‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 5 sur 35 · P.^. CXXXIX, 'J · texte numérisé non relu

P.^. CXXXIX, 'J

chère . de buveur , d'ami des publicains et de: pécheurs * » ? Nous ne voyons pas qu'il ait cessé pou cela d'entretenir, avec ceux qu'il était venu évangé User, les relations nécessaires. Mais aussi faut-il qu'ui curé, dans ses rapports avec ses paroissiens, ne com mette aucune imprudence et puisse défier ses adver saires « de le convaincre de péché ^ ».

Il y réussira infaillil)lement si, mettant en pratiqu le moyen que je vous signale, il accueille tous se paroissiens indistinctement. En suivant cette règle i sera inattaquable ou du moins « inconfusible ^ » . C qui ferait sa faiblesse et autoriserait des attaque malveillantes, ce serait de faire acception de per sonnes et de recevoir exclusivement et fréquemmen telles et telles, surtout si ce sont des femmes et de jeunes fdles. j

Vous connaissez assez, pour qu'il soit inutile cl vous les rappeler en détail, les prescriptions de li sainte Eglise par rapport à l'admission au presbytèr des personnes du sexe, même les plus recommandable et les plus pieuses. Je puis résumer sa pensée dans ce conseils de saint Jérôme à son disciple Népotien : « Qu les pieds des femmes ne foulent jamais ou du moin très rarement le seuil de votre chambre. N'ayez, ei tout cas, avec elles que des entretiens brefs, peu fré quents et austères. Prévenez tous les soupçons ; e tout ce que vous pouvez supposer qu'on imaginerait prenez vos précautions pour qu'on n'ait pas le moindr prétexte de l'imaginer^ ».

» S. Math., xi, 19.

2 y. JOANN., VIII, 46.

3 II Thimotli., II, 15.

•* Hospiliolum tuum aut raro aut nunquam mulieriim pede terant. Serrao brevis, rarus et austerus. Gaveas omnes supi clones et quidquid probabiliter fmgi potest, ne fingatur ant divita. (Hier., Epist. 2 ad Nepot.)

LE PRESBYTERE jd

Que ces personnes viennent au presbytère quand elles auront réellement besoin de vous parler, comme le font vos autres paroissiens, personne ne saurait en prendre ombrage. Tout le monde comprendra qu'en les recevant dans ces conditions vous leur donnez ce que vous leur devez ; et si, malgré tout, quelque esprit chagrin ou hostile y trouvait un sujet de critiques, A'ous n'auriez pas à vous en préoccuper : l'opinion publique ferait l3onne justice de ces accusations immotivées jNIais il en serait tout autrement de l'ecclésiastique qui permettrait à ces personnes d'être des visiiteuses assidues, de venir sous les plus futiles prétextes, t qui, se raidissant contre le verdict de l'opinion publique, parce que, dit-il, il ne fait pas de mal, et lue cesser ces relations inoffensives ce serait donner Q^ain de cause à ses accusateurs, persisterait à ne enir aucun compte des charitables avertissements de >es confrères, peut-être des monitions et des défenses le ses supérieurs.

D'ailleurs, Messieurs, avec toutes les personnes que r^ous recevez dans votre presbytère, ayez soin de vous conduire en prêtres. Que l'homme paraisse le moins )ossible ; que ces relations extérieures soient pénérées de Tesprit intérieur de votre sacerdoce. Proposez- ^ous toujours de les mettre à profit pour édifier les imes, les porter à Dieu et continuer par là, sous une ulre forme, votre mission d'envoyés et de représenants de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Si vous voulez qu'il en soit ainsi, conservez toujours otre dignité ; ne l'abdiquez jamais. Votre caractère le prêtre vous place sur les hauteurs, ne l'oubliez pas. l vous est permis, il vous est commandé de condesendre, mais non pas de descendre. C'est condescenre que de vous montrer bons, prévenants, polis, erviables ; de vous entretenir volontiers avec vos

visiteurs de ce qui les intéresse : leur famille, leu agriculture, leur commerce ; d" avoir une conversatio aimable, enjouée, spirituelle. ^Nlais ce serait descendr que de vous servir de mots grossiers, de locution triviales, de vous laisser aller à des siestes ou à de habitudes trop libres, d'adopter certaines manières d faire, certains usages des gens du monde.

Non, non. Messieurs, ne descendez pas ; restez pn très dans votre tenue, votre langage, vos habitudei On vous en saura gré : vous vous ferez estimer et rei pecter de ceux même qui peut-être vous engagent les imiter et à être du monde. Vous les édifierez. I vous rendront justice dans le secret de leur cœur. Tai dis que si vous prétendiez conquérir une sorte c popularité humaine par des moyens indignes de voti sacerdoce, vous échoueriez ; vous seriez sévèremei jugés même par vos prétendus admirateurs ; vous r recueilleriez, en somme, que la déconsidération et ] mépris.

Ces règles de modestie pastorale ont partout lei application; vous ne devez jamais les perdre de vui pas plus dans les visites que vous rendez que dai celles que vous recevez. Mais elles se recommande! particulièrement à votre attention lorsque vous adme tez vos paroissiens ou quelque étranger à votre tabl< A mon avis, plus ces invitations seront rares, mieu cela vaudra. Elles le seront presque nécessairement s de votre côté, vous acceptez rarement de dîner e dehors de chez vous. En général, vous avez tout aval tage à vous rencontrer avec vos paroissiens ailleui qu'à table ^. Toutefois il peut se présenter des circon: tances où ces invitations soient utiles et nécessaire:

■ Facile enim contemnitur clericiis qui sœpe vocatus s prandium ire non récusât. (Hier., Epist. ad Nepot.)

,e cas échéant, redoublez de vigilance ; car le repas li-même, Tanimation qu'il communique aux sens, les onversations qui s'engagent prédisposent à un laisser- Uer, à une sorte de familiarité qui deviendrait facilelent abusive et nuisible à votre ministère.

En dehors de vos paroissiens, les visiteurs qui franhiront le plus souvent le seuil de votre maison ce ont vos confrères. De toutes les visites, aucune ne oit vous être plus agréable. Il est si bon, si consolant our des âmes sacerdotales de pouvoir, pendant uelques heures , se communiquer, dans les doux panchementsde l'amitié, leurs joies et leurs tristesses, exciter mutuellement à l'amour et à la pratique du evoir ! Ce sont ces rencontres fraternelles que le oi-Prophète saluait, avec un pieux enthousiasme, omme un principe de sainte et fortifiante allégresse *. ous ne pouvez pas, malheureusement, vous procurer ouvent le bonheur de ces réunions : des distances •op longues à parcourir, des occupations multipliées ous l'interdisent. Du moins, quand l'occasion vous Q est offerte, profitez-en volontiers : ne soyez pas du ombre de ces prêtres qui ne se trouvent bien qu'avec es laïques et semblent fuir la société de leurs onfrères.

Pour vous, n'ayez pas de plus grand plaisir que de is recevoir. Si la maison d'un ministre du Seigneur oit, selon la recommandation de saint Paul, être ospitalière à tous 2, c'est bien surtout aux prêtres, ►ffrez-leur une hospitalité cordiale et vraiment sacerotale.

Elle le sera si votre accueil est plein d'aménité et e bonne grâce. Que vos confrères vous trouvent tou-

* Ps. cxxxii, 3.

« I Tim., III, 2.

jours empressés, heureux de les accueillir. Que ri( dans votre attitude ou vos paroles ne leur donne mên à soupçonner qu'ils vous dérangent et vous sont charge. Recevez-les, vous dirait saint Pierre, « dai l'amour de la fraternité : in amore fraternitatis * ».

Que votre hospitalité soit simple. N'allez pas voi mettre en frais, leur servir ces festins somptueu dont le luxe, quant à la quantité et à la qualité d( mets, serait en opposition tout à la fois avec les pre criptions de la sainte Eglise et les règles de la saii raison. Faites paraître à votre table ce véritable espi ecclésiastique qui est un esprit de frugalité et ( mortification. Cette bonne et religieuse simplicité voi permettra de vous voir plus souvent, sans que la pn occupation de la dépense vous arrête. Elle sera poi les domestiques et la paroisse tout entière, qui r tardera pas à savoir comment les choses se passai dans vos assemblées, un sujet de véritable édificatioi

Mais surtout que votre hospitalité soit sacerdota parce que tout , dans votre presbytère, sera de natui à édifier vos confrères , à leur laisser de bonne impressions et à leur faire prendre , s'ils en avaiei besoin, de salutaires résolutions. Qu'ils y respirent u parfum de régularité et de piété dont le souvenir k suive dans leur solitude et leur devienne une consc lation et un encouragement.

Voilà , Messieurs , ce que doit être le presbytère d tout bon prêtre et à quelles conditions il justifie plei nement son titre.

Aux regards de Dieu , il devient un sanctuaire . 1 prolongement de cette église dont il a dit : « Mes yeu s'abaissent sur elle , et mon cœur sera là tous le

1 I Petr., I, 22.

)urs*». 11 regarde avec complaisance, du haut du tel, celte maison; il la bénit, parce qu'il y voit la 3produclion de celle qu'habita son divin Fils , cette linte maison de Nazareth où il pouvait contempler ne vie de prière , de travail , de dévouement , la vie

du juste qui vit de la foi ^ ».

Pour les hommes , ce presbytère est une demeure énérable , d'où la sainteté rayonne , où tous viennent ;i chercher le secret et les fécondes impulsions. C'est L maison modèle sur laquelle les autres aspirent à se 3gler. C'est une source bienfaisante ouverte à tous ; lacun y peut puiser, selon les occurrences, consoition, confiance, courage, secours spirituels, parfois jême corporels.

Enfin , pour le prêtre qui l'habite , ce presbytère est n tabernacle aimé , à l'égal de celui que célébrait 'avid 3, parce que Dieu s'y trouve dans l'ordre et la aix, et, avec lui, la sanctification et le bonheur.

Puissent vos presbytères, Messieurs, réaliser ce bel léal et apparaître, au milieu de nos populations trop Duvent ignorantes et indifférentes , comme des foyers e science et de vertu ! Qu'ils soient tous « ces taberacles des justes d'où sort une voix d'allégresse et de ilut : Vox' exultationis et saliitis in tabernaculis istonim ^ ».

' II Paralip., vu, 15.

- Galat., III, 11.

•' Ps. LXXXIII, 2.

* Ibid., cxvii, 15.

4e CONFERENCE

Messieurs,

Que ferez-vous dans votre presbytère organis d'après les règles que je vous rappelais dans notr précédente conférence ?

Avant tout vous prierez.

De toutes les occupations qui doivent se partage les heures de votre journée, voilà sans contredit 1 plus importante, la plus fructueuse, je dirais volontier avec Notre-Seigneur : « Tunique nécessaire ^ ».

Vous recommandez la prière à vos paroissiens e vous avez bien raison. Vous ne sauriez trop insiste sur ce point et travailler activement à répandre parm eux l'esprit de prière. C'est lui seul qui fait le paroisses chrétiennes. Sans lui vous pouvez avoir de apparences de vie surnaturelle ; en réalité il n'y en . pas. Somme toute , une paroisse chrétienne, c'est un paroisse où les âmes ont l'intelligence et le goût de h prière.

1 S. Luc, X, 42.

Mais, Messieurs, ce que vous conseillez aux autres l faut tout d'abord le mettre vous-même en pratique.

La prière , qui est l'àme de la vie chrétienne , Test ùen plus encore de la vie sacerdotale. C'est du prêtre urtout qu'il faut dire avec saint Augustin : « Il sait tien vivre s'il sait bien prier * ».

« Sans la prière , disait Massillon , le prêtre n'est •lus d'aucun usage dans le ministère ni d'aucune utiité aux fidèles : il sème et Dieu ne donne point accroissement ; il instruit et sa parole n'est plus qu'un irain sonnant ; il offre l'hostie de propitiation et il

attire aucune bénédiction sur les offrandes saintes ;

récite les louanges du Seigneur et son cœur en est )in, et il ne l'honore que du bout des lèvres. En un lot, sans la prière le prêtre n'est plus qu'un fantôme ms âme et sans vie, dont toutes les fonctions les plus lintes, les plus fécondes, les plus spirituelles ne sont

us que comme les mouvements mécaniques d'une lachine inanimée 2 ».

Toutefois, ce n'est pas de cette prière indispensable

la sanctification personnelle du prêtre que j'ai intenlion de vous entretenir aujourd'hui. C'est de la rière que j'appellerai pastorale.

La prière pastorale, c'est-à-dire celle que vous faites 3n plus à titre de simples chrétiens , ou même de rétres, mais comme pasteurs ayant charge d'âmes, în dattirer sur vous les secours sans lesquels votre

inistère serait infécond , et sur ces chères âmes )nfiées à vos soins les grâces dont elles ont besoin )ur comprendre vos sollicitudes, y répondre, et ainsi

sanctifier et se sauver.

* Vcre novit recte vivere qui recle novit orare. (S. Aug., in >pend., serm. 55),

* Massillon : Discours sur la fuite du monde nécessaire IX clercs. 2^ réflex.

Cette prière est pour vous obligatoire. Vous y ête tenus à titre non seulement de charité, mais de justice à raison du bénéfice attaché à vos fonctions , quelle (jifen soient dailleurs la nature et l'importance ^, Eli réclame une large place dans la trame de votre minis tère ; elle en est la partie principale, le rouage moteui Votre ministère sera ce que le fera votre prière ; vou serez un bon pasteur dans la mesure oii vous serez u homme de prière.

Pour être de saints pasteurs des âmes, vous av€ besoin de recevoir à chaque instant les efPusions de 1 lumière d'en haut, de vivre dans cette divine lumièn Seule elle est capable de vous guider au milieu d€ ténèbres et vous préserver des écueiis. Il faut qu'o puisse dire de vous, toutes proportions gardées comme du Dieu dont vous êtes les représentants <( Il est revêtu de lumière comme d'un manteau Amictus lumine siciit vestimento'^ ». gj

Cette lumière vous est nécessaire pour vous d'aborc <( pour illuminer vos yeux, afin que jamais vous n vous endormiez dans la mort^ ». Les obligations, le responsabilités de la charge pastorale sont si norr breuses et si redoutables, surtout à l'heure présente On vous l'a dit souvent au cours de votre séminaire, (

* Presbyteri offlcium in orando Deum pro totius Ecclesiœ < popiili christiani prosperitate silum est : ideoque proventus ( bénéficia sacerdotibus conferetur ut ipsi pro populo precibi ac votis insistere ejusque debeant peccata poriare. {S. Peu D4M., lib. IV, ep. 14).

•^ Ps. cm, 2.

^ Ibid., XII, 4.

LA PRIÈRF PASTORALE 81

iiaintenant encore vous n'assistez pas à une seule

etraite sans qu'on vous rappelle cette vérité. D'ail-

eurs, vos propres méditations, vos études, vos lec-

ures, votre expérience personnelle vous y ramènent

onstamment. Chaque jour vous constatez que si rien

l'est beau et méritoire comme l'exercice de la charge

>astorale, rien n'est plus laborieux ni plus périlleux.

Et cependant il n'est que trop facile de se faire illu-

ion à ce sujet : on perd si vite de vue, dans ce mou-

ement extérieur au milieu duquel le ministère oblige

vivre, les grands horizons du surnaturel et du divin !

)n en arrive, par une pente insensible, à faire de

ette vie pastorale qui, pour être féconde, doit être

n acte sans cesse renouvelé de courage, de luttes, de

acritices, une vie humaine, vulgaire, telle qu'en la

onsidérant les gens du monde sont autorisés à dire :

lais ce prêtre est comme l'un de nous ! Par ses

ensées, ses aspirations, sa conversation, son exté-

ieur, l'organisation de sa maison, ses habitudes, il

ous ressemble. N'était la soutane C|u'il porte, il n'y

urait aucune différence entre lui et nous, entre sa vie

t la nôtre.

Comment prévenir ou dissiper ces fatales illusions ?

ui préservera votre ministère de ce dangereux oubli,

e cette inintelligence du but sublime auquel il doit

iser sans relâche et des moyens qu'il doit prendre

our l'atteindre ? qui vous conservera la haute idée

ue vous devez vous en faire, le respect que vous

evez en avoir, l'ardent désir de l'honorer * et de le

îndre fécond ? en un mot qui vous donnera « cette

imière de la vie- » dont moins que tout autre le

rêtre ne saurait se passer ?

' Ad Rom., XI, 13.

La prière, Messieurs, la fidélité à acquérir, conserver et à développer en vous l'esprit de prière.

Si vous êtes vraiment des hommes de prière, voi ne serez exposés à perdre de vue aucune de vos obi; gâtions pastorales. Constamment et dans le détail d chacune de vos journées vous vous souviendrez qv vous êtes les pères des âmes, et vous agirez en conse quence. Rien ne pourra vous détourner de cette voi surnaturelle : ni les entraînements du monde au milie duquel vous vivez, mais sans en être *, ni les sollici tations de la nature, ni les réclamations de la famille Toutes ces tentations humaines viendront peut-êti frapper à la porte de votre cœur ; il ne se laissera ps séduire. \ous le rapprochez sans cesse de Dieu pa la prière ; et du cœur du Souverain Prêtre Jésus sortir une voix qui, imposant silence à toutes les autres, von dira : 0 mon prêtre, vous êtes né pour de plus grande choses que pour ces vanités et ces misères ; vous le dominez de toute la hauteur du sacerdoce et de l'apos tolat. Gardez-vous de descendre. Paissez mon trou peau, ces âmes que je vous ai confiées : n'ayez d'autr ambition, ne cherchez d'autre consolation sur la terr que d'accomplir, à ma suite, cette incomparabl mission à laquelle j'ai moi-même consacré ma vie tou entière.

Sans la prière, sans l'esprit de prière, impossible j vm pasteur des âmes de se maintenir dans ces dispo sitions surnaturelles ; et pourtant il y va de la fécon dite de son ministère.

S'il vous arrivait jamais. Messieurs, de rencontre un pasteur négligent, oublieux de ses devoirs, servi leur inutile dans la maison de Dieu, vous pourrie dire, sans crainte de vous tromper : La [prière fai

défaut dans cette vie pastorale ; ce prêtre « a perdu la lumière de ses yeux : Lumen oculorum non est mecum * ». Quand, au contraire, vous verrez un vrai pasteur, un de ces curés modèles, vigilants et zélés, qui ne recherchent pas leurs propres intérêts, mais uniquement ceux de Jésus-Christ et des âmes, et qui. pour les servir, ne reculent devant aucune fatigue et aucun sacrifice, n'en doutez pas : vous êtes en face d'un homme de prière.

Nécessaire pour attirer et fixer en vous cette divine lumière qui peut seule vous donner la claire et conti- [nuelle vision de vos devoirs, la prière ne l'est pas moins pour vous obtenir la grâce de les accomplir utilement.

Il ne suffit pas que vous soyez éclairés, il faut que

vous éclairiez les autres. « Vous êtes la lumière du

monde 2», disait Notre-Seigneur à ses apôtres ; et

tous les pasteurs de la sainte Eglise ont à se faire

l'application de cette parole qui les charge autant

[u'elle les honore. Oui, dans votre paroisse vous êtes

me lumière. Elle doit briller sur tous ; tous ont droit

l'en revendiquer le bienfait 3. Vous devez avertir,

liriger vos paroissiens, les préserver des écueils

iemés sur leur route, vous tenir sans cesse à leur

lisposition pour répondre à leurs consultations, résou-

Ire leurs cas de conscience, leur donner de sages

'onseils, en un mot, remplir à l'égard de chacun d'eux

a mission de l'ange Raphaël vis-à-vis du jeune Tobie.

Juel malheur si vous étiez pour ces chères âmes des

' Ps. XXXVIÎ, 11.

S. MaTTII., V, l'i:,

Purgaii piius quam piilrgarc ; sanctificari, et posloa sanciiiiare ; sapicntia instrui, atque ita demum alios sapientia insniore ; lux ficri, et alios illuminare ; ad Deum appropinquare, I ila alios adducere. (Greg. Naz., orat. P).

guides aveugles, si la parole de nos Livres saints venait à se réaliser pour vous et pour elles : « Qu'un aveugle se môle den conduire un autre, on les verra tomber tous deux dans la fosse * ».

Qu'elle est belle, Messieurs, mais qu'elle est laborieuse et délicate cette mission de gouverner une paroisse ! Que de qualités elle réclame ! Quel tempérament de fermeté et de douceur, de condescendance et d'autorité, de rapprochement et de fuite du monde, et que saint Grégoire avait raison d'appeler ce « gou* vernement des âmes l'art des arts : Aj^s est artium regimen animaruni ^ ».

Parmi cette multitude d'affaires, de difficultés, d'incertitudes, quelle sera votre grande ressource ? où irez-vous chercher la lumière qui dirigera votre action pastorale à travers tant d'écueils ?

Dans la prière.

Rien n'est touchant, dans la lecture de la Bible, comme de voir les rois ffdèles de Juda recourir sans cesse au Seigneur, vivre en communication incessante avec Lui, n'agir que sous ses inspirations et d'après ses ordres.

Considérez David, pour ne citer que celui-là. S'agit-il d'engager la guerre avec les Philistins, avant tout il consulte Dieu. « Appliquez l'Epliod, dit-il au grandpretre : applica Ephod. — Faut-il marcher contre les Philistins ? Les livrerez-vous entre mes mains ?,.. » — Et c'est seulement lorsque le Seigneur lui a répondu : « Marche, je te les livrerai », qu'il engage la guerre et en sort victorieux 3.

Vous aussi. Messieurs, vous êtes des rois dans vos

' s. Matth.. XV, 14.

- Pastor., 1. I, c. I.

•■' I Rcg., XXIII, 9 et seq.

paroisses : vous avez à gouverner ces âmes que Dieu vous confie pour les conduire au ciel. Cette royauté, il faut la conserv3r, la défendre contre les nombreux ennemis qui la menacent. Vous n'y réussirez, vous ne régnerez d\in règne vraiment utile sur vos fidèles que si vous laissez tout d'abord Dieu régner pleinement sur vous, si vous avez soin de conformer constamment vos actes, vos démarches, à sa volonté.

Et cette volonté comment la connaîtrez-vous ? Vous n'avez pas, comme David, à vous adresser aux prêtres. Vous êtes plus que le fils d'isaï : vous êtes prêtres. Peut-être, en quelques circonstances particulièrement difliciles, vous sentirez le besoin de recourir à vos supérieurs. Mais, pour le gouvernement ordinaire, 30ur prendre les décisions, résoudre les difficultés de chaque jour, vous pouvez vous-mêmes « appliquer 'Ephod )), c'est-à-dire consulter Dieu directement dans la prière, dans « l'effusion de votre àme * » au Died de son autel, devant ce tabernacle qui contient non plus les figures de l'ancienne alliance, mais ce û^rand Dieu lui-même sous les voiles eucharistiques. Il ne manquera pas de vous répondre. Il vous dira ce :jue vous devez faire ou éviter, Il vous encouragera à prendre telle mesure au sujet de laquelle vous hésitiez, à commencer cette œuvre qui vous effrayait, 11 vous iétournera d'une entreprise oi^i vous alliez impruiemment vous engager et qui aurait abouti à un "âcheux échec. Bref, Il vous donnera, et pour la îonduite générale de votre paroisse, et pour la direcion de telle àme en particulier, cette lumière sans aquelle vous feriez fausse route, avec laquelle au îontraire vous marcherez au but d'un pas ferme et sûr.

Cette lumière pratique, c'est dans la prière, soyez-

* I Uog., I, 15.

en convaincus, qu'on la trouve bien plus que dans l'étude. L'étude est nécessaire sans doute ; elle est un moyen providentiel, un devoir d'état pour le prêtre ; la négliger ce serait tenter le Seigneur. Mais, bien au-dessus de cette science humaine acquise dans les livres, il y a la science qui s'acquiert dans le commerce avec Dieu.

C'est là que sont allés puiser tous les saints pasteurs : là ils ont trouvé la maturité des conseils, la sagesse des décisions, la prudence des entreprises qui ont rendu leur ministère si admirable et si fécond ; là, le principe de leur persévérance dans une vie de sacrifice, de dévouement et de zèle. En face d'une décision à prendre, d'une œuvre à commencer, d'une lutte à soutenir, avant tout ils priaient ; puis ils agissaient. El l'on voyait clairement que « par la prière ils avaient attiré en eux l'esprit de Dieu * », qu'ils étaient conduits par ce divin esprit et non plus par leui propre esprit. Ils parlaient et les multitudes venaient à eux ; elles accouraient en foule. Dans ces hommes de prière, éclairés de la lumière d'en haut, elles trouvaient cette sagesse surhumaine dont la possession avail fait surnommer l'un d'entre eux, saint Antonin, l'illustre archevêque de Florence : l' Antonin des conseils : Antoninus consilioruin'^ .

INIarchez sur les traces de ces saints pasteurs : approchez-voUs de Dieu pour être éclairés, poui devenir un foyer de lumière, accedite ad eum et illuminamini'^ ; et vous aussi vous attirerez les âmes, vous gagnerez leur confiance, vous deviendrez les confidents de leurs difficultés, de leurs peines, les médecins de

» Ps. CXVIII, 131.

- Brev. rom., 10 maii, 2 noct., lect. v.

3 Ps. XX xiii, 6.

^eurs infirmités, parce qu'elles verront bien que vous allez chercher en Dieu ce que vous donnez aux hommes. En vous unissant sans cesse à lui dans la prière vous mériterez qu'il vous donne la même assurance qu'à son serviteur Moïse : « Va sans crainte, je serai dans ta bouche, je te dicterai ce que tu devras dire : Ego ero in ore tiio ; doceboque te quid loquaris * ».

C'est déjà beaucoup pour un curé d'attirer par la prière la lumière sur sa vie pastorale, de voir nettement à ces divines clartés ce qu'il doit être et ce qu'il doit faire. On l'a dit : souvent le difficile n'est pas d'accomplir son devoir, mais de le connaître. L'homme de prière éprouve peu cette difficulté.

Est-ce à dire que dès lors tout lui devienne facile et réussisse au gré de ses désirs ? Sufht-il d'être parfaitement éclairé sur les obligations de sa charge, pour les remplir avec succès ? Vous le savez, votre expérience vous en convainc tous les jours ; non, il n'en est pas ainsi. Souvent, de nos jours surtout, le pasteur des âmes pourrait dire, appliquant à son ministère ce que saint Paul disait de son âme : « Le vouloir réside en moi, mais accomplir le bien, je ne l'y trouve pas: Nam ^>elle adjacetmihi : perficere aiitem bonum^ non invenio ^ ».

Qu'elle est triste et, humainement parlant, décourageante la situation de plus d'un curé ! Quelle mission que la sienne ! si sa paroisse est encore chrétienne,

' Ex., IV, 12.

* Ad. Roii)., VII, 18.

la conserver, la faire avancer dans cette voie ; si mal heureusement elle ne Test plus, la convertir et L sanctifier. Et ce ministère, l'exercer dans un miliei souvent profondément atteint parFindifférence, Tincré didité, tout au moins Toubli pratique des vérités et di la vie surnaturelles, sur des âmes imbues de natura ïisme et de matérialisme. Qu'est-il donc cet liumbL prêtre, obligé d'engager la lutte avec des adversaire qui ont pour eux la fortune, la presse, l'appui de sociétés secrètes, l'influence que leur donnent sur un^ population crédule et abusée la crainte et l'ambitioi dont ils savent habilement faire jouer tour à tour le ressorts ? Et cependant, malgré tout, ce prêtre es fort, plus fort que ses adversaires. Il dispose d'uni puissance incomparablement supérieure à celles de 1; terre. Qu'il se console de son apparente faiblessse qu'il ne s'attriste pas en constatant que les élément humains de succès lui font défaut. Il a plus que cela entre ses mains a été déposée Farme de la prière ; s'i sait s'en servir rien ne lui résistera. |

On a dit de la sainte Vierge cette belle parole « Elle est une toute-puissance suppliante : Omnipotentia supplcx ». Cela est également vrai du prêtre : i est une toute-puissance quand il prie ; quand, sep fois le jour, reviennent sur ses lèvres les paroles de 1< louange quY met la sainte Eglise * ; quand il es prosterné au pied du tabernacle ; quand surtout, ai saint autel, dans l'acte de l'adorable sacrifice, il unit Sc prière à celle de FIIomme-Dieu que son Père exauce toujours^ ».

En face do cette puissance qui va s'exercer jusqu'au ciel, que sont celles de la terre? Aussi le prêtre qui

1 Ps. cxviii, 164.

2 S. JOAKN., XI, 42.

(st bien pénétré de cette conviction n'en redoute

iiieune : il est prêt à les affronter toutes. Quels que

loient les obstacles, il marche sans crainte, appuyé

Hir cette force supérieure. Loin de se décourager danh>

a culture de son champ, si laborieuse soit-elle, il se

lit : « Ce n'est ni celui qui plante, ni celui qui arrose

[ui est quelque chose, mais celui qui donne aux tra-

aux Taccroissement et la bénédiction * ». « Si Dien

st avec moi, qui sera contre moi?^ » et, si je le veux,

)ieu sera avec moi. « Je puis tout en celui qui me

ortifie 3 ».

Aussi, Messieurs, la grande préoccupation du bon

asteur c'est de mettre Dieu dans ses intérêts, d'obte-

ir qu'il travaille avec lui et pour lui. La prière est sa

rincipale ressource, son espérance souveraine. Il

ompte sur elle plus que sur tout le reste. Ce n'est pas

u'il néglige les moyens humains. Il sait que son

Tort personnel est nécessaire. Il travaille donc

unme si le succès dépendait de lui ; mais, en défini-

ve, il l'attend de Dieu seul. Dès lors, avec quelle

rveur et quelle confiance il l'implore. La prière est

Dur lui ce corps de réserve qu'un général en chef fait

)nner toutes les fois que l'action devient plus sérieuse

qu'il lui faut disputer plus péniblement la victoire.

Vous avez lu, Messieurs, vous lisez chaque année

ms la légende du bréviaire romain, en la fête de

inte Scolastique, un trait charmant de sa vie.

Sainte Scolastique et saint Benoît, son frère, tous

ux consacrés à Dieu dans l'état religieux, se réunis-

ient une fois par an dans une ferme, à peu de dis-

Qce du Mont-Cassin, et passaient la journée dans de

I ad Cor., m, 7.

Ad Hom., VIII, 31.

Ad Philipp , IV, i:î.

pieux entretiens. A leur dernière entrevue, celle qi précéda de bien peu sa mort, sainte Scolastiqu( comme si elle en avait le pressentiment, insista, a déclin du jour, auprès de son frère, pour qu'il demeurj avec elle jusqu'au lendemain matin. Saint Benoît, rigic observateur de la règle, s'étonna, s'indigna presque c cette demande et refusa énergiquement. Sans se décoi rager, la sainte, ne pouvant rien obtenir de son frèn s'adressa à Dieu, et Dieu l'exauça. 11 fit éclate soudain un orage épouvantable ; la pluie tombait abondante que saint Benoît et ses compagnons s virent dans l'impossibilité de regagner leur monastèn Et comme le saint, surpris, effrayé de sa situatioi disait à sa sœur : « Que le Dieu tout puissant voi pardonne, ma sœur, qu'avez-vous fait ? » elle, ( répondre : « Ce que j'ai fait, le voici : Je vous ai pri et vous n'avez pas voulu m'écouter ; je me suis adresse à mon Dieu, et il m'a exaucée. Sortez maintenant, vous pouvez, et, m'abandonnant, regagnez voti monastère ! » et le saint, vaincu, fut contraint c rester, et ces deux âmes, qui devaient se sépan bientôt sur la terre, passèrent la nuit à s'encourag( et à s'édifier dans de célestes entretiens*.

Cette scène touchante ne se reproduit-elle pas, pli d'une fois, dans la vie du pasteur qui sait, comm sainte Scolastique, recourir à la prière ?

Vous avez, mon cher Curé, épuisé tous les moyer pour régénérer votre paroisse ou convertir telle àm en particulier ; ils ont tous échoué. Les efforts de voti zèle sont venus se briser contre une sorte de par pris d'indifférence ou contre les résistances de l'orgue et des passions. Ne vous découragez pas ; imitez sœur de saint Benoît. Les hommes ne vous écoute)

1 Brév. Rom., XI fcb., lect. 2 noct.

is, tournez-vous vers Dieu. Recourez à Lui, et des rodiges dans l'ordre spirituel répondront à votre rvente prière de pasteur. Cette œuvre qui languissait . semblait sur le point de périr se relèvera ; ce écheur endurci se convertira ; ce moribond acceptera 3 recevoir les sacrements qu'il avait refusés ; cette aroisse sortira de sa torpeur et de son indifférence ; le redeviendra chrétienne. (( Un bon pasteur ne prie mais inutilement pour son peuple * ».

Notre-Seigneur disait à la Samaritaine : « Si vous )nnaissiez le don de Dieu ! ^ » Ne pourrait-on pas Iresser ce même souhait à beaucoup de pasteurs s âmes ? Ah! si vous connaissiez la puissance dont )us disposez !, si vous saviez quelles ressources vous îre la prière, comme vous seriez fidèles à les mettre profit ! Avec quelle énergie, à lexemplede Samuel, )us diriez à vos paroissiens : « A Dieu ne plaise que

commette contre le Seigneur ce péché de cesser de ier pour vous ^ ! » Avec quel saint zèle, dans votre dent désir de leur être utiles, d'éloigner les fléaux 3nt les menace la justice divine, vous vous efforîriez de mériter la louange décernée par nos, livres lints au Prophète : « Celui-ci est l'ami de ses frères

du peuple d'Israël, car il prie beaucoup pour le iuple et toute la cité sainte, Jérémie le prophète

Dieu ^ ».

' Massillon : Discours synodaux, 10» dise. : De la piière hliqup.

I Rog., XII, 23.

' II Macii., XV, 14.

Clericis et imprimis Ecclesiœ presbyteris divinis cl liumanis ?ibus injunctum est ut semper pétant, non pro s(iipsis tantum, d et pro Iota Ecclesia, ut sint sicut Movses levatis semper ierioribus aniniœ manibus in cœlum, ad advertendam iram )mini, ne perdat populum suum. (Goncil. Colon.)

92 QUATRIÈME CONFEIlENCIi

Il arrive parfois qu^an curé déploie dans le gouv( nement de sa paroisse un véritable zèle. 11 se donne, se dépense sans compter ; il n'omet aucun des moye recommandés par les saints, et, en définitive, obtient peu ou point de résultats. Sa paroisse res stationnaire, si même elle ne décline pas. Il s'étonr il s'afllige, il se demande à quoi tient cet insuccès.

A vrai dire, on peutFexpliquer par diverses cause ce peut être par exemple une épreuve de Dieu. Me parfois ce curé ne ferait-il pas bien de s'interrog pour savoir s'il ne doit pas l'attribuer à l'insuffisan de sa prière. 11 ne la fait pas entrer pour une ass large part dans ses combinaisons apostoliques. D lors, son ministère est comme une machine parfait ment outillée pour bien fonctionner, pour entraîner sa suite une longue suite de vagons, et qui pourta ne marche pas, parce qu'il y manque la vapeur q pourrait seule communiquer à tout ce mécanisme mouvement et la force. « Le défaut de prière, disc Massillon, est la grande source du peu de fruit qi la plupart des pasteurs font dans leurs paroisse quoiqu'ils remplissent d'ailleurs exactement tout les fonctions de leur ministère * ».

Ne vous y trompez pas. Messieurs, la prière e l'obligation capitale de votre vie pastorale. Par même que vous êtes pastCurs, vous êtes constitue médiateurs entre le ciel et la terre, entre Dieu et h âmes 2. A vous de lutter contre tous les efforts qi fait l'enfer pour séparer ce qui devrait être indissoli blement uni. A vous de désarmer la justice de Diei

1 Massillon : Discours synodaux, 12' discours : De nécessité de la prière.

2 Ad officium mediatoris proprie pertinet conjungere et uni eos inter quos est mediator. (S. Thom., IIP, quœst. 26, in corp

implorer sa miséricorde, de la faire descendre sur

:)lre troupeau. Et c'est là surtout Tœuvre de la prière,

3tte prière du prêtre, du bon pasteur, « qui pleure

itre le vestibule et l'autel et ne cesse de répéter :

ardon, Seigneur, pardon pour votre peuple^ )>.

Elle serait bien malheureuse la paroisse dont le

iré ne comprendrait pas ou ne remplirait pas cette

lission et au sujet de laquelle Dieu pourrait faire

iitendre cette plainte : « J'y ai cherché un homme

jii m'opposât une barrière, qui se mît entre la

rre et moi pour m'empêcher de la détruire, et je

Tai pas trouvé 2». Qu'il est beau, au contraire,

l'il est consolant et méritoire ce ministère dignement

œrcé par le pasteur ! Comme Aaron, « il se tient

itre les morts et les vivants ; il prie pour son

uple et le fléau cesse : Et stans iiiter mortiios

c vwentes. pro populo deprecatus est^ et plaga

ssavit^ ». Comme Moïse, il lutte avec la justice

vine ,; il la désarme ; il obtient tout au moins des

ioucissements de peine, des grâces merveilleuses de

)nversion. C'en était fait de ces âmes si leur père

avait pris leur cause en main et ne l'avait plaidée,

ins la prière, avec une irrésistible éloquence : Et

xit ut disperderet eos ; si non Moyses electus ejus

etisset in confractione in conspectu ejus : ut açer-

ret iram ejus ne disperderet eos'*.

Voilà bien le plus signalé service qu'un curé puisse

ndre à sa paroisse. Sans nul doute, vous êtes utiles

vos paroissiens quand vous prêchez, vous catéchisez,

)us confessez, vous visitez les malades ; mais vous

' Joël, ii, 17.

ezecii., xxii, 30.

3 Num., XVI, '18.

* Ps. cv, 23.

leur êtes incomparablement plus utiles encore quai vous priez pour eux. Vous faites alors Facte pastoi par excellence ; caries autres fonctions de votre mini tère ont besoin, pour avoir toute leur efficacité, ,dêt pénétrées, informées par la prière *. Votre actii extérieure n'atteindra pas les âmes, si la grâce i Dieu n'intervient ; et cette grâce, c'est en gram partie votre prière qui l'obtiendra alors que, senta votre faiblesse, l'insuffisance de votre parole pour pr duire ce miracle qui s'appelle une conversion, vo recourez à Dieu, vous lui dites : « O mon Die accourez à mon aide,, hâtez-vous de me secourir^ Saint Bernard était bien convaincu de cette véri quand il écrivait : « Trois choses concourent à l'exe cice du ministère : la parole, l'exemple et la prier mais le principal élément c'est la prière. Car, bi^ que Faction soit la vertu de la parole, c'est néa: moins la prière qui mérite à la parole et à lactii la grâce et lefficacité ^ ».

Comptez donc beaucoup, comptez avant tout s elle. Comptez-y comme les Apôtres, qui l'inscrivaie en tête de leur programme ^. Comptez-y comri

1 Quod peto a vobis, rogo det vobis (S. Aug., scrmo 3, l>/7;. Dom.).

Ut advertant monemus, ut instruantur docemus, ut convc tautur oraïuus. (S. Aug., sermo 31, de. Veih. nposl.). Ps. LXIX, 2.

3 ]\Ianent itaque tria hœc, verbum, exeiriplum, oratio: maj autem liis est oratio. Nara etsi vocis virtus sit opu<, o{ op* taïuen et voci gratiam efficaciamque promeretur oral (S. Berx., ep.201).

Quand un saint prêtre ne ferait que piici-, il est toujours vi de dire qu'il est établi pour le salut de plusieurs , posiliis resurreciionem multorum. (Massillon : Discours sur Vexe lente du sacerdoce 2^ réflexion).

4 Act., VI, 4.

"Eglise, qui remet à tous ses ministres le livre de la )rière en les avertissant que c'est là leur office propre. )i vous savez vous servir de cette arme déposée ntre vos mains, vous serez tout puissants. Aucune iilte ne vous effrayera, aucun travail ne vous rebuera, aucun effort ne vous paraîtra au-dessus de votre ourage. Tout cédera autour de vous à cette force ictorieuse ; et, toujours et partout, vous aurez les lus consolants succès.

Tout pasteur des âmes doit s'attendre à des heures e tristesse et d'angoisses, et, par suite, à des tenitions de découragement. N'est-ce pas surtout pour :s continuateurs de son œuvre dans la charge astorale que Notre-Seigneur a voulu passer par agonie du Jardin des Oliviers. « Il commença, dit 'évangile, à s'efîrayer, à tomber dans l'abattement, à re triste », mais d'une tristesse qui allait, selon ses ropres expressions, «jusqu'à la mort *». C'était le on P isteur, s'apprêtant à consommer, par le sacrice sanglant de la croix, ceux de sa vie tout entière - à s'immoler pour ses brebis. Ainsi il avertissait par v'ance les pasteurs des âmes qu'eux aussi ils auraient ur Jardin des Oliviers, leur grotte de l'agonie, leurs jlaisscments et leurs écrasements sous le regard de ieu.

Ces sortes d'épreuves sont pour ainsi dire inhérentes la charge pastorale.

Le saint ministère bien compris et rempli avec

S. Marc, xiv, 33.

zèle est la manifestation, la mise en pratique cont nuelle de l'amour de Dieu ; il en est la meilleui preuve : Prohatio dilectionis est exhihitio operis Le bon pasteur vit sans cesse dans l'atmosplière c l'amour divin. Or, comme le remarque si judiciei sèment Fauteur de V Imitation^ « il est impossible c vivre sans douleur dans l'amour :. 5//?^ dolore ne çwitur in a more ^ ».

Cette vérité est de tous les temps, mais elle a part culièrement son application dans les nôtres. Que c préoccupations et de tristesses autrefois inconnues c prêtre et qui maintenant surabondent autour de lui Que d'indifférences, d'oppositions, de persécutions i curé rencontre, à chaque instant, sur sa route ! Que ( fois il voit ses intentions les plus droites et les pli pures dénaturées, ses projets de zèle combattus rendus irréalisables par la malice des hommes ! Qi de fois l'injure répond à ses avances, la menace à si efforts ! Alors il éprouve ce qu'ont éprouvé plus ( moins tous ceux qui ont reçu la glorieuse mais douloi reuse mission de conduire les âmes : Moïse, EH Jérémie;.. ce qu'a éprouvé Celui qui est par excellen< le bon Pasteur, Notre-Seigneur Jésus-Christ, en fa< des résistances, des ingratitudes, des révoltes d peuple juif. Volontiers il dirait : « Génération incr dule, jusques à quand me faudra-t-il vivre avec vous jusques à quand vous souffrir ^ ? » Volontiers, secoua sur ces ingrats la poussière de ses pieds, il s'en irai C'est là souvent pour le bon pasteur une véritab agonie dont Dieu seul connaît Tamertume. Plus ( est pasteur, plus on y est exposé, plus le trc

* S. Greg. Magn., Ilom. 30 super Evang. : Si quis diligil m 2 L. III, c. V, V. 7.

=* S. Marc, ix, 18.

LA PIUÈIIE PASTORALE 97

enfonce dans l'âme, lui faisant une douloureuse lessure.

Et cependant c'est son devoir de ne pas céder à 2tte tentation, de laisser passer sans faiblir ce )rrent de la tribulation, de conserver toujours le aime, la pleine possession de lui-même. Certes, il e lui est pas défendu de dire à Dieu : — « Seigneur, loignez de moi ce calice », mais à condition qu'il joute aussitôt : « Cependant, que votre volonté se isse, et non pas la mienne * ». Le pourra-t-il ? Oui, il imite son Maître dont il est écrit « qu'entrant en gonie, il prolongeait sa prière : factiis in agonia^ rolixius orabat^ ». C'est à la prière qu'il a demandé i lumière pour éclairer son ministère, la force pour accomplir, c'est en elle qu'il ira chercher et qu'il

ouvera infailliblement la consolation au milieu de 3S épreuves pastorales.

Les mondains ont-ils quelque peine, vite ils font ppel, pour obtenir du soulagement, aux distractions : aux plaisirs ; s'ils ne parviennent pas à chasser la juleur, ils s'étourdissent du moins assez pour en 'iminuer la sensation.

' î,o p'^être a un autre système : il goûte, il applique

Iii (jue préconise saint Jacques : « Etes-vous tristes,

1'/ : Tristatur quis inter çoSy oret'^ ». Avec

trière, il est fort contre tous les assauts de la

.ilrance : l'isolement avec ses noires mélancolies,

Mi^ratitude si lourde à porter pour une âme délicate,

^ résistances du mal, l'insuccès apparent d'un minispourlant tout dévoué, ces causes de découragent et d'autres encore peuvent venir battre cette âme

s. Luc, XXII, 42.

IlmL, 43.

>. Jacq., v., 13.

sacerdotale, elles ne l'ébranleront pas. Le vrai pasteu s'élève au-dessus des nuages de la terre ; il mont dans une région sereine. Par la prière, il s'élanc jusqu'au ciel, pour engager avec Dieu une couver sation qui le dédommage de toutes celles d'ici-bas Nostra conversatio in cœlis est *. Et quand il redes cend de ce Thabor, où son âme a été en quelqu sorte transfigurée, il voit d'un tout autre œil et le hommes et les choses. Autour de ce presbytère habit par un homme de prière, que la foudre gronde, que 1 tempête se déchaîne furieuse ; à l'intérieur tout rest calme. C'est la paix du. temps, avant-goût de celle d l'éternité.

C'est plus que cela.

« Je me suis souvenu de Dieu, disait le Roi Prophète, et je me suis réjoui : Memor fui Dei^ c delectatus sum ^ ». Quelle douce expérience le pretr homme de prière fait de cette vérité ! que d'instant délicieux il passe aux pieds de son crucifix dans s chambre solitaire, ou bien dans son église devant 1 tabernacle eucharistique ! Le ciel s'ouvre sur sa tête il en voit par avance les récompenses et" les félicités et alors les tribulations de sa vie pastorale lui parais sent peu de chose ; la terre lui semble bien vile clan cette contemplation anticipée du ciel : Qaam sordc tellus^ qiiiim cœlum aspicio ! Il entend la voix d son Maître lui rappelant ses consolantes promesses elles se diversifient, pour répondre à la variété de épreuves. Quelles qu'elles soient, ses souffrances méditées, savourées dans le recueillement de la prière dans l'union de son âme avec Dieu, lui devienner douces comme du miel : il en sort une voix qi

' Ad Philipp., III. 2.

- Ps. LXXVI, 4.

retentit h son oreille comme une mélodie ; elles l'ont tressaillir son cœur de joie et d'espérance *. Arrière les appréhensions et' les défaillances ! Cette àme est établie « dans la beauté de la paix et dans les tabernacles de la confiance et dans l'opulence du repos : In pitlchriiiidine pacis et in tahernacidis fîdiicix et in reqnie opiilenta'^ ». Elle a trouvé dans la prière tous les trésors de l'Esprit Saint : « le délassement dans le travail, la fraîcheur au milieu des chaleurs de l'été, la consolation dans les larmes : Jn labore requies^ in icstn temperies^ in fie ta solatiiim ^ ».

Et c'est parce que la prière est appelée à rendre à la

vie pastorale de si nombreux et de si précieux services,

parce qu'elle en est l'àme et que seule elle peut

n féconder les travaux et en adoucir les peines, qu'il

'aut y recourir avec une entière confiance et un joyeux

mpressement.

Que tout curé s'efforce d'être prédicateur, caté. :histe, confesseur, rien n'est plus légitime et plus lécessaire ; mais il faut qu'il aspire à être, avant out et par-dessus tout, homme de prière. Plus il le ;era, plus il pourra légitimement espérer faire du ruit dans sa paroisse et être vraiment pour elle le bon )asteur. Lui-même ne tardera pas à le constater, et, )©ur rendre hommage à la vérité, il devra dire de la )rière ce que Salomon disait de la sagesse : « Tous es biens me sont venus par elle et d'innombrables ichesses m'ont été distribuées par ses mains '' ».

' Mel in ore, in aurc melos, in corde jubilus. (S. Bern., in anlic, serm. xv, 6).

* Is., xxxn, 18.

^ Pros. nriiss. Pentecost.

I ^ Sap., VII, 11 \

Répétez-vous donc souvent à vous-mêmes, Mes sieurs : Je suis Thomme de la prière ; j'ai été plao dans celte paroisse surtout pour prier. C'est ma prin cipale fonction. Je dois être le supplément de L dévotion souvent si faible et si imparfaite de moi peuple : supplementiim de^otionis populorum. A mo de prier pour ceux qui ne prient pas ; de bien prie pour ceux qui prient mal.

Si vous êtes pénétrés de ces sentiments, vous n'épar gnerez rien pour acquérir cette science incomparable Avec le même empressement, la même conviction qu les Apôtres vous demanderez à Notre-Seigneur d^ vous enseigner à prier *, de vous initier à tous le secrets, à toutes les consolations de la prière pastorale Vous n'irez pas seulement à la prière par devoir e comme à regret ; l'attrait de votre cœur vous ; portera. Vous éprouverez le besoin de lui donner, dam chacune de vos journées, le plus de temps possible Loin de regarder comme moins bien employées lei heures que vou,s y consacrerez, vous les estimerez le; plus utiles, les plus fécondes et en même temps le; plus heureuses de votre vie. Vous ne croirez jamais mieux servir les intérêts de vos paroissiens que lorsque par la prière, vous raviverez dans votre âme le fei sacré du zèle, attirant sur vous et sur eux les bénédic tions du ciel.

Et quand peut-être les hommes, admirant le hier qui se fait dans votre paroisse, le progrès religieux qui s'y manifeste, en chercheront la cause, on pourn leur répondre : Ne vous étonnez pas. Dieu est avec ce curé ; Il travaille avec lui. Quoi d'étonnant ? ç( curé est un homme de prière.

* S. Luc, XI, 1.

l'étude

Messieurs,

Hommes de prière : voilà ce que vous devez ambiionner d'être avant tout et par dessus tout; mais, il ne faut pas l'oublier, vous êtes tenus d'être aussi des lommes d'étude. 11 faut qu'à ce double point de vue de la piété et de la science votre presbytère mérite ce titre de sanctuaire que nous lui avons attribué.

Le programme de toute vie ecclésiastique se trouve admirablement résumé dans ces paroles d'un Concile : « Le prêtre doit se distinguer à la fois par sa vertu et 3a doctrine : car la doctrine sans la vertu n'aboutirait ]u'à faire de lui un orgueilleux, et la vertu sans la loctrine le rendrait inutile * » .

Sans doute la vertu en première ligne ; la préférence ncontcstée à la piété « qui est utile à tout, et possède es promesses de la vie présente et de la vie future ^ ».

* Siciit vila ila doctrina dolxU.Nam siciit doctrina sine vifa irrogantcrn roddil, ila vila sine doctiiiia iiiiiUiem reddil. Goncll. Aquisgran., c. 20.)

' I ad Timoth., iv, 8.

C'est le grand trésor qu'un Evêque doit souhaiter et s'efforcer de procurer à son clergé. Il y va de l'avenir de son diocèse. S'il est parvenu à former des prêtres vraiment dignes de ce nom, fussent-ils même en moindre nombre *, il a tout gagné pour la régénération et la sanctification des âmes.

C'est avec douze apôtres, c"est-à-dire douze saints formés à son école, imbus de son esprit, marchant avec un invincible courage sur ses traces dans la voie du calvaire, que Notre-Seigneur a converti le monde.

Rien ne saurait suppléer cette condition. Sans elle, les dons naturels les plus brillants, les talents hors ligne, ne seraient pour le prêtre qu'un danger. Ils le pousseraient dans la voie de Torgueil, des ambitions, des brigues humaines, et l'exposeraient dès lors à voir son ministère frappé de stérilité, parce qu'il serait privé des grâces spéciales que Dieu réserve aux humbles.

INIais s'il est juste d'attacher un grand prix à la piété, de lui assigner dans la vie du prêtre le premier rang, il ne faut pas pour cela dédaigner la science. N'entre-t-elle pas d'aileurs comme une partie essentielle dans la composition de la piété sacerdotale? Un prêtre qui la mépriserait ou la négligerait pourrait-il se flatter d'être vraiment pieux ?

La réponse à cette question ne saurait être douteuse. Les déclarations formelles et répétées de nos saints Livres, la pratique de l'Eglise qui exige la science dans Tordinand comme une des marques indispensables de vocation^, l'enseignement unanime des saints

^ Melius enim profecto est, pauciores liabcrc ministros, sed probos, sed idoneos atqiie utiles, quam plures qui in œdificationem corporis Christi c|uod est Ecclesia, nequidquam sini valituri (Bened. XIV, Lilter encycl. (7;/ primum.)

2 Nemo illitcratos ad clericatus ordinem promovere prœsu-

l'étude 103

docteurs et des auteurs qui traitent des devoirs ecclésiastiques, la raison elle-même, toutes ces voix sont unanimes pour affirmer que dans le prêtre la science doit s'unir à la sainteté ; « que l'une et l'autre doivent jeter en lui un vif éclat* ». La sainteté trouve un point d'appui très précieux dans cette science, qui n'est plus « celle qui enfle ^ », parce que le prêtre la recherche non sous l'inspiration d'une curiosité, d'une vanité, d'une cupidité également honteuses, mais poussé uniquement par le désir charitable et prudent d'édifier les autres et plus encore de s'édifier lui-même ^.

De là pour tout Evêque l'obligation de veiller avec une particulière sollicitude sur ce point si important, d'adresser souvent à son clergé la recommandation de saint François de Sales : « Je vous conjure, mes très chers Frères, de vaquer sérieusement à l'étude ; car la science à un prêtre, c'est le huitième sacrem^ent de la hiérarchie de l'Eglise^ ». 11 manquerait à son devoir s'il ne cherchait à assurer et à maintenir à ses

mat, quia lilteris carons, sacris non potest esse apliis officiis. {(lELAS., in canon. Illit. dist. 38.)

' Duo sunt maxime necessaria sacerdoti, splendor vitœ, splendorquc scienticE. (Innoc. III, pap., serm. de S. Sylvestre.)

2 1 ad Cor., viii, 1.

3 Sunt namque qui scire volunt eo fine tanlum ut sciant ; €t turpis curiositas est. Et sunt qui scire volunt ut sciantur ipsi ; et turpis vanitas est... Et sunt item qui scire volunt ut scientiam suam vendant verbi gratia pro pecunia, pro honoribus ; et turpis quœstus est. Sed sunt quoque((ui scire volunt ut œdificent ; ot cliaritas est. J'^t item qui scire volunt ut œdificentur, et prudent ia est. Illorum omnium soli ultimi duo non inveniuntur in abusione scientiœ, quippe qui ad hoc volunt intelligero, ut bcnefaciant. (S. Bernard, in Cantic, serm. XXXVI.)

^ s. François de Sales, Exhorlalion aux ecclésiasliques de s appliquer à l'élude; opusc.

prêtres Thonneur de la science comme celui de ] sainteté. Sa grande et légitime ambition doit eti d'avoir un clergé qui réunisse cette double gloire qui soit « inconfusible 1 », édifiant, saint, mais e même temps laborieux, instruit, « prêt à rendi compte de sa foi à quiconque le lui demande^ ) « sachant traiter convenablement la parole de vérité ^ : « puissant à exhorter dans la saine doctrine et convaincre ceux qui y contredisent^ )>.

Et comme la science ne s'acquiert et ne se conser^ que par Fétude, il ne saurait trop recommander au pasteurs des âmes de s'y appliquer avec une persév( rante fidélité.

C'est ce que j'essaierai de faire dans cette confc rence.

Le jeune prêtre en quittant le séminaire, après avoj franchi successivement les divers degrés de la cléri cature et être parvenu au sommet du sacerdoce, besoin de posséder, avant toutes les autres, cett science que revendiquait le philosophe païen. « Tou ce que je sais, c'est que je ne sais rien s». Sur le lèvres de Socrate, cette parole n'était qu'un orgueil leux mensonge ; sur celles du prêtre, elle doit être u hommage sincère rendu à la vérité. N'est-ce pas, d'ai leurs, la doctrine de saint Paul : « Celui qui s'imagin

• II Timoth., II, 15.

2 I S. Petr., m, 15.

3 II ad Timoth., il 15.

^ Ad Tit., 1,9.

'-> Hoc unum scio, me nihil scire. (Sent. 2.)

l'étude 105^

.avoir quelque chose ne sait pas encore comment il ;onvient qu'il sache* ».

Sans doute, pendant ces douze ou quatorze années 'onsacrées à l'étude, au petit et au grand séminaire, e jeune prêtre n'a pu manquer d'acquérir certaines onnaissances : il possède une moyenne de science ans laquelle il n'aurait pas été admis au sacerdoce, .lais ce qu'il sait, qu'est-ce en comparaison de ce qu'il q-nore ? N'est-ce pas pour celui surtout qui, doué d'une icilité plus grande, a obtenu quelques succès au jours de ses études qu'ont été écrites ces paroles de Umitatioji : « S'il vous semble que vous savez beauoup et que vous comprenez assez bien, dites- vous ependant qu'il y a infiniment plus de choses que vous ^norez 2 ».

La science ecclésiastique doit lui apparaître comme ne montagne que sa vocation Toblige à gravir et dont

a franchi à peine les premières assises. Celui qui irait : Je suis parvenu assez haut, maintenant je puis l'arrêter, constaterait bien vite la vérité de cette loi, ui a son application dans l'ordre intellectuel aussi ien que dans l'ordre moral ; ne pas avancer c'est ^culer. Il ne tarderait pas à voir cette science, qu^il a fait pour ainsi dire qu'efffeurer, disparaître peu à îu, laissant son intelligence dans la nuit, ou tout au oins le brouillard, comme on voit s'effacer sur une •ile les lignes dun dessin dont le peintre n'a tracé l'une légère ébauche. Si ce jeune prêtre ne continue is à étudier, toutes les belles espérances qu'il a pu )nner n'aboutiront qu'à des déceptions. 11 en sera

' I Cor., VIII, 2.

* Si libi vidotur quod multa sois et salis l)cno inlolligis^

ito tamen (juia suut multo plura quic nescis. (L. P", c. 11,

(le ces germes précieux, si un travail sérieux et pers vérant ne vient les féconder, comme de ces lieu •qui ne donnent pas de fruits ou n'en donnent que ^ maigres, faute d'être assidûment visitées et fécondé par les rayons du soleil.

Et cependant, il faut le reconnaître, Messieurs, c'( pour le jeune prêtre, au sortir du séminaire, une te talion presque inévitable que celle d'abandonn l'étude. Depuis de longues années elle a fait son uniq occupation ; il a été contraint par la règle, par l'ob galion de passer des examens, et aussi par les e: gences de sa conscience à s'y livrer sans relâche, joug a pu parfois lui paraître dur ; il est donc te naturel que la pensée lui vienne de le secouer moins pour un temps ; de fermer ces livres dont il ( €omme saturé, et de se livrer non pas à l'inactie mais exclusivement à ce travail du ministère extérie qui le sollicite et tranche agréablement, du moins début, avec la vie retirée et monotome du séminaire

Certes, le jeune prêtre qui sent en lui ces ardei du zèle, ce désir de gagner des âmes à Jésus-Chri est en plein dans l'esprit de sa vocation. A Dieu plaise ejue je cherche à l'en détourner. Il n'a travai si longtemps dans le silence et le recueillement de vie cachée que pour se rendre capable d'être utile ses frères dans Tactivité de la vie publique, et communiquer à leurs intelligences et à leurs cœurs! trésors que son intelligence et son cœur ont amass dans le sanctuaire de son noviciat au sacerdoce, séjour qu'il y a fait, les études auxquelles il s'est li^ n'étaient pas la fin, mais seulement le moyen ind pensable pour y arriver.

Toutefois, pour que son ministère puisse produi des fruits abondants et durables, il ne faut pas qi s'en laisse absorber au point de rompre avec le trav

l'étude 107

itellectiiel. Jamais il ne lui a été plus nécessaire de 3 rappeler lavertissement de saint Paul : « Attende ctioni : Appliquez-vous à la lecture * » . Oui. lui dirai-je, reprenez vos livres ; consultez-les ssidûment, pour vous rendre compte des décisions ue vous donnez au saint tribunal ; c'est le seul moyen 'éviter ces illusions et ces fautes dans lesquelles ne n^de pas à tomber le confesseur présomptueux qui rétend s'en rapporter aux lumières de son propre igement ou du simple bon sens 2. Repassez vos aités de théologie ; et. vous aidant des grands ateurset des Saints Pères, cherchez-y des matériaux our composer vous-mêmes des instructions solides et itéressantes ; vous vous formerez ainsi à une prédicaon qui sera d'autant plus utile aux âmes et féconde n résultats qu'elle aura été plus laborieusement préarée. Approfondissez les règles de la discipline 3clésiastique et de la liturgie, dont vous n'avez pu rendre qu'une idée sommaire, afin de ne vous écarter 1 rien des prescriptions de l'Eglise ; elles paraissent linutieuses à ceux-là seulement qui n'ont pas médité ^ec une foi assez vive sur la dignité du sacerdoce, la randeur du sacrifice eucharistique et de tout ce qui y rattache. En un mot, recommencez votre cours 'étude du grand séminaire, en le développant, en joutant à ces premières notions nécessairement très

* Ad Timotli., iv, 13.

* Duo profcclo ceiiissima sunt ; primiim quidem llieologiae lOralis scientiarn illis omniiio necessariain esse qui lanquam arochi aut sacerdotes pro administrando pœniteniijr sacralento constiluti, confessarii munere rite perfungi volunt ; Iterum non satis esse quod eanidcm facultatem ali({uis semel orcurreril, perceperit et palaiii eliam docueiit, sed assidue Kcolendam, ut animo penitus defigantur ea qure didicerit, et ova seinper documenta quibus ea facultas pluriiiium alïuit jmparcnlur. (Bened. XIV, instit. xxxii, 1).

incomplètes des connaissances plus approfondies ( consolideront les premières et vous en rendn complètement maîtres.

C'est pour aider les jeunes prêtres à entrer dès début de leur ministère dans cette voie, la seule ( leur promette sécurité et succès, c'est pour les soutenir contre les défaillances de la nature et ] tentations extérieures que, dans la plupart des diocès de France, sinon même dans tous à l'heure qu'il e ont été institués ces examens auxquels ils sontsoun pendant un certain nombre d'années après leur on nation.

Je n'ai pas besoin de vous le dire, Messieui j'attache pour ma part la plus grande importance cette institution, qui fonctionne heureusement depi longtemps déjà parmi nous. J'ai tenu, vous le savez la perfectionner en introduisant dans le programr toutes les questions importantes de la science eccl siastique et en donnant aux examens la plus grani solennité. Les notes, soigneusement conservées da un registre spécial, se combinent avec celles d examens d'ordination et de séminaire et fournissent \ moyen sûr d'apprécier le degré réel d'instruction ( chacun de vous. Il est impossible, en effet, que di épreuves ainsi prolongées n'en fournissent pas Tind cation sûre ; elles donnent une moyenne d'autant pli exacte qu'elle n'est pas due aux éventualités d'm chance heureuse ou d'un travail factice et passage J'ai par suite, pour m'éclairer dans la question si gra) du placement de chaque prêtre, des données positiv( relativement à sa science que je suis obligé, confo mément à l'esprit des saints canons, de faire entre pour une large part dans mes décisions.

Comprenez la pensée de TEglise et de ses Pontife en instituant ces examens, jeunes prêtres, qui ête

l'étude 109

)pelés à les subir. Loin de regretter cette loi et de

;)us en plaindre, réjouissez-vous plutôt ; vous y

ouvez un point d'appui très solide contre la tentation

î négliger le travail. Appliquez-vous à bien préparer

;s examens ; apportez-y une entière et intelligente

)nne volonté. Sans attendre les dernières semaines

)ur vous livrer à une étude hâtive, aussi fatigante

rinutile, consacrez-y tous les jours quelques heures ;

iposez-vous l'obligation d'approfondir chaque

maine un des numéros du programme ; résumez

tre travail par écrit, de façon à pouvoir, à l'approche

l'examen, vous remettre facilement en mémoire,

ir la lecture de ce résumé, toutes les matières sur

squelles il porte.

Le jeune prêtre qui, pendant cinq ou six ans, se sera )ura2'eusement livré à ce travail, aura certainement

îquis un bon fonds de science ecclésiastique. Non ulement il pourra se présenter avec confiance ivant ses juges et se tirer avec honneur de cette )reuve ; mais, ce qui vaut mieux encore, il aura la ie d'offrir à Dieu, comme les prémices de son icerdoce, ces années sanctifiées et sauvegardées par Hude 11 pourra dire : « Seigneur, vous m'aviez )niié cinq talents, en voilà cinq autres que je leur ai it rapporter * » ; et Dieu, par l'organe de son véque, sera heureux de lui répondre : « C'est bien, 3n et fidèle serviteur ; parce que vous avez été fidèle ir les petites choses, je puis avec assurance vous mfier un ministère plus important ^ ».

• S. Mattii., XXV, 2(t.

* Ibid., 23.

Dois-je terminer ici mes recommandations au siij de l'étude ? Est-ce assez que le prêtre ait travail pendant ses années de séminaire et de vicariat ; qu ait convenablement subi les diverses épreuves que viens d'énumérer ? Quand il est constitué pasteur di âmes, curé d'une paroisse, l'obligation de l'étude cess t-elle de l'atteindre ?

Non, Messieurs, il faut que le prêtre, à quelqi étape de sa vie qu'il soit parvenu, continue de tri vailler ; qu'il travaille dans son âge mûr et dans i vieillesse, comme il a travaillé dans son enfance et ! jeunesse lévitique. Constamment sa vie intellectuel est appelée à se renouveler, comme sa vie spirituell A lui plus qu^à tout autre s'applique la grande paro de Bossuet : « Point de travail quand nous seroi dans le lieu du repos ; mais point de repos tant qi nous serons dans le lieu du travail ».

Les raisons qui établissent la nécessité de ce travc persévérant jusqu'à la mort sont nombreuses et d'ui incontestable valeur. Elles vous sont assez connue et vous avez trop l'habitude de les méditer pour qu soit nécessaire d"y insister beaucoup. Aussi je n contenterai de vous les rappeler en quelques mots.

Vous voulez tous. Messieurs, remplir les obligatioi de votre ministère de façon « à l'honorer i » deva] Dieu et devant les hommes. Vous n'y arriverez qu la condition de vous livrer sans relâche à l'étude.

Jamais peut-être cette nécessité ne s'est autant fa sentir qu'à l'heure présente. Ecoutez et pesez C(

1 Ad Rom., XI, 13.

l'étude 111

raves recommandations qu'adressait à son clergé : Pape Léon XIII , alors cardinal - archevêque de érouse : « En présence des efforts conjurés de l'inrédulité et de l'hérésie pour achever la ruine de la foi itholique, ce serait vraiment un crime pour le clergé 8 rester hésitant et inactif. Au milieu d'un si grand ébordement d'erreurs, d'un tel conflit d'opinions, il peut faillir à sa mission, qui est de défendre le Dgme attaqué, la morale travestie et la justice si )uvent méconnue. C'est à lui qu'il appartient de opposer comme une barrière à l'erreur envahissante

à l'hérésie qui se dissimule ; à lui de surveiller les ^issements de ces fauteurs d'impiété qui s'attaquent

la foi et à l'honneur de cette contrée catholique ; à

i de démasquer leurs ruses et de signaler leurs nbùches ; à lui de prémunir les simples, de fortifier s timides, d'ouvrir les yeux aux aveugles. Une

udition superficielle, une science vulgaire ne suf-

ient point pour cela ; il faut des études solides,

)profondies et continuelles, en un mot un ensemble

connaissances doctrinales capables de lutter avec

subtilité et l'habileté remarquables de nos modernes )ntradicteurs * ».

D'ailleurs, vous vous en rendrez facilement compte vous considérez en détail les liiverses fonctions du lint ministère.

Vous êtes tenus d'annoncer la parole de Dieu à )tre peuple ; c'est là, j'aurai bientôt à vous le dire, 1 devoir capital. Or, quelque habitude qu'on ait de cliaire, on ne prêche pas, surtout quand on est îmeuré longtemps dans une paroisse, de manière à

téresser ses auditeurs et à réaliser la recomman-

* Œuvres pastorales de S. Eni. le cardinal Joaclnm Pccciy

il2 CINQUIÈME COXFÉRENCE

dation du Concile de Trente *, sans une préparatio sérieuse sinon même écrite. Quand on n'étudie pt continuellement, quand on ne va pas chercher s( inspirations quotidiennes dans la méditation de ] sainte Ecriture, la lecture assidue des Pères, de théologiens et des auteurs spirituels, on peut parle plus ou moins facilement, et surtout plus ou moir longuement, on ne prêche pas « la parole, verhum'^ : €ette parole de Dieu qui seule pourtant éclain convertit et sanctifie les âmes.

Un prêtre qui n'étudie pas, qui ne vit pas dans cet atmosphère habituelle de recueillement et de gravi qui accompagne l'étude, est grandement exposé oublier certains points importants de la théolog morale et à donner par suite, sans même soupçonni son erreur, une foule de décisions fausses ou basa dées au tribunal de la Pénitence. En tout cas il n portera jamais cette onction de la piété que commerce habituel avec Dieu et sa loi sainte peuvei seules communiquer à une âme.

11 n'est pas jusqu'au catéchisme qui ne se resse; tira de cette négligence. Ce ministère, le plus impo tant de tous, est aussi peut-être le plus difficile. C n'y saurait réussir sans posséder parfaitement l'ei semble et les détails de la science ecclésiastiqu Comment donner aux enfants le lait de la doctrn dans toute sa pureté si on ne s'est auparavant nour soi-même, et si on ne continue à se nourrir chaqi jour du pain substantiel de la vérité?

Bref, Messieurs, sans cette application persévérani à Fétude, le ministère du prêtre peut donner d( fleurs ; mais, à coup sûr, il ne produira aucun fru durable.

• Sess. V, de Refonn.

2 II ad Timoth., iv, 2.

l'étude 113

Et quand bien même la fécondité du ministère d'un être ne dépendrait en rien de ce travail intellectuel, [•esterait toujours que la question de sa sanctification de son salut s'y trouve grandement intéressée. Que de périls ne rencontre-t-il pas autour de lui et lui-même : péril de la solitude, et, s'il quitte la litude pour fréquenter le monde, péril du côté de ce onde mauvais, au milieu duquel il s'est engagé à ne iraître jamais qu'en prêtre ! Que fera-t-il dans Tisoment de son presbytère où l'indifférence des populajns lui laisse parfois, liélas ! de trop fréquents isirs ? Sa messe dite, son catéchisme fait, ses alades visités, son bréviaire récité, ses autres exerces de piété accomplis, que deviendra-t-il? Dieu est pas obligé de lui accorder la grâce exceptionnelle ; cette ferveur qui captivait, pendant des journées icres, le curé d'Ars au pied du tabernacle. Si tude ne vient pas au secours de sa faiblesse, des mes s'ouvrent autour de lui dont on ne peut sonder profondeur *.

e moindre mal dont il soit menacé et qui est rendant l)ien grave, c'est d'en arriver à profaner, au tlieu des occupations les plus vulgaires, des mille ns d'une existence terre à terre, la dignité de ce cerdoce dont saint Clirysostome disait qu'il réclame e âme élevée. « Quelle vie mènent d'ordinaire ces steurs sans nulle étude , ignorants , oiseux et sœuvrés, au fond de leurs campagnes?... Dès que 5 soins temporels n'occupent plus leur oisiveté, cun livre, aucune étude ne les attachent à leur esbytère, le séjour leur en devient insupportable ;

Otiosilas iniinica est animai, yi non Icgeris, si non studuedormilabit anima tua pra> laidio et liosles tui animae 3balum deridcbunt. (Petp.. Hles., tract. 7, insl., op.).

sans cesse errants, ou pour dissiper leur ennui, pour aller dissiper celui de quelques-uns de lei confrères qui l'ont profession de la même oisiv qu'eux ; si quelque obstacle les retient dans 1( paroisse, ce n'est que pour y traîner leur inutilité maison en maison et se montrer trop souvent à lei paroissiens pour pouvoir espérer de leur être jam utiles. Quelle vie, mes Frères, pour un prêtre ( tient la place de Jésus-Christ au milieu de son peup pour un dispensateur de ses sacrements, de ses grà< et de ses mystères ^ » .

Au contraire, qu'un travail sérieux et régul prenne dans cette vie la place qui lui appartient, voilà devenue soudain pleine, honorable, lumineus la voilà prémunie contre la plupart des dang-e assurée tout au moins de remporter de nombreuî victoires.

J'ajoute la voilà dotée d'un précieux élément félicité.

Car, après les joies de la piété, il n'en est pas meilleures pour le prêtre que celles de l'étude. Ils s'en doutent même pas ceux qui n'ont jamais voulu faire sérieusement l'expérience ; mais il le sait bien bon prêtre fidèle à la loi du travail Elle le fixe dans s presbytère : elle lui fait une bienheureuse obligati^ de garder la résidence ; elle le met en contact incessa avec la vérité de Dieu dont toute intelligence (. avide, celle du prêtre plus que toute autre. Que d'Iie res délicieuses il passe à la chercher dans ces livr chéris, surtout s'il comprend bien qu'elle ne d( éclairer son esprit que pour échauffer son cœu Gomme il s'attribue volontiers la parole du Sag

* Massillo.x : 16« discours synod. : De l'Etude et de la Scici nécessaire aux minisires.

l'étude 115

Je me suis proposé de la prendre pour la compag-no e ma vie, sachant bien qu'elle me communiquera 3US ses biens, qu'elle sera l'aliment de mes pensées t l'allèorement de mes ennuis... J'entrerai dans ma liaison et me reposerai avec elle, car sa conversation l'a point d'amertume et son commerce n'engendre )oint l'ennui, mais la joie et le bonheur * ». Dès-lors, omme il est libre et indépendant ; comme il peut se iasser d'une foule de distractions, sinon dangereuses, lu moins frivoles ! comme il lui est facile d'échapper L tous les vains bruits de la terre, à ses mesquines préoccupations, pour s'élever, pour entrer en commiiication avec ces grands génies, et par leur interméiaire avec cette divine vérité dont ils ont été les magnifiques interprètes !

i^ur entretenir et développer dans un clergé ce oùt de l'étude, rien n'est plus utile que la tenue réguère des conférences. « Nous n'ignorons pas, » disait éjà de son temps le pape Benoît XIV, « de quel profit ont pour la discipline ecclésiastique ces assemblées ériodiques qui se tiennent dans im diocèse^ ; » et il leltait tous ses soins à les faire prospérer : il n'éparnait ni les recommandations, ni les remontrances ^. Et moi aussi, Messieurs, bien convaincu de l'heuuse influence que ces réunions peuvent exercer sur développement de votre vie intellectuelle et sacerotale, j'exige qu'elles aient lieu avec la plus grande gularité, que tous les prêtres y assistent, que les pports soient sérieusement travaillés et le règlement arfaitement observé. Un compte rendu abrégé mais

' Sap., VIII, 9, 16.

' Quippe non ignoramiis quantamiiltilitatcni disciplina* ecclo-

aslicuî cont'crant cœtus ejusmodi, qui per dia'cesim indicun-

ir.(BENED. XIV, instit., en, 1.)

' Ibid., V.

iidèlo paraît cliaque année, pour que, comme c encore Benoît XIV, « ceux qui auraient fait des omi sions puissent constater leur erreur, ceux qui ont bi( traité les questions éprouvent un légitime plaisir voir leurs appréciations confirmées * ».

De votre côté, Messieurs, vous secondez et voi seconderez de plus en plus par une bonne volonté sa: réserve le désir que j'ai de vous être utile sur ce poi comme sur tous les autres.

A'ous vous livrerez donc à l'étude avec une arde et des intentions surnaturelles, lui faisant la part plus large possible dans votre vie pastorale. Chaq jour vous vous réserverez quelques heures pour nou rir votre intelligence qui, elle aussi, réclame son pa quotidien. Si vous savez vous tracer un bon règleme <jui ne laisse rien dans votre journée aux hasards l'arbitraire et du caprice, si vous avez assez de for de volonté pour y demeurer fidèles, quelles que soie vos occupations extérieures vous trouverez encore ( temps pour Tétude.

Ne voit-on pas souvent des pasteurs chargés d'i ministère très laborieux, et s'y dévouant avec un zt infatioi-able, continuer malo^ré cela à cultiver le chan de la science, s'y faire un nom, et rendre par leu doctes écrits d'ëminents services à l'Église ? Qui r

^ Pœnitentiario ipsi praecipimus, ut post accuratum exam typis evulgaret quid reipsa propositis quœstionibus respo (lendum videretur ut illi nempe qui falsam sentcntiam prol lerint errorcm agnoscant, qui vero sapientcr judicaverint qi <kim voluplate recreentur. (Bened, XIV, 1.)

l'étude 117

itenda parler du pieux et savant abbé Gorini, tout à

L fois excellent curé et auteur d'admirables travaux

isloriques ? Et ce nest pas là, grâce à Dieu, une

îcception dans le clergé de France en ce dix-neuvième

^ècle. Ils sont nombreux les prêtre qui savent ainsi

lener de front les sollicitudes du pastorat et les labeurs

e l'étude. Ils comprennent, ceux-là, combien létude

ur est nécessaire ; ils s'y livrent avec une sainte

assion ; ils n'ont qu'un seul regret, c'est de ne pouvoir

li consacrer autant d'heures qu'ils le désireraient.

lais il n'ignorent pas que, comme on l'a si bien dit,

bargner le temps c'est le multiplier, et par une sage

onomie, un bon emploi de tous leurs instants de

isir, ils arrivent à faire beaucoup. Tandis que souvent

3S prêtres moins occupés ne savent pas même se

énager chaque jour une heure de travail faute de se

ppeler et de mettre en pratique cette règle si féconde.

Du reste, jNIessieurs, voulez-vous prendre goût à

tude, vous y attacher de telle sorte qu'elle vous

vienne une habitude et une jouissance : travaillez

ec méthode et avec suite. Ce qui détourne le plus un

être de cette vie intellectuelle vers laquelle sa voca-

)n le porterait tout naturellement, c'est l'absence

jn but et d'un programme.

On se met au travail sans se demander quel résultat

veut obtenir, quelle marche on suivra. On prend

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