‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 17 sur 35 · IS., XXXV · texte numérisé non relu

IS., XXXV

17e CONFÉRENCE

Messieurs,

Former Jésus-Christ dans les âmes, tel doit être le continuel objet de vos préoccupations.

Un chrétien, c'est celui qui connaît Jésus-Christ, Taime et vit de sa vie. Voilà ce que vous devez désirer pour chacun de vos fidèles. Il ne doit pas vous suffire qu'ils récitent une formule de prières , qu'ils viennent à la messe le dimanche, qu'ils se confessent et communient à Pâques. Sans doute, c'est quelque chose, beaucoup même, et plusieurs parmi vous seraient heureux que leurs paroissiens en fassent tous arrivés à ce point de perfection relative. Et cependant , ce n'est pas la plénitude de la vie chrétienne , avec ses consolations, ses espérances, ses vastes et magnifiques horizons. Vos ambitions , sinon pour tous vos fils spirituels , au moins pour un certain nombre , doivent s'étendre plus loin. Travaillez à donner à Fensemble ce minimumm indispensable, mais ne vous en contentez pas pour ces âmes auxquelles Dieu demande évidemment davantage. 11 leur dit et vous devez leur répéter en son nom •

« Mon ami, montez plus haut : Amice ascende supe^ lias * » .

Et ces âmes d'élite se trouvent, soyez-en convaincus, dans toutes les paroisses. Elles y sont peut-être à l'état de diamants renfermés dans une pierre brute et recouverts de terre , mais qui ne demandent , pour briller du plus vif éclat, qu'à être débarrassés de cette grossière enveloppe. Ces âmes ont des aptitudes merveilleuses pour entendre Dieu et les clioses de Dieu ; elles vous étonneront plus d'une fois par la promptitude avec laquelle elles saisiront ce que vous leur direz de l'ordre surnaturel.

Nous ne saurions donc trop vous engager à les rechercher et à les cultiver avec une particulière sollicitude.

Outre les plantes vulgaires auxquelles il donne ses soins, tout bon jardinier n'a-t-il pas quelques fleurs privilégiées dont il s'occupe avec plus de zèle et d'amour et qui le récompensent en devenant l'ornement de son jardin, en l'embaumant de leur doux parfum ?

Et vous aussi, Messieurs, vous trouverez dans la culture de ces âmes privilégiées de merveilleuses consolations , un adoucissement aux tristesses que vous causent TindifTérence et la résistance d'un trop grand nombre. Vous leur ferez du bien et à leur tour elles vous en feront. En les voyant si pures, si droites, si ferventes, vous ne pourrez vous empêcher de redire la parole de Notre-Seigneur : « Je vous rends grâce, ô Père, Dieu du ciel et de la terre, de ce que vous avez

* S. Luc, XIV, 10.

caché ces choses aux sages et aux prudents et de ce que vous les avez révélées aux humbles * ». Leur direction vous deviendra un stimulant continuel à la vertu. Vous établirez entre ces âmes et la vôtre de ces comparaisons comme aimaient à en faire les saints, et parfois vous serez conduits , à la suite de ce parallèle, à rougir de vous-mêmes en vous voyant si élevés en dignité et si imparfaits tandis qu'elles, dans des conditions beaucoup moins favorables, sont si généreuses et si parfaites.

^Slais le plus précieux résultat que vous obtiendrez, c'est qu'au moyen de ces âmes supérieures, vous réussirez à élever le niveau spirituel de votre paroisse ; elles seront, au milieu de la masse indifférente, un principe puissant de renouvellement et de sanctification. Vous vous ménagerez parmi elles des auxiliaires pour votre apostolat ; elles vous rendront, à ce point de vue , d'incomparables services. Instruites, perfectionnées chaque jour par vos soins , initiées aux grandes pensées de la foi, comprenant la nécessité du salut et le malheur de ceux qui se perdent , elles travailleront à leur tour et de toutes leurs forces à sauver des âmes : elles seront , sous votre conduite , les messagères de la grâce. Souvent, n'est-il pas vrai ? il vous arrive de vous demander, par rapport à telle famille indifférente ou à telle personne hostile et inabordable de votre paroisse , ce que Dieu se demandait jadis, parlant du peuple d'Israël : « Qui enverrai-je et qui ira pour nous ? Qiiem mittam et quis ihit iiobis ? ^ » Eh bien, ces âmes se présenteront, elles diront : « Me voici . envoyez-moi : Ecce ego mitte me ^ ». Elles

1 S. Luc, X, 21.

2 Is., VI, 8.

3 Ihid.

auront accès là où vous n'oseriez pénétrer : elles donneront des conseils que vous n'auriez pu donner ; elles atteindront des âmes quil vous eût été impossible d'atteindre ; bref, elles marcheront devant vous pour préparer les voies à votre ministère : Prœibis ante faciem Do mini par are çias cjus i.

Mais, direz-vous peut-être, est-il bien possible de former dans une paroisse ce petit groupe d'âmes pieuses ?

A cette question je n'hésite pas à répondre affirmativement. Sans doute il vous faudra du temps , de laborieux et persévérants efforts ; mais enfin vous réussirez. Est-ce qu'il ne faut pas qu'un jardinier prenne beaucoup de peine pour faire grandir et prospérer ses plantes de choix ? Est-ce que, pour donner à un diamant toute sa valeur, le lapidaire n'est pas obligé de le tailler, de le polir au prix d'un travail minutieux et prolongé ?

Ainsi en est-il des âmes : leur formation à la vie

pirituelle est l'œuvre d'une sollicitude active et

Datiente. Il est bien évident qu'un curé qui , dans

accomplissement des devoirs de son ministère ,

5'arrêtera à la surface, ne rencontrera jamais ces âmes

;acliées à une certaine profondeur. Elles ne donnent

eus leurs parfums et tous leurs fruits de grâce et de

sainteté que lorsqu'elles trouvent une âme sacerdotale

]ui les découvre et les cultive avec une particulière

sollicitude.

Si maintenant vous m'interrogez, ^lessieurs, sur les yens à prendre pour former « ce petit troupeau ^ »,

ç ' S. Luc, I, 76.

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