livre qu'on abandonne pour en prendre un autre
les feuillette, on les parcourt d'un regard disti-ait.
5 n'est pas une étude sérieuse, c'est un amusement
r'sprit. Et comme à ce compte on n'aboutit à aucun
î-^ultat appréciable, on ne tarde pas à se fatiguer de
( t'fTort si léger soit-il ; on se dégoûte de ces lectures
'p'M'ficielles, et on finit par tout abandonner. Ne
Huiaissez-vous pas, Messieurs, des prêtres qui en
^ il arrivés à ne plus rien faire, parce qu'ils n'ont pas
SU ordonner leurs travaux, et qui ne nourrissent leu intelligence et leur cœur que de la lecture d'un journa ou de quelques brochures et revues périodiques ?
Vous serez plus sages ; vous n'oublierez pasdevou tracer un programme. Vous pourrez même vous épar gnèr celte peine en adoptant celui dont se servent no jeunes prêtres pour leurs examens annuels : il es assez complet, ce me semble, pour fournir matière au études les plus intéressantes et les plus approfondies Mais, quelque soit ce programme, l'important c'ej qu'une fois adopté vous ne l'abandonniez plus, mai que vous sachiez vous y tenir fermement et y rattache toutes vos études avec une persévérante fidélité. Autn ment vous resseml)leriez à ce voyageur qui n'arri\ jamais au terme de sa course, parce qu'au lieu d pousser droit devant lui, il s'arrête, hésite, revient su ses pas, s'engage dans toutes les voies qui se prt sentent sans en poursuivre aucune. Vous seriez d nombre de ceux dont parle saint Paul « qui apprenne! toujours et ne parviennent jamais à la science de ] vérité : Semper discentes^ et nunquam ad scientla) çeritatis perçenientes * ».
Est-il nécessaire maintenant devons rappeler briè vement quel doit être l'objet de vos études ? Vous êtc prêtres : ce seul mot ne vous dit-il pas quelle scienc il vous appartient de caltiver ? C'est évidemment ] science ecclésiastique. Les autres ne vous sont pc interdites ; il peut vous être très utile, parfois meir nécessaire de vous en occuper, mais à la condition qi vous saurez les ramener toutes et les faire servir celle qui est par excellence la science sacerdotale ^ pastorale, la seule qui puisse vous rendre capables ( satisfaire à vos nombreuses obligations. Pour vou
' II Tiiii., III, 7.
l'étude 119
lie est et doit rester la première, la reine de toutes îs autres ; nulle ne peut la détrôner.
Cette science ecclésiastique se divise en plusieurs ranches : la théologie dogmatique, morale, mystique t pastorale, le droit canonique, l'histoire ecclésiasicue, la liturgie. Aucune de ces connaissances ne doit ûus être ou vous devenir étrangère. Vous êtes tenus e les posséder toutes au moins à un certain degré, et ous ne pouvez entretenir ces connaissances que par es études sérieuses et assidues. Rien n'empêche 'ailleurs que, sans négliger aucune partie de la cience sacrée, vous vous adonniez de préférence à elle pour laquelle vous vous sentez plus d'attrait et "aptitudes et que vous en fassiez votre spécialité.
Toutefois, jNIessieurs, parmi ces études, il en est ne qu'à dessein je n"ai pas comprise dans mon énulération : l'étude de la sainte Ecriture. Celle-là prime Dûtes les autres ; elle est pour ainsi parler hors cadre, hî prêtre serait inexcusable de ne pas s'appliquer 'esprit et de cœur à la lecture et à la méditation de i Bible, c'est-à-dire du livre par excellence. S'il est tel our tous les chrétiens, à combien plus forte raison pour ai. C'est son livre ; ce lui doit être un l^esoin et une leffable consolation de le lire, de le relire encore,
en faire le sujet de ses continuelles méditations : ^ota die lex tua meditatio mea est ^.
11 a dans l'étude de la Bible de quoi remplir sa vie Dut entière. C'est le centre auquel il aimera à rattaher ses autres études, le flambeau appelé à projeter ur to:iles des clartés secourabies. C'est le « trésor 'où, comme dit l'Evangile, le père de famille tire les
* Ps. i.xxvii, 97.
Omissis igitur ot repiidiatis niigis theatricis et poelicis diviariim scriplurarum consideralionc et tractai ione pascamus nimuiii. (ts. Aug., De vera religione, c. 51).
choses anciennes et les choses nouvelles i ». Le pas teur des âmes qui, à l'exemple de saint Auguslir aura fait « des saintes Ecritures ses chastes déli ces'^ », qui aura su se rendre maître de ce livr divin, s'en remplir, s'en pénétrer, se trouvera piij samment armé pour la prédication, la confes^'^ et les autres fonctions du saint ministère. Sa pai , pleine de celle de Dieu 3, aura une merveilleuse efïicî cité quand il s'agira pour lui de défendre et de veng( la religion dont il est le ministre. 11 sera, grâce à] Bible, cet homme redoutable dont un ancien disai comme s'il eût fait par avance allusion à ce livre incon parable : « Je crains l'homme d'un seul livre : Time hominem luiius lihri ». Et quand il lui faudra, coniiT il arrive trop souvent, vivre an milieu des souffrance et des luttes, à cette source il viendra puiser ] patience et la consolation qui engendrent l'espérance lit per patentiam et consolationem scripturarum spei habeainiLs'^. Bref, c'est là qu'il se préparera « à èti l'homme de Dieu parfait, prêt à toutes sortes de bon lies œuvres^: ut perfectus sit homo Dei ad onine opu homnn instructus.
Et c'est pourquoi, Messieurs, en vous exhortant vivre en commerce habituel avec les livres qui traiter de la science ecclésiastique, je place celui-là bien au dessus de tous les autres et je vous répète ce que sair .lérôme disait à Ncpotien : « Lisez souvent les divine Ecritures, ou plutôt que ces pages sacrées soient san
1 S. MATtii., XIII, 52.
2 Sint caslœ deliciœ meœ scripturae tuœ. ^''S. Aug., Coufess 1. XI, c. 2).
3 Sermo presbyteri scripturarum lectione condilus sit. (ITie RON. ad Nepot.)
^ Ad Rom., XV, 4.
^ Tim., III, 13.
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:esse entre vos mains. Apprenez-y ce que vous devez enseigner ; acquérez là cette parole sûre en tout conforme à la science, afin de pouvoir exhorter selon a saine doctrine et confondre ceux qui la conti-elisent^)). Ne serait-il pas humiliant pour un prêtre le ne pas comprendre et goûter la recommandation lu même saint docteur à une pieuse chrétienne : « Que le sommeil vous surprenne tenant ce livre et que votre ète s'inclinant, vaincue par la fatigue, tombe sur la )age sainte ^ ? »
1 Je me borne, iMessieurs, à ces quelques mots sur un mjet qui demanderait tout un volume. J'en ai dit assez 30ur vous faire comprendre le nombre et la valeur des notifs qui vous pressent d'être des hommes d'étude ît vous inspirer la résolution de l'être toujours et de )lus en plus.
Vous connaissez tous le partage qu'avait fait de son emps un illustre théologien. Il avait' divisé ses jourlées en trois parts égales, correspondant aux trois grandes facultés qui sont en nous. Il attribuait huit leures au corps, pour satisfaire à ses besoins: la nouriture. le sommeil, la recréation ; huit heures à Tàme, iestinées à lui faire prendre sa réfection spirituelle ans la prière, la méditation, les pieux exercices; •uit heures, enfin, à l'intelligence, afin que, Jes
* Divinas scripturas sœpius lege, imo do manibus tuis niinuam sacra lecUo deponatur. Discc quod doceas ; obtine euiu ni secundum doctrinam csL lidelein sermoncm, ut possis vliortaii in doctrina sana et contradicentes revincerc. (Ad t'pot.)
* Crebrius lege : « Tenenti codicem somnus obrepat el idoiitcm faciem pagina sancta suscipiat. » (S. IIieron., epist.,
II, ad Kustoch., episl. 17).
122 CINQUIÈME CONFÉRENCE j
employant à l'étude, elle grandît et s'épanouît dans la vérité.
Ce partage si simple et si grand d'une vie humaine n'est pas possible à tous. C'est un privilège réservé à certaines vocations d'élite, et le prêtre engagé dans les occupations de la vie pastorale ne saurait généralement y prétendre. Mais ne doit-il pas se rapprocher le plus possible de cet idéal ; et, tout en se tenant dans les limites de « cette sobriété de la sas^esse * » que recommande saint Paul, retrancher à son corps pour donner davantage à son àme et à son intelligence, pour goûter dans la prière et dans Tétude qui en devient la continuation, les joies de cette lumière dont saint Augustin disait avec tant de raison : « Aimons-la, désirons la comprendre, ayons-en soif, afin que, sous sa conduite, nous puissions arriver jusqu'à elle, que nous vivions en elle de façon à ne jamais
mourir 2 ».
Qu'une vie sacerdotale ainsi employée est belle et consolante ! Qu'il est vrai de dire que : « Des jours pleins seront trouvés en elle^ ». Un prêtre après avoir vécu de la sorte pourra, quand viendra la dernière heure de cette carrière sanctifiée par la prière et le travail, s'écrier comme Suarez: « Non, je ne croyais pas qu'il fût si doux, si délicieux de mourir^ ».
l'Ad Rom., XII, 3.
- Hanc amemus, hanc intelligere cupiamus, ipsam sitiamiis, ut ad ipsam duce ipsa aliquando veniamus ; et in illa ita vivamus ut nunquam omnino moriamur. (In Joaxn., tracl.34.)
3 Ps. LXXII, 10.
* Nom putabam, inquit, tam suave esse tam dulce mori. {llta R. P. Soarii oper., t. P"-, p. xiv.)