LES RAPPORTS AVEC L AUTORITE CIVILE
ESSIEURS.
L'Eglise est une société parfaite ; elle a sa légis lation, son gouvernement, ses sujets, son but parfaite ment définis.
Fondée par Notre-Seigneur Jésus-Christ, indépen dante des sociétés humaines, elle leur est supérieur à tous égards ^. C'est de Dieu qu'elle tire son origine c'est de lui qu'elle tient sa constitution : une constiti tion non plus imparfaite et changeante au gré df passions humaines, mais achevée et immuable comn « la vérité de Dieu qui demeure éternellement ^ ». Sai négliger les intérêts matériels en tant qu'ils soi étroitement liés aux intérêts spirituels, elle s'occuj avant tout de ces derniers. Son autorité s'exerce si les âmes : seule elle peut atteindre directement ( domaine réservé qui s'appelle la conscience. Le bi
^ Cum non modo societas perfecta sit sed etiam Immai quavis socieiate superior. (Léon XIII, Encycl. Sapienlix chn iianœ, t. X, p. 28). .*i-
2 Ps. cxvi, 2. I"
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relie se propose, c'est de conduire ses membres oins aux prospérités humaines qu'aux félicités vines. Fille non du temps, mais de l'éternité, c'est nir réternité qu'elle travaille dans le temps et qu'elle )us invite à travailler avec elle.
Toutefois, tant qu'elle poursuit ici-bas le cours de
i vie voyag-euse, TEglise se trouve mêlée aux sociétés
lunaines. Obligée d'entretenir avec elles des rapports
(Cessants, elle désire vivre en bonne harmonie avec
lUtes. Elle est disposée à leur prêter son concours
rtnv atteindre leur fin providentielle. Mais souvent
|le voit ses avances repoussées, ses intentions et son
ritable esprit méconnus : elle est contrainte de lutter
ntrc l'injustice et la persécution.
Et vous, ^lessieurs. pasteurs des âmes, représen-
nts de l'Eglise au milieu des peuples, ne vous trouvez-
)us pas en chacune de vos paroisses dans une
luation analogue à la sienne ? Chefs de la société
ligieuse, vous ne pouvez éviter les contacts avec la
'ciété civile et ses représentants. Et ces rapports
ercent nécessairement une inlluencc soit en bien, soit
i mal sur votre ministère.
il importe donc que vous y fassiez grande attention que, regardant l'Eglise, vous vous efforciez d'imiter r ce théâtre restreint sa conduite au milieu du monde.
L'Eglise ne méconnaît pas les pouvoirs civils : elle leur conteste aucun de leurs droits légitimes ; et, Mis que la plupart du temps ils la jalousent et l'opiment, elle les bénit, prête à leur rendre tous les jrvices en son pouvoir.
C'en est un inappréciable que de donner à leur autorité sa véritable consécration en la faisant remonter jusqu'à Dieu, en l'appuyant sur cette base inébranlable, en la présentant aux hommes avec cette auréole. N'est-ce pas ce que fait l'Eglise ? Ecoutez plutôt saint Paul : « Que toute âme, dit-il, soit soumise aux puissances supérieures, car il n'y a pas de puissance qui ne vienne de Dieu ; celles qui existent ont été établie;! par lui. C'est pourquoi résister à la puissance c'esl résister à l'ordre de Dieu. Or ceux qui résistent attirent sur eux la condamnation ^ )>. Et ailleurs « idemande comme une grâce qu'on fasse des supplica^ | tions, des prières, des demandes, des actions de grâce? pour tous les hommes, pour les rois et tous ceux qu ] sont élevés en dignité ^ ». f
Vous comprenez, Messieurs, que, partant de teli principes, l'Eglise ait grandement à cœur d'entretenit de bons rapports avec les gouvernements de la terre' Peu lui importe la forme sous laquelle ils se présentent, à elle et les institutions qu'ils ont choisies ; « elle n'ei réprouve aucune, pourvu que la religion et la discipliiif des mœurs y soient sauvegardées 3 ». Sans doute elle nfsacrilîe rien de ses droits et de ses libertés : elle ne 1 peut pas. C'est un dépôt qu'elle a reçu : elle manquerai, à son devoir si elle le laissait se perdre ou s'altérer entr; ses mains ; elle le conserve donc précieusement et 1 défend avec un soin jaloux contre toute atteinte. Qu de fois, au cours des siècles, elle a fait entendre àceii
' Ad Rom., XIII, 1.
2 I ad Tim., ii, 1.
'^ Non ad se putat Ecclesia pertinere, qiiœ maxime forn civitatis placeat, quibus institutis res christianarum gentiu civilis geratur : ex variisque reipiiblicœ generibiis nullum ne probat, diim religio morumqiic disciplina salva sit. (Léo XIJ Encyc. Sapienlix chrisiianœ, t. X, p. 28).
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qui demandaient des concessions inacceptables le non possiimiis des apôtres ! Que de ibis elle a redit, par la bouche de ses Pontifes partant pour l'exil plutôt que de trahir leur conscience : « Dieu n'aime rien tant en ce monde que la liberté de son Eglise ! * » Que de lois elle a scellé du sang de ses martyrs cette inébranlable fidélité !
Dans la revendication de ses droits imprescriptibles, rEglise ne s'est ni laissé séduire par les promesses, ni effrayer par les menaces. A ceux qui prétendaient acheter son silence, elle a répondu : « Que votre ai'gent périsse avec vous ! ^ » En face de ceux qui étalaient devant elle des instruments de torture et de mort, elle s'est souvenue de la recommandation de son Maître : Ne craignez pas ceux qui peuvent bien tuer le corps, mais non pas l'âme : craignez plutôt celui qui peut orécipiter l'âme et le corps dans Tenfer '^ ».
Mais, ces réserves faites et ce dépôt de sa doctrine ît de ses libertés une fois sauvegardé, lEglise n'a amais mieux demandé que de s'entendre avec les puissances d'ici-bas. Elle s'est montrée on ne peut plus accommodante : toujours on Fa trouvée prête à toutes es condescendances et à toutes les concessions compaibles avec sa dignité. Elle n'a rien épargné, elle n'a ■eculé devant aucun sacrifice pour vivre en paix avec es sociétés.
IElle n'ignore pas quels avantages résultent pour le alut des âmes de cette bonne entente toutes les fois u'elle se fait dans la justice et la vérité. Aussi n'aelle pas hésité à interpréter dans le sens le plus large
* Nihil magis dilii,Ml Dons in hoc ninndo (piani lilicilalcin Icclesiie su;k. (S. Axselm., op. iv).
» Act., VIII, 20.
' S. Mattii., X, 28.
et le plus conciliant la parole de Notre-Seigneur « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu * ». Et qui donc, de bonne foi, pourrait lui reprocher de n'avoir pas exactement donné à chacun ce qui lui était dû ? « A qui le tribut, le tribut ; à qui rinipôt, rimpùt ; à qui la crainte, la crainte ; à qui riionneur, Thonneur ^ ».
Et même, dans les cas où, malgré ses attraits et seï désirs, il lui a fallu résister parce qu'elle se trouvait en face de l'injustice et de l'iniquité, elle a soutenu ce5 luttes nécessaires avec tous les ménagements possibles. En combattant les hommes qui abusaient visà-vis d'elle de la force matérielle, en opposant à leurs prétentions une résistance invincible, elle s'est hier gardée de toucher au principe même de l'autorité ; elle l'a respecté, honoré jusque dans la personne des per sécutcurs ; si tyranniques, si cruels qu'ils se mon Irassent à son égard, elle leur a obéi en tout ce qu'ilf commandaient de juste et de raisonnable. Bref, soi attitude à l'égard des pouvoirs humains est admirablement définie dans cette belle parole de Léon Xill « Gardienne vigilante de son droit, pleine de respec pour celui des autj'es : Custos juris sui, observan tissîma alieni ^ ».
Voilà en quelques mots la politique de l'Eglise politique, vous le voyez, toute surnaturelle, louti, divine.
Telle doit être aussi la vôtre. Messieurs : voui n'avez qu'à regarder et à imiter votre mère.
Vous êtes dans vos paroisses les hommes de Die et des âmes. « Vous avez été pris du milieu de vo
' S. Matth., XXII, 21.
"- Ad Rom., XIII, 7.
■' Encycl. Sapien/in' cltrîslianœ, t. X, p. 28.
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fr^ires, établi en leur faveur sur ce qui concerne les choses de Dieu, afin d'olïrir des dons et des sacrifices pour les péchés * ». Votre mission vous élève au-dessus de la terre et de toutes ses compétitions. Notre-Seip^neur vous dit bien plus encore qu'au disciple de l'Evangile : « Suivez-moi et laissez les morts ensevelir leurs morts "^ ».
Ce n'est pas qu'il vous soit permis, de vous désin-^
téresser des destinées de votre pays, de tout ce qui
touche à sa prospérité et à sa grandeur. Le sacerdoce
n'éteint pas dans les cœurs la llamme sacrée du
patriotisme : au contraire, il l'avive et la développe ;
Tiais en même temps, il l'épure et la surnaturalise.
V^otre patriotisme emprunte à votre foi et à votre carac-
ère jene sais quoi d'élevé, de désintéressé, de dévoué
uile rend supérieur à celui des autres hommes. Eux
rop souvent aiment leur patrie d'un amour étroit,
)arce qu'il est égoïste : ils l'aiment à cause de la
ace qu'elle leur donne, des avantages qu'ils y
peuvent. Le prêtre l'aime parce que Dieu le lui per-
netet le lui commande ; parce que le Sauveur Jésus, au
our de son incarnation, a consacré et glorifié ce sen-
iment en sa personne.
Du reste, ce patriotisme ne demande pas à s'affirmer n vous sous une forme vulgaire. Il ne vous oblige as à vous mêler aux luttes des passions humaines, à rendre parti pour telle ou telle forme changeante de ouvernement. Loin de là ; votre caractère et vos evoirs d'état s'y opposent ^ : vous devez vous tenir en ehors et au-dessus de tous ces partis, parce que vous
» Ad Ilcbr., V, 1.
* S. Matth., VIII, 22.
' Sectari partium sdidia ot niorlal)ilil)us roriiin civiliiiru îxibus s(>rvii-(> jin-e ollicioqiio suo valde récusât. (Leo XIII, cyci. Sapk'iidx c/irisliana).
êtes redevables aux uns et aux autres des grâces de votre ministère ; pour tous, vous êtes « l'iiomme de Dieu^»,et il faut qu'au moment où ils en auront besoin ils puissent librement recourir à vous, parce qu'ils vous voient libres et indépendants.
Comment donc se manifestera votre patriotisme '
Ce sera surtout, Messieurs, par la prière et la charité.
Suivant avec un filial intérêt les événements qu s'accomplissent dans votre pays, recevant dans votre àme le contre-coup de ses joies et de ses tristesses, dt ses craintes et de ses espérances, vous ne cesserez d( prier pour cette patrie terrestre, d'implorer pour ceu: qui la gouvernent les lumières et les grâces qui leu sont nécessaires, afin de nous permettre de mener mv vie calme et tranquille en toute piété et chasteté » ; car ajoute l'Apôtre, « tout cela est bon et agréable à Diei notre Sauveur ^ «.Vous exercerez ainsi une plus grand inlluence que par tout le déploiement de Tactivit extérieure. Car s'il est vrai de dire avec Fénelon (( L'homme s'agite, mais Dieu le mène^ », il n'est pa moins vrai d'ajouter que Dieu à son tour est mené pa la prière de ses serviteurs.
A la prière d'ailleurs vous ajouterez l'action, mai une action sacerdotale. En remplissant les fonction de votre ministère, vous servez Dieu sans doute et le âmes avant tout et par dessus tout ; mais vous serv^ aussi votre pays. En travaillant à moraliser, à chri^' tianiser votre peuple, en vous montrant toujours i partout de saints prêtres et d'irréprochables curé vous êtes plus utiles à la société, vous avancez dava*
1 I ad Tim., vi, 11.
2 Ihid., II, 2.
3 Serm. pour l'Epipli.
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tage ses affaires que par les plus beaux discours et les actes les plus retentissants de politique proprement dite. C'est sans doute pour inculquer cette vérité à ses prêtres que Notre-Seigneur a prononcé dans l'Evangile cette parole dont on abuse contre TEglise et ses ministres quand on prétend les reléguer au fond des sacristies, leur interdire toute participation aux affaires publiques : « Mon royaume n'est pas de ce monde * ».
Je viens de vous i appeler en quel sens elle doit être entendue et ce qu'elle vous interdit réellement. Mais qu'on ne lui donne pas une extension qu'elle n'avait :?ertes pas dans la pensée du Sauveur ni dans celle de saint Paul, alors qu'il se réclamait avec tant d'énergie 9t de noble fierté de son titre de citoyen romain 2. V'ous aussi, Messieurs, pour être prêtres, vous n'en l'estez pas moins citoyens : vous ne perdez aucune des prérogatives attachées à ce titre ; et si la prudence surnaturelle, le respect de votre caractère, le désir de "aire plus sûrement le bien vous conseillent d'en user labituellement avec une extrême réserve, au fond elles subsistent toujours, et il peut se présenter des circonstances où sortir de cette réserve ne soit pas seulement pour vous l'exercice légitime d!un droit, mais l'accomolissement nécessaire d'un devoir.
N'est-il pas, en effet, des heures 011 la question politique se trouve si intimement liée à la question religieuse qu'il est impossible de les séparer ? De la solution donnée à l'une dépendra le sort de l'autre, ^uvez-vous alors garder cette neutralité surnaturelle lui, en temps ordinaire, vous est commandée à tant