e sauriez trop en être convaincus.

D'où vient que ces œuvres si nécessaires ne sont as partout également florissantes ? que, dans certains iocèses, elles portent des fruits abondants de sancti- 3*tion, et que, dans d'autres, elles sont à peine mnues, peu ou pas du tout comprises et en tout cas

gardées comme pratiquement impossibles ?

Sans doute, il faut tenir compte de la diversité des mpéraments diocésains. Il en est de l'ordre surna-

turel comme de l'ordre naturel : toutes les terres n'ont pas les mêmes aptidudes à produire. Mais aussi, il faut bien l'avouer, la fertilité d'un sol dépend, dans une certaine mesure, de la culture qu'il reçoit. L'art vient grandement en aide à la nature, et on peut, sans crainte de se tromper, poser ce double principe : 11 n'est terre si naturellement fertile qui ne soit exposée à dégénérer et même à devenir stérile si on cesse de la cultiver, ou si on la cultive mal ; il n'est terre si mauvaise qui ne se bonifie et ne devienne féconde si elle est l'objet de soins intelligents et persévérants.

C'est un fait d'expérience que tout le monde peut facilement constater.

Ne vous est-il jamais arrivé, en traversant certaines contrées d'une fertilité merveilleuse, d'entendre dire : Ce pays, dont vous admirez la richesse, était jadis inculte ou à peu près ; il ne produisait que de maigres et insignifiantes récoltes : voyez de quelle luxuriante végétation, de quelles riches moissons il est aujourd'hui couvert. Comment expliquer cette transforma tion ? C'est bien simple : des agriculteurs habiles e actifs ont passé par là ; ils n'ont épargné ni leur temp; ni leurs sueurs ; ils ont étudié et appliqué de bonne; méthodes et, peu à peu, ils sont parvenus à transforme un sol qui, en d'autres mains et si on avait suiv l'ancienne routine, serait demeuré tel qu'il était il y quarante ou cinquante ans.

N'hésitons pas, Messieurs, à faire l'application ces principes aux diocèses et aux paroisses. Ontrou' ici ou là des prédispositions plus ou moins favorab résultant des mœurs, des habitudes, des traditioi locales ; mais le résultat, en définitive, est entre l mains de l'agriculteur spirituel, du curé. Il n'est pa de paroisse si bonne qui ne puisse dégénérer et péri entre les mains d'un prêtre infidèle à ses devoirs o'j

même simplement négligent ; mais il n'en est pas de si mauvaise qui ne soit susceptible de se relever et de se transformer si elle a le bonheur d'avoir un curé et surtout une succession de curés vraiment dignes de ce nom. De tout pasteur il est permis de dire : « Il a été placé pour la ruine et la résurrection d'un grand nombre en Israël : Positns est hic in vaiiiam et in resurrectionein multorum in Israël^ ». C'est pour lui une alternative aussi inévitable qu'effrayante.

Quel curé pourrait y penser sans sentir le poids de

celte responsabilité qui pèse sur lui, sans demander à

Votre-Seigneur de lui accorder la grâce de n'être

jamais ce serviteur infidèle et inhabile à faire valoir

es talents que lui a prêtés son maître, ce père de

amille insouciant qui laisse l'ennemi pénétrer dans

son champ et y jeter l'ivraie à pleines mains ? ^

Ce qui empêche parfois l'établissement des œuvres de zèle, c'est qu'on se laisse arrêter par des difficultés imaginaires.

Ce n'est pas précisément le découragement dont je parlais tout à l'heure ; non, car ci ce prêtre apercevait le but, il y tendrait de toutes ses forces. Mais il ressemble aux disciples d'Emmaûs : « Ses yeux sont soumis à une sorte de fascination qui ne lui permet pas de voir la vérité : Ocali autem illorinn tenebantur ne eum agnoscerent'^ ».

C'est là le péril et souvent l'écueil des prêtres nés et appelés à exercer le saint ministère parmi des populations indifférentes. Ce dont ils sont témoins ils l'ont Itoujours vu : dans leurs paroisses natales, au sein de leurs familles, dès leur première enfance ils ont reçu

• S. Luc, II, 3'*.

• S. Matth., xiii, 25.

' S. Luc, x\iv, If).

celte impression, et elle a profondément pénétré en eux. Il est vrai, l'éducation du séminaire, avec sesinitiations surnaturelles, est venue modifier ces idées ; mais qu'il est difficile de s'y soustraire complètement et de ne pas reprendre, en rentrant dans le milieu primitif, les sentiments, les appréciations qu'on y avait tout d'abord puisés ! Combien de prêtres ne, savent pas assez se défendre de ces influences localeset traditionnelles ! Ils s'habituent à ce qu'ils ont toujours eu, à ce qu'ils ont encore sous les yeux ; ils se persuadent, au moins pratiquement, qu'en vain on chercherait à modifier cet état de choses ; ils se disent : Il en a toujours été, il en sera toujours ainsi, nous n'y pouvons viQW.Omnia sic persévérant ah initio creaturœ ^.

Vous vous tiendrez soigneusement en garde contre cette fâcheuse tendance. Rien ne serait plus désasHij treux pour une paroisse, plus nuisible à sa prospérité, que d'avoir à sa tête un de ces curés qui se contentent de ce qui est ; qui, s'ils entendent parler d'une pieuse pratique de zèle, de quelque moyen nouveau de perfectionnement, s'écrient : Mais cela ne s'est jamais fait ! Mais que diraient mes paroissiens ! Mais que de difficultés je me créerais ! Non ! non ! pas d'innovations! ISihil innovetur nisi quod traditinn est! et, sur ce beau raisonnement, s'endorment, repoussant, évitant

tout ce qui pouvait troubler leur quiétude.

Dans ces conditions une paroisse est, si je pui le dire, ensablée. Oui, de tels principes et rinactior |j qu'ils engendrent ressemblent à ce sable qui, se répandant sur une prairie, en arrête la végétationj Il existe des germes de bien dans cette paroisse peut-être sont-ils abondants ; mais ils sont recouvePli?|

1 II Petr., III, 4.

et étouffés. Celui qui a mission de les dégager et de les faire éclore, ne se doute même pas parfois de ces ressources latentes qu'il aurait à sa disposition ; il est tout étonné, quand une circonstance particulière, une mission, par exemple, les lui révèle ; heureux du moins sera-t-il si cette révélation devient le point de départ dun nouvel état de choses.

Et puisque je passe en revue les obstacles qui empêchent la création des œuvres de zèle dans les paroisses, laissez-moi vous en signaler encore un très sérieux : l'exemple des confrères.

Si le zèle est un feu qui se communique, l'engourdissement et l'apathie sont également des maladies contagieuses : elles se répandent, elles gagnent de croche en proche. On est porté à se contenter de ce qu'on voit faire à son voisin ; si parfois on éprouve d'autres aspirations, d'autres désirs, si même la conscience réclame, on se tranquillise en disant : Après tout, j'en fais bien autant que tel ou tel ; je ne veux pas me singulariser. Cette sorte de respect humain, cette préoccupation excessive de ne pas sortir des cliemins battus, est souvent une des causes qui arrêtent l'expansion du zèle.

Un jeune prêtre sort du séminaire tout plein de ce feu sacré de l'apostolat qu'il y a puisé comme à son foyer. Il brûle du désir de sanctifier et de sauver les

Jimes ; il a des principes, des projets, des ambitions qui, loin d'être exagérés ou illusoires, sont l'expression de la pure vérité. Tel lui est apparu le saint uinistère pendant son noviciat au sacerdoce, tel il lui ipparaîtra quand il faudra en rendre compte au tri- )unal de Dieu. Au moment où il franchit le seuil du

I'iéminaire, il est donc en plein dans la vérité. Mais ces convictions disparaîtront vite si, au lieu le trouver autour de lui des conseils et des exemples

oG2 SEIZIÈME CONFÉRENCE

qui les entretiennent, il est en butte à des insinuations et à des entraînements en sens contraire ; s'il est mis en contact avec des prêtres, d'ailleurs réguliers, que leur âge, leur réputation recommandent à sa vénération et qui pourtant se sont fait une vie sacerdotale et pastorale en dehors de ces règles et de ces exigences du véritable zèle. S'acquittant des obligations essentielles du saint ministère, ils montrent la plus complète, indifférence pour tout le reste, et même ils ne craignent pas d'attaquer, de blâmer ce qu'ils appellent des feux de paille, des tentatives téméraires frappées d'avance d'insuccès et devant fatalement aboutir à des déceptions et à des ruines.

Ah ! que ceux qui n'ont pas le courage d'entrer résolument dans cette carrière de l'apostolat ne cherchent pas du moins à en détourner leurs confrères qu'ils ne jettent pas le trouble et le doute dans leur esprit par des critiques malveillantes et de sinistres prophéties ! qu'ils gardent le silence ! Qu'ils fassent mieux ! qu'ils les imitent ! Quel bien s'accomplirait dans un diocèse, quelles heureuses transformations s'y opéreraient si tous les prêtres, embrasés de ce feu sacré apporté par Notre- Seigneur, rivalisaient de zèle pour prendre les moyens les plus efficaces de régénérer et de sanctifier leurs paroisses !

Vous travaillerez tous. Messieurs, de tout voth pouvoir à procurer ces résultats si désirables et, dans ce but, évitant les écueils que je viens de signaler vous chercherez à établir et à développer dans vos paroisses ces œuvres de zèle tant recommandées pai l'Eglise.

Elles ont toujours été nécessaires : mais elles le sont plus que jamais à notre époque.

Autrefois, tout concourait à maintenir la vraie vie €hrétienne dans les âmes ; aujourd'hui, tout conspire à la diminuer et à la faire disparaître. Dans la famille, récole, la société, tous les éléments de cette vie surnaturelle sont attaqués ; la prière, l'assistance aux saints oflices, la sanctification du dimanche, la fréquentation des sacrements, ces pratiques sans lesquelles on n'est chrétien que par « la superficie du nom * » sont battues en brèche ; l'esprit du mal s'efforce de les remplacer par ses pratiques à lui. L'air qu'on respire au milieu du monde actuel est corrompu et les âmes y courent de formidables dangers. Il importe donc de ne pas les laisser seules, isolées, abandonnées à leurs propres faiblesses. Il faut les réunir, les grouper, leur offrir pour le bien cette puissance de l'association dont le mal se sert avec tant d'habileté ; elle seule peut leur permettre de lutter avec avantage contre ces terribles ennemis qui s'appellent le respect humain, les passions, Tentraînement des mauvais exemples.

Vous ferez l'application de ce principe. Messieurs, d'abord à vos jeunes gens. Vous en restez à peu près maîtres jusqu'au moment de la première communion. Mais après, combien vous échappent ! Ils ne paraissent plus que de loin en loin aux otfices : bien peu continuent à s'approcher de la table sainte ; et ce grand acte, qui devrait les affermir dans les pratiques de la vie chrétienne, n'est plus, pour beaucoup d'entre eux, que le signal d'une désertion qui durera longtemps, sinon même toujours.

Est-ce admissible ? Un curé peut-il se résigner aune

' SuperficiG vocalMili clirisliani, diffamant veritatcni. (Tert.).

telle situation, se contenter de la constater et se rassurer par la pensée qu'il n'y a rien de sa faute ? le peut il s'il n'a employé tous les moyens, s'il n'a fait et ne continue de faire tous les efforts, sacrifiant volontiers son temps, son repos, sa liberté, pour implanter dans sa paroisse une œuvre de persévérance ? Non, sans doute. Le bon pasteur sera contraint parfois de subir ces tristes défections ; jamais il n'en prendra son • parti. Il mettra tout en œuvre, ne reculant devant aucun sacrifice et aucun labeur pourremédier àce malqui paralyse et rend presque inutiles ses précédentstravaux. Il ne se reposera pas après quelques tentatives plus ou moins sérieuses faites sans succès ; il reviendra à la charge, modifiant, perfectionnant ses plans et ses. moyens d'action, se disant : Je n'ai pas réussi avec cette génération d'enfants, je serai plus heureux avec une autre ; telle méthode a échoué, j'emploierai telle ; autre ; en un mot, il se rappellera que Dieu n'exige pas de lui le succès, mais une incessante sollicitude et: de continuels efforts : Curamexigeris non curationem\. :

Mais quels moyens prendrez-vous pour attirer et; retenir ces jeunes gens dominés par le respect humain-; et les passions, entraînés vers les cabarets et autres ; lieux de plaisir où l'on cherche à les détourner de Wm religion et de ses pratiques ? *^^|

Vous vous efforcerez de créer, selon les circonstances^" avec le concours de vos vicaires ou de quelques bons laïques, des œuvres de jeunesse : cercles ouvriers^ patronages, conférences de Saint -Vincent -de-Paui, assemblées de chant, catéchismes de persévérance, réunions du dimanche au presbytère..., bref, un rendez-vous quelconque où les jeunes gens de bonne volonté puissent se rencontrer et trouver un point

1 S. Bern. : De Coiisider.

d'appui secourable. Car il est incontestable que la plupart d'entre eux ne reviennent pas après leur première communion parce qu'ils redoutent d'être seuls, l'isolement fait leur faiblesse. S'ils formaient au moins un petit g-roupe, ils se soutiendraient, s'encourageraient, s'enhardiraient, et leur nombre croîtrait peu à peu.

Sans doute, ces associations sont difficiles à établir et à conserver : c'est une entreprise ardue, et il faut s'attendre à y rencontrer des déceptions, des insuccès et surtout de très rudes labeurs.

Les jeunes gens ne viendront pas à vous. Messieurs, si vous ne faites pas les premières avances et si, dès les années du catéchisme préparatoire à la première communion, vous ne prenez pas soin de vous préparer les voies en gagnant leur confiance et leur affection par vos procédés vraiment paternels. Il vous faudra ensuite les recruter un à un, vous contenter d'un petit nombre au début, recourir à mille industries pour leur rendre ces réunions intéressantes et attrayantes. Vous devrez leur consacrer votre temps, payer de votre personne, et, quoique la journée du dimanche avec ses offices, ses prédications, ses préoccupations multiples, soit déjà très laborieuse, consentir à vous imposer un surcroît de fatigue pour les accueillir dans votre presbytère, organiser des jeux dans votre jardin, vous mêler, d'une façon toujours digne et vraiment sacerdotale, à leurs récréations. Et encore n'espérez pas que, dans ce petit troupeau recruté au prix de tant de labeurs, il ne se produise aucune défection.

Mais aussi quelle joie pour un curé de voir, chaque année, quelques-uns au moins des enfants de la première communion rester fidèles et conserver avec lui ces bons rapports qui permettent de donner un conseil, an encouragement en temps opportun ! Quelle joie de

les voir le dimanche se grouper dans léglise, à la messe et aux vêpres, à la place spéciale qui leur a été assignée, et former un chœur de chantres assidus ! N'est-ce pas là un idéal si beau que, pour le réaliser autant que possible dans sa paroisse, un curé ne doive reculer devant aucun sacrifice ? et, d'un autre côté, n'est-ce pas un fait d'expérience que, partout où ces œuvres de jeunes gens ont été entreprises et conduites avec un zèle patient et persévérant, elles ont porté des fruits sérieux de sanctihcation et de salut ?

Pour les jeunes filles, ces associations sont tout aussi nécessaires ; et si, à certains égards, elles apparaissent moins difficiles à établir, à d'autres elles le sont davantage.

En général, les jeunes filles sont plus naturellement portées à la piété : le respect humain, au lieu de les éloigner de féglise et des pratiques religieuses, les en rapprocherait plutôt. Mais elles ont des assauts terribles à soutenir : les attraits du plaisir, de la toilette, des réunions mondaines exercent sur leur cœur unt fascination presque irrésistible. Elles ont donc granc besoin, elles aussi, d'être soutenues, préservées, sti mutées après leur première communion.

Et cependant le prêtre a, vis-à-vis d'elles, des précautions à prendre, des règles de prudence à observei auxquelles il n^est pas obligé lorsqu'il s'agit de jeunes gens. N'en pas tenir compte ce serait témérité de s< part ; son zèle, en ce cas, ne serait plus selon 1; science ; il s'exposerait à faire plus de mal que di bien. Un curé, par exemple, qui recevrait les jeune; filles de sa paroisse dans son presbytère ou même dan: son jardin, qui se mêlerait à leurs réunions de chant qui se départirait tant soit peu, dans ses rapports avec elles, des règles de la gravité, je dirais volontiers d» l'austérité sacerdotale, serait vite compromis. Je n'ai

pas besoin d'insister sur ce point : vous savez jusqu'où va la malignité du monde et combien il est prompt à juger, à condamner, à flétrir un prêtre sur les moindres apparences ; vous ne sauriez donc être trop prudents, et pratiquer trop fidèlement la recommandation de saint Paul : « Abstenez-vous de la moindre apparence du mal : Ab omni specie mala abstinete ^os ^ ».

Mais alors, me direz-vous, que faire ?

Si vous avez des religieuses, la chose devient assez facile ; et c'est, remarquons-le en passant, un des inombreux motifs qui doivent faire désirer à un curé d'en établir dans sa paroisse. Celui qui a le bonheur d'en posséder les engagera à réunir chez elles, le dimanche, les jeunes filles sorties de classes, et à les ittirer en leur rendant ces réunions agréables par des eux, des lectures récréatives, des promenades 2. 11 eur dira que, si elles ont vraiment à cœur la gloire de- Dieu et le salut des âmes, elles doivent se dévouer à cette œuvre au prix même de quelques renoncements [3t de quelques fatigues. C'est au fond le grand, le îrincipal service qu'elles sont appelées à rendre à la religion dans une paroisse : c'est le complément indispensable de leur apostolat dans Técole. Sans doute elles font du bien à ces enfants pendant qu'elles travaillent à l'œuvre si importante de leur éducation ; mais si elles les perdent de vue au sortir des classes, n'est-ce

1 Thoss., V, 22.

* Souvent les œuvres de jeunes filles ne réussissent pas parce (u'on donne trop à la piété, pas assez à la récréation et au lélassomcnt. C'est un zèle mal entendu : car il faut, à tout )rix, soustraire ces jeunes filles à l'influence des plaisirs dan- ;ercux et coupables, et on n'y réussira qu'en leur offrant n compensation des plaisirs légitimes et honnêtes. Quand )ien même les réunions du dimanche n'auraient pas d'autre- •ésullat, elles seraient déjà très utiles.

o68 SEIZIÈME CONFÉRENCE

pas en vain qu'elles auront jeté tant de précieuses semences dans ces âmes ? N'en sera-t-il pas d'elles comme de cet arbuste auquel le jardinier a prodigué, pendant quelque temps, des soins assidus et qu'il abandonne aux intempéries des saisons et à la violence des vents au moment où il aurait encore grand besoin de ses services ? 11 languit, se courbe, s'étiole et meurt sans réaliser les espérances du début.

Voilà la vérité qu'un curé travaillera à bien inculquer aux religieuses de sa paroisse. 11 les amènera è établir ces œuvres, dont peut-être elles n'avaient pa^ l'idée ou auxquelles elles étaient peu sympathiques, non en les leur imposant de force, mais en leur faisanl comprendre doucement, paternellement, combien ellef sont nécessaires et fécondes en résultats. Surtout illeî aidera de tout son pouvoir. Car s'il ne convient pas comme je vous le faisais remarquer, qu'un curé ai dans ces réunions un rôle actif, il peut et doit cependant leur apporter un concours moral puissant e efficace. Loin de s'en désintéresser, de paraître ; attacher peu d'importance, il saisira toutes les occa sions de leur donner des marques d'intérêt ; il sou tiendra de ses conseils et de ses encouragements le religieuses qui s'en occupent ; et, sans entrer dans de détails où son intervention ne serait pas sans incon vénient, il aura sur ces œuvres, c'est son droit et soi devoir, une action semblable à celle des bons ange qui s'exerce d'une façon très réelle quoique invisible.

Si vous n'avez pas de maison religieuse dans votr paroisse, une œuvre de jeunes filles y devient plii| difficile. Peut-être se rencontrera-t-il, parmi les âra^ chrétiennes, une personne ayant assez de dévouemeii et de loisirs, possédant un local assez vaste pour voti venir en aide. Toutefois, il est évident que ce sera un bonne fortune rare ; si elle vous manque, vous sere

'éduits aux ressources que fournit le ministère ordinaire. Vous devrez, en ce cas, les employer toutes avec m redoublement de zèle, avoir soin de faire venir 'égulièrement ces jeunes filles à confesse, les réunir lans un bon catéchisme de persévérance et surtout 'récr en leur faveur une de ces précieuses et sérieuses 'onlréries dont j'aurai bientôt à vous parler.

Je viens de prononcer le mot de catéchisme de )ersévérance. Je ne puis me dispenser de vous signaer cette œuvre comme une des plus capables de hristianiser et de vivifier votre paroisse. Je ne sens )as d'ailleurs le besoin de m'étendre beaucoup à ce ujet ; telle est son importance que personne n'en onteste Tutilité et la nécessité, pas même ceux qui ne roient pas possible ou n'ont pas le courage de 'établir.

Une paroisse qui n'a pas un catéchisme de persévé-

Iance manque d'un élément capital : il est difficile u'elle soit une paroisse vraiment chrétienne et surtout ?rvente ; car, je vous l'ai déjà fait observer, l'instrucon religieuse est le principe de la vie chrétienne :

Pour avoir des vertus il faut avoir des croyances, t. comme l'a si bien dit Bossuet, bien croire est la icine et le fondement de bien vivre * ».

Or. le catéchisme de persévérance a précisément our but, son nom même l'indique, de conserver et de évelopper la science acquise dans les catéchismes

' Elude philosophique sur le chrisl i(uiismc,\)iXY i\a:g. Nicolas, II. |). 308.

préparatoires à la première communion. C'est 1 complément on peut dire nécessaire de la prédication

Sans doute, chaque dimanche du haut de la chair vous instruisez vos fidèles : vous vous appliquez à leu faire entendre une parole simple et pratique ; mai elle ne peut pas l'être encore assez pour vous permet tre d'entrer dans tout le détail des applications D'ailleurs, votre prône doit être court et par consc quent le temps vous manque pour développer certain points de la doctrine catholique et les bien faire saisi à votre auditoire par des comparaisons, des histoires un exposé qui soit moins une prédication qu'une sori de conversation familière.

Le catéchisme de persévérance supplée à ceti lacune : là vous êtes plus à l'aise ; pendant l'heure ( la demi-heure au moins que vous y employez, voi avez le loisir et la facilité de vous étendre et de cons; crer à l'étude détaillée de chaque question le temj nécessaire. Vous vous mettez davantage en rappo avec votre auditoire, vous le questionnez pour savo s'il a bien compris ; au besoin vous répétez vos exp] cations sous une autre forme ; et même en certains c; vous pouvez demander à ceux qui vous écoutent ( résumer par écrit ce qu'ils ont entendu, excelle] moyen de le graver dans leur mémoire.

Ce catéchisme s'adresse surtout à la jeunesse ; ms^ aucun âge n^en est exclu. Les personnes arrivées à maturité et même à la vieillesse n'ont pas moi besoin que les jeunes gens de revenir sans cesse si ces connaissances religieuses ; car elles s'effacent bi vite si l'on ne prend soin d'en raviver fréquemment souvenir. Combien de chrétiens et de chrétiennes sq d'une ignorance profonde en matière de religi(^| C'est un grand malheur auquel ils ne seraient p exposés s'ils avaient fréquenté un bon catéchisme ij

)ersévérance. Ne vous fatiguez donc pas de répéter es mêmes choses, d'enseigner de nouveau, sous cette orme plus accessible encore, les vérités que déjà vous ivez annoncées du haut de la chaire, et pour prévenir ,out dégoût et toute répugnance, rappelez-vous ce ^ieil adage : « On ne dit jamais assez ce qu'on ne sait amais assez : Nunquam salis dicitur quod nunquam ]atis dis ci tu r ».

Pour bien faire, il faudrait dans chaque paroisse leux catéchismes de persévérance : un pour les jeunes ^ens et un autre pour les jeunes fdles. Partout où le lombre des prêtres le permettra, il sera très utile ll'introduire cette excellente pratique.

Mais là où ce double catéchisme ne pourra s'établir, lyez-en au moins un auquel vous convoquerez chaque iimanche, à l'heure qui vous paraîtra le plus convelable, soit avant, soit après vêpres, les jeunes fdles le votre paroisse. Vous engagerez d'ailleurs tous les idèles à y assister : vous leur ferez comprendre les grands avantages qu'ils peuvent retirer de Tassiduité

ce pieux exercice. Vous vous efforcerez de le rendre ussi intéressant qu'instructif, et vous aurez recours »our cela à toutes les pieuses industries dont vous rouverez Ténumération dans les manuels.

i Heureuse la paroisse dont le curé parviendra à Toupcr ainsi chaque dimanche autour de lui un ertain nombre de ses paroissiens pour leur donner ne connaissance plus approfondie de cette religion ue tant d'hommes de nos jours n'aiment pas uniquelent parce qu'ils ne la connaissent pas et qu'ils ne omprennent pas ses beautés, ses grandeurs, ses ivines harmonies avec les aspirations et les besoins e notre nature humaine.

Toutefois, Messieurs, il faut vous y attendre, votre itéchisme de persévérance, si bien organisé qu'il soit.

n'atteindra que la minorité de vos fidèles ; beaucouj se tiendront à l'écart ; vous n'avez pas l'espoir qu'il i viennent jamais à cette école où cependant ils auraien plus à profiter que dans toutes celles de la terre puisqu'ils y trouveraient la science du salut. N'avez vous donc aucun autre moyen de l'aire arriver jusqu' eux cette vérité surnaturelle qu'ils se refusent à veni chercher auprès de vous ? Faudra-t-il renoncer combattre leurs erreurs, leurs préjugés, leurs ilk sions ?

Non, Messieurs, vous avez à votre disposition u moyen puissant d'aller trouver ces âmes et d'opéré en beaucoup d'entre elles de salutaires transformf lions. Ce moyen, c'est la propagande de la boni presse.

La presse, de nos jours surtout, est une véritab puissance : elle exerce une influence prépondérant soit en bien, soit en mal. On peut, en toute vérité, 1 appliquer ce que saint Jacques dit de la langùd autant plus qu'elle est, comme cette dernièi^ l'organe de la pensée et des sentiments du cœur. I presse elle aussi « est un feu, un monde d'iniquif Nul homme ne peut la dompter c'est un mal inqui< plein d'un venin mortel. Par elle nous bénissons Di^ le Père, et par elle nous maudissons les hommes q ont été faits à l'image de Dieu. D'elle sortent tcj ensemble la bénédiction et la malédiction ^ » .

Quel mal ne fait pas la mauvaise presse parmijj populations de nos villes et de nos campagnes ? dira ce que perdent d'âmes, ce que préparent de ru^ CCS livres, ces brochures et surtout ces jouri mauvais que nos adversaii'es répandent à profusioi souvent gratuitement? C'est comme l'ivraie semée

1 S. Jacq., III.

.'homme ennemi dans le champ du père de famille et ]oi étouffe le bon grain. Rien ne paralyse autant votre uinistère que cette mauvaise presse. Elle combat la »rérité, elle l'obscurcit et la détruit dans les intelîii^ences par ses mensonges, ses calomnies, par les mille aussetés qu'elle accrédite. Elle corrompt le cœur par >es peintures lascives et ses excitations au vice. Ceuxà môme qu'elle ne parvient pas à pervertir complètenent, elle les laisse ébranlés, affaiblis ; elle les jette^ lu double point de vue de la vérité et de la vertu, dansme sorte de scepticisme ; et je n'exagère pas en disant [ue cette action lente mais irrésistible de la mauvaise )resse entre pour une large part dans la diminution les croyances et raffail)lissement des mœurs chréiennes.

Heureusement, à côté du poison, Dieu a placé le emède, ou, pour mieux dire, il le fait sortir de la. néme source. Autant la mauvaise presse fait de mal. utant la bonne fait de bien. A elle de suivre pas à pas a rivale, de lui disputer le terrain, de réfuter ses ophismes et ses mensonges à mesure qu'ils se prouisent, d'éclairer les ténèbres de Terreur de toutes 3S splendeurs de la vérité ; à elle de jeter dans les mes, au lieu de « ce feu des passions qui dévore isquà la perdition et qui déracine tous les germes u bien * », les chastes semences de la vertu. Seulement, il faut vouloir et savoir se servir de cette rme mise entre nos mains ; et, malheureusement, il prive trop souvent que nous négligeons de l'employer. a propagande de la bonne presse n'est pas assez en onneur parmi nous. Nous ne savons pas profiter des édités exceptionnelles que nous donnent, et la multiide des excellents petits traités composés en ces

Joii, XXXI, 12.

derniers temps sur les questions religieuses et sociales, et le bon marché relatif auquel on peut se les procurer. Nos adversaires sont plus avisés et plus habiles : c'est à pleines mains qu'ils sèment leurs productions antireligieuses et immorales. Pourquoi ne pas nous piquer d'une sainte émulation et ne pas répandre, nous aussi, à profusion de bons journaux, des brochures, des livres édifiants et moralisateurs ?

Qu'un curé distribue chaque année dans sa paroisse, soit par les enfants de ses catéchismes, soit par luimême, dans les visites qu'il rend à ses paroissiens, deux ou trois cents tracts populaires, croyez-vous que ces petits missionnaires ne feront pas leur œuvre 't Sans doute, parmi ceux qui les reçoivent, tous ne les liront pas, ou, s'ils les lisent, ils ne seront pas tous convertis ; mais, pour un certain nombre du moins, cette lecture sera souvent un trait de lumière, un( révélation, une grâce appelée à préparer, à un monien donné, la conversion.

C'est parce que je suis persuadé que cette propa gande peut faire un bien considérable que je vous L recommande instamment. Livrez-vous-y avec un( conviction et une activité surnaturelles : instruisezvous des moyens à employer pour la rendre efficace e| mettez-les en pratique. Etablissez dans vos paroisseï, des bibliothèques bien composées et intéressantes recourez, afin d'économiser vos fonds, au procédé de;, bibliothèques roulantes en vous concertant avec uï| certain nombre de vos confrères pour échanger chaqfaj année vos volumes et renouveler ainsi votre provisionf Choisissez les petits livres de propagande qui vou|| paraîtront répondre mieux au tempérament spirituel et aux besoins de vos paroisses ; ici, la sanctificatio du dimanche ; là, l'éducation des enfants ; ailleurs, 1 fréquentation des sacrements... Faites venir à la foi

me certaine quantité de ces opuscules en vous entenlant avec vos voisins, afin de diminuer le prix d'achat )u de port. Vous n'aurez pas à regretter les sacrifices ^ue vous ferez dans ce but. Cette bonne semence jetée lans les âmes lèvera, soyez-en sûrs, et elle rapportera îinon une moisson complète, du moins des épis en issez grand nombre pour vous dédommager suraboniamment de la peine que vous aurez prise. C'est par ce moyen que saint François de Sales a converti le uliablais ; c'est par ces traités cctfnposés au jour le (Our, et qui devaient former plus tard son magnifique |)uvrage des « controverses », qu'il a porté la lumière

t la grâce de la conversion dans l'âme de ceux qui

efusaient de venir l'entendre.

Voilà bien du travail, n'est-il pas vrai. Messieurs ? e ne le nie pas ; je ne me dissimule pas qu'il en faut beaucoup pour organiser ces œuvres et surtout pour es soutenir et les faire prospérer ; ce sont des pré- )ecupations incessantes, un labeur continuel. Le curé jui entre dans cette voie peut dire comme saint Paul :

Mes sollicitudes sont de tous les jours et de tous les nstants : histantia mea quotidiana^ ».

Mais, permettez-moi de vous le rappeler avec le )ieux auteur de \ Imitation : « vous êtes entrés dans état ecclésiastique non pour commander, mais pour ;ervir ; vous êtes appelés, sachez-le bien, à travailler ît à souffrir, non à vivre dans l'oisiveté ou dans les conversations inutiles ^ ». Vous ne pouvez, en sûreté le conscience, surtout dans les temps malheureux que

* II Cor., XII, 28.

* Ad serviendum venisti non ad regendum ; ad patiendum l laborandum scias te vocatum non ad otiandum vel fabumduni. (L. I, c. xvii, 3).

nous traversons, vous contenter d'offrir à vos parois siens les secours ordinaires. Vous n'êtes pas prêtre et pasteurs uniquement pour dire votre bréviaire faire le catéchisme, les offices du dimanche, le prône, visiter les malades ; vous êtes prêtres et pasteurs pour prendre soin de toutes les âmes qui vous sont confiées, pour courir à la recherche des brebis qui se perdent et, au prix de mille fatigues, les rapporter au bercail. Ce n'est pas seulement un jour par semaine, ni même deux ou trois heures par jour que vous devez à vos paroissiens ; tout votre temps leur appartient ; ils peuvent le réclamer comme une dette de charité et de stricte justice *. Sans cesse vous devez travailler pour eux, sinon dans l'activité du ministère extérieur, du moins dans la solitude féconde de la prière et d» l'étude.

Bref, vous êtes apôtres ; et, au milieu de ce monde redevenu quasi païen, vous devez montrer tout le dévouement et toutes les qualités de l'apôtre. Méditezles dans saint Paul ; comparez votre vie avec la sienne, et, je n'en doute pas, vous vous sentirez animés d'un nouveau zèle. Malgré les difficultés et les apparentes impossibilités, vous mettrez généreusement la main à ce travail des œuvres que je vous propose de la part de Dieu. Il bénira vos efforts, et peu à peu s'accomplira dans vos paroisses cette bienheureuse transformation dont parlait le l^rophète : « La terre qui était déserte et sans chemin se réjouira : la solitude sera dans Tallégresse, et elle ileuriraj comme le lys : elle germera de toutes parts et elle

^ Quod si hune ordinem susceperitis, amplius non liccbit al proposito resilire, scd Deo, cui servire regnare est, perpetuoi fanmlari ; et castitatem, illo adjuvante, servare opportebit atque in Ecclesise ministerio seinper esse mancipatos. {Pontif. Rom., ord. subdiac). ^

s'épanchera dans une effusion de joie et de louanges : Livtahitiir déserta et invia. et exaltahit solitiido, et florehit quasi lilium : germinans germinahit^ et exultai) itlxtahund a et laudans * ».

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