‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 4 sur 35 · IS., LXV · texte numérisé non relu

IS., LXV

34 DEUXiÈxME CONFÉRENCE

trouver trop longues les heures de la journée. 11 a un poids qui le fixe dans sa paroisse : c'est Tamour qu'il, porte au divin prisonnier dont l'Eglise l'a constitué le gardien : Pondus meuin amor meus *.

D'ailleurs, c'est en méditant sur sa résidence au sainti| tabernacle que vous apprendrez comment vous deveî utiliser la vôtre : cette résidence de Jésus est, je l'ose dire, éminemment pastorale. S'il est là, ce n'est pas] pour Lui, « c'est pour nous et pour notre salut :] Propter nos et propter nostram saluteni'^ ». Il semblf inactif et il est, en réalité, le grand ouvrier de la sanctification des âmes. Vous n'avez qu'à regarder et d imiter.

Jésus- Christ sort quelquefois de son tabernacle et' de son église. 11 va voir les malades, consoler les mourants, semer sur son passage les bénédictions, en un mot « faire le bien 3 », comme autrefois lorsqu'il parcourait les campagnes de la Judée.

De même un curé est tenu de sortir, lui aussi, de, son presbytère, de cette chambre, de ce cabinet dej travail et de prière qui en est le sanctuaire intime comme le tabernacle, pour visiter sa paroisse. Ce" devoir résulte pour lui du titre de serviteur des âmes que nous lui avons attribué. Il doit les attendre, se tenir toujours prêt à leur faire bon accueil ; mais parfois aussi il faut qu'il les prévienne, allant à leur rencontre et portant à celles qui ne viendraient pas d'elles-mêmes les grâces et les bénédictions de son ministère.

Peut-être certains prêtres n'attachent-ils pas assez d'importance à ces visites pastorales ; ils semblent ne

* S. AuG., Coufess., 1. XIII, c. ix.

2 Symbol. NiCcEin.

a Act., X, 38.

pas avoir une idée juste du bien qu'elles peuvent produire si elles sont faites comme il convient. Ils se retranchent, pour s'en abstenir, derrière des objections de prudence et de dignité personnelle.

Sans doule, plus que jamais en ce moment, en face des préjugés, des excitations calomnieuses et haineuses propagées contre le clergé, un curé a parfaitement raison d'apporter une grande prudence dans ses relations avec ses paroissiens, et en particulier dans les visites qu'il leur rend. Il ne saurait trop réfléchir, peser toutes ses démarches, comme un homme qui chemine sur un terrain semé de pièges. jNIais, de cette sage réserve à l'abstention complète, il y a tout un monde.

Un curé qui, sous prétexte d'éviter le danger, se confinerait dans son presbytère, ne serait pas un bon curé ; il n'accomplirait pas la recommandation de Notre-Seigneur : « Allez aux brebis qui ont péii : Ite ad oves quve pevieriint'^ y) . Autres sont, comme l'enseigne si bien saint François de Sales 2, les obligations d'un Chartreux, autres celles d'un pasteur des âmes; en menant la vie du premier, le second ne serait plus dans l'ordre et ne répondrait certainement pas aux exigences de sa vocation. C'est un devoir pour un curé de visiter ses paroissiens. S'il le remplit avec des intentions et des vues surnatAirelles et s'il ne cherche pas sa propre satisfaction, s'il va « au nom du Seigneur : in nomine Domini y>^ il n'aura rien à craindre, rien à se reprocher.

11 visitera exactement ses malades, dès le début de la maladie, aussitôt qu'il en aura connaissance. Non content de les administrer, il continuera de les voir

1 s. Matth., X, 6.

^ Inivod. à 1(1 vie dévoie, l'*^ partie, cli. m.

pour achever son œuvre, les consoler clans leurs tristesses, les soutenir dans leurs défaillances, leur adoucir les angoisses de la dernière heure.

11 se mettra en rapport, autant que possible chaque année avec toutes les familles de sa paroisse. Autant il évitera d'avoir, avec quelques-unes, de ces relations trop fréquentes, trop intimes, trop humaines, qui attirent Tattention et prêtent le flanc aux critiques et aux interprétations malveillantes, autant il s'appliquera à profiter de toutes les circonstances opportunes pour rendre, successivement à toutes, de vraies visites pastorales : visites d'un père prenant part à tous les événements qui intéressent ses enfants, s'associant à leurs deuils et à leurs joies, à leurs craintes et à leurs espérances. Une naissance, un mariage, un accident, une mort lui deviendront des occasions naturelles, et celles-là inattaquables , d'entretenir ces relations cordiales si profitables à son ministère.

Il ira chercher les petits enfants qu'on ne lui amène pas : sainte «^'t douce obligation qui s'impose aux pasteurs, plus pressante que jamais à l'heure oi^i nous sommes. Un bon curé a dressé la liste de tous les enfants de sa paroisse ; il sait les noms de tous ceux qui sont en âge de se présenter au catéchisme et au tribunal de la pénitence. Si quelqu'un manque à l'appel, il en prend note et, sans retard, il va s'informer des causes de son absence, adresser à l'enfant fautif ou à sa famille, souvent plus coupable que lui, un paternel reproche et une nouvelle invitation à laquelle on ne résistera pas.

Voyez, Messieurs, quelle large place ces visites pastorales peuvent tenir dans les heures de votre journée, et combien elles doivent concourir à faire que votre résidence soit telle que le demande l'Eglise : hihoriosa^ non otiosa.

Mais enfin, en dehors des heures consacrées à la visite du Saint Sacrement et des paroissiens, il en restera encore beaucoup à un curé, surtout dans certaines paroisses. A quoi les emploiera- t-il ? 11 demeurera dans son presbytère. Et qu'y i'era-t-il ? « Il s'assiéra solitaire et silencieux, répond le Prophète : Sedehit solitariiis et tacebit ^ ». Remarquez ces deux mots : « solitaire et silencieux » : mais non pas oisif ; pas plus que Notre-Seigneur qui, dans le silence et la solitude du tabernacle, peut dire en toute vérité : « Mon Père agit sans cesse et moi j'agis aussi : Pater meus usqne modo operatiir et ego operor ^ ».

Non, Messieurs, un vrai pasteur des âmes ne se repose jamais complètement. Même quand il se livre au sommeil, son cœur veille : Ego dormio et cor vigilat'^. Il ne perd pas de vue, un seul instant, son titre de pasteur et les formidables responsabilités qui en découlent.

C'est qu'il y a deux manières de comprendre et d'exercer la charge pastorale, deux systèmes bien différents au fond, quoiqu'on apparence il y paraisse peu et qu'il soit presque impossible de les distinguer, sinon par les fruits qu'ils portent à la longue.

Tel curé s'acquitte de ses devoirs essentiels : il dit sa messe, fait son catéchisme, ses offices, son prône, confesse, à certains jours, les personnes qui viennent le trouver. ^lais après cela, il se tient tranquille ; il estime que tout le reste de son temps lui appartient^ qu'il en peut disposer à son gré. Il le passe à parcourir son journal, à faire quelques autres lectures sans suite, et partant sans fruit ; il s'occupe de ses

^ Thren., m, 28.

2 S. JOANX., V, 17.

3 Cantic, v, 2.

intérêts temporels, des détails d'intérieur, de mille riens qui absorbent toutes les heures de sa journée. Les hommes, qui voient uniquement l'extérieur, pourront, à cause de cette régularité apparente, le proclamer un bon, un excellent curé. Mais Dieu en juge autrement : car Lui ne s'arrête pas à la surface ; Il va jusqu'au fond ^, et son œil scrutateur découvre, dans la vie de ce prêtre, une immense lacune. Laquelle ? et que lui manque-t-il donc ? Une chose indispensable à quiconque veut s'occuper fructueusement des âmes : l'idéal du pastorat.

Plaise à Dieu qu'il ne se rencontre jamais parmi vous, Messieurs, des prêtres qui ne portent pas dans leur àme cet idéal divin, soit qu'ils ne l'aient jamais eu, soit, qu'ils l'aient laissé s'effacer peu à peu et finalement se perdre ; des curés qui se sont fait, par rapport au saint ministère, une routine d'où ils ne veulent pas sortir ; qui, à toutes les inspirations du zèle, opposent cette lin de non-recevoir plus ou moins raisonnée, mais, en tout cas, malheureusement trop pratique : 11 n'y a rien à faire ; essayer de perfectionner cet à peu près auquel nous sommes habitués et nos populations aussi, ce serait perdre son temps et sa peine.

11 y a loin de cette manière d'envisager la charge pastorale à celle qu'indique la foi et qu'exprime si bien le Pontifical quand il avertit les ordinands qu'ils doivent être « constamment appliqués au service de l'Eglise : In Ecclesice ministerio semper esse mancipatos^^ ». Il y a loin de ces appréciations et de cettej attitude à ce qui se passait dans Tàme de saint Paul,i « à cette émotion qu'éprouvait son cœur d'apôtre enj voyant la ville d'Athènes livrée à l'idolâtrie : Incita-

* I Reg., XVI, 7.

2 De ord. subdiac.

batiirspirilns ejus in ipso, çidens idololatriœ deditam cis>itatem ^ ». 11 y a loin du saint ministère exercé de celte façon superficielle à la charge pastorale comprise et remplie comme l'ont fait, dans le cours des siècles, tous les saints pasteurs.

Le bon curé se dévoue sans réserve à sa grande mission ; il mérite que ses paroissiens disent de lui ce qu'on a dit du divin Maître : « Il se dépense tout entier à notre service : Totus in nostros iisus inipen- ^iis ^^ )K Si sa paroisse est bonne, sa constante préoccupation c'est de ne pas la laisser déchoir, de la faire progresser encore. Si elle est mauvaise ou indifférente, il ne s'en console pas ; il n'en prend, il n'en prendi-a jamais son parti ; il travaille sans relâche à l'améliorer. Peut-être il n'y réussit pas, au moins immédiatement ; mais son zèle ne se refroidit pas ; repoussé sur un point, il revient à la charge sur un autre. La conversion des âmes qui lui sont confiées, leur sanctification, leur perfectionnement, voilà l'objet de tous ses désirs, le but de tous ses efforts. Il y pense jour et nuit ; sans cesse il invente, il met en œuvre de nouveaux moyens. C'est à cette sanctifiante occupation qu'il consacre la plus grande partie du temps qu'il passe dans son presbytère.

Aussi bien, Messieurs, il faut que nous en soyons tous profondément convaincus, le ministère pastoral ne s'improvise pas ; il demande, pour être fécond, une préparation continuelle. Vous serez bons confesseurs, bons prédicateurs, bons catéchistes, administrateurs fidèles des sacrements, à la condition de vous perfectionner sans relâche dans Texercice de ces fonctions saintes. L'homme des œuvres extérieures se forme

' Act., XVII, 16.

^ S. Berx., serm, 3 de Cire.

dans la solitude et le recueillement. Nul ne devient un pasteur puissant en œuvre et en parole s'il n'a commencé par mettre en pratique la recommandation que je vous citais tout à l'heure : Sebedit soUtariiis et tacehit.

Voyez -vous maintenant les applications de ce principe ? Voyez-vous comme les heures de chaque journée, que certains prêtres sont tentés de trouver trop longues, deviennent trop courtes, passent trop rapidement, pour ceux qui en comprennent l'emploi providentiel ? Voyez-vous à quoi les consacre le vrai pasteur des âmes ?

11 faut qu'un curé entretienne et développe constamment la science acquise, sous peine de voir bientôt la source tarir et le laisser dans cette honteuse ignorance, qu'on peut dissimuler plus ou moins, mais qui est en définitive pour le ministère un principe de stérilité et pour le prêtre un redoutable péril. Or, comment remplira-t-il ce premier devoir s'il ne consacre, tous les jours, quelques heures à l'étude de tant de questions qu'il doit posséder pour en faire, à cliaque instant, des applications pratiques ; s'il ne peut dire avec le Prophète, et il y est encore bien plus obligé : « Seigneur, comme j'aime votre loi ! Tout le jour elle fait le sujet de ma méditation : Quomodo dileai legem tuam Domine P tota die meditatio mea est^ ».

Il faut qu'il prêche chaque dimanche, et, à certaines époques, plus fréquemment, dans les conditions qu'indique si bien le Concile de Trente 2. Quelque facilité qu'il ait, il n'accomplira pas comme il faut ce devoir sans un travail soutenu.

Avez-vous remarqué, Messieurs, que, dans nos

1 Ps. cxviii, 97.

2 Sess, V, de Reform., c. 11.

saints Livres, la prédication est appelée une charge : omis verhi Domini^ ; et de l'ait c'en est une pour tous les pasteurs qui veulent remplir dignement ce ministère auguste. Mais n'en est-il pas auxquels cet onus se fait peu ou point da tout sentir? Quelques minutes Je réflexion le dimanche matin ou la veille au soir, la lecture d'un sermonnaire sur le sujet qu'ils veulent traiter, des notes peut-être jetées à la hâte sur le oapier : voilà toute leur préparation ! Oui, mais aussi [[uelle instruction donnent-ils à leurs paroissiens !...

Pour instruire, il faut se préparer soigneusement.

Mais n'est-il pas évident que ce travail de préparation, vous ne l'accomplirez que si vous êtes fidèles à garder la résidence, une résidence « occupée et non )isive : laboriosa, non otiosa »; si vous avez le courage le consacrer, chaque semaine et même chaque jour, [uelque tenqDs à ce travail, un dés premiers, sans contredit, et des plus importants, de votre charge )astorale ?

Et le catéchisme, ce ministère dont la nécessité, en out temps incontestable, devient plus impérieuse de los jours, par suite des mesures prises contre l'ensei- ';nement religieux ; le catéchisme, pour être bien fait, )0ur porter tous ses fruits dans Tintelligence et le œur des enfants, ne réclame-t-il pas, lui aussi, une •réparation continuelle ? Ce serait une illusion de roire qu'un bon catéchisme s'improvise ; qu'il suffît 'ouvrir son livre, d'en faire réciter les réponses et de onner quelques explications au hasard. Non, bien lire le catéchisme, le faire d'une façon intéressante et tile, c'est une vraie science ; et si certaines aptitudes aturelles y prédisposent, elle ne s'acquiert en définive que par une étude sérieuse et persévérante.

* Zacii., IX, 1 ; XII, 1 ; Malacii., i, 1,

Là encore, quel excellent emploi à faire, chaque jour, d'un certain nombre d'heures.

Il serait bon d'en réserver aussi quelques-unes, iouî les mois, pour bien établir et tenir parfaitement ai courant les registres et livres de paroisse, qui sont ur élément essentiel de toute bonne administration. Vous m'avez pas oublié mes recommandations plusieurs fois renouvelées à ce sujet. Dans mes visites pastorales j'ai eu la consolation de voir que la plupart d'entn vous les ont comprises et ont parfaitement organisi leurs archives paroissiales ; toutefois j'ai du constate! encore plus d'une négligence. 11 m'a été donné de par courir des registres incomplets, mal tenus, des livre: d'âmes ou de paroisse rédigés à la hâte, des délibéra' tions ou des comptes de fabrique qui sont loin d'étri en règle... et cela à un moment où, plus que jamais il importe que nous ne donnions aucun prétexte ai mauvais vouloir de nos adversaires. Il serait cependan si facile à un curé, en consacrant de temps en temp une heure ou deux à ce travail, de mettre et de main tenir les archives de sa paroisse dans un état de par faite régularité.

Et puisque mon sujet m'y amène tout naturellement permettez-moi de vous recommander aussi d'être trè exacts à répondre aux demandes que vous adresS' l'évéché et à envoyer les divers documents qu'il vou réclame. Pour chacun de vous rien n'est plus aisé c^est un travail de quelques minutes ; tandis que c'e est un très considérable pour la chancellerie d'adresse des réclamations aux retardataires.

Vous pouvez vous convaincre. Messieurs, par ç rapide exposé des principales occupations qui réclament leur place dans la journée d'un curé, que, s'iJ j^ réfléchi à ses devoirs et s'il veut les remplir non poii faire illusion aux hommes, mais en conscience, pov^

ionner satisfaction au cœur de Dieu et se ménager, au !)ur de la terrible reddition des comptes, une sentence ivorable, il n'est pas exposé à trouver le temps trop )ng. Quelles que soient d'ailleurs la petitesse et le •eu d'esprit religieux de sa paroisse, il se plaindrait u contraire de ne pas en avoir assez pour sul'tire à ces lille détails de la charge pastorale.

Il ne court pas davantage risque de s'ennuyer, et 'est encore un des avantao^es de la résidence fidèletient gardée. « La cellule qu'on quitte peu devient ouce, dit Tauteurde \ Imitation; fréquemment délaisée, elle engendre l'ennui et le dégoût* ». Rien de lus vrai, de mieux confirmé par Texpérience. Plus on st iidèle à la résidence, plus on est désireux et heueux de la garder ; plus au contraire on fait brèche à ette loi, plus on éprouve la tentation d'y faire de nouelles brèches.

Quand un curé reste dans sa paroisse, quand il occupe, en bon pasteur et non en mercenaire, de ant de grandes et saintes choses, il se trouve bien liez lui. Il n'est jamais plus à l'aise, plus satisfait que Drsque, se retrouvant dans sa chambre, véritable anctuaire de prières et d'études, il peut y passer de ongues heures, seul à seul avec ses livres et son cruitîx. Pour lui se réalise la parole de nos saintes Ecriures : « Entrant dans ma maison, j'y trouverai la agesse ; je me reposerai avec elle ; car sa conversaion n'a pas d'amertume, ses entretiens n'engendrent )as l'ennui, mais la joie et le bonheur : Intrans in lomuni mcain. conquiescani ciun illa : non enini labet aniaritiidineni conversatio illiiis^ nec tœdium 'on\>ictus illius, sed lœtitinm et gaudiuni'^ ». Si. au

* Gella continuata dulcescit, maie autem cuslodita ta'diuin jenerat et vilescit. (L. L, c. xx, n» 5.)

* Sap., VIII, 16.

contraire, il s'est laissé engager sur la pente de la v extérieure, il ne peut plus se retenir. 11 s^est absen aujourd'hui, il faudra qu'il s'absente demain. 11 i tient plus en place ; sa cellule lui paraît une prisoi Son horizon s'assombrit ; il lui en faut un autre. 1 démon le pousse à sortir ; les absences se multipliei peu à peu, au mépris de la loi de la résidence et a détriment de sa tranquillité et de sa paix. Car souvei il expérimente la vérité de cette prédiction du mon pieux auteur : « Parce qu'on est sorti dans la joi( souvent on revient dans la tristesse ; et la veilh joyeuse du soir attriste le matin... Que rapportez-voi du dehors, sinon le trouble de la conscience et ] dispersion du cœur * ? »

« Un curé, disait Massillon, n'est en sûreté conti sa faiblesse qu'au milieu de son peuple ; c'est 1 comme le rempart le plus sûr de sa fragilité ; c'est 1 que Dieu, le trouvant à sa place, le protège, Tassist contre toutes les attaques que lui livrent ses propre passions. Mais dès qu'il s'éloigne de ces lieux d sûreté, que la paresse, la dissipation, l'amour du pla sir, le dégoût de ses devoirs l'appellent ailleurs, Die ne le connaît plus ; Il le laisse tout seul entre le mains de sa propre faiblesse ^ » .

Et, en attendant, les années s'écoulent, et ave quelle rapidité !...

Heureux le prêtre, le pasteur des âmes auquel sera permis, quand il se présentera devant le redou

^ Lœtus exitus tristem sœpe reditum parit ; et lœta vigilj serotina triste mane facit... ; quid nisi gravitatem conscienti£(; et cordis dispersionem reportas. X- I, xx, 7).

2 Massillon, Discours synodaux, 17e dise. : De Vobservaiu des statuts et des ordonnances du diocèse.

ble tribunal de Dieu, de constater que ces années o-itives se sont composées pour lui de jours pleins : les pleni invenieiitiir in eis *.

Et ces jours pleins, où se trouveront-ils? Non pas, ;surément, dans la vie du curé qui s'absente souvent ji qui emploie son temps à des occupations frivoles et dio"nes de lui, mais dans celle du curé fidèle au iivoir de la résidence, saintement enchaîné, par les gns de la foi et de Famour des âmes, à son église et son presbytère ; ne s'en éloignant pas ; répondant à us les appels du dehors, à toutes les excitations du idans : Non! Je ne puis pas; j'ai une trop grande ission à accomplir ; si je vous écoutais j'en serais npèché : Opus grande ego facio^ et non possiun desindere: ne forte negligatur^ cuni venero et descen- ?ro ad vos^^ ; restant sur ce Calvaire, ou, si vous 3ulez, sur ce Thabor de son sacerdoce et de son pas- )rat, priant, travaillant, souffrant, luttant, et, par ce avail obscur et monotone, préparant et acccmplismt Tœuvre du relèvement et de la sanctification des lies.

De plus en plus, Messieurs, vous voudrez être de 3S prêtres fidèles à la lettre et à l'esprit de cette rande loi de la résidence, sauvegarde de toutes les itres. xVinsi vous répondrez aux exigences de votre ^cation, vous opérerez votre salut et vous serez entre s mains de Dieu des ouvriers précieux, des serviteurs (ujours prêts à répondre à son appel et à faire le :en : Ad onine opus bonam paratos^.

' Ps. LXXII, 10.

* II KsDii., VI, 3.

^ Ad. TU., III, 1.

Messieurs,

Après vous avoir précédemment exposé en détail ^ recommandé avec instance, afin de vous mettre 6 garde contre tant d'illusions possibles, le grave i fondamental devoir de la résidence, je suis tout nati rellement amené à me demander : Où le curé doitrésider ?

A cette question la réponse est facile.

Un curé est tenu de résider dans sa paroisse. El est pour lui ce qu'est le diocèse pour TEvêque : tai qu'il n'en sort pas, il réside. Il faut bien qu'il se por tantôt sur un point, tantôt sur un autre du territoii sur lequel s'étend sa juridiction ; quil aille voir L malades et aussi exercer cet apostolat />e/' domos nécessaire de nos jours et si fructueux lorsqu'on remplit avec prudence et charité.

Toutefois, le propre lieu de la résidence d'un eu c^est auprès de l'église confiée à sa garde, à proximi de ce tabernacle où réside le Dieu dont il est le repr sentant et le ministre, dans cette maison à laquelle donne son nom : c'est au presl)ytère.

Le presbytère est, pour ainsi dire, son quartier générai. 11 y passe la plus grande partie de son temps, ^à, il prie, il étudie, il prend le repos de la nuit, et, )endant le jour, quelques heures de légitime récréation ; 1 se tient à disposition de ses paroissiens ; il médite ■ur les besoins et les périls des âmes, sur les moyens es meilleurs à employer pour les convertir et les sancifier ; il combine le plan de campagne qu'il réalisera nsuite dans l'activité du saint ministère.

Ainsi habité par un homme consacré à Dieu et voué xclusivement à son service, le presbytère n'est pas ne demeure vulgaire : c'est un lieu saint. Il est juste e dire de la maison du serviteur comme de celle du laître, que « la sainteté lui convient M). 11 importe ue tout y soit parfaitement disposé, « que tout s'y asse honnêtement et selon Tordre^ ». Cette habitation e distingue des autres par son titre et le respect reli- ■ieux dont on l'environne ; elle ne doit pas moins se iire remarquer par sa bonne tenue: sur ce point-là neore, aucune négligence n'est permise.

C'est ce qui m'engage à traiter ce vaste sujet, en Duchant du moins les principales questions qui s'y apportent.

Je le dirai tout d'abord, Messieurs, il est très impormt qu'un curé se trouve bien dans son presbytère ; ar alors il l'aimera, il y demeurera volontiers, toutes ;s fois que la cliarité, les bienséances et le zèle pas- )ral ne l'obligeront pas d'en sortir. 11 n'éprouvera pas

• Ps. XCII, 5.

* 1 ad Cor., xiv, 40.

le besoin d'être toujours dehors et de ne se trouver Lien que lorsqu'il n'est pas chez lui.

Il faut pour cela que vous sachiez rendre votre presbytère attrayant.

Quant à l'édifice matériel, il n'est pas toujours en votre pouvoir de le modifier au g-ré de vos désirs ; et, si nous avons, grâce à Dieu, un bon nom])re de presbytères convenables, il en est encore, malheureusement, qui sont loin de réaliser les conditions voulues. 11 faudrait que tout presbytère offrît à son hôte un logement suffisamment vaste, commode et surtout très sain.

J'ai fait et je continuerai de faire tous mes efforts pour assurer à chacun de vous cet avantage si légitime et si nécessaire. Mais travaillez énergiquement, vous aussi, suivant les occurrences, à vous le ménager à vous et à vos successeurs. Si, à votre arrivée dans une paroisse, vous trouvez le presbytère en mauvais état, occupez-vous de le faire reconstruire ou réparer. S'il est en bon état, ayez grand soin de l'entretenir : ne le laissez pas se détériorer entre vos mains. Négliger ce côté matériel de la charge pastorale, sous prétexte qu'on n'est pas difficile, qu'on se trouve bien partout, ce serait faire de l'humilité et de la mortification à contre-sens, au grand détriment des curés successifs, et gérer son usufruit en locataire peu intelligent ou peu délicat.

En quelque état d'ailleurs que vous trouviez le presbytère, il vous appartient d'en rendre l'habitation plus ou moins ag^réable. Telle maison en soi inQ:rate se transforme et devient supportable, attrayante même, par suite de l'agencement et de l'ordre qu'on sait y mettre ; telle autre, plus avantagée, paraît triste et rebutante, parce qu'elle est mal tenue et en complet désarroi.

Appliquez-vous donc à organiser convenablement la votre ; mais prenez vos mesures pour éviter deux L'cueils également dangereux.

Le premier, c'est celui du luxe.

Le luxe blâmable , même dans le simple chrétien , l'est bien plus encore dans le prêtre. Tout ce qui sent la recherche, la mondanité, les délicatesses du confortal)le, paraît souverainement déplacé dans la demeure de celui qui est , par état , le représentant du Dieu pauvre de Bethléem . de Nazareth et du Calvaire. Si les habitudes traditionnelles et les bienséances sociales exigent qu'un curé ait un appartement convenable , il doit rester toujours dans les limites de « la simplicité ecclésiastique qui condamne souverainement la somptuosité , les délices, les superfluités du monde* ».

onc, point de meubles rares, de tentures précieuses,

e lits aux rideaux et aux couvertures mondaines ; point de ces objets de pure fantaisie , de ces mille petits riens que les gens du monde se plaisent à accumuler dans leurs salons et qui transformeraient la

lambre d'un prêtre en un véritable boudoir. Rien

'est choquant et parfois mal édifiant comme cette ostentation de luxe chez un homme né peut-être dans ine pauvre chaumière dont le souvenir s'harmonise Tial avec les splendeurs dont il affecte de s'environner.

Nulle part, même dans les villes, cet abus ne serait olérable ; à combien plus forte raison à la campagne,

e luxe dans un presbytère de village contrasterait

'une façon plus saisissante encore avec la rusticité et a pauvreté des habitations de la plupart des parois-

iens. Habitués à vivre dans un logement souvent plus

' BossuET : Esquisse du pancgyrique de. saint Sulpicc Euvres oraf., édit. Lebarq, l. l\] p. 451).

que modeste, ces braves gens ne s'expliqueraient pas une telle magnificence. Ils admettent bien que leur curé , à raison de sa supériorité et de sa dignité , soit mieux logé et mieux meublé qu'ils ne le sont euxmêmes ; parfois ils y tiennent et s'en font un point d'honneur. Gardez-vous pourtant d'aller trop loin ; car facilement ils se scandaliseraient. Ils en arriveraient vite à conclure que ce qu'ils entendent dire des prêtres est vrai : que le clergé regorge de richesses et mène une vie toute de bien-être et de jouissances. Ce serait , vous le comprenez , Messieurs , enlever à votre ministère un de ses meilleurs éléments de succès : cette sévérité, cette austérité de vie qui , depuis les jours de saint Jean-Baptiste, digne précurseur du Dieu pénitent , a toujours été une des principales garanties et la plus efTicace recommandation du minis-, tère apostolique.

Mais il ne faut pas davantage tomber dans l'excès contraire de la malpropreté et du désordre.

Dans un presbytère, la simplicité de l'ameuljlement demande à être rehaussée par un ordre et une propreté irréprochables. La propreté surtout qui est, comme on l'a si bien dit, le luxe de la pauvreté, doit y régner en souveraine maîtresse. Un curé doit tenir la main à ce qu'autour de lui tout revête et conserve ce caractère de décorum qui, de prime abord, recommande sa maison à n'importe quel visiteur. Qu'on y trouve tout juste les meubles nécessaires, qu'ils soient simples . pauvres même et grossiers , personne ne s'en formalisera, pou'^vu qu'ils soient toujours bien agencés et soigneusement entretenus. Cette belle organisation extérieure qui réjouit le regard est un des plus sùr^ indices de celle qui règne à l'intérieur. Nos livres saints nous disent que « le vêtement du corps et le rire des dents et la manière de se présenter font

connaître un homme * » : en général , cela est également vrai de la tenue de sa maison.

Qu'il est triste de voir un presbytère où cette loi n'est pas observée ! Tout y est pêle-mêle ; c'est un véritable chaos : objets à demi-mutilés , tableaux mal appendus aux murs , meubles couverts de poussière , livres épars çà et là, tout y accuse Tincurie et 1 insouciance du propriétaire. Comment se trouver bien au milieu d'un tel désordre ? et ferons-nous un jugement téméraire en soupçonnant que Thote d'un tel presbytère, n'y rencontrant rien qui le captive, doit s'en absenter souvent ?

Quelle différence d'avec tel autre presbytère du voisinage ! Dès qu'on y entre on se sent attiré et charmé. 11 se peut que tout y soit aussi simple, aussi pauvre que dans le précédent ; mais tout y est à sa place ; tout y respire un air de propreté et de convenance. La chambre surtout du curé avec son prie- Dieu, sa table de travail, sa bibliothèque, sa modeste couche , ses quelques meubles parfaitement disposés , apparaît comme un véritable sanctuaire. En mettant le pied sur le seuil on se dit : Ici réside un prêtre de prières et d'études.

Je viens de parler de la bibliothèque : c'est une partie importante, essentielle d'un mobilier de presbytère, la seule oi^i le luxe, que je viens d'exclure rigoureusement de partout ailleurs, soit permis.

Le prêtre est, par état, l'homme delà science : « ses lèvres doivent la garder 2 ». Il est comme la source où constamment elle s'accumule , afin que tous puissent l'y venir chercher sans l'épuiser jamais. Or. pour

• 13ccli., XIX, 27.

* Malach., II, 7.

TROISIEME COAIERENCE

acquérir et conserver la science il faut étudier ; et, pour étudier, il faut des livres.

Est-il nécessaire d'en avoir beaucoup ? Assurément non : un petit nombre d'ouvrao;es choisis sur chacune des branches de la science ecclésiastique peut suffire. Loin de moi cependant la pensée de blâmer le prêtre qui tient à posséder une riche bibliothèque. Dans cette multitude de livres , ilen est sans doute qu'il ne lira jamais de la première page à la dernière ; du moins il pourra les parcourir et les consulter au besoin. Seulement il faut constituer cette bibliothèque avec une sage lenteur et ne faire d'acquisitions que dans la mesure de ses ressources, sans jamais les dépasser. Il arrive parfois que certains jeunes prêtres se montrent en cela très imprudents. Acheter à crédit, sans savoir quand ni comment on payera, c'est s'exposer à de grands ennuis ; et , si délicate que soit la tentation , il faut savoir y résister.

Il n'est pas moins nécessaire qu'un goût intelligent et surnaturel préside à la composition de cette bibliothèque.

Avant tout, elle doit avoir un caractère franchement ecclésiastique. Chaque profession cherche à s'entourer des livres qui lui conviennent. Dans la bibliothèque d'un magistrat, vous trouverez surtout des ouvrages; de législation ; dans celle d'un officier, des livres trai-' tant de l'art militaire, tandis que le choix de l'agriculteur se porte de préférence sur les écrits qui enseignent à bien cultiver la terre et à lui faire rapporter davantage. N'est-il pas naturel que la bibliotlièque d'un prêtre soit composée, en très grande partie, d'ouvrages de science ecclésiastique ? Qu'à côté de ceux-là il s'en trouve sur la littérature, la poésie, l'histoire et autres connaissances profanes, il n'y a pas lieu d'en être surpris ni de critiquer. Mais, de grâce, que cet accessoire

ne remporte pas sur le principal : il serait vraiment étrange que clans une telle bibliothèque l'élément sacré n'eût pas la prédominance.

A plus forte raison pourrait-on s'étonner d'y rencontrer des livres mauvais ou à tout le moins équivoques, au point de vue de la foi et des mœurs. Veillez, ^lessieurs, à n'en laisser pénétrer chez vous aucun de cette nature.

Ceux que l'Eglise a condamnés doivent être tenus à l'écart plus soigneusement encore par les prêtres que par les simples fidèles. Comment seriez-vous en sûreté de conscience si vous méprisiez ou teniez pour non avenus les décrets de V Index P JN 'êtes- vous pas obligés d'en rappeler, dans l'occasion, aux laïques la force obligatoire ? Et pourriez-vous remplir ce devoir si vous ne donniez les premiers l'exemple d'une complète et filiale obéissance à cette loi salutaire ? Il est possible que vous ayez des raisons vraiment sérieuses de consulter quelques-uns de ces ouvrages. Ce cas ne se présentera pas bien souvent, c'est pro- Ijable ; néanmoins on peut le prévoir. Munissez-vous alors d'une permission régulière et n'allez pas au-delà des limites qu'elle vous assigne. N'oubliez pas d'ailleurs que ces livres ne doivent pas prend l'e place, dans votre bibliothèque, au milieu des autres ; ils seraient exposés à tomber, soit de votre vivant, soit après votre mort, entre les mains du preuiier venu. La justice, la charité et aussi les prescriptions de l'Eglise vous obligent à les garder en lieu sûr et sous clé, comme des poisons avec lesquels on ne saurait prendre trop de précautions pour prévenir de fatalesimprudences.

Quant aux romans, quels qu'ils soient, bannissezles impitoyablement. S'ils sont inolfensifs, ils n'en accusent pas moins dans celui qui les lit \u\ esprit

léger et superficiel ; s'ils sont mauvais, leur présence est un danger et devient facilement un scandale. N'alléguez pas que vous avez besoin de les connaître, pour pouvoir renseigner les fidèles et les détournerj d'une lecture funeste. Est-il donc nécessaire, est-il| sage d'expérimenter sur soi-même le poison poui avoir le droit d'en préserver les autres ? Un prêtrej ne trouve-t-il pas surabondamment dans les comptes rendus publiés par les journaux et les revues de quoi] s'éclairer et former son jugement sur tel ou tel ouvrage à la mode ? Pourquoi s'exposer, en le lisant, à perdn tout à la fois son temps, son argent et peut-être son! âme '^

Votre bil^liothèque ainsi composée avec intelligence, soigneusement expurgée de tout livre frivole ou dangereux, ne doit pas être pour vous un meuble inutile. Il faut en user plus encore que de tous les autres.

On rencontre parfois, dans certains presbytères, des bibliothèques assez considérables quant au nombre etj à la qualité des volumes, mais dans un état de désordre qui fait peine à voir. N'y cherchez aucun classement méthodique. Les livres sont là dépareillésj décousus, entassés sur les rayons, «ou dispersés travers les chambres, sur les sièges et les meubles leurs feuillets n'ont même pas été coupés, et ils sonj couverts de poussière : preuve évidente qu'ils ne sonj pas d'un usage fréquent, si même ils ont jamais servi

Gardez-vous, Messieurs, de témoigner si peu di respect et d'affection pour votre bibliothèque ; ne h faites pas un tel affront ; ne la traitez pas en étrangère mais en amie. Prenez-en grand soin ; ayez à cœu" que tous vos livres soient en bon état, bien entretenus, convenablement disposés. Revenez souvent à eux : ne sont-ils pas les compagnons les plus fidèles et les meilleurs confidents de votre solitude, des amis avec

lesquels on trouve toujours plaisir et profit à converser ? Que votre bibliothèque, votre bureau de travail et votre prie-Dieu soient les trois objets qui vous enchaînent à votre presbytère par les liens les plus forts et les plus aimés.

A cette question de la bibliothèque se rattache tout naturellement celle des archives paroissiales ; je ne puis omettre de vous la signaler.

Les reo:istres, collections de mandements et autres pièces dont elles se composent réclament et méritent une attention et des soins tout particuliers. Il serait vraiment étrange que le clergé n'attachât pas à ces documents religieux, parfois si intéressants, et, en tout cas, très respectables, au moins autant de prix que les administrations civiles à leurs archives profanes. Un prêtre n'aurait-il pas à rougir s'il se voyait convaincu d'être moins zélé et vigilant qu'un fonctionnaire civil pour la conservation du dépôt confié à sa garde ?

Vous ne vous exposerez pas à ce reproche humiliant. Vous tiendrez à honneur que vos archives soient parfaitement en ordre ; les divers registres exactement mis à jour ; les collections reliées au fur et à mesure ; les pièces soigneusement classées. Vous dresserez un catalogue que vous compléterez chaque année et sur lequel il suffira de jeter un coup d'œil pour se rendre compte aussitôt de ce que contiennent vos archives.

Vous n'oublierez pas qu'elles ne sont pas votre propriété. Vous avez seulement le droit de les consulter, avec le devoirde veiller à leur conservation, pour les transmettre intégralement à votre successeur. Vous ne les exposerez pas au danger de s'égarer ou d'être emportées par vos héritiers, comme si elles faisaient partie de votre succession. J^ur^ela, vous

OTTX'^t

ne les laisserez pas dispersées ici et là, mêlées à vos livres et papiers personnels ; vous les tiendrez réunies dans un placard spécial et fermant à clé, sur lequel, vous placerez cette inscription protectrice : Archives paroissiales.

Je dirai encore un mot du jardin, qui forme la dépendance habituelle de votre habitation. Ce serai pour vous engager à ne pas vous en désintéresser et à reporter sur l'extérieur une partie au moins des sollicitudes que vous déployez à lintérieur.

On éprouve une sorte de serrement de cœur à la vue d'une cour, d'un jardin de presbytère négligés, dont les allées sont à peine tracées ou à demi-recouvertes d'herbes parasites, les arbres abandonnés à eux-mêmes, sans direction et sans taille, les platesbandes sans culture et, par suite, sans fleurs et sans fruits, les haies et clôtures ouvertes à tout venant. Aussitôt se présente à l'esprit le tableau peu flatteur que l'Esprit Saint l'ait, au Livre des Proverbes, de ce champ « que les orties envahissent, dont les ronces couvrent toute l'étendue et dont les murs d'enceinte ne sont plus qu'un amas de ruines^». On ne peut s'empêcher d'établir un rapprochement peut-être faux et injuste, mais très naturel entre l'état des lieux et celui des âmes, et de se dire : Pauvre paroisse, si le champ spirituel n'est pas mieux cultivé que le champ matériel ! Epargnez à vos visiteurs la tentation de ce jugement téméraire, en prenant soin de votre jardin comme du reste de votre maison.

Si vous ne vous sentez pas naturellement attirés à ce travail, portez-vous-y par vertu : veillez à ce que l'essentiel au moins se fasse. Si, au contraire, vos goûts vous y poussent, ne craignez pas de vous y

' Prov., XXIV, 31.

livrer, sans toutefois dépasser les bornes de la modération. Vous y trouverez l'occasion et le moyen do prendre un exercice corporel souvent nécessaire pour la santé, et vous vous procurerez une distraction agréable et très évangélique. En res'pirant le parfum de ces Heurs que vos mains ont cultivées, à l'ombre de ces arbres plantés par vous et dont vous avez surveillé et dirisfé la croissance, vous vous délasserez des travaux du saint ministère ; vous pourrez dire avec l'auteur du Livre des Cantiques, même en ce sens moins élevé : « Je me suis assis à l'ombre de celui que j'avais désiré et son fruit est doux à mon palais * ».

Si Tentretien, l'aménagement, la bonne tenue, le matériel, en un mot, de votre presbytère réclament ine attention sérieuse, votre vigilance doit s'exercer )ien davantage encore sur les personnes appelées à "habiter avec vous.

Grave question que celle-là ! d'autant plus imporante que souvent le succès ou l'insuccès du ministère )astoral en dépend. Saint Paul le remarquait déjà de >on temps. .Vu nombre des recommandation! qu'il idresse à son disciple Timotliée, parmi les qualités [u il exige de lui, il met en première ligne le soin do ;a maison : « car, dit-il, si quelcpi'un ne sait pas enduire sa propre maison, comment gouvernera-t-il Eglise de Dieu? ^ »

Cette question du personnel, vous ne pouvez pas la upprimer : car il n'est pas convenable que vous

* Cantic, ii, 3.

* I Tim., III, 5.

demeuriez seul dans votre presbytère. Je ne saurai: approuver ; je blâme, au contraire, et je réprouve d( toutes mes forces la pratique abusive suivie pai certains curés, heureusement peu nombreux et qui U deviendront de moins en moins, je l'espère, qu croient pouvoir se passer de domestique.

Cette situation anormale offre plus d'un inconvé' nient pour le prêtre. Elle l'oblige à s'occuper person nellement de certains détails de ménage quil'exposen à perdre quelque cliose de sa dignité et de la consklé ration due à son caractère ; elle le contraint de laisser en son absence , le presbytère abandonné san personne qui puisse répondre aux visiteurs ; elle 1 jette lui-même dans un isolement qui dénote de sa par une sorte d'originalité ou l'y conduit presqu'inl'aillible ment.

On peut, il est vrai, objecter la modicité des res sources qui permettrait difficilement à certains prêtre de prélever sur leur maigre budget la somme néces saire pour les gages et l'entretien d'une domestique Mais, de bonne foi, ce motif est-il toujours le moti réel et déterminant ? Si un curé est contraint de vivr avec une très grande économie, ne doit-il pas suppri mer d'autres dépenses et ne pas se priver d'un secour qui garantit la bonne tenue de sa maison et l'honneu de son ministère ?

A plus forte raison serait-il blâmable de prendre c parti, sous prétexte qu'il est très difficile de trouve une bonne domestique, et qu'il veut s'épargner le ennuis inséparables de la présence au presbytèr d'une servante n'ayant pas toutes les qualités dqSf râbles. !

Sans doute. Messieurs, il ne faut pas prendre votre service à la légère, sans renseignements et san réflexion, la première personne venue : il convient d

lire un choix judicieux et sévère. En dehors de l'âge, i sagement prescrit par l'Eglise, vous avez à vous réoccuper de bien d'autres conditions encore : la liété, l'ordre, l'économie, la prudence, la discrétion, 1 modestie, la bonne réputation. Cet asseml^lage de ualités dans une même personne n'est pas facile à encontrer, et je comprends que parfois vous puissiez ous trouver dans l'embarras. C'est même pour cela tue, dans plusieurs diocèses, les Evoques se sont vus ontraints détendre les limites de l'âge canonique et e se montrer plus faciles à accorder une dispense, (uand dailleurs la domestique en faveur de laquelle •Il la sollicite a toutes les autres qualités requises.

^lais, si difficile qu'ils puisse être, ce choix n'est )Ourtant pas impossible. Il est encore de bonnes peronnes recommandables aux divers points de vue que e viens d'énumérer et qui aspirent à se placer au ervice d'un prêtre. Elles préfèrent gagner moins et iiener, dans un presbytère, une vie plus tranquille et urtout plus chrétienne. Il s'agit seulement de les écouvrir, et vous ne sauriez trop vous en occuper, le as échéant. C'est pour un curé un si précieux trésor iu'une bonne domestique sur le dévouement de laquelle l peut compter ! N'ayant plus qu'à exercer cette urvcillance générale dont il ne doit jamais se déparir, mais se reposant sur elle d'une foule de petits étails matériels, il peut se consacrer tout entier, avec me pleine liberté d'esprit, aux intérêts supérieurs de )ieu et des âmes. Le prêtre qui a trouvé cette perle •récieuse doit s'en féliciter et remercier Dieu de toute on Ame : une telle domestique est d'un prix inestiaable : procnl et de iiltimis finibus pretium ejus *.

Vous avez d'ailleurs, vis-à-vis d'elle, Messieurs, des

> Prov., XXXI, 10.

60 TROISIÈME coxfi':rexci:

devoirs à remplir. L'apôtre saint Paul déclare q c'est pour tout maître une obligation de s'occuper ses serviteurs, et il ne craint pas d'ajouter : « Ce qui nég-lige ce soin a renié la foi et il est pire qu'' infidèle * ». A combien plus forte raison cette solli tude s'impose-t-elle au prêtre. C'est bien lui surto qui est tenu d'être un bon maître dans toute l'accepti du mot, de mériter ce titre en s'efforçant, avec u paternelle charité, de procurer le bien temporel spirituel de la personne attachée à son service.

Vous vous montrerez pour elle pleins d'égards et bontés. Vous tiendrez la main, c'est votre droit votre devoir, à ce qu'elle s'acquitte bien de ses fon tions ; mais vous éviterez toute parole dure, to mauvais procédé. Vous aurez aussi grand soin de 1 payer exactement ses gages au temps voulu ; vous ; laisserez pas cette dette s'accumuler et atteindre inse siblement un chiffre considérable. Ce pourrait être po vous le principe de difficultés et d'ennuis sans nombri vous seriez exposés à perdre cette liberté, cette ind pendance qu'un prêtre, un pasteur des âmes surtoi ne doit jamais aliéner. N'a-t-on pas vu, ne voit-on p encore de pauvres curés obligés de conserver ch eux une domestique qui leur pèse et préjudicie à lei ministère, parce qu'ils sont dans l'impossibilité de i libérer envers elle ? C'est une chaîne qu'ils se soi forgée et qu'ils traînent péniblement pendant ( longues années, sinon durant leur vie tout entière.

Mais c'est surtout par rapport à l'âme de vot domestique que vous devez vous montrer un b( maître. J'en ai déjà fait la remarque, souvent le mo1 qui la déterminée à venir chez vous, c'est qu'el comptait y trouver de plus grandes facilités pour i

1 Ad Tim., v, 8.

nctifier et opérer son salut. Ne trompez pas son tente. Donnez-lui, avec le secours de vos exemples de vos conseils, toute liberté de remplir ses devoirs ligieux. Ayez à cœur qu'elle soit vraiment pieuse ; i édifiant la paroisse, elle prêtera à votre ministère 1 très utile concours. Quel mal, au contraire, ne rait-elle pas si elle n'était pas même une bonne rétienne ; si vous tolériez en elle des défauts, des arts toujours regrettables, mais qui prennent faciiient les proportions d'un scandale, quand ils se ncontrent dans la domestique d'un prêtre ? L'opinion iblique se montre, et avec raison, d'autant plus igeante vis-à-vis d'elle qu'elle habite une demeure us sainte et sert un maître plus respectable. C'est vous dire, ^lessieurs, que votre bonté ne vra jamais dégénérer en faiblesse. Et pourtant un ré est très exposé, s'il ne se tient constamment sur s gardes, à se heurter et parfois à se briser contre t écueil. Sa domestique prend peu à peu une torité et des allures inconvenantes ; elle exerce une aîtrise dont les paroissiens, et souvent lui tout le emier, ont fort à souffrir et qui est on ne peut plus éjudiciable au bien.

Surveillez donc attentivement ce point capital, jligez votre domestique à rester à sa place et à s'y air modestement. Ne la laissez pas s'absenter à tout opos du presbytère, courir de maison en maison, •ur y colporter des nouvelles, recueillir et répandre s cancans qui sont la source de beaucoup d'ennuis ur un curé, et qui sèment, parmi les paroissiens, la sunion et le scandale. Habituez-la à r(;cevoir avec ilitesse et aménité tous vos visiteurs, à n'éloigner rsonne par des airs hautains et des paroles malsonntes. Et pour conserver sur elle cet ascendant cessaire, n'abdiquez jamais votre dignité. Rappelez-

VOUS que la familiarité engendre le mépris : ne vo engagez pas, ne la laissez pas s'engager clans ce! voie. Ne l'initiez pas aux choses de votre ministère ne permettez pas qu'elle s'y ingère, n'importe so q^el prétexte. Ne lui faites jamais de ces ouverture de ces confidences auxquelles on est tenté de se laiss aller à certains momeiits d'expansion, mais qu'on : tarde pas à regretter. En un mot, évitez toute paroi tout acte de nature à détraire ou à affaiblir en elle respect qu'elle doit avoir pour voire caractère > prêtre.

Je pourrais vous signaler plusieurs abus possibl en ce genre. Je me contenterai de vous dire que c'^ serait un vraiment déplorable pour un curé d'éli domicile dans la cuisine, d'y prendre ses repas, d'i faire son cabinet de travail et de réception, dérogerait à sa dignité et éviterait difficilement u] dépendance contraire à son double titre de maître ( la maison et de pasteur de la paroisse.

La solitude résultant pour vous de cette réserve qi vous mettrez dans vos rapports avec votre domesti(|i peut être très utilement adoucie par la présence { presbytère de quelques élèves ecclésiastiques.

Rien de plus conforme aux traditions et aux dési de la sainte Eglise, rien de plus sacerdotal que cet transformation de la maison curiale en une sor d'école préparatoire au petit séminaire. Il ne saurait avoir pour le sacerdoce de meilleur moyen de recrut ment que le choix prudent et éclairé fait par un cui parmi les enfants de sa paroisse. Plus que personi il a grâce d'état pour discerner, dans cette granc famille dont la Providence l'a établi le père, les éli du sacerdoce ; et, malgré le malheur des temps, il e peu de paroisses au sein desquelles Dieu ne se plaiià susciter quelqu'un de ces privilégiés en donnant ;i

Dasteur la mission de découvrir et de favoriser cette .ocatioii naissante.

Un Evèque ne peut donc que bénir avec une partimlière affection ces prêtres intelligents et zélés qui, îon contents de se dépenser au service des âmes, ravaillent à se préparer des successeurs et à perpétuer du même coup leurs travaux et leurs mérites, ^à surtout où le saint ministère laisse au curé de lombreux loisirs, il ne saurait mieux les utiliser ju'en préparant ces jeunes lévites, espérance de avenir.

C'est un travail méritoire et sanctifiant qui, dès ici- )as, porte avec lui sa récompense. Un prêtre y trouve le nombreux avantages. 11 n'est plus seul ; lisolement, i pénible pour certaines natures, est supprimé, grâce i ces enfants qui vont et viennent et qui communiquent i cette demeure quelque chose de l'animation et de la oie de leur âge. 11 n'est pas davantage exposé à la entalion de « l'oisiveté qui engendre bien des maux^ » ;

ne peut faire travailler ses élèves sans travailler luinème, sans se renouveler dans l'habitude et l'amour le l'étude. ]\îais surtout la présence auprès de lui de es âmes innocentes et saintes qu'il doit non seulement le pas scandaliser, mais édifier en tout et partout, lui levient une sauvegarde et un stimulant continuel ; elle oblige à se surveiller pour pratiquer les vertus iacerdotales et donner à ces bien- aimés du Christ exemple d'une vie sainte et irréprochable.

A ces divers titres, je ne saurais trop recommander, I tous ceux d'entre vous qui le peuvent, d'avoir des 'lèves ecclésiastiques, et de faire de leur presbytère uie école cléricale oi^i ils se délasseront des fatigues ît des préoccupations de leur ministère. Pourvu que

' Eccli., XXXIII, 29.

VOUS sachiez faire un choix judicieux, n'admcitrc cju( lies enfants qui, au point de vue de linteiligence et d< kl piété, soient vraiment une élite, et dans lesquels se montrent déjà des marques sérieuses de vocation vous n'aurez pas à vous repentir de ce surcroît d( travail, (^ctte famille adoptive vous donnera plus d( €onsolations que vous n'en trouveriez, la plupart di temps, dans votre famille selon la nature.

Cette question de la cohabitation d'un prêtre ayan charge d'âmes avec ses parents est aussi délicate qu'importante : on peut l'étudier à divers points du vue.

Il est permis d'abord de se demander s'il convien qu'un curé ait des parents chez lui.

En soi, et en dehors des circonstances particulièrei qui peuvent nécessiter cette présence, il semble que li question doive être résolue négativement. Le pasteu des âmes n'est-il pas le représentant et le continuateu « du prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech » de ce Jésus qui a voulu être figuré dans l'Ancien Tes tament par le « roi-pontife de Salem, sans père, san mère, sans généalogie » * ? N'a-t-il pas tout intérê à imiter cet exemple, qui n'a pas été sans raison pro posé, avec tant d'insistance, dans nos saints Livres ' N'est-il pas évident que le sacrifice qu'il fait de sî famille selon la nature doit attirer sur sa famille adop tive dans l'ordre de la grâce de particulières bénédictions ?

Il y gagne d'ailleurs une indépendance et un prestige qui sont, pour son ministère, un précieux élément d( succès.

Ce qui étonne, émeut et souvent convertit les infi <lèles é.vangélisés par nos missionnaires, c'est surtou

* Ilebr., VII, 3.

e dévouement de l'apôtre qui vient à eux seul, sacriiant son pays, sa famille, libre de toute entrave, de ouïe préoccupation humaine, uniquement appliqué au >alut des âmes. La comparaison se fait naturellement, lans ces esprits naïfs et droits, entre « cet homme de ^ieu * » et ceux qui se présentent, traînant à leur >uite femme et enfants, incapables dès lors de regarder miquement le ciel et de ne pas s'occuper quelque peu le la terre.

Cette même impression se produit, jusqu'à un certain point, soyez-en sûrs, dans nos populations chréiennes. Le prêtre qui leur apparaît avec l'auréole d'un létachement complet des intérêts et des sollicitudes l'ici-bas se place, de prime abord, à un degré supé- 'ieur dans leur estime, et, du même coup, il échappe une foule de soucis et de tristesses.

Que de fois la vie d'un pauvre curé est abreuvée l'amertume, sa paix empoisonnnée par la présence au )resbytère de certains parents ! si tant est même qu'il l'ait pas à se reprocher, au for de la conscienc3, des oncessions et des faiblesses qui deviennent un remords our son àme, une entrave, un principe de ruine pour on ministère ! Que de prêtres, excellents d'ailleurs, ourraient, s'ils y voulaient réfléchir devant Dieu, appliquer les paroles du Psalmiste : « Si je ne l'étais laissé dominer par les miens, je serais sans iche ; je me trouverais exempt d'un très grand éché^)). C'est là un fait d'expérience malheureuse-

* I ad Timoth., vi, 11.

* Ps. XVIII, 14.

L'avertissoincnt que le saint Concile de Trente donne aux vêquos s'ap|)ii(iuc également aux prêtres : « Quam maxime otest, eos sancta Synodus monct, ut omnem humanum hune 'ga fratres, nepotes propinquosque carnis alfectum, unde iultorum maloruni in l<]cclesia sominarium extat, penitus 3ponant ». (Conc. Trid., sess. XXV, c. i, de Reform.).

ment trop fréquent pour que tout prêtre, animé d\ir véritable esprit apostolique, ne prenne pas ses précautions afin de prévenir et d'éloigner ce danger. Qu: donc, se plaçant au point de vue de la foi, m préférerait aux consolations humaines que la présence des parents apporte parfois dans un presbytère, cettt solitude austère mais féconde d'un sacerdoce libre d( toute entrave ?

Je me hâte cependant de le reconnaître, ce généreux et salutaire dégagement n'est pas toujours possible. I est des cas où un prêtre non seulement peut mais doii accueillir sa famille. La charité, la piété filiale, les loiî de la justice et de la reconnaissance s'accordent poui lui en faire une obligation.

L'Eglise l'a compris, et, malgré le désir qu^elle a d( voir ses clercs entièrement séparés des créatures poui être davantage à Dieu et aux âmes, elle n'a pas refus( d'adoucir sur ce point sa législation pour Iharmoniseï avec la faiblesse humaine. Elle permet donc et les ordonnances diocésaines, s'inspirant de sa maternelk condescendance, permettent généralement à certains membres de la famille de résider au presbytère. Mais remarquez-le, c'est plutôt une concession, une tolérance, qu'un droit reconnu et accordé de grand cœur,

Pour vous conformer à l'esprit et aux intentions manifestes de l'Eglise, si vous croyez nécessaire d'avoir vos parents avec vous, tenez-vous en du moins aux limites qu'elle a pris soin d'indiquer. N'admettes que les personnes nommément comprises dans ses prévisions, imposez-vous la loi de ne jamais demander de permissions plus étendues. Il en coûte aux supérieurs de les refuser ; mais ils ne sauraient les accorder qu'à regret, et on peut affirmer qu'elles ne sont jamais sans inconvénients. Sachez, au besoin, vous imposer des sacrifices qui ne resteront pas sans récompense. Ce

que vous abandonnez par amour pour Dieu dans Tordre de la famille selon la nature, il vous le rendra avec usure dans votre famille selon la grâce ; il multipliera, avec le nombre de vos fils spirituels, vos joies pastorales : Pro pa tribus tuis nati sunt tihi filii^.

Quant aux parents : père, mère, frère, sœur, tante, que vous aurez jugé à propos d'admettre sous votre toit, conduisez-vous à leur égard de telle façon que vous puissiez dire avec saint Paul : « Je n'ai pas pactisé avec la chair et le sang ^ ». Prenez si bien [vos précautions que leur présence ne soit en rien nuisible à votre ministère.

Elle le serait certainement si vous leur laissiez

usurper une autorité qui ne leur appartient pas et qui

ntraverait et même paralyserait la vôtre dans l'ordre

spirituel. Soyez bons, très bons pour eux, surtout s'il

agit de votre père et de votre mère. Montrez-vous

)leins de respect, d'affection et de dévouement ; c'est

^rotre devoir : le caractère de prêtre n'a pas effacé

i^otre qualité de fils. Mais ces témoignages de confiance

t d'amour ont des bornes qui ne doivent jamais être

épassées : celles qu"a tracées le sacerdoce. Dans votre

Daroisse, vous êtes avant tout pasteur des âmes. Ne

oubliez pas et ne permettez à personne de l'oublier.

5ur ce terrain, ni père, ni mère, ni frère, ni sœur, ni

meune influence humaine ne doit vous dominer. Si

uelque tentative, même involontaire, se produisait en

e sens, ce serait le cas de rappeler énergiquenient la

)arole de Notre-Seigneur à sa mère et à son père

idoptif, qui se plaignaient de son abandon : « Ne

avez-vous pas que je dois être tout entier aux intérêts

le mon Père ^ ».

* Ps. XLIV, 17.

« Ad Galat., i, 16.

3 S. Luc, II, 49.

Vous saurez faire de ce principe toutes les applications opportunes. Vous y mettrez cette discrétion dont parle saint Grégoire le Grand et qui vous permettra de concilier tous vos devoirs : aimant, approuvant vos parents toutes les l'ois que vous trouverez en eux des auxiliaires de votre apostolat, vous saurez les haïr de la haine sainte recommandée dans TEvangile et les fuir s'ils devenaient pour vous, dans la voie de Dieu, des adversaires et des obstacles *.

Partant de ce principe, vous n'hésiteriez pas à avertir vos parents, s'il en était besoin, qu'un presl)ytère est un sanctuaire, et que toutes les personnes qui l'habitent sont tenues de donner l'exemple du désintéressement, de la modestie, de la charité, en un mot de toutes les vertus chrétiennes ; que la pratique de tous les devoirs religieux s'impose à elles comme une nécessité à la fois de justice et de convenance.

Quelle tristesse, quel sujet de confusion pour un prêtre, mais surtout quel empêchement pour son ministère si ses parents, demeurant avec lui, ne satisfaisaient pas môme aux obligations les plus élémentaires de la vie chrétienne ! Quelle objection formidable se dresserait contre sa prédication et tous les efforts de son zèle si on pouvait leur opposer la conduite irréligieuse ou indifférente des membres de sa famille ; si les vices, les abus qu'il combat fleurissaient, pour ainsi dire, à ses côtés, sous ses yeux ; si les vertus qu'il prêche étaient méconnues de sa propre maison ! En vain serait-il personnellement irréprochable ; on ne manquerait pas de faire peser sur lui

* Si vim prœccpti perpendimus utrumque agere per discre tionem valemus ; ut iixorem et eos qui nobis carnis cognationc conjuncli sunt, et quos proximos novimus, diligamus ; et quoi; adversarios in via Dei patimur, odiendo et fugieiido nesciamus (S. Grég., pap., liom. XXXVII in Evangel.)

la rosponsa])ilité des fautes commises par ceux qui lui touchent de si près : on se servirait de leurs mauvais exemples comme d\m argument victorieux pour repousser ses instances ; on se moquerait de sa parole impuissante à convertir les siens. On aurait tort sans doute ; mais le prétexte est trop spécieux pour qu'on ne le mette pas en avant.

En somme, Messieurs, les prêtres qui ont avec eux leur famille se répartissent en deux catégories.

Les uns ont affaire à des parents chrétiens, voire même pieux et édifiants. De tels parents, loin d'être pour un curé une difficulté, peuvent au contraire lui devenir, ne fût-ce que par l'édification qu'ils donnent, de très utiles auxiliaires. Quelle action sanctifiante. quel véritable apostolat n'exercent pas, dans une paroisse, une sainte mère et une pieuse sœur ? De quelle utilité ne sont-elles pas pour la visite des malades, linstruction des enfants, la prospérilé du catéchisme de persévérance et des confréries ! Quelle large part ne prennent-elles pas aux œuvres de piété et de charité, dont souvent elles assurent à elles seules la conservation et le développement ! Le prêtre ainsi privilégié ne saurait trop rendre grâce à Dieu ; dans de telles conditions, la présence de ses parents, qui est peut-être un avantage temporel, lui devient, plus encore, une source de bénédictions spirituelles.

Si, au contraire, ces parents sont irréligieux ou même simplement indifférents, quel mal ils peuvent faire ! Un curé, placé en face de cette situation déplorable, n'omettra rien pour en sortir ; et si, après avoir pris tous les moyens en son pouvoir, il constatait l'inutilité de ses efforts, ne serait-ce pas pour lui une obligation de préférer l'honneur de son sacerdoce aux liens de la parenté, le ]nen des âmes aux convenances de la famille ? Pour sauvegarder ces intérêts supérieurs.

ne devrait-il pas recourir à des mesures qui lui permettraient do remplir dune autre manière les devoirs de la piété fdiale ou fraternelle, mais sans préjudice pour son pastorat, et éloigner de son presbytère des hôtes indignes et compromettants ?

Il me reste, Messieurs, à vous tracer quelques règles de conduite à l'égard de ceux qui vous visitent dans ce presbytère organise, quant au matériel et au personnel, dans les conditions vraiment surnaturelles que je viens d'indiquer.

Comme curé, vous êtes le débiteur de tous vos paroissiens : ils ont sur vous des droits incontestables^. Il faut qu'ils trouvent toujours accès auprès de vous, qu'ils puissent venir librement vous parler, vous consulter, vous confier leurs joies et leurs tristesses, réclamer le secours de votre ministère. Vous êtes le père de famille, et votre porte ne doit être fermée à aucun de vos enfants ; comme votre cœur, elle doit rester constamment ouverte à tous. Petits et grands, riches et pauvres, savants et ignorants, brebis fidèles ou enfants prodigues, tous doivent pouvoir se fréquenter avec confiance , certains d'être bien accueillis. Si quelque préférence vous était permise, ce serait en faveur de « ces moindres : minimis » que Notre-Seigneur aimait d'un amour de prédilection.

Un curé qui se montrerait difficile à recevoir ses paroissiens manquerait à une de ses principales obligations. 11 ne serait pas vraiment pasteur, « le bon pas-

» Ad Rom., I, 14.

teiir qui est connu de ses brebis et qui les connaît^ ». Donnez sur ce point à votre domestique des ordres formels et veillez à ce qu'ils soient ponctuellement exécutés. C'est chose triste et inquiétante de voir les paroissiens se tenir à l'écart du presbytère ou n'y venir qu'à regret et par nécessité. Rien au contraire n'est consolant et de bon augure comme de constater qu'ils aiment à visiter leur curé, que c'est pour eux une habitude et une vraie joie de franchir le seuil de sa maison. Voilà un des signes auxquels on reconnaît le digne ministre de celui qui disait : « Venez tous à moi ! '^ ».

Remarquez, Messieurs, il est dit : « Tous ». Ce simple petit mot prévient ou réfute par avance une objection que se font certains prêtres et qui les porte à s'enfermer dans leur presbytère et à s'isoler complètement de leurs paroissiens. C'est, disent-ils, prudence de leur part ; ils aiment mieux couper court et ôter tout prétexte à la malignité des langues, promptes « à s'aiguiser comme le dard du serpent ^ ».

Certes, ce n'est pas moi, qui vous déconseillerait la prudence : je vous l'ai, au contraire, tant de fois recommandée, et elle est si nécessaire, de nos jours surtout ! iilais, de grâce, qu'elle ne dégénère pas en pusillanimité, car elle cesserait d'être une vertu pour devenir un défaut. Parce qu'en recevant ses paroissiens dans des conditions régulières, un curé est exposé à la critique et à la calomnie, faut-il qu'il s'arrête devant cette considération? Non, sans doute. Notre-Seigneur n'a-t-il pas été, lui aussi, attaqué? Ne s'est-t-il pas entendu traiter « de partisan de la bonne

' S. JOANN., X, l'i.

* s. Matii., XI, 28.

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