‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 3 sur 35 · C. XII · texte numérisé non relu

C. XII

2 S. JOAXX., III, 18.

l'amour dk sa paroisse 11

se donnaient sans retenue aux âmes : « Omnia vestra siint: Tout est à vous », dit Tapôtre*, et Paul, et Cephas, et Apollo ; tout est à vous, encore une fois : c'est pourquoi tout était à eux, parce qu'ils étaient à tous sans réserve"^ ».

Oui, c'est l'amour qui fait le bon pasteur 3 C'est par ce caractère inimital)le qu'il se distingue du mercenaire. « Le mercenaire, dit Notre Seigneur, celui qui n'est pas vrai pasteur, auquel n'appartiennent pas les brebis, voit le loup venir et il aljandonne les brebis ; il s'enfuit et le loup ravit et disperse les brebis : et le mercenaire s'enfuit parce qu'il est mercenaire et n'a cure des brebis ^ ». Celui, au contraire, qui a le sens, le véritable esprit pastoral ne laisse pas le loup s'approcher de son bercail, ou, s'il ne peut l'écarter, il s'efforce du moins de le combattre. A tout prix il veut le chasser, et en attendant il travaille à atténuer les effets de sa présence, à diminuer le nombre de ses victimes.

D'ailleurs, ]Messieurs, cet amour surnaturel de votre paroisse vous donnera l'intelligence de ce que vous devez entreprendre pour la sanctifier. « Aimez et faites ce que vous voudrez : Dilige et quod ^ns fac^ », disait saint Augustin, parlant des rapports de chaque âme avec Dieu : c'est ce qu'on peut dire à tout curé

* I ad Cor., m, 22.

* BossuET, paiiég. de saint Pierre Nolasque, 2« p., Œuvres orafoires, édit. Lebarq, t. VI, p. 510.

2 Non pastor, sed mercenarius vocatur, qui non pro amorc intimo oves dominicas, sed ad mercedes temporales pascit. Mercenarius quippe est, qui locum quidem pastoris tenet, sed lucra animarum non quœrit. (S. Greg. Magn., lioin. XIV, in Evang;.

^ S. AuG., in episl. Joann, tract, vu, 8.

relativement à sa paroisse. Qu'il Taime sincèrement et il saura bien trouver les meilleurs moyens de la diri^ ger, de la sauvegarder contre toutes les attaques, des la pousser en avant dans la voie du bien, d'en faire une paroisse chrétienne.

Qui dira ce que l'amour inspire au bon pasteur : ce qu'il lui impose de veilles prolongées, de travaux, de courses, d'études, de sollicitudes de tout genre ? C'est surtout dans cette àme qu'il réalise les merveilles si bien décrites par l'auteur de VJmitation : « Rien ne lui pèse, rien ne lui coûte ; il tente plus qu'il ne peut ; jamais il ne prétexte limpossibilité, parce qu'il se croit tout possible et tout permis. Et à cause de cela il peut tout et il accomplit beaucoup de choses qui fatiguent et accablent celui qui n'aime pas ^ ».

Ces effets sont tels qu'on ne peut s'y tromper. L'absence ou la présence de l'amour dans Tâme d'un pasteur se trahit à des signes qui n'échappent pas aux regards d'un observateur tant soit peu exercé.

Qu'un curé n'aime pas sa paroisse d'un amour profond, désintéressé, surnaturel, et, pour tout dire en un mot, pastoral, vous n'y verrez fleurir aucune de ces œuvres qui en feraient la vie et la prospérité. Ce sera le terre à terre d'un ministère correct, irréprochable aux yeux des hommes, mais impuissant à toucher les âmes, à les soulever, à triompher de leur indifférence ou de leurs passions. On n'est pas longtemps à sentir qu'à cette prédication, à ce catéchisme, à ces visites de malades il manque l'essentiel : une âme de prêtre. Peut-être les prescriptions de 1 Église ou de l'autorité diocésaine sont-elles observées, mais c'est sans conviction, sans but, sans énergie, machinale-

i L. III, c. V, V. 4.

l'amour de sa paroisse 13

ment, et dès lors sans résultat appréciable. Ce ministère est stérile ou peut s'en faut, parce qu'il n'est pas exercé sous les chaudes et vivifiantes influences de l'amour.

Donnez-moi au contraire un pasteur pénétré de cet amour de sa paroisse, ne vivant que pour elle, voulant à tout prix la régénérer et la sauver, aussitôt tout va changer de face. Extérieurement, c'est le même ministère ; mais quelle différence dans les résultats ! Là tout est esprit et vie : c'est une activité incessante, un zèle qui se multiplie et se transforme continuellement, qui a recours à toutes les pieuses et saintes industries, qui en médite et en invente sans cesse de nouvelles. Ce pasteur peut ne pas obtenir tout ce qu'il voudrait : mais au moins il a le droit, s'appuyant sur la sincérité et la bonne volonté de son amour, de dire avec jconfiance : « Qu'ai-je du faire pour ma vigne que je n'aie pas fait ? ^ » .

Un autre caractère de l'amour du bon pasteur pour sa paroisse, c'est la persévérance.

Il est facile à un curé de se consacrer au début tout entier à son ministère et d'y déployer un zèle admirable. Son im.agination se donne libre carrière ; elle médite les plans les plus beaux et les plus consolants ; elle en est tellement éprise qu'elle les voit déjà réalisés. Mais il faut compter avec les difficultés et les déceptions. De nos jours surtout, le ministère pastoral est traversé par mille obstacles, il rencontre presque partout des oppositions. Elles viennent de la diminution

' Is . v, 4.

de la foi et de la vie clii'étioime dans les âmes, de l'état actuel de la société dont Forganisation et les tendances ne sont rien moins que favorables au progrès des idées religieuses, sans parler de l'opposition secrète que l'esprit de l'homme abandonné à lui-même a toujours été disposé à faire à la doctrine et aux lois de l'Evangile-, barrière infranchissable opposée à ses erreurs et à ses passions. Aux prises avec tant d'ennemis, le ministère pastoral est à chaque instant entravé, sinon même réduit à Timpuissance, et il ne faut pas beaucoup de temps à ce curé vraiment zélé pour s'apercevoir que du désir à là réalisation il y a loin. On ne comprend ni sa pensée ni ses œuvres : on ne répond pas à. ses appels, et tandis que de la part (les méchants il est en butte à une persécution systématique et haineuse, dans les bons, chez ceux qui se disent ses amis et devraient être ses auxiliaires naturels , il ne rencontre souvent qu'indifférence, inintelligence et apathie. Est-il étonnant que dans ces conditions il soit tenté de se décourager, que la pensée lui vienne de secouer sur cette terre ingrate; la poussière de ses pieds et de tout abandonner euj disant : Jl n'y a rien à faire ?

Mais non : cette parole malheureuse, jamais Tamouj ne la prononcera. Il ne perd pas courage quoiqu'il ni trouve pas la réciprocité à laquelle il aurait droit. Oi dirait que plus il s'affirme moins on le paie de retour ^i n'importe. Loin de s'abattre, il s'enllamme plutôt à 1^ vue des difficultés ; comme ce torrent qui, rencontranj une digue, réunit toutes ses forces et finit par la renj verser.

Que de succès ont été remportés par cet amour pasj

» II ad Cor., xii, 15.

t/amouk de sa paroisse 15

loi'al qui « espère contre toute espérance * » et agit (juand même son action paraît condamnée à la stéri- !lité ! Que de transformations merveilleuses se sont opérées sous cette influence ! Cette paroisse paraissait morte ou du moins plongée dans une invincible létliargie. Les paroissiens ne fréquentaient plus l'église, bien moins encore les sacrements. Mais voici que peu à peu une sorte de réveil se fait : les symptômes de la vie reparaissent, les habitudes chrétiennes reprennent. A quoi faut-il attribuer cet heureux changement ? Un nouveau curé est venu : bon pasteur, au lieu de se décourager, il a mis résolument la main à l'œuvre, appelant à son aide toutes les ressources du zèle pastoral. 11 a continué, alors même quil ne voyait sortir de ses efforts aucun résultat apparent. 11 s'est dit : Can'est pas Taffaire de quelques jours, de quelques semaines, peut-être même de quelques années ; le temps n'est rien ; la persévérance aura raison de tous ces obstacles.

Bref, il a imité par rapport à sa paroisse la conduite du Sauveur en face de cette jeune fille qu'on prétendait morte et ])ien morte. 11 a dit lui aussi : « Vous vous trompez : non, elle n'est pas morte, elle n'est qu'endormie ^^ ». Et malgré les dénégations, les défiances, les prédictions sinistres, il a travaillé avec le courage indomptable dun amour qui a foi en la grâce du saint ministère. Il s'est souvenu que Dieu a fait les paroisses, aussi bien que « les nations, guérissables ^ », et que s'il est vrai, comme dit le poète, que « l'amour triomphe de tou!^, : omnia vincit amor '' ». jamais

' Ad Mo m., XV, IcS.

* s. Maf.c., V, 30.

^ Snp., I, l'i.

peut-être sa puissance n'est plus grande que lorsqu'il a pris racine dans Tàme d'un pasteur et qu'il s'exerce vis-à-vis d'une paroisse.

Soyez-en convaincus, Messieurs, si vous aimez votre paroisse de cet amour persévérant, tôt ou tard vos efforts seront couronnés de succès. C'est peut-être « dans les larmes que vous jetterez la divine semence, mais un jour viendra où vous recueillerez dans la joie les gerbes d'une abondante moisson ^ ».

Et d'ailleurs, quand bien même vous ne seriez pas personnellement appelés à jouir des fruits de vos travaux et qu'il faudrait laisser cette consolation à vos successeurs, la pensée qu'ils vous la devront et vous en béniront ne suffirait elle pas à vous soutenir et à vous stimuler ? 1

N'avez-vous pas sur ce point-là encore un exemple décisif? Notre-Seigneur, qui a tant aimé les âmes et tant fait pour elles, qu'a-t-11 recueilli de cet apostolat incomparablement supérieur à tous les autres ? Presque rien. Il semble qu'il se soit contenté d'être le semeur infatigable, réservant à ses apôtres et à leurs successeurs de moissonner dans le cours des siècles. Il a permis que ses efforts restassent en apparence infructueux, ses paroles incomprises, ses intentions dénaturées, son œuvre à chaque instant traversée par l'ignorance et la haine. Il n'a pas pour cela cessé d'agir : telle était l'ardeur de sa charité que « les grandes eaux de la tribulation n'ont pu l'éteindre ^ ». Pasteurs des âmes, voilà votre modèle : ayez-le sans cesse devant les yeux ; il est bien propre à vous soutenir contre les défaillances de la nature et le tentations du découragement.

' Ps. cxxv, 6.

2 Gant., VIII, 6.

l'amour de sa paroisse 17

Jj — . .

Vous aimerez donc votre paroisse, vous tous, Messieurs, que Dieu, dans sa miséricorde infinie, a daigné appeler à ce laborieux honneur de la charge pastorale, et vous n'aurez rien tant à cœur que d'entretenir et de développer en vous ce feu sacré de l'amour. Vous l'aimerez cette paroisse à laquelle vous rattachent des liens si puissants dans l'ordre surnaturel. ' Par l'institution canonique elle est devenue votre ôpouse. « Vous l'aimerez comme le Christ a aimé son Eglise. Vous aurez la sainte ambition qu'elle soit glorieuse devant Dieu, sans tache, sans ride, sans aucune dilîormité ; vous la voudrez à tout prix sainte et immaculée : Ut exhiheret ipse sibi gloriosam ecclesiam^ non hahentem maculani ^ aut riigam^ aut aliquid hujusmodi^ sed ut sit sancta et ininiaculata^)) . Et pour obtenir ce résultat vous n'épargnerez pas votre peine ; vous vous livrerez tout entiers à elle « comme le Christ s'est livré pour son Eglise : Sicnt et CJiristus dilexit Ecclesiam et seipsum tvadidit pro ea'^ )). Votre préoccupation continuelle sera de « la sanctifier en la purifiant de ses moindres souillures » par l'applicati.on des moyens surnaturels dont votre sacerdoce vous rend dépositaires : Ut illcunsanctificaret^ mundans laçacro aquœin çerbo vilœ''^. Vous concentrerez sur ce point toutes les forces de votre intelligence, toutes les énergies de votre volonté, toutes les affections de votre cœur. « Vous paîtrez ce troupeau confié à votre garde, veillant sur lui non par contrainte, mais spontanément, selon Dieu ; non pas en vue d'un gain honteux, mais de plein gré ; non comme dominant

' Ad Kph., V, 27.

- fbi(L, V, 2G.

fhid., V.

18 PREMlÈniî CONFÉRENCE

sur riiéritage du Seigneur, mais vous faisant de cœur le modèle du troupeau, et lorsqu'apparaîtra le Prince des pasteurs vous obtiendrez la couronne de gloire qui ne se flétrira jamais : Et cum apparuerit princeps pastornm^ percipietis immarcescihilem gloriœ coronam'^ »,

* I Peïr., V, '(.

LA RESIDENXE

Messieurs,

La première preuve d'amour qu'un curé est tenu de donner à ses paroissiens, c'est de vivre au milieu deux.

En quoi consiste précisément cette obligation ?

En ce que tout ecclésiastique, chargé d'une paroisse, y réside constamment et ne s'en absente jamais, sans avoir pris les précautions nécessaires pour qu'elle n'ait pas à souft'rir de son absence.

Je ne m'attarderai pas à rechercher la nature de cette obligation. Est-elle ou n'est-elle pas de droit divin ? C'est une controverse sur laquelle le Concile de Trente n'a pas voulu prononcer. Il reste donc permis de discuter sur ce point. Mais volontiers je me range au sentiment du Pape Benoit XIV, alors archevêque de Bologne, qui, après avoir indiqué le doute, conclut par ces paroles : « 11 faut veiller avec tout le soin et la diligence possibles à ce que les pasteurs des âmes ne demeurent pas éloignés de leurs paroisses ; cela est

plus utile que de s'enquérir de la source d'où découle celte nécessité ^ ».

Ce qui est certain, en effet, c'est que la résidence est, pour tout prêtre avant charge d'âmes, un devoir rigoureux qui engage gravement sa conscience et sur lequel, par conséquent, il lui importe de ne se faire aucune illusion.

Il suffirait pour s'en convaincre de se rappeler ce que dit, à ce sujet, le Concile de Trente, résumant la tradition et la législation antérieures à cette époque ; les mesures qu'il a prises pour arriver à la pleine et; parfaite exécution de cette loi ; les peines qu'il a édic-" tées contre ceux qui l'enfreindraient ; les recommandations pressantes qu'il adresse aux évêques , les armes spirituelles qu'il met entre leurs mains et dont il leur ordonne de se servir pour prévenir ou faire cesser les abus ^. « Nous n'en finirions pas, écrivait encore Benoît XIV, si nous voulions énumérer toutes les sanctions données à ce précepte par les Pontifes romains et les Evêques ^ ».

La résidence doit être continuelle. Sans doute, le droit admet des circonstances où, à certaines conditions, elle peut être momentanément suspendue. Mais ce ne sont que des interruptions passagères, et même, à vrai dire, par suite des mesures qu'est tenu dei prendre un curé qui s'absente, la résidence pastorale!

1 Omni studio ac diligentia curandum esse, ne rectoresi animaruni a suis longe sedibus se detineant idque utilius est, quam fontera perscrutare ex quo nécessitas hujusmodi dima-j naverit. (Instit. XVII, m).

« Sess. XXIII, de Beform., c. i.

'^ Nullum modum haberet oratio, si Romanorum Pontificumj vel oliam Episcoporum pro hac re sanctiones enumerare veli-j mis. {Ibid., V.)

n'est jamais interrompue ; c'est une loi qui, en somme, ne souffre pas d'exceptions.

La rigueur de cette discipline s'explique quand on réfléchit aux fonctions que le prêtre ayant cliarge d'âmes est appelé à remplir auprès d'elles.

Il est leur pasteur : mot expressif dont nous ne saurions trop approfondir la signification et méditer les conséquences. Cette touchante comparaison, que Notre-Seigneur n'a pas dédaigné de s'appliquer à lui-même dans TEvangile*, ouvre soudain devant notre esprit d'immenses liorizons.

Vous êtes pasteurs des âmes, Messieurs. Demandezvous à quoi s'astreint le pasteur d'un troupeau vulgaire ; et, d'après ce qu'il fait pour s'acquitter de sa tâche par rapport à des animaux sans raison, comprenez ce que vous devez faire pour remplir la vôtre auprès des âmes de vos paroissiens, de ces âmes créées par Dieu intelligentes et libres, rachetées par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ, prédestinées au bonheur du Ciel.

Le pasteur se dit qu'il a la responsabilité des brebis confiées à sa garde ; que le nombre en est déterminé ; que son maître lui demandera compte de toutes et de chacune d'elles ; et tout naturellement il tire cette conclusion : Si donc je veux que cette reddition de compte me soit facile et consolante, je dois ne pas perdre de vue un seul instant mon troupeau, me tenir prêt à courir après la brebis tentée de déserter, à défendre celle qu'un péril menacerait. La pensée de

s'éloigner, ne lut-ce qne momentanément, ne lui vient même pas, ou bien il la repousse comme une tentation. Si courte qu'elle soit, se dit-il, mon absence suffirait pour qu'un malheur arrive ; le loup n'est pas loin : il guette mes brebis, il s'empresserait de profiter de cette bonne occasion pour se précipiter sur elles. Je dois rester à mon poste quoique aucun signe menaçant ne se montre à l'horizon, et que dans le troupeau ne se manifeste aucun symptôme d'indépendance et de dispersion.

Ce raisonnement aussi simple que concluant ne doit-il pas être, à plus forte raison, celui d'un pasteur des âmes ? Lui aussi, lui surtout il a mission de nourrir ses brebis, de les conduire aux lieux où le pâturage est le plus abondant : in loco pascux *. A lui de les défendre contre toute incursion hostile ; de veiller sans cesse pour tenir les ennemis à distance de son bercail, et si, malgré ses efforts, ils réussissaient à y pénétrer, pour les en faire promptement sortir : car il ne lui est pas permis d'ignorer que « très certainement, comme le remarque le Concile de Trente, elle n'est pas recevable l'excuse du pasteur si le loup vient manger ses brebis et qu'il l'ignore : Ciim certissimum sit, non adniiitl pastoris excusationem^ si lupus o^es coniedit et pastor nescit'^ », Mais en même temps il comprend qu'il ne saurait accomplir tous les devoirs qu'implique une telh mission s'il n'est fidèle, d'une fidélité parfaite et persévérante, à la loi de la résidence.

D'autant plus, Messieurs, qu'un pasteur est constitué, non pas seulement le gardien des âmes, mais leur serviteur. 11 leur a été envoyé, il est venu dam

' ]\s. xxri, 2.

- (^onc Triil , sess. VI, c. I.

cette paroisse comme Notre-Seigneur au milieu du monde « non pour être servi, mais pour servir : Sicut filiiis Jiominis non <,^enit ministrari, sed ministrare^ ». Il se doit à toutes et à chacune d'elles. 11 faut qu'il ait gravée dans l'esprit et le cœur et surtout traduise dans tous ses actes cette parole de saint Paul : « Je suis redevable aux Grecs et aux barbares, aux saches et aux insensés : Grœcis ac harharis sapientihns et insipientihus dehiior siun^y). De là obligation impérieuse pour lui d'être toujours présent au milieu de ses paroissiens, disposé à répondre à tous leurs appels, à leur donner tous les secours, toutes les grâces qu'ils ont droit de réclamer de son ministère à titre de charité comme aussi de justice.

Certains d'entre eux , surpris , en pleine santé , par la maladie , peuvent en avoir besoin tout à coup. Ce sont des pécheurs , de ceux dont il est écrit « qu'ils ont prolongé leur iniquité : Prolongaçerunt iniquitatem siiani^ ». Mais enfin, à ce dernier moment, la grâce agit plus puissante ; la foi se réveille ; « la crainte, qui est le commencement de la sagesse '"^ », fait sentir son aiguillon : ils appellent le prêtre. Quel malheur si ce prêtre, rigoureusement tenu d'être pour eux le ministre de la réconciliation et du salut , ne se trouve pas à portée de répondre à leur appel ! Quelle tristesse, quels regrets capables d'empoisonner une vie tout entière , si ce malade meurt sans sacrement parce que son curé s'est absenté sans motif valable et sans avoir pris les précautions requises ! En vain il se dira , essayant de se tranquilliser : Mais je n'ai été

* s. Matth., XX, 28.

^ Hom., I, l'i.

3 Ps. cxxviii, 3.

* Ps. ex, 10.

absent qu'une journée. Mais il était impossible de prévoir ce brusque dénouement... Contre lui s'élèveraj la parole de l'Evangile , dont les pasteurs peuvent s( faire l'application , même en ce qui concerne leurs paroissiens et l'exercice de leur ministère : « Et vouî tenez-vous toujours prêts , parce que le Fils d( riiomme viendra à l'heure où vous ne l'attendrej pas : Et ^os estote parati : quia qua hora non putatîs Filins hominis ç^eniet ^ ». Il restera sous le cou] de cette désolante réflexion : Par mon imprudence, une âme est passée du temps à l'éternité, triste, désest pérée peut-être , emportant , dans l'autre vie , le poids accablant de ses fautes. 11 entendra retentir à soi oreille , comme s'adressant directement à lui , lai menace divine contre les pasteurs infidèles : « Je vous redemanderai ce sang ; à mes yeux vous en êtes responsables : Sangiiinem aiitem ejiis de manu tua requirani ^ ».

Terrible perspective qui justifie les exigences de la sainte Eglise dans cette question de la résidence. Elle ne veut pas , elle ne suppose même pas qu'un prêtre ayant charge d'âmes puisse s'absenter un seul jour, se mettre dans l'impossibilité de porter secours personnellement à ses paroissiens , sans avoir pris sesj précautions pour que, en cas de nécessité, un confrère le supplée ^,

1 S. Luc, XII, 40.

' EzÉcn., III, 18.

3 Voici le règlement porté à ce sujet par Benoît XIV, alors] archevêque de Bologne : « Quod spectat ad absentiam velj unius djei, nulli parocho sive diœcesano, sive urbano permissum esse volumus , ut stationem suam deserat, nisi sacerdoti partes suas demandaverit, qui, se casus inopinatus tulerit,! absentis pastoris vicem praestare valeat ». (Instit. XVII, n° XX m).

Cette obligation est-elle suffisamment comprise et surtout remplie ? Permettez-moi de vous le demander, Messieurs. Ne se trouve-t-il pas des prêtres persuadés que les Ordonnances diocésaines ne faisant d'ordinaire une obligation sous peine de péché de demander permission que lorsqu'un dimanche doit se rencontrer dans le temps de leur absence , ils peuvent voyager à leur gré pendant la semaine , passer la nuit hors de leur paroisse, multiplier ces courses sans môme penser à avertir leurs voisins, sans faire savoir à leurs paroissiens à quel prêtre ils pourront s'adresser s'ils ont besoin de son ministère ?

Je crois devoir appeler spécialement votre attention sur ce point : c'est peut-être celui sur lequel on fait plus facilement brèche à la résidence. Abstenez-vous de ces absences répétées de deux ou trois jours qui ne sont , en aucune façon , dans Tesprit de la loi et qui vous exposeraient à l'enfreindre d'une façon grave. Que vous preniez chaque année quelques semaines de vacances, rien de mieux. Vous demanderez l'autorisation régulière prescrite par le Concile de Trente * ; vous vous ferez remplacer d'une façon sérieuse ; ainsi vous serez tranquilles et en parfaite sûreté de conscience. Mais , de grâce , évitez toute sortie inutile. Quand une raison sérieuse vous détermine à en faire une , prenez bien vos précautions pour n'avoir à déplorer, à votre retour, aucun malheur du genre de celui que je viens de signaler. Imposez-vous la loi de ne jamais vous éloigner de votre presbytère, ne fût-ce que pour quelques heures et quand bien même vous ne devriez pas franchir les limites de votre paroisse, sans avoir prévenu votre domestique, pour qu'elle sache oii vous trouver en cas de besoin.

* Sess. XXIII, de licf'orm , c. i.

Jusqu'ici je n'ai parlé que des malades. Mais ce n'est pas seulement pour eux que vous devez résider.

D'autres personnes peuvent avoir affaire à vous dans le cours de la journée. Elles viendront vous demander un conseil, vous annoncer une naissance, un mariage, un décès , s'entendre avec vous pour fixer le jour et riieure de la cérémonie que nécessite cet événement de famille, réclamer votre ministère au saint tribunal de la pénitence. Si vous n'êtes pas là prêts à répondre à ces appels des âmes, que d'occasions favorables vous perdrez de faire le bien, d'entretenir avec vos paroissiens ces relations cordiales, qui vous les affectionneraient et contribueraient si puissamment à affermir votre autorité de pasteur et de père !

11 arrive parfois qu'un curé est, pour ses paroissiens, un étranger, un inconnu , un homme qu'ils voient ' passer dans la rue ou aperçoivent le dimanche à l'église, ^ mais avec lequel ils n'ont aucun de ces rapports qui pourtant devraient être ceux du père avec sa famille ; et souvent la cause de cette regrettable scission c'est le manque de fidélité à la loi de la résidence. Peutêtre, au début, les paroissiens ont-ils cherché à voir leur curé. Plusieurs fois ils sont venus au presbytère : il n'y était pas. Ils se sont découragés ; ils s'abstiennent et ne se rencontrent plus désormais avec lui que dans des circonstances rares, insuffisantes à conserver et à développer dans une paroisse cet esprit de famille nécessaire pour que le bien s'y fasse d'une façon sérieuse et durable.

Ne serait-ce pas à cette même cause qu'il faudrait attribuer la diminution , voire même l'absence à peu ^ près complète, en certaines localités, de la confession i et de la communion fréquentes , sans lesquelles il ne 1 peut y avoir de vraie vie paroissiale ? En remontant dans le passé , ne trouverait -on pas que ces habitudes ,

sanctifiantes, autrefois en honneur, ont disparu, parce que cette pai'oisse a eu la mauvaise chance d'être desservie par un prêtre peu fidèle ohservateur de la loi de la résidence ? Par suite, il se prêtait difficilement à venir à l'église pour confesser ; il n'avait pas d'heures régulières ; on n'était jamais sur de le rencontrer, ou, pour mieux dire, on était certain ^^ l'avance de ne pas le rencontrer. Il ne craignait pas de s'absenter les samedis et veilles de fête , en ces jours où tout bon curé doit être assidûment à son poste, comme les receveurs des deniers publics se tiennent au leur, aux époques oii se font les versements des contribuables ?

Oh ! Messieurs, que de mal peuvent faire ces prêtres possédés de la maladie de la locomotion, qui ne veulent pas s'astreindre à rester chez eux, pour y attendre les âmes, comme Jésus attendait autrefois la Samaritaine auprès du puits de Jacob * ! Que n'ont-ils le courage de se gêner, de se priver d'une jouissance, d'une réunion agréable en vue de cet intérêt supérieur! Un curé qui veut être vraiment curé, former ou reformer sa paroisse, y fonder, y entretenir des habitudes de piété, doit être convaincu qu'un des grands et indispensables moyens de réussir c'est une résidence très fidèlement gardée.

Faut-il vous signaler encore, Messieurs, sa nécessité au point de vue de l'édification publique ?

Un prêtre qui s'absente fréquemment jette sur son ministère une sorte de discrédit qui en diminue beaucoup l'action et la fécondité. A notre époque, où la foi est moins vive, où les âmes s'élèvent plus difficilement dans les régions du surnaturel, le prêtre est souvent, pour le peuple, la personnification de la religion : on la juge uniquement d'après lui. Si les

paroissiens voient leur curé quitter, cliaque semaine, presque chaque jour son presbytère, faire des voyages^ assister à des dîners, à des réunions de plaisir, quelle idée voulez-vous qu'ils se fassent du dévouement sacerdotal ? Eux qui travaillent du matin au soir, qui sont attachés à leur tâche quotidienne, sans distraction et sans répit, né trouvent-ils pas dans une telle conduite la confirmation de ce préjugé, répandu à dessein par nos ennemis, que les prêtres font un métier après tout facile et agréable ? Leur curé ne leur apparaît plus avec cette auréole d'une vie de renoncement et de sacrifice qui attire Tadmiration et devient une préparation évangélique : c'est un homme comme les autres, plus heureux que les autres, dont on envie le sort, mais dont on n'est guère disposé à suivre les austères leçons et dont on dit, en le suspectant, en le jalousant : « Eh quoi ! le travail qui s'impose à tous les hommes n'est donc pas fait pour lui ? îii labore hominiini non siint * )>.

Obligés à la résidence comme pasteur et serviteur des âmes, vous y êtes tenus à un autre titre encore : un titre bien touchant, que je tiens à vous indiquer.

Tout curé, dans sa paroisse, est gardien d'un trésor : c'est son église, c'est le tabernacle, c'est, avant tout et par dessus tout, l'hôte divin qui l'habite.

Le prêtre qui a vraiment compris la valeur d'un tel dépôt éprouve le besoin de ne pas s'en séparer. Ce trésor de l'Eucharistie lui a été confié au jour de son ordination. En retour des sacrifices qu'il a joyeusement acceptés pour monter sur ce sommet du sacerdoce, le Maître lui a fait entendre cette bonne et consolante parole : « Je suis à toi : Tiius siun ego ^ ». Mais avec

Ps. LXXII, 5.

lOid., cxviii, 94.

juelle tendresse plus grande encore 11 l'a redite quand :e prêtre, devenu curé, a été établi le surveillant responsable d'une église !

N'avez-vous jamais éprouvé une sorte d'effroi. Messieurs, en pensant à la grandeur et aux responsabilités de cette mission de gardien de la divine Hostie? Un curé a charge d'âmes, de toutes les âmes qui *^ivent dans les limites de sa paroisse ; mais il a charge pout particulièrement de celle-là. S'il est tenu de Drocurer aux autres le salut et les moyens qui y conduisent, à celle-là il doit rendre Thonneur qui lui ippartient : obligation d'autant plus sérieuse et plus Dressante que souvent, hélas ! il ne peut compter sur personne pour Taider à s'en acquitter.

Dans combien de paroisses le Dieu de l'Eucharistie

3St suel et n'a d'autre visiteur quotidien que son prêtre î

Sans doute, vous travaillez de toutes vos forces à lui

rouver des adorateurs et à en multiplier le nombre.

Mais vous n'en restez pas moins toujours le premier,

adorateur par excellence, par état, par office ; c'est

me de vos grandes fonctions de pasteur, et sans

ontredit la plus douce. Or, comment l'accomplirez-

^ous si vous n'êtes parfaitement fidèles à la loi de la

ésidence ? Si vous y manquez, s'il vous arrive fré-

juemment de passer un ou deux jours hors de votre

Daroisse , pendant ce temps qui visitera Notre-

îeigneur ? La personne chargée d'entretenir la lampe

era peut-être exacte à s'acquitter de sa mission ; mais

1 est probable qu'elle s'en tiendra là, et le prisonnier

lu tabernacle restera dans la solitude.

Donc, à ce titre encore, et volontiers je dirais à ce itre surtout, vous êtes obligés de résider, vous êtes, :t il faut vous en féliciter, (( le prisonnier du Christ : 'inctiis Christi^ ». C'est Lui, c'est son amour, c'est

* Ephes., III, 1.

son culte qui vous enchaînent auprès de votre église.

Tels sont, ^lessieurs, les principaux motifs su^ lesquels se fonde cette obligation de la résidence. f

Vous les trouverez d'ailleurs admirablement indiqués par le Concile de Trente i, et, vous le remarquerez, il attache à ce point de discipline une telle importance, qu'il veut que ses décrets soient promulgués au début de tous les Synodes provinciaux ou diocésains, « parce que, dit-il, il faut fréquemment faire retentir aux oreilles et graver, dans le cœur de tous, ce qui importe tant à l'accomplissement de la charge pastorale et au salut des âmes, de telle sorte qu'à l'avenir ni l'injure des temps, ni l'oubli des hommes, ni la désuétude ne^ parviennent 'à en avoir raison 2 ». 1

Le bon prêtre, le vrai pasteur, le comprend ; auss^ est-il attaché de cœur à la résidence. Il ne s'éloigne) de sa paroisse que lorsqu'il y est forcé ; il reste absent le moins possible, et encore, pendant ce temps, il soufîre, il est mal à l'aise, il semble qu'il lui manque quelque chose. Bien différent de ces prêtres qui nel pouvant se supporter dans leur presbytère et leuri paroisse acceptent avec empressement toutes les occasions d'en sortir et même les font naître. C'est un des traits caractéristiques qui servent à discerner le bon pasteur du mercenaire ; et il est permis d'entendre en ce sens les paroles de l'uvangile : « Le bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis. Mais le mercenaire celui qui n'est point pasteur... s'enfuit: Mercenarius autem^ et qui non est pastor... fuglt ^ ».

1 Sess. XXIII, de. Ilefonn., c. i.

2 yess. XXIII, de Hef'orm., c. 11.

3 8. JOAKX.. X, 12.

C'est qu'en effet, Messieurs, la résidence fidèlement gardée est un acte de dévouement, de réelle immolation : aiiimam dat. Elle n'est même possible, elle ne peut être persévérante que si elle n'est comprise et pratiquée dans ces conditions.

L'Eglise n'a pas manqué de le déclarer. La résidence prescrite par le Concile de Trente et par les Constitutions des Souverains Pontifes, ne doit pas }tre entendue dans ce sens qu'il suffit que le pasteur soit présent, sans que d'ailleurs il fasse rien ; ce qui 3st requis, c'est une résidence « laborieuse et non pas Disive : iit sit laboriosa^ non otiosa », et, pour tout lire en un mot, c'est une résidence pastorale i.

Il importe d'insister sur ce point, car les illusions peuvent s'y glisser plus facilement encore que sur le premier, et elles seraient pleines de périls.

Nous n'en voulons pour preuves que cette déclaraion de Benoît XIV, théologien et canoniste éminent, v'ous le savez, et qui n'avance rien à la légère. Il se

* Adverlenduni hic ost, ut quis rcsidentiœ legem impical, |uam Tridenlirmm Concilium ac Summi Pontifices tantopcic ,-omiiiondant atque prœcipiunt, liaudquaquara salis esse si ;orpore solum intersit, in desidia tamen versetiir vel tantuni eviora miiuera sil)i desiiniat, reliquavero ministris commiltal. :iesid('iitiain quippe non cum inortia, sed cum laljoribus :onjungv'ndam esse Tridenlina Synodus jubet, ut a Patiibus Vquiieiensis Goncilii anno 1598, coacti roctc perpcnditnr : iaod de residentia a sacro Tridenfino (lonciLio^ et Summorain. *(mllfu'dm cons/ifnfionihus can/ujii esf, hoc non es' inlelligenlani ni pnvsentia assideanf, niliii prœ/erea aganf, cum ex •>aciis cnnonibns residenfJa sit accipienda in eani sensuiii ul iil laboriosa non oliosa. (Hened. XR', Instil. XVII, vi).

demande si Tobligation de restituer les fruits d'ui bénéfice indûment perçus par un titulaire absent, doit s'appliquer aussi aux curés « qui résident matériellement, mais végètent dans l'oisiveté : Qui prœsentù solnm assident^ nullaque causa impediti otio marces^ ciint » ; et après avoir constaté qu'il existe à cet égar( une controverse, il ajoute : « Mais ce qui est certain] c'est que ces pasteurs inoccupés sont coupables d( péché mortel et doivent être frappés, par leur supérieur, en raison de la gravité de la faute : Illud tamei eertum est desides ejusmodi parochos letliali crimir ohnoxios esse^ et a Prœside pro culpœ gravitate plectendos ^ ».

J'ai tenu à rapporter textuellement ces effrayantes paroles pour ne pas paraître me prononcer de moimême dans un sujet aussi délicat. Ceux qui ont charge d'àmes feront bien de ne jamais les perdre de vue ; elles leur serviront à repousser les tentations et tous les prétextes dont elles peuvent chercher à se couvrir.

Le principal, celui dans lequel viennent se résumer tous les autres, c'est qu'on n'a rien à faire.

Ah ! dit ce prêtre, si j'étais dans une paroisse populeuse et fervente, bien volontiers je travaillerais ; mais dans ma paroisse je n'en trouve vraiment pas l'occasion. Elle est trop petite ; quelques centaines d'âmes à peine. Elle est d'ailleurs si peu religieuse ; il n'y a guère de confessions et de communions qu'à Pâques, un ou deux baptêmes dans l'année, autant de mariages et de sépultures, et c'est tout. Que voulez-vous que jefasse ?

A cette objection que je présente, vous en conviendrez, sous sa forme la plus spécieuse, il m'est cependant facile de répondre. Ce que je veux, ce que l'Eglise

1 Be.xed. XIV, Instit. XVII, vi.

veut que vous fassiez ? c'est l'œuvre de tout bon pasteur vis-à-vis de ses paroissiens, si restreint qu'en soit le nombre ^

Le premier de tous, je viens de le dire, c'est Jésus- Christ, Souverain Pasteur, il consent à devenir en quelque sorte votre brebis dans son sacrement d'amour. Vous l'avez fait descendre le matin sur l'autel ; vous l'avez enfermé au saint tabernacle : ne Je délaissez pas Qu'il ne puisse pas dire : « Tout le jour j'ai étendu mes mains vers un peuple incrédule : Expandi manus meas tota die ad populiun incredulum '^ ». Ne vous contentez pas de l'action de grâce qui suit votre messe, si longue, si fervente soit-elle. Faites-vous le suppléant de vos paroissiens auprès du divin Roi ! Puisque les occupations extérieures vous le permettent, multipliez vos visites à ce Dieu caché et oublié dans votre petite paroisse. Allez souvent vous prosterner à ses pieds, faire auprès de lui votre examen particulier, réciter votre chapelet ou votre bréviaire. Voilà un premier moyen de bien employer votre temps, et certes il en vaut un autre au point de vue non seulement des consolations que vous en pourrez retirer, mais encore des avantages et des grâces qui en rejailliront sur votre ministère.

Non, Messieurs, un curé qui comprend et remplit son devoir vis-à-vis de TI^Aicharistie n'est pas tenté de

' Nomcn nos pastoris non ad quiolcm, scd ad laborcm suscepisso cognoscite : cxliiboamus ergo in opcrc quod signamus in nomine. Sacerdotis pra3rog.ativam, si recta consideratione prout sollicitis et bcnc gorcntibus in iionorem, negligentibus aulem prol'eclo erit in onus. Sicut igitur laborantes et circa aninianiin salnlem sollicitos Iioc nomen antc Deum œtcrnam ducit ad gloriam, ila desides ac torpentes urgct ad puenam. (S. Greg. Magn., lib. Epist., 15.)

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