‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 18 sur 35 · I - IbiiL, x^i · texte numérisé non relu

I - IbiiL, x^i

je vous dirai que le premier c'est de bien connaître votre paroisse.

Vous devez vous rendre un compte exact des familles qu'elle renferme ; vous tenir au courant des changements qui surviennent dans chacune d'elles ; connaître le fort et le faible des personnes qui les composent ; savoir ce que vous pouvez attendre, au point de vue religieux, du père, de la mère, des enfants, des serviteurs ; en un mot, faire ce dénombrement spirituel dont l'importance majeure ne pouvait échapper à la sainte Eglise. Elle en a consigné le conseil, ou, pour mieux dire, le précepte formel dans un de ses livres le^ plus autorisés, dont vous êtes journellement appelés ; vous servir: le Rituel romain. Il prescrit en effet i . tout pasteur d'avoir cinq registres très exactement tenus : le livre des baptisés , le livre des confirmés , L livre des mariages, le livre de l'état des âmes et le livrt des défunts.

Remarquez que la prescription est la môme pou tous : le livre de l'état des âmes est donc aussi obligatoire que les quatre autres.

Pour rétablir une première fois surtout, il faudra' j'en conviens, un travail assez long. Mais à part quel ques paroisses de villes plus populeuses , dans toute les autres, principalement dans celles qui ne dépassen pas le chiffre de mille âmes , ce travail est possible € relativement facile. Pourquoi ne consacreriez-vous pa* vos loisirs , par exemple ces longues soirées d'iiive qu'on ne sait souvent comment employer, à dresser^c registre, en suivant le plan et les indications que donr le Rituel ? Cet acte de déférence et de filiale soumis sion aux volontés de la sainte Eglise vous procurei le grand avantage d'étudier à fond votre paroisse ; attirera votre attention sur chaque famille et sïchaque individu en particulier. Grâce à ce 'dénombra

lient des âmes et en le parcourant quelquefois pendant 'année, vous serez toujours au courant de la situation ;t des besoins de chacune d'elles ; vous n'aurez plus, lès lors, à craindre d'oublier et de négliger celles qui •éclament de votre part des soins plus assidus.

Quand l'étude sérieuse de votre paroisse vous aura

ait découvrir ces âmes d'élite, le meilleur et le plus

;ûr moyen d'exercer sur elles une salutaire influence,

;era de les rassembler, de les grouper en confréries.

Les confréries reposent sur l'application de ce prin-

ipe : « l'union fait la force ». Vous vous rappelez

'apologue que notre fabuliste a si heureusement

mprunté à son confrère de la Grèce : ces bâtons qui,

)ris isolément, sont faciles à briser et qui, réunis en

aisceau, défient les plus puissants efforts. Ainsi en

st-il des âmes. 11 n'est aucune paroisse où il ne s'en

rouve quelques-unes bonnes et chrétiennes. Mais, si

tieuses, si ferventes qu'elles soient naturellement, ou

ue vous parveniez à les rendre par les soins spéciaux

onnés à chacune d'elles, vous ne les prémunirez eiïi-

acement contre les attaques et les défaillances aux-

uelles elles sont exposées, vous n'assurerez leur

ersévérance qu'en les rapprochant les unes des

utres ; et le moyen d'opérer ce rapprochement, c'est

.'établir des confréries.

I Les confréries dans une paroisse sont un centre qui

ulire peu à peu toutes les âmes désireuses de se sanc-

!it'r. C'est un drapeau sous lequel elles viennent

instinct se ranger. C'est un signe de ralliement qui

III' permet de se reconnaître dans la mêlée du monde

<le s'encourager mutuellement. C'est un foyer dont

iiles contribuent à alimenter la flamme et où chacune

nuve sa part de chaleur et d'édification.

Les confréries donnent aux vrais chrétiens cette

iHC de cohésion, cette unité dont il est vrai de dire.

384 Dix-SEPTii:Mi: conférence

avec saint Léon le Grand, « qu'il est également préjii diciable que les bons en soient privés et que le méchants en profitent * ». Elles permettent aux pas teurs de voir ces pieuses personnes, de les instruire : de les pousser dans les voies de la perfection chrt tienne sans s'exposer aux dangers et aux difficulté! que feraient naître des directions isolées : elles sor un des principes les plus actifs de vie et de propaganc religieuses.

En cela, d'ailleurs, nos adversaires nous donnai l'exemple. Ce qui fait leur succès, ce qui leur assun pour le mal, une puissance désastreuse, c'est précise ment cette force de l'association. Ils ont eux ausj leurs confréries : ce sont ces sociétés secrètes qi enserrent en ce moment l'Europe et le monde enti( dans leur perfide réseau. C'est là qu'ils recrutent C( agents actifs, ces émissaires à tous les degrés c vont partout semer des germes d'erreur et de corru tion ; par là, ils réussissent à produire, à certaii, moments, des effets prodigieux, de ces mouvemen sociaux qu'on ne s'expliquerait pas, en dehors de cet ressource formidable provenant de l'association 2. ( système, ils l'ont emprunté à l'Eglise. Sur ce poir comme sur beaucoup d'autres, ils sont, selon l'énei,

1 Sicul inultum nocel, si imitas desil bonis, lia valde ê noxiiim si non desil inalis. [Pas/or., p. m, c. 23).

- Les Souverains Ponlifes ne s'y sont pas trompés : d début, ils ont compris et signalé le danger que ces assoc: lions faisaient courir à la religion et à l'ordre social, et ils ont énergiquemenl condamnées. (Voir les Encycliques de|C ment XII, In Eininenti, 28 octobre 1738 ; de Benoît XIV, P ridas, 18 mars 1751 ; de Pie VII, Eccles/am a Jesii Chris 13 scplembre 1821 ; de Léon XII, Qiio graviora, 13 mars 18î de Pie IX, allocutkon du 25 septembre 1865 ; de Léon XI; Jliimanum gcnus, 20 avril 1884). Ces documents figurai presque tous dans le Recueil des allocutions consislorial

ique parole de Tertullien, « les singes de Dieu * » ;

L'iilement, tandis que nous nous associons pour la

ropagation de la vérité et du bien, ils s'associent pour

épanclre Terreur et le vice.

Je n'ignore pas. Messieurs, les objections qu'on

lève parfois contre l'établissement des confréries. On

it : Mais le moment n'est pas opportun : il faut

Itendre des jours meilleurs , des circonstances plus

Lwo râbles ; mais une confrérie, dans une paroisse, est

ouvent pour un curé une source de difficultés , d'en-

uis , de tribulations de tout genre ; mais , avec ces

abitudes de plaisirs mondains qui dominent presque

[artout la jeunesse , eu égard au peu de foi qui se

neuve dans les familles même chrétiennes, les confré-

ies deviennent impossibles, ou bien si on réussit à les

rganiser dans un moment de ferveur accidentelle ,

Iles ne font que végéter et disparaissent bientôt.

Toutes ces objections et autres semblables tombent

elles-mêmes en présence des enseignements et de la

ratique de l'Eglise. L'Eglise aime les confréries ; elle

jsire les voir s'établir partout ; elle les bénit , les

icourage, les enrichit de nombreuses et précieuses

idulgences. De leur côté , les saints Evoques et les

liiUs Prêtres ont toujours travaillé à les multiplier

\ns leurs diocèses et leurs paroisses. Toujours aussi,

3S les premiers siècles, les fidèles ont senti le besoin

î s'assembler pour s'encourager, se soutenir, s'en-

"aider à avancer dans la voie de la perfection. Enfin,

u'tout où ces pieuses réunions existent , on voit des

icycUqups cl fuifrcs lellves (iposloliqiies (liées dans L'Encyquect le SijUahus du 8 décembre 186i. Los ccclôsiastiqiics t tout inlérôl à se procurer ce volume cl à le lire avec in : ils y trouveront l'indication et la réfutation la plus aulo- •ée de toutes les erreurs contemporaines. ' Teutull., de EjhorL cas/if. , c. xiii.

résultais admirables se produire , des paroisses qui semblaient descendues au dernier degré de Tindifférence et de la tiédeur remonter peu à peu et devenir des paroisses modèles : témoin, pour n'en citer qu'une dans notre France, celle de Notre-Dame-des-Victoires, transformée par rétablissement de cette confrérie dont elle a pris le nom, et qui est devenue une archiconfrérie étendant au loin ses rameaux et sa sève bienfaisante.

Aussi faudrait-il qu'il n'y eût pas , dans n'importe quel diocèse, une paroisse sans confrérie.

N'hésitez donc pas, Messieurs. Agissez avec prudence , sans doute ; attendez le moment favorable ; mais, ce moment venu, mettez courageusement la main à l'œuvre, sans vous laisser arrêter par des diffi- ; cultes qui sont souvent plus imaginaires que réelles, i Travaillez à créer peu à peu, à la suite par exemple d'une mission ou d'une retraite , une confrérie poui chacune des diverses catégories de vos fidèles.

11 en faut une pour les hommes.

On peut objecter quelle est difficile à établir, on m saurait contester qu'elle soit nécessaire. Les homme; forment une catégorie de paroissiens qui, plus qu'au cune autre , a besoin de ce secours pour demeure chrétienne. Ils ont tant d'obstacles à vaincre , ce;, pauvres homntes ! tant d'ennemis à repousser ! le res)] pect humain , les conseils funestes , les entraînemei de l'exemple, les excitations de la mauvaise presï l'atmosphère délétère des cafés , des cercles , di cabarets... C'est comme le courant d'un fleuve impi tueux qu'ils sont obligés de remonter. Restant seul ils seront nécessairement entraînés ; ils ne peuv( espérer la victoire qu'en unissant leurs efforts.

L'enfer et ses suppôts comprennent bien cette pui^ sance de l'association. Aussi voyez comme ils clie client à l'exploiter à leur profit ! Ils poussent It

lommes vers ces sociétés secrètes, où ils perdent leur ibertéet sont pris dans un fatal engrenage. Ne faiil-il )as que, de son côté, l'Eglise et ses ministres leur )lïrent des associations qui les soustraient à ces învahissements du mal, les engagent dans la voie du lien et leur imposent l'heureuse obligation de n'en pas sortir ?

Evidemment, ces confréries, pour s'accommoder au empérament moral des hommes de nos jours, ne levront pas avoir un règlement trop sévère. 11 suffira, pour en faire partie, de remplir les devoii's essentiels de la vie chrétienne : être assidu aux saints )frices, ne pas travailler le dimanche, chaque année >e confesser, faire ses Pâques. C'est un minimum [u'il faudra exiger ; mais, la plupart du temps, force .era bien de s'en contenter. On pourra désirer quelque hose de plus, travailler à réaliser ce progrès ; on l'en fera pas une obligation rigoureuse. j Mais quelle sera cette confrérie d'hommes ?

On ne saurait répondre à cette question d'une façon

bsolue : dans chaque localité, des circonslances

>articulières détermineront le choix du curé. Néaii-

fioins la confrérie du Très-Saint-Sacrement paraît la

•lus naturellement indiquée par la tradition. Autrefois

lie existait dans presque toutes les paroisses, grou-

•ant les hommes de bonne volonté aux pieds du Dieu

e l'Eucharistie. Quand il sortait de son tabernacle,

e les amenait autour de son autel un cierae à la

lam, et quand il s'avançait, porté par son prêtre dans

uelque procession solennelle, elle les faisait se

rouper derrière le dais pour former son escorte

'honneur.

Pourquoi ne chercherions-nous pas à ressusciter 3S saintes et édifiantes traditions? Ne serait-il pas ossible de faire des avances en ce sens aux hommes

de vos paroisses, en leur octroyant quelques-uns de ces privilèges dont ils sont si jaloux : une place spéciale à l'église, un rang dans les processions, une bannière, des flambeaux avec les armoiries du Saint- Sacrement, des prie-Dieu réservés les jours d'adoration?... Ce sont de petites choses, mais qui souvent font beaucoup d'impression et ont plus d'importance qu'on ne le croit généralement.

Peut-être ne trouverez-vous pas, au début, beaucoup de vos paroissiens disposés à entrer dans vos vues : mais n'en eussiez-vous qu'une'douzaine, ce serait déjt beaucoup. Vous auriez l'espérance de leur adjoindre chaque année, quelques-uns de vos enfants de la pre mière communion, fiers d'entrer dans cette associa i tion, et vous les détourneriez par là de s'affiher là tant d'autres sociétés mauvaises ou dangereuses qu les guettent et les sollicitent. D'ailleurs, une douzain d'hommes rattachés par un lien spécial au culte d Saint Sacrement, auxquels vous pourriez faire lir quelques bons livres sur cet adorable mystère, adres sor quelques instructions spéciales, vous deviendraiei vite des auxiliaires précieux. Vous n'auriez pas dl peine à en faire des apôtres ; car, si beaucoup q chrétiens craignent de se mettre en avant et r| consentiront jamais à se vouer à l'apostolat, il en aussi qui ne demandent pas mieux, qui n'attend^ pour s'y livrer qu'un mot d'ordre. C'est un grand pour un curé de savoir discerner et utiliser les boni volontés Or, tous ces hommes, se rapprochant l'autel, se rapprocheront par là même de vous ; v( aurez avec eux des rapports plus fréquents, vd] pourrez leur donner des conseils, des encouragemeni une impulsion féconde pour le bien.

L'association nécessaire pour les hommes ne l'^l pas moins pour les femmes , surtout pour les mèrj

chrétiennes. Je nai pas Ijesoin de vous le l'appeler : .'ous savez comme moi de quelle influence dispose la emme, la mère au foyer domestique. On peut dire que a famille est faite à son image. Supposez dans chaque amille une mère chrétienne : vous n'aurez pas touours , peut-être , des hommes , des jeunes gens chréiens, mais vous aurez du moins, pour travailler à lesendre tels, une immense ressource, une collaboration es plus efficaces.

Votre grande ambition doit donc être que toutes les emmes , toutes les mères dans vos paroisses soient raiment chrétiennes et réalisent le bel idéal indiqué >ar saint Paul en plusieurs passages de ses épîtres. ^ous devez leur rappeler sans cesse les devoirs u'elles ont à remplir, les former, surtout au confesionnal , à cette piété intelligente et pi'atique qui 'entretient et se développe par la fréquentation des acrements. Mais là encore vous ne réussirez qu'à la ondition d'avoir une confrérie spéciale qui les groupe l vous permette d'exercer sur elles une influence érieuse et suivie.

Je n'hésite pas à l'affirmer, cette confrérie est sans ontredit , dans une paroisse , la plus importante de 3Utes. Volontiers je lui ferais l'application de ce prinipe de philosophie : « Disposer du principal c'est être laître du tout : Qui principale tenet totam occupât ». ussi, je vous dirai : Efforcez-vous d'avoir une bonne Dnfrérie de mères chrétiennes ; réunissez-les de temps Q temps, au moins une fois par mois, dans des assemlées où elles seront seules admises et où vous pourrez, es lors, leur parler plus librement et plus utilement e leurs multiples obligations. Souvent elles ne les Dnnaissent pas ou n'ont à ce sujet que des idées assez )nfuses, souvent même fausses. Quel service vous

ur rendrez en les éclairant et en les exhortant à s'en

Ijien acquitter ! Il est une foule de détails que vous ne pouvez aborder en chaire dans vos prédications habituelles ; vous les traiterez, dans ces réunions particulières, d'une façon très intéressante et très profitable. Vous formerez ainsi peu à peu un groupe d'âmes j^ieuses ; tout naturellement les jeunes fdles viendront Faugmenter ; et, entrant dans cette association aussitôt après leur mariage , elles y trouveront , à cette heure décisive de leur vie , un point d'appui pour s'engager et persévérer dans la bonne voie.

D'ailleurs, Messieurs, elles devront être préparées à faire partie de la confrérie des mères chrétiennes par leur précédente agrégation à celle des jeunes filles.

C'est une troisième confrérie également nécessaire et qu'il faut établir partout pour assurer leur persévérance et les préserver des dangers qu'elles courent i celte époque critique. Si vous avez, dans votre paroisse une de ces œuvres de jeunes filles dont je vous parlai; dans notre dernière conférence , la confrérie en sert tout naturellement le lien ; s'il vous a été impossibli d'établir cette œuvre, la confrérie y suppléera <!aii une certaine mesure.

Je le sais, une des grandes difficultés qui s'opposeii à son établissement ou à sa prospérité , ce sont le plaisirs mondains , c'est surtout la danse et la passioij malheureuse qu'ont pour ce divertissement si dange| roux la plupart des jeunes filles. Or, il n'est pa) compatible avec la profession sérieuse de la piéj chrétienne. C'est ainsi que vous en jugez, et vous ai raison. Appliquant à ce cas la parole de saint Piei Chrysologue : « Celui qui veut folâtrer avec le dial ne pourra se réjouir avec le Christ* », vous exclt

> Qui jocari voluorit ciim diabolo , non poLcrit gaudere cu^ Clirislo. (S. Petr. Ghrysol., Brev. Rom., 4 dcc, lect. v).

les danseuses de votre confréries et souvent, par suite, cesl la dissolution même de la confrérie que vous prononcez , tant est petit le nombre des jeunes chrétiennes qui échappent à cette contagion.

C'est là, je le reconnais, un obstacle sérieux. Est-il insurmontable ? Non, Messieurs ; vous en triompherez si vous savez le comjjaltre avec autant de persévérance que de prudente modération. Vous n'aurez pas recours à des déclamations violentes parties du haut de la [cliaire ; ce serait peine perdue. Assurément, vous ferez |l)ien de traiter quelquefois publiquement ce sujet ; mais alors vous vous contenterez d'exposer les principes de la doctrine catholique et de faire ressortir les inconvénients et les dano>ers de ces amusements condamnés par TEglise. Vous poursuivrez votre œuvre au confessionnal avec une fermeté mêlée de douceur, cliercliant à faire comprendre à ces jeunes filles quel vain mirage elles poursuivent dans ces assemblées bruyantes où elles compromettent leur vertu , la paix de leur âme et souvent leur honneur, et combien sont préférables les joies douces et pures du foyer domesique.

Mais votre principale ressource sera le concours des mères si vous avez eu soin de vous le ménager. La clé le la difficulté est entre leurs mains ; ce sont elles qui

Iaissent aller et souvent poussent leurs jeunes filles à ,*es réunions, sous l'influence de principes faux et antiîhrétiens ou d'illusions mondaines. Si donc vous leur ivez ouvert les yeux , si vous avez dissipé leurs préugés , si vous leur avez révélé leurs devoirs et les graves responsabilités qui s'ensuivent , vous aurez en îlles non des adversaires , mais des auxiliaires , et la îonfrérie des mères chrétiennes et celle des jeunes illes se prêteront un mutuel et précieux concours. Cette confrérie de jeunes filles sera tout naturelle-

ment dans votre paroisse le centre de la dévotion à la très sainte ^ ierge, dont la vie, qui peut, selon la pe?isoe de saint Ambroise*, « servir de modèle à tous les âges et à toutes les conditions », s'offre néanmoins d'une façon spéciale à Tadmiration et à l'imitation des vierges chrétiennes. C'est à vos congréganistes que vous ferez tout d^'abord appel pour célébrer ses fêtes : le mois de Marie, celui du saint Rosaire et les autres solennités ', établies en son honneur. C'est par elles que vous \ propagerez parmi vos paroissiens toutes les pieuses j/ pratiques de cette dévotion, la première après celle du J Saint Sacrement, et qui ouvre dans une paroisse unei source inépuisable de grâces.

Je ne vous dirai rien de la forme particulière que I vous donnerez à ces diverses confréries , du vocable J sous lequel vous les placerez ; vous connaissez celles qui sont spécialement reconnues et autorisées pai TEglise , vous les choisirez de préférence. Je me, contente de nommer celles du Saint-Sacrement , di; Sacré-Cœur, des Mères chrétiennes , de la Sainte- Vierge, du Rosaire, du Mont-Carmel... L'importan; c'est que vos confréries, quel que soit leur nom, deviennent des confréries vivantes, agissantes, qu'elle! atteignent chaque catégorie de vos paroissiens e paroissiennes , qu'elles aient des réunions périodique:, et que, par une affiliation régulière aux archiconfrérie correspondantes . elles offrent à leurs membres le, avantages des nombreuses indulgences qui y son attachées. ^

Si vous établissez des confréries dans ces condition?

si vous les dirigez en appelant à votre aide la patience

la prudence et la persévérance, votre entrepri^j

* Talis fuit Maria ut ejus unius vita omnium sit disciplinai (De Virgin., 1. II, c. ii, n» 15).

l'éussira infailliblement tôt ou tard. Vous verrez le nombre des associés augmenter, et autour de vous, dans votre église aujourd'hui peut-être déserte, se groupera un petit troupeau qui sera votre consolation et votre force ; il ira se multipliant, propageant le bien dans votre paroisse, et vous récompensant ainsi au centuple, dès cette vie, du surcroit de sollicitudes et de travail que vous aurez dû vous imposer pour Torganiser et le conserver.

Et quand vous posséderez de bonnes et sérieuses confréries, il vous sera facile de mettre en pratique le moyen par excellence pour l'aire circuler et multiplier dans les âmes la vie chrétienne.

Cette vie, elle est enNotre-Seigneur comme dans sa source. C'est par lui qu'elle nous arrive; il est venu sur la terre pour nous l'apporter. Son incarnation et son eucharistie, qui en est le prolongement à travers les siècles, n'ont pas un autre but ; lui-même nous le déclare : « Je suis venu afin qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient plus abondante * ».

Si donc la vie faiblit dans les âmes, c'est qu'elles n'approchent pas assez de Notre-Seigneur. Elles oublient sa parole : « Si vous ne mangez la chair du fils de Ihomme et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous ^ ». Parce qu'elles se tiennent à l'écart de la table sainte, elles languissent et souvent elles meurent. L'Eglise ne se fait pas illusion sur ce péril ; vous connaissez le vœu qu'elle

* Ibid., VI, 54.

formait au Concile de Trente par rapporta la commi nion des fidèles *. « La sainte assemblée souhaiterait qu'à chaque messe les fidèles qui y assistent communient, non seulement par esprit et par désir, mais par la réception sacramentelle de FEucharistie ; car par elle ils recevraient en plus grande abondance les fruits du saint sacrifice ».

il est vrai pour la généralité des chrétiens, ce désir n"est pas réalisable ; la communion quotidienne et même la communion fréquente ne s'harmoniserait pas avec leur genre de vie. Mais n'existe-t-il pas des âmes qui tireraient grand profit de communier plus souvent qu'elles ne le font ? Pourquoi s'approclientelles si peu de la table sainte ? Parce que personne ne s'occupe de les y introduire et au besoin de les y pousser ; elles n'y pensent pas ou elles n'osent pas. Comme au paralytique de l'Evangile, il leur faudrait un homme, et elles ne l'ont pas : Hominem nonhabeo-.

Et pourtant cet homme existe : c'est le prêtre ; i! est l'introducteur attitré des âmes auprès de Notre- Seigneur. C'est le serviteur auquel son Maître dit, parlant de son festin et de ceux qu'il invite : « Contrai-^] onez-les à entrer ^ ».

Non pas, certes, qu'il faille donner dans cette exagération déplorable, qui est peut-être bien un peu àl l'ordre du jour, comme je l'ai déjà dit, et qui consiste à admettre sans précaution, sans discernement, à la sainte communion. 11 y a des principes à suivre, des

1 Optaret qiiidem sacrosancta Synodus ut, in singulis missifidèles adstantes non soliim spiriliiali affecta, sed sacrameii tali etiam Eiicliaristiœ perceptione communicarent, quo ad eos sanctissimi hujiis sacrificii fnictus uberior proveniret.i (fcjess. XXII, c. Yi). '

^ S. JOANN., V, 5. j

3 S. Luc, XIV, 23.

LA CULTUlîE Di:S AMES 395

ondilions à poser, des vertus à exiger. Mais aussi

faut-il se garder soigneusement d'un autre excès :

permettre et à plus forte raison favoriser dans les

imes cette tendance qui est évidemment un reste do

Jansénisme et qui les éloigne de Notre-Seigneur.

Test au confesseur à garder un juste milieu, et pour

ela à étudier les consciences qu'il est appelé à diri-

g-er. Il doit en être bien convaincu, sa mission au saint

Lribunal n'est pas seulement de donner des absolutions,

liais aussi d'imprimer à chaque âme la direction qui

ui convient. Réunissant la connaissan(îe extérieure

qu'il peut avoir de chacune d'elles à celle plus intime

que lui donne l'aveu sacramentel, il se demandera de

elle ou telle personne : Ne lui serait-il pas avantageux

le communier davantage ? Au lieu de ne faire la

communion qu'à Pâques, ne devrait-elle pas la faire

iux principales fêtes, tous les mois, tous les huit jours,

plus souvent encore ? Vu ses dispositions, n'est-ce

pas pour moi un devoir de Ty exhorter et de Ty

préparer ?

Sans nul doute, il en coûte de suivre ninsi les âmes pas à pas, d'étudier les desseins de Dieu sur chacune J'elles et de les en instruire en les engag'eant et en les aidant à y correspondre. Mais aussi quelle consolation pour le bon pasteur de voir augmenter peu à r)eu le nombre des convives de la table sainte, des \mes qui comprennent et qui goûtent le don de Dieu ? X'est-ce pas à cet heureux curé qu'il convient d'appliquer la parole de Notre-Seigneur : « La femme, 'orsqu'elle enfante, est dans la tristesse, parce que 5on heure est venue ; mais lorsqu'elle a mis l'enfant lu jour, elle ne se souvient plus de ses souffrances, à ::ause de la joie qu'elle ressent de ce qu'un homme est lé au monde * ».

* S. JOANNv XVI, 21.

Laissez-moi donc, Messieurs, vous signaler encore une fois le confessionnal comme le théâtre sur lequel votre zèle peut s'exercer avec une plus grande fécondité. Là vous complétez l'œuvre commencée en chaire et à l'autel. Du haut de la chaire vous instruisez, vous éclairez, vous remuez les âmes, vous préparez les voies ; à Tautel, par votre prière, devenue la prière même de Jésus-Christ, vous attirez sur elles les grâces dont elles ont besoin pour ne pas fermer l'oreille et s'endurcir à l'audition de la parole sainte ; mais c'est lorsqu'elles sont à vos pieds, au tribunal de la pénitence, que vous pouvez exercer sur elles toute la puissance sanctifiante de votre sacerdoce, et les faire monter, de degré en degré, jusqu'à cette hauteur j où Dieu les appelle. ^

^léditez ces conseils, Messieurs, je vous en conjure, i Ils me sont inspirés par le désir ardant que j'ai de voir { le feu sacré de Tamour de Notre-Seigneur Jésus-Christ se répandre dans ce diocèse. Y travailler de toutes nos forces c'est notre devoir à tous : il n'est pas un prêtre qui ne puisse et ne doive répéter, à la suite du Maître, par rapport à la portion du champ que lui a i^ confiée le père de famille : « J'y suis venu jeter le feu, . et quel est mon désir, sinon qu'il s'embrase ? Ignem i veni mittere in terram et quid volo nisi ut accenda- t tnr ? * Ce feu divin, on cherche à l'éteindre ; on multiplie les tentatives sataniques pour rendre les popu-t lations indifférentes d'abord, puis, s'il se pouvait,^' incrédules et hostiles. Mais, malgré tout, ce feu de l'amour de Dieu n'est pas éteint ; seulement dans un grand nombre d'àmes il est recouvert par la cendre des préjugés et des passions.

* S. Luc, XII, 49. *

Cest à nous qu'il appartient d'écarter cette cendre et de raviver la flamme. Que pourrions-nous vouloir autre chose, nous prêtres ? quel autre but pourrionsnous poursuivre sur celte pauvre terre ? quel autre objet serait digne de nos ambitions ? Quid 90I0 nisi ut accendatiir ?

Mais disons-nous bien que nous ne réussirons qu'à force de travail et de dévouement. En temps ordinaire, es moyens ordinaires peuvent suffire ; mais en des temps extraordinaires comme ceux que nous traversons, il faut des moyens extraordinaires. Des prêtres ordinaires seraient capables peut-être de conserver, au milieu de populations moins travaillées par l'esprit d'erreur et de corrupjtion, des traditions existantes ; mais pour les rétablir dans des paroisses qui ne sont plus guère croyantes et pratiquantes, il faut des prêtres extraordinaires sinon par leurs talents, au moins par leurs vertus ; des prêtres animés d'un véritable amour de Dieu et des âmes, résolus à ne reculer devant aucun effort, aucun sacrifice ; ne cherchant pas leurs aises et leurs avantages personnels, ne fixant pas à leur zèle une limite qu'ils n'entendent pas dépasser ; des prêtres qui ne se bornent pas à faire l'essentiel de leur ministère, ce qui s'impose sous peine de péché, mais qui soient sans cesse occupés à découvrir et à appliquer de nouveaux moyens pour gagner les âmes et les sanctifier ; des prêtres, en un mot, qui adoptent et réalisent, dans les moindres détails de leur vie, la sublime devise de saint Paul : « Tout dépenser et se dépenser soi-même pour le salut des âmes * ».

Soyez-tous et do plus en plus. Messieurs, de tels prêtres, et vous serez puissants en œuvres et en paroles : sur aucun de vous on ne pourra laisser tomber ce

' II ad Co!\, xn, l.").

DIX'SEPTIEMIÎ CONFERENCE

désolant reproche : « Celui-là n" était pas de la race de ceux qui sauvent Israël: Ipsi autcm non erantde semine virornni illoriun per quos salas in Israël * ». Au contraire, vous sauverez des âmes en grand nombre en sauvant la vôtre, et vous mériterez que Dieu vous applique un jour le bénéfice de cette loi qu'il a promulguée dans nos Livres saints : « Ceux qui enseignent à beaucoup de leurs frères la science de la justice brilleront comme des étoiles pendant loute Téternité ^ ».

' I Mach., V, 62.

- Dan., XII, 3.

Messieurs,

Votre titre et vos fonctions de curé vous font une situation à part dans vos paroisses. Chacun de vous ;st dans la sienne comme un roi dans ses Etats, ou, )0ur employer une comparaison plus simple et plus raie, comme un père au sein de sa famille. Vous poslédez dans l'ordre surnaturel une autorité devant aquelle tous doivent s'incliner, parce que c'est l'auto- 'ité môme de Dieu dont vous êtes le représentant et au lom duquel vous parlez et vous agissez.

Cette situation est sans contredit très favorable au )oint de vue du bien que vous êtes appelés à faire ; elle 'ous en facilite l'accomplissement et vous permet d'en îlendre le cercle. Mais aussi, il faut en convenir, elle )résente des dangers et peut aisément donner naisance à des abus.

I Accoutumé à commander sans rencontrer de contra- 'icteurs, à voir tout plier devant lui, un curé, s'il ne e surveille, est exposé à prendre des habitudes et des llures dominatrices, à ériger en loi sa volonté, à se aire une sorte de souveraineté absolue que rien ne

400 DIX-HUITIÈME CONFÉRENCIl

lempère et qui, au lieu de s'exercer pour le bien des âmes, devient une tyrannie qui leur pèse et les éloigne de récrlise et de la relig-ion.

Et comme des prêtres, d'ailleurs excellents, se laissent parfois entraîner sur cette pente, il importe, Messieurs, de vous souvenir que vous n'êtes pas des souverains indépendants. En tant que pasteurs des âmes, vous faites partie d'une hiérarchie divinement constituée ; si vous y avez votre part d'autorité et df direction, elle vous impose en retour des devoirs d( .subordination et d'obéissance. C'est votre droit el votre devoir de régir votre paroisse et de diriger voj paroissiens, mais non pas arbitrairement au gré d( votre bon plaisir. Vous êtes tenus de suivre en ton les règles tracées par la sainte Eglise et que voii transmettent ses organes autorisés.

Ce que vous désirez que votre peuple soit pour vous vous devez l'être vis-à-vis de vos supérieurs ecclésias tiques. Dieu souvent permet qu'il y ait à cet égard un sorte de réciprocité providentielle et qu'un curé trouv ses brebis dociles à sa voix dans la proportion préci sèment où lui-même il Test à celle de ses chefs hiérai chiques. S'il leur donne le respect, la soumissioi l'affection auxquels ils ont droit, ses paroissiens ] payent de retour ; si, au contraire, il n'acquitte p; fidèlement cette dette, il se voit frappé de la peine d talion.

Vous avez donc tout intérêt, Messieurs, même au poii de vue humain, à remplir exactement et amourei sèment vos devoirs envers vos supérieurs, car voi pouvez vous y attendre : « on emploi ra pour vous même mesure dont vous vous serez servis vis-à-v d'eux ^ ».

^ S. Mattii., VII, 2.

^àtâl

Le premier de vos supérieurs ecclésiastiques, c'est

3 Souverain Pontife. Il est ici-bas le représentant par

xcellence, le type visible du Bon Pasteur ; et, par

onséquent, vous ne sauriez trop ambitionner de ratta-

lier constamment, et par tous les liens possibles,

olre pastoral à celui de ce Pasteur suprême, de vous

enir en parfaite communion de pensées, de prières,

e désirs, d'affections avec le Pape.

C'est le Père commun de la grande famille catho-

ique. Il a reçu mission de « paître les agneaux et

les brebis^ », brebis à Tégard de leur troupeau,

neaux à l'égard de Pierre. Vous êtes donc, vous

asteurs des âmes, ses fils aînés et privilégiés : vos

res attendent de vous Fexemple d'un respect, d'une

)éissance qui ne se démentent jamais et s'affirment

ar des actes.

Votre premier devoir est de recevoir dans ces

lintes dispositions tous les enseignements qui des-

ndent de la chaire de Pierre et de les prendre

)mme la règle invariable de votre foi et de votre

induite.

De nos jours, grâce à la diffusion de la presse, un rêtre peut sans peine se tenir au courant de tout ce Lie dit et fait le Souverain Pontife. Comment dès lors )tre piété filiale ne serait-elle pas avide de recueillir utes les paroles qui tombent de cette bouche auguste, us les actes qui émanent de son initiative ? N'ont-ils is pour vous le prix qu'a pour un fils la parole de son 3re bien-aimé ? Et, de plus, le Pape, placé sur ce

' S. JOAXX., XXI. 13.

sommet lumineux de l'Eglise, embrassant d'un regard le monde entier, concentrant, résumant en sa personne l'expérience de tous les pasteurs, n'est-il pas, même humainement parlant, plus capable que personne de donner aux âmes et aux sociétés les sages conseils et la direction opportune ?

Mais ce sont surtout les enseignements doctrinaux proprement dits qui attireront votre attention. Vous aimerez à les chercher dans les actes officiels, dans ces Encycliques, où le Vicaire de Jésus-Christ parle avec Tautorité inCaillible que lui a donnée le divin Maitre pour diriger sûrement son Eglise. Vous les lirez, vous les méditerez, vous vous en nourrirez pour en nourrir ensuite vos fidèles. Aucune instruction ne sera plus solide et plus opportune que celle que vous puiserez à cette source.

N'est-ce pas d'ailleurs pour nous. Messieurs, une consolation et une force non pareilles que de nous rattacher ainsi à la chaire de Pierre de toutes h^ forcés de notre intelligence, de pouvoir, du sein d( ténèbres qui vont s'épaisissant sur le monde, noiu tourner vers ce phare d'où nous vient la lumière poui diriger sûrement notre barque parmi les tempêtes e les écueils ? Grâce à cette parole, organe de celle d( Dieu, qui dit et dira toujours à l'humanité au momen opportun ce qu'il faut penser de telle doctrine admettre ou répudier de tel système, le prêtre vit san cesse dans le repos et la paix de l'intelligence. 11 n ■ plus à s'inquiéter des bruits confus et contradictoire qui s'élèvent autour de lui : il sait bien que le nv d'ordre de la vérité qui domine les controverses i dissipe les erreurs et les malentendus, il l'entendr sortir de « cette bouche qui sufiit à l'univers * » : et

* Os orbi sufficiens.

!St bien décidé à répondre toujours par Tacte de )leine et filiale soumission qu'adressait au Sauveur le )remier des Papes : « A qui irions-nous, Seigneur, > vous avez les paroles de la vie éternelle ? * »

C'est un des symptômes rassurants à notre époque |ue cette concentration de TEg-lise autour de son chef asible. Il semble que plus elle est combattue, plus elle iprouve le besoin de resserrer les liens qui l'unissent i celui qui a mission de la défendre et de lui assurer la /ictoire. Jamais l'adhésion de tous les pasteurs, à tous es degrés, à la chaire de Pierre n'a été plus unanime it plus intime ; ils sont là tous attentifs à la parole qui m descend, la recevant avec une entière docilité, sans lésitation, sans réserve. Les évéques s'empressent de a promulguer dans leurs diocèses et les curés de s'en aire lécho dans leurs paroisses. De la sorte, la vérité irrive à toutes les âmes de bonne volonté abondante, )leine, sans altération, sans mélange.

Entrez pleinement pour votre part. Messieurs, dans mouvement providentiel qui pousse vers Rome outes les intelligences élevées. N'ayez rien tant à œur que de vous montrer en toutes circonstances les uditeurs respectueux, attentifs, les disciples fervents e l'enseignement pontilical. Ce n'est pas assez : aites-vous les apôtres, les propagateurs infatigables e cette doctrine immuable dans sa substance, mais ui sait modifier sa forme et son expression pour adapter aux temps, aux circonstances, aux épreuves ue traverse l'humanité, et ainsi répondre admirablelent à tous ses besoins et à tous ses appels. Vous vous rattacherez au Souverain Pontife non Bulement par la pleine adhésion de votre intelligence tous ses enseignements, mais encore et surtout par i filiale affection de vos cœurs.

* S. JOANX., VI, 69.

Vous devez aimer le Pape comme le représentant visible de Notre-Seigneur sur la terre. Vous devez l'aimer comme les membres du corps aiment leur cliei' : et non contents de l'aimer vous-mêmes, vous devez vous efforcer d'inspirer cet amour à vos paroissiens. Mais l'aimeront-ils s'ils ne le connaissent pas et comment le connaîtront-ils s'ils n'entendent jamais parler de lui ; si vous ne saisissez avec empressement toutes les occasions favorables de traiter ce sujet si attrayant ? Oui, parlez du Pape à vos paroissiens, parlez-en souvent. Dites-leur ce qu'il est pour eux et ce qu'ils doivent être pour lui ; donnez-leur des idées nelles et claires sur l'étendue et la sublimité de ses pouvoirs, la grandeur de ses charges et de ses responsabilités, la puissance de son action à travers le monde. Montrez-leur la tendresse et la fécondité de cette paternité spirituelle qui s'exerce, au prix del quelles sollicitudes ! Dieu seul le . sait, sur toute âmel l}aptisée, et qui travaille à réunir dans un seul bercaifj et sous un seul pasteur tous les fils d'Adam, afin quel tous profitent de la rédemption abondante du Sauveurj Jésus. Concluez en insistant sur l'obligation qui s'impose à tout chrétien de s'intéresser au Pape, de l'aimer, de prier pour lui, de l'aider, chacun selon la mesure de ses forces, dans sa grande mission de sanctifier et de sauver les âmes.

Plus le souvenir du Pape occupera de place dan? votre vie pastorale, plus l'influence de ses enseignements et de ses actes s'y fera sentir, plus votre minis tère sera béni de Dieu et consolant. Plus vous jettere; vos filets d'accord en tout avec le successeur di pêcheur de Galilée, plus votre pêche sera fructueuse Plus vous vous tiendrez unis à celui qui a reçu h premier et nommément la fonction de paître le trouii peau tout entier du Christ, plus vous serez dans votn.

paroisse le bon pasteur. Pourriez-vous dire et croire que VOUS Têtes si vous ne marchiez pas en tout et pour tout à la suite et le plus près possible de celui dont le privilège est précisément de ne pas s'égarer et de ne pas égarer ses brebis, mais de les conduire toujours dans les riches pâturages de la vérité ?

Cet attachement d'esprit et de cœur au Souverain Pontife ne portera aucun préjudice à ce que vous devez à votre Evêque : tout au contraire, il contribuera à rendre plus forts et plus surnaturels les liens qui vous rattachent à « cet Evèque de vos âmes : Episcopum animarum vestranim^ », comme l'appelle saint Pierre, préposé par Dieu lui-même au gouvernement du diocèse dont vous faites partie.

Ce serait assurément très mal comprendre et ne pas remplir ses devoirs à l'égard du Pape que de méconaaître et de négliger ceux qui s'imposent vis-à-vis de 'Evoque. Un prêtre se ferait illusion s'il croyait pouvoir pleinement s'acquitter des uns sans s'inquiéter Jes autres : ils se tiennent et sont indivisibles.

L'Evêque envoyé par le Pape dans un diocèse et en communion avec lui n'est-il pas son représentant et îomme un autre lui-même ? n'a-t-il pas droit, toutes proportions gardées, au même respect, à une égale 'énération ? et le Souverain Pontife ne serait-il pas lisposé à adresser à tous ceux qu'il appelle ses frères a parole du Maître à ses Apôtres : « Qui vous écoute n'écoute et qui vous méprise me méprise ^ ? »

• I Petr.. II, 25.

' S. Luc, X, IG.

Vous vous tiendrez donc soigneusement en garde contre cette ligne de conduite qui consiste à professer, au moins en paroles, et souvent avec ostentation, un respect, une soumission absolue pour le Pape, alors qu'on ne manifeste rien de ces sentiments pour son Evêque. Serait-ce réellement s'incliner devant le grand principe de l'autorité que de reconnaître celle qui est loin en refusant de s'incliner devant celle qui est près ? Ne serait-ce pas plutôt montrer qu'on prétend échapper à l'une et à l'autre : à la première, trop éloignée pour faire sentir son action, et à la seconde, la seule qui puisse s'exercer efficacement, en lui contestant ses droits? N'y aurait-il pas lieu d'appliquer à cette conduite le raisonnement que faisait l'apôtre saint Jean par rapport à l'amour de Dieu et du prochain : « Celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il se flatter d'aimer Dieu qu'il ne voit pas 1 ? » Et vous, prêtres, si vous ne remplissiez pas vos devoirs à l'égard de votre Evêque, qui vous représente immédiatement Jésus -Christ, pourriez - vous croire que vous les remplissez à l'égard du Pape : A la distance oii il se trouve, comment lui prouver votre dévouement autrement que dans la personne de votre Evêque ?

C'est d'ailleurs dans cette union intime d'esprit, de cœur, de volonté avec votre Evêque que vous trouverez la principale force et la plus douce consolatior de votre pastorat.

Un diocèse, c'est une famille ; l'Evêque en est 1( père. Si tous ses diocésains doivent avoir de lui cett< idée et se montrer en toutes circonstances enfant: respectueux et dévoués, cette obligation est plui rigoureuse et s'étend plus loin pour les prêtres qu

sont les fils aînés. Ne se rattachent-ils pas à leur Evèque par des liens plus forts et plus sacrés ? N'estce pas par l'imposition de ses mains qu'ils ont reçu la grâce de l'ordination ? N'est-îl pas la source où ils viennent nécessairement puiser ces pouvoirs de juridiction dont ils font ensuite bénéficier les âmes ? N'ont-ils pas en lui leur conseiller naturel, le confident et le consolateur de leurs peines ? Ne doivent-ils pas le considérer comme l'intermédiaire providentiel par lequel ils se rattachent au Souverain Pontife, et par le Souverain Pontife à Jésus-Christ, le Pasteur suprême ?

De la situation que Dieu lui-même a faite à TEvêque en le plaçant dans un diocèse pour « gouverner cette portion de son Eglise : posait Episcopos, regere Ecclesiam Dei^))^ découlent naturellement vos diverses obligations à son égard. Les sentiments qui doivent vous animer vis-à-vis de lui n'en sont que des conséquences.

C'est d'abord celui d'un respect profond, universel et surnaturel. Ce respect est commandé par la dignité épiscopale. Un Evêque, quel qu'il soit d'ailleurs au point de vue des qualités humaines : naissance, talents, réputation, possède l'incomparable trésor de la plénitude du sacerdoce. A ce titre, il domine d'une prodigieuse hauteur, aux regards de la foi, toutes les grandeurs de ce monde. Dieu, en le prenant par la main, en le tirant de sa bassesse pour le faire asseoir parmi les princes de son peuple, en a fait son christ, et vous savez ce qu'il déclare dans nos Livres saints : « Ne touchez pas mes christs et n'allez pas dire du mal de mes prophètes : Nolitc tangere christos meos : et in prophetis meis nolite malignari^.

* Act , XX, 28.

* Ps. civ, 15.

Il est vrai, Messieurs, malgré son éminente dignité, l'Evêque reste toujours homme, et comme tel il est sujet aux misères et aux faiblesses de notre pauvre humanité. Mais, à supposer qu'il leur payât son tribut, ce ne serait pas aux membres de sa famille et à plus forte raison à ses fils dans le sacerdoce qu'il appartiendrait de remarquer ces défaillances et de s'en faire une arme contre lui. Ils devraient plutôt, comme les. hls respectueux de Noé, couvrir de leur tristesse et de leur silence ces fautes de leur père : autrement ils courraient grand risque d'attirer sur eux la malédiction qui tombait autrefois sur Cham , le fils moqueur et sans entrailles *. |e

Souvent, d'ailleurs, ces jugements sévères, cesjl critiques formulées contre la personne d'un Evêquel seraient injustes et faux et ne s'appuieraient que surf des apparences trompeuses. Que de fois tel acte paraît blâmable, telle mesure fâcheuse parce qu'on ne se rend pas compte du véritable motif qui les inspire. Les Evêques sont tenus, à titre de charité, parfois même de justice, d'agir avec une grande discrétion.i Dans certaines circonstances, un rigoureux silence^ s'impose à eux alors qu'un mot suffirait à dissiper le nuage et à leur donner raison devant ropinionii publique. Comprenez et respectez ce charitable silence ; et loin de soupçonner, d'interpréter en mal, de vous ériger en censeurs ou en juges de celui qui a été constitué « juge aux lieu et place du Christ : judex vice Christi^ », rendez-lui en public et dans le secret de votre ccsur Fhonneur qui lui est dû ; et surtout, vous dirait saint Ignace, « soyez-lui soumis comme li

1 Gen., 20 et seq.

2 S. Gypr., Ep. 55.

7Jirist Tétait à son Père : Episcopum sequimini sicut Jésus Christus Patreni'^ ».

C'est qu'en effet le véritable respect n'est jamais

séparé de l'obéissance, qui est une de ses manit'esta-

ions. L'Evêque a droit à l'obéissance de tous, mais,

e n'hésite pas à le dire, surtout de ses prêtres. Sur

'.G point comme sur tous les autres ils ont à donner

'exemple aux fidèles. Cette vertu doit même paraître

sn eux à un degré supérieur de perfection et d'édifî-

•ation. N'est-il pas juste qu'ils se fassent tout particu-

ièrement l'application de ces paroles de l'apôtre saint

^aul : « Obéissez à ceux qui ont été placés à votre tête

t soyez-leur parfaitement soumis, car ils veillent

omme devant rendre compte à Dieu de vos âmes ;

béissez-leur, afin qu'ils s'acquittent de leur charge

vec joie, et non en gémissant, ce qui ne vous serait

>as avanta^-eux "^ » .

D'ailleurs, Messieurs, cette soumission sans réserve

es pasteurs des âmes dans un diocèse à leur chef

iérarchique est absolument nécessaire. Rien ne serait

lus préjudiciable au bien que le contraire. Saint Paul

DUS le fait comprendre par une belle comparaison.

»i les membres du corps, dit-il, n'étaient pas intime-

lent unis à la tête, si chacun d'eux se prévalait du

Ole particulier qu'il est appelé à remplir pour s'isoler

t vivre indépendant, qu'adviendrait-il? Ce serait le

ésordre, la rupture de ces relations harmonieuses,

e cette belle unité qui, de ces membres multiples, ne

lit qu'un corps où chacun tient sa place et fonctionne

DUS l'autorité de la puissance supérieure qui com-

lande 3. Ainsi en est-il dans un diocèse. Si l'Evêque,

\ ' Epist. ad Smyrn.

* Ad ilehr., xiii, 17.

^ I ad Cor., xii, l'i et scq.

qui a la charge et la responsabilité du gouvernement, ne trouve pas dans ses prêtres une docilité parfaite, si les mesures qu'il prend dans une vue et un plan d'ensemble pour le bien général ne sont pas acceptées de confiance par ceux qui ne peuvent se placer pour les apprécier qu'à un point de vue local et restreint, si ses ordres ne sont pas ponctuellement exécutés, si chacun s'arroge le droit de discuter ses ordonnances, d'en prendre ce qui lui convient et de rejeter ce qui ne lui agrée pas, qu'en sera-t-il de ce diocèse ? Le^ intérêts des âmes y seront nécessairement en souffrance, le succès du saint ministère empêché ou irèi diminué. Au lieu de présenter l'aspect d'un cliamj également bien cultivé dans toutes ses parties et produisant partout d'abondantes récoltes, il offrira au? regards de désolantes inégalités. L'Evêque ne pourri pas dire comme le patriarche Jacob en respirant ci parfum de régularité lui arrivant de toutes parts « Voici que l'odeur de mes fils est comme Todeur d'ui champ fertile que le Seigneur a béni* ». Et, pou employer une autre comparaison, il en sera de c diocèse oi^i l'obéissance n'est pas suffisamment pra tiquée comme de cette armée où les soldats n'enten dent pas la voix des chefs, ni les officiers subalterne celles du généralissime. Ce n'est plus une « armé ordonnée 2 : acies ordinata », et dès lors invincible c'est une bande sans discipline, sans unité et pa conséquent sans force dont l'ennemi aura facilemer raison. « Où il n'y a point de maître, disait Bossue tout le monde est maître ; où tout le monde est maîtn tout le monde est esclave ^ ».

* Gen., XXVII, 27.

2 Gant., VI, 9.

^ Politique tirée de l'Ecriture, 1. I, art. m.

Vous prendrez donc pour règle de conduite vis-à-vis le votre Evoque ces belles recommandations de ,éon XIII : « Les prêtres ne s'exposeront jamais à ce langer d'opposer ou de préférer leur jugement et leur olonté propre à ceux de l'Evêque ; mais, en se sou- (lettant et en obéissant à ces représentants du Christ, Is travailleront avec plein succès dans la vigne du jeigneur, y recueillant en abondance des fruits de jlioix qui se conserveront pour la vie éternelle. Quijonque, au contraire, se sépare de pensée et de volonté e son pasteur et du Pasteur suprême, le Pontife omaiïï, ne peut en aucune façon demeurer uni au Ihrist : « Qui vous écoute m'écoute, et qui vous méprise me méprise ^ », et quiconque est étranger u Christ dissipe en vérité plus qu'il ne recueille ^ ». Je me hâte d'ajouter : Vous obéirez à votre Evoque vec d'autant plus d'empressement et de facilité que DUS appuierez davantage votre obéissance sur la base 'une entière et filiale confiance.

N'est-ce pas d'ailleurs pour vous un besoin de cœur? )ans le monde où il vous faut vivre vous rencontrez à haque pas, en traitant avec les hommes, des diffiultés et des déceptions qui vous inclinent vers la édance dont on a dit qu'elle est la mère de ]a sûreté, 'expérience de chaque jour, non moins que l'Evan-

* S. Luc, X, 16.

' Nusquam porro commillent, ul jiiclicio et arbitrio Epis- )poriim aut opporiaiit aut antefcront siium, sed ipsis pareiido '. obediondo pcrsonam gercnlibus Ghrisli, felicissime claboibunt in vinea Doiiiini, copia friicluum lectissimorum ad tam sempiterjiam mansura. Quisqiiis vero se a paslore siio :que a pastoruni niaximo romano Pontifice, sentenlia et Dlontate abjiingit, nullo pacto conjungitur Ghrislo : Qui vos 'idit me audit et qui vos spernit me speniit. Qnisqiiis autem 't a Ghrislo aliénas, dissipât verius quam colligil. (Léo XIII, pisl. ad Archiop. et Episc. Bavar., 22 dcc. 1887, t. VII, p. 232).

gile, vous recommande de joindre à la simplicité de la colombe, dont il ne faut jamais vous départir, 1; prudence du serpent *.

Mais cette défiance , si légitime et nécessaire qu'elle soit, n'en est pas moins pénible à pratiquer et, pour certaines natures plus expansives, elle devien un véritable martyre.

Ne devez-vous pas dès lors aspirer à trouver ui cœur auquel vous puissiez vous confier sans réserve et ce cœur n'est-il pas celui de votre Evêque? Dieu ci lui confiant une famille sacerdotale ne lui a-t-il pa donné toutes les qualités de la paternité spirituelle n'a-t-il pas au jour du sacre rapproché ce cœur de soi propre cœur pour lui en infuser toutes les tendresses et ne peut-on pas dire du cœur d'un Evèque ce qu saint Chrysostome disait de celui du grand Apôtre « Le cœur de Paul, c'est le cœur du Christ : Co CliJ'isti erat cor Paidi P "^ »

Le prêtre qui se place à ce point de vue surnature et s'inspire de ces pensées de la foi ne se sent-il pa' tout naturellement porté à recourir à son Evêque ér toutes circonstances, à lui demander conseil dans set incertitudes, consolation dans ses peines , coura^' dans ses luttes ? Ne trouve-t-il pas dans ces filialei communications un principe très puissant de secunfii et de force pour son ministère parfois si laborieux é si douloureux ? et, d'autre part, cette direction patei' nelle que l'Evêque donne à ses prêtres ne devient-ell pas une source féconde de bien dans chaque parois^ et par suite dans le diocèse tout entier ?

La confiance présuppose l'affection, mais en mêni temps elle y conduit. Et, en définitive , c'est dans c

1 &. Matth., X, 16.

2 Homil. XXXII in Episl. ad Rom., 3.

9ntiment que tous les autres viennent prendre naisince et se résumer. Vous ne donnerez à votre Evêque î respect , Tobéissance , la confiance , dans la mesure t avec la persévérance requises , que si vous l'aimez. C'est donc cette affection qu'il faut avant tout iitretenir et développer dans votre âme, une affection inspirant non pas de motifs humains et intéressés, lais de motifs surnaturels et divins. Dites-vous bien ue c'est pour vous un devoir d'aimer votre Evêque et ue, parmi beaucoup d'autres raisons, celle qu'indique lint Paul à propos de l'obéissance s'applique aussi à amour, et n'est pas une des moindres : « Votre vèque veille comme devant rendre compte à Dieu de 3S âmes * ».

C'est une veille laborieuse et crucifiante , surtout à

rlaines heures, que celle de l'épiscopat. Les Evoques

)nt assiégés par tant de sollicitudes , ils éprouvent

arfois de telles angoisses , ils rencontrent pour ainsi

ire à chaque pas de telles oppositions ! ne faut-il pas

l'ils trouvent en dédommagement un peu d'affection ?

t cette affection , que beaucoup leur refusent ou ne

ur donnent qu'avec parcimonie , où l'iront-ils cher-

ler en abondance, en plénitude, sinon dans le cœur

î leurs prêtres ? Se sentant soutenus, animés par

le, que ne peuvent-ils pas entreprendre et mener à

)nne fin pour le service de Dieu et des âmes ? Si , au

)ntraire, elle leur faisait défaut, de quelle ressource

de quelle consolation ne se verraient-ils pas par là-

ême privés ?

Les principes de conduite que je viens d'exposer •us les appliquerez , Messieurs , dans vos rapports m seulement avec votre Evêque, mais avec tous ceux Il ont une part de son autorité dans le diocèse et

Ad Ilcbr,, xiiî. 17.

sont associés à son administration. A ce titre tous vicaires généraux , membres du conseil épiscopal , arcliiprétres , doyens , ont droit d'attendre et de réclamer de chacun de vous, dans une certaine mesure, ces mêmes sentiments et ces mêmes ég-ards. Ce que vous leur donnez se rapporte en définitive à l'autorité épiscopale, dont ils sont les représentants à des degrés divers. C'est cette autorité qu'il faut considérer en eux. Vous échapperez ainsi à la tentation qu'éprouveni certains prêtres. Volontiers ils se soumettent à leui Evêque : ils se rendent ])ien compte que par le caractère de son sacre il est élevé au-dessus d'eux ; tandif que les autres supérieurs ecclésiastiques , simple; prêtres, leur semblent placés pour ainsi dire au même niveau, et ils éprouvent une certaine répugnance; leur obéir. Pour vous, iMessieurs, vous mettant au dessus de ces raisonnements humains, dans vos supé rieurs à tous les degrés vous verrez Notre-Seigneii Jésus-Christ, vous ientendrez vous dire: C'est mo qui vous commande, c'est à moi que vous obéissez c'est moi qui vous récompenserai ; et dès lors il vou deviendra facile et consolant de vous soumettre , pa amour pour lui et à son exemple, à ceux-là mêm qu'humainement parlant vous avez peine à regarde comme vos supérieurs.

Voilà, Messieurs, vos devoirs envers vos supérieiu ecclésiastiques : ils ne sont pas les moins importani parmi ceux que vous impose la charge pastorale, t si vous les remplissez fidèlement vous n'aurez qu vous en féliciter et pour vous et pour le succès ( votre ministère.

De la part de vos supérieurs, pour lesquels voi vous serez montrés toujours pleins de respect, c confiance, de soumission et d'affection, voustrouven

n retour cette bienveillance, cette sympathie qui vous eront d'un si grand secours ; ils verront en vous îurs chers coopérateurs en qui ils ont pleine confiance.

Et d'un autre côté vous bénéficierez des promesses lites par Dieu à celui qui honore son père. Vos supéieurs sont vos pères dans l'ordre surnaturel : le l'Ouvérain Pontife porte ce titre, il s'appelle Saintère, et dans beaucoup d'actes publics les Evêques en ont également qualifiés. Si donc vous vous conduisez is-à-vis d'eux comme de vrais fils, à leur tour vos fils pirituels vous donneront les consolations que vous tes en droit d'en attendre : Qui honorât patient uum jucundabitur in filiis. * Vous désirez et avec aison que vos paroissiens vous respectent, vous béissent et vous aiment. Dieu inclinera leur cœur à DUS donner tout cela si vous-mêmes l'avez donné à os supérieurs. Si au contraire vous leur avez refusé 'acquitter cette dette de piété filiale, n'auriez-vous as à craindre que la justice divine se serve pour vous unir de ces mêmes paroissiens, et faudrait-il vous tonner si vous rencontriez de leur part des opposions, des contradictions et des résistances ?

Vous ne vous y exposerez pas. Messieurs, et uoique ce motif ne soit pas le seul ni même le prinipal, appelez-le à votre aide pour vous encourager à larcher toujours dans cette voie qui sera pour vous allé de la sécurité et du bonheur.

* Eccli., III, G.

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