L EGLISE
Messieurs,
Le presbytère appelle Téglise ou, pour mieux dire, 1 la présuppose. Il n'existe qu'à cause d'elle et pour û\e. Ces deux édifices ont entre eux les rapports les )lus intimes ; il convient donc qu'ils soient placés à proximité l'un de l'autre ; il est souverainement regretable qu'une longue distance les sépare, comme il irrive malheureusement quelquefois.
Le presbytère est destiné à loger le curé, c*est-àlire celui qui est par excellence l'homme de l'église et jui en est constitué le gardien. N'y est-il pas appelé i chaque instant ? N'y vient-il pas dès le matin pour )ffrir le saint sacrifice de la messe, et souvent au 'Ours de la journée soit pour satisfaire sa piété perîOnnelle, soit pour remplir les fonctions de son Tiinistère : baptiser, marier, inhumer, catéchiser?...
L'église est pour lui une seconde résidence où il labite dans la compagnie de son Maître. C'est le Dalais du grand Roi dont il est le ministre ; il y passe me partie notable de sa vie dans l'exercice des devoirs le sa charge.
11 est dès-lors facile de comprendre quelle larg( place rég'iise est appelée à tenir dans la pensée, les préoccupations, les affections du bon pasteur ei combien il est juste et naturel cju'il s'approprie les sentiments du Roi-Prophète et dise avec lui : « Chu vos tabernacles sont aimés, Seigneur Dieu des vertus: mon àme les convoite, elle tombe en défaillance dans vos divins parvis* )>.
Mais cet amour si légitime ne se bornera pas à de; sentiments: s'il est sincère et surnaturel, il S( traduira nécessairement par des actes.
Aurait-il de son église une estime sufTisante, montre rait-il qu'il est pénétré de respect et d'amour poui elle, le curé qui n'en prendrait pas soin et ne travail lerait pas de toutes ses forces à la rendre aussi belle aussi riche que possible ? Le saint roi David se repro chait d'habiter une demeure somptueuse, tandis qu< l'arche de Dieu n'avait pour abri qu'une tente ^. C< sentiment ne doit-il par être plus vif encore dans 1( cœur du prêtre chargé par office de veiller, non plus sur l'arche figurative, mais sur Dieu lui-même pré sent dans l'adorable sacrement de l'Eucharistie ?
N'est-ce pas par conséquent, Messieurs, pour tou curé un devoir de s'interroger souvent sur ce point de se demander s'il peut dire en toute vérité et s'il di en effet par ses actes comme par ses paroles « Seigneur, j'ai aimé la beauté de votre maison et h lieu où réside votre gloire ? ^ » .
* Ps. LXXXIII, 3.
•^ II Reg., VII, 2.
3 Ps. XXV, 8.
l'église 125
Lérectioii d'une église dans une paroisse est moti-
réo surtout par la présence réelle de Notre-Seigneur,
:'est un acte de foi extérieur à cette divine présence.
^t si nos pères ont bâti tant de magnifiques églises,
>i dans un grand nombre leur génie se révèle, à un
legré qui excite notre admiration et que l'art moderne,
ivec toutes les ressources infiniment plus nombreuses
lont il dispose, ne parvient pas à surpasser, pas
uème à égaler, c'est parce que « ces logeurs du bon
)ieu » comme on les appelait au moyen-âge, avaient
me foi vive, ardente, amoureuse, qui surmontait
outes les difiicultés et opérait des merveilles. Ils
oulaient à tout prix donner au Dieu volontairement
xilé sur la terre l'hospitalité la moins indigne de sa
najesté sainte. Et telle est encore une des principales
t des plus chères préoccupations du bon curé ; c'est
e qui fait que, plus d'une fois, avant de penser à
'assurer à lui-même une demeure convenable, il
'efforce de la procurer à son divin Maître.
Sans doute il n'est pas toujours possible au prêtre,
nême le plus dévoué, d'avoir ime belle église, une de
es églises qui, par la richesse de leur architecture et
e leur ornementation, sont la joie et lorgueil d'un
•asteur. Souvent, néanmoins, ce désir, se produisant
ans un cœur brûlant de zèle pour la décoration de
a maison de Dieu, suffît à faire surgir des ressources
nespérées et à réaliser de véritables prodiges. Il n'est
as rare à notre époque, et c'est un des symptômes
;ui rassurent, de voir de remarquables églises s'élever
ans d'humbles villages, au milieu de populations
auvres, parce que là s'est rencontré un prêtre qui est
vraiment cet « homme de désirs * » dont parle l Prophète. Il a voulu d'une volonté inébranlable : il < « espéré contre toute espérance^», et il a fini pa arriver à son but ; au prix de quels sacrifices, d quelles démarches, de quels labeurs ! Dieu seul 1 sait. Aussi bien c'est assez qu'il le sache, puisqu c'est de Lui seul que cet obscur et admirable ouvrie attend une récompense proportionnée à son travail.
Toutefois, il faut bien le reconnaître, parfois c désir d'un bon prêtre, pour ardent et généreux qu'i soit, vient se heurter à d'insurmontables difficultés Malgré tous les efforts de son zèle, il ne peut mettre la disposition de son Maître qu'un trop modeste édifice Encore faut-il qu'il le lui offre propre et parfaitemen tenu. On l'a dit : « la propreté c'est le luxe de 1 pauvreté » ; et si la propreté est nécessaire dan toutes les églises, c'est dans les plus pauvres qu'ell doit être, par une sorte de compensation, portée son plus haut degré de perfection.
A'oilà donc, INIessieurs, quelle sera votre premier préoccupation par rapport à votre église : la teni constamment en parfait état de propreté et d décence ^. Vous n'y réussirez pas si vous laissez uni que ment ce soin aux employés salariés ou au moin si vous n'exercez une active et continuelle surveillance Il vous faudra même payer de votre personne en cer taines circonstances et mettre la main à l'œuvre. N craignez pas d'entrer dans tous les détails qu'énumèr saint Jérôme, en faisant de son disciple Népotien ui éloge dont tous les mots sont à méditer ^. Un curé n
* Dan., IX, 23.
2 Ad Rom., IV, 18.
3 Sit eis fidelissima cura in domo Dei, diebus ac noclibuj (Pontif. ordin. ostiar.).
^ Erat ergo sollicitus, sit nitcret allare, si parietes absqu
l'église 127
léroge pas en sioccupaiit de ces soins matériels ; au ontraire; il s'ennoblit. S'il est des besognes qu'il ne loit pas faire personnellement, ou du moins sans Drendre certaines précautions commandées par le •espect des convenances et des usages reçus, il en est )eaucoup dont il n'a nullement à rougir. Elles ne sont, n définitive, que l'exercice des fonctions des saints rdres ; et à quiconque s'étonnerait de le voir s'y livrer, . pourrait répondre ce que répondait David aux reprolies inintelligents de Micliol : Oui, je remplirai ces ffices qui vous paraisse bas et indignes de moi ; je ne rendrai vil à vos yeux plus encore que je n'ai paru, t je n'en aurai que plus de gloire devant Dieu : Et iidani^ et vilior fiam plus qiiam factus siun : et ero uimilis in oculis meis ; et... gloriosior apparebo ^ ».
Ces pensées comporteraient de longs développements, jans entrer dans le détail, je me bornerai à vous appeler, Messieurs, que, dans votre église, une de os principales sollicitudes doit être pour le sanc- Liaire.
Le sanctuaire c'est, commelemotlui-mêmel'indique, i partie la plus sainte de l'église ; c'est l'appartement éservé où réside Notre-Seigneur Jésus-Christ ; c'est le aint des Saints de l'ancienne loi, avec cette différence lie celui de Jérusalem possédait seulement l'ombre t la figure, et que dans les nôtres se trouve la réalité, •ans le Saint des Saints figuratif, le grand-prétre iul pénétrait, et une fois seulement chaque année ;
liginc, si pavimcnta tersa, si janitor creber in porta vel mper in ostiis, si sacrarinm mundum, si vasa luculenta ot
omnes caeremonias pia soiliciludo disposita ; non minus^ )n niajiis nogligebat ofllciam. (S. Hier., opist. ix, ad Hcliod). Numquid lempus vobiseslul, liabilelis in domibus laquœlis,
donius ista dcserta. (Agg., i, 'i).
' II Reg., VI, 22.
avec quel respect, quel luxe de précautions, quelli magnificence de vêtements î nos livres saints nou; rapprennent *. Ne serait-il pas étrange et désolant qui le prêtre de la loi nouvelle parût moins pénétré di sentiment de la présence de Dieu, en l'ace du taber naide eucharistique ?
Rien n'est triste comme de voir un sanctuaire don le pavé n'est jamais lavé, dont les murs sont couvert de poussière, dont l'autel, sans ornements, se trouvi en revanche entouré d'une foule d'objets disparate dont la place évidemment n'est pas là.
Et la sacristie, Messieurs, elle aussi réclame de soins spéciaux. Son nom seul n'est-il pas de nature i vous inspirer pour elle un profond respect et à 1; recommander à votre vigilante attention ? Ne vou dit-il pas ce qu'elle est : un lieu sacré d'où il fau rigoureusement bannir toute action, tout entretiei profane ; un sanctuaire de préparation et d'action di grâces, où le silence s'impose ? Dépendance et pro longement de l'église, elle participe à sa dignité et i ses privilèges.
Et comme elle est destinée à recevoir les diven objets nécessaires au culte divin, elle demande à êtn organisée dans les conditions les meilleures et le: plus favorables en vue de cet important office. Il If faut suffisamment vaste, parfaitement saine, pourvu( d'un assez grand nombre de meubles pour contenii les vases, les ornements, les linges sacrés et le rest( du mobilier de Téglise. Là surtout. Tordre, un ordrt parfait, est de rigueur. Le curé qui veut l'établir et 1( maintenir sans permettre que peu à peu il y soit fai brèche, n'épargne pas ses peines. Il aime à travaille de ses propres mains à sa sacristie ; il n'y support»
1 Levit., XVI ; — ad Ilcbr., ix, 7.
l'église 129
ils le moindre désordre, la moindre négligence ; race à sa surveillance constante, chaque objet est à 1 place, rien ne traîne ; toutes les précautions sont rises contre l'envahissement de la poussière, de liumidité et aussi et surtout contre les tentatives :\crilè«:es des voleurs.
Pour s'encourager à ce travail de chaque jour, le
on pasteur aime à se rappeler qu'il a reçu dans ses
rdinations, surtout celles des ordres mineurs et du
3us-diaconat, une grâce spéciale pour s'en acquitter
tilement. Volontiers il relit la belle exhortation que
) Pontii'e adresse au sous-diacre relativement à ces
aies, à ces corporaux dont il aura désormais à prendre
3in et dont la blancheur symbolise la pureté parfaite
ans laquelle il devra conserver atout jamais son âme.
Sans doute, Messieurs, ce sont là choses exté-
eures et moins importantes si on les compare à
lies de Tintérieur que notre Dieu considère avant
ut* dans la loi d'amour. Mais comme le remarquent
s'ec raison les maîtres de la vie spirituelle : « si une
etite chose n'est qu'une petite chose, être fidèle dans
petites choses en est, en définitive, une très
rande^ ». Ces détails en soi minimes acquièrent une
nportance majeure à raison de leur objet et aussi de
intention qui porte à s'en occuper. Loin de les traiter
i minuties et de les négliger, le bon prêtre, entrant
leinement dans la pensée de l'Eglise, s'en occupe avec
1 soin jaloux. 11 sait qu'il est naturel à l'amour d'avoir
is sortes de délicatesses : que Dieu en est touché et
^connaissant^. Tout ce qui concerne la tenue, l'orne-
' Reg., XVI, 7.
- Minimum qiiidcm minimum secl in minimis esse fidelcni
aximum.
^ Vulnerasli cor meum in uno oculorum tuorum, et in uno
inc colli lui. (Cant., iv, Dj.
mentalion de son église, lui offre une occasion, qu'i saisit avec empressement, de témoigner sa foi et soi amour au Dieu de l'Eucharistie.
Ce n'est pas seulement. Messieurs, par le soin qu vous prendrez de l'édifice matériel, de son entretier de sa propreté, de sa décoration que vous manifestere la liante idée que vous vous faites de votre église, 1 religieuse vénération que vous avez pour elle. Ces aussi, je dirais volontiers c'est surtout par votre atti lude personnelle, par la tenue irréprochable à tou égards que vous porterez dans le lieu saint sans vou en départir jamais.
Vous savez ce que le Concile de Trente exige d nous à ce point de vue extérieur. Plus d'une foi vous avez lu ces mémorables paroles que tou ecclésiastique devrait graver dans sa mémoire e avoir sans cesse présentes à Tesprit .pour en faire L règle de sa conduite : « Il est de toute convenance qui les clercs appelés à être le partage du Seigneu règlent leur vie et leurs mœurs de telle sorte que, pa rapport à l'habit, au geste, à la démarche, à li conversation et à tous les autres détails, ils ne laissen rien paraître qui ne soit plein de gravité, de mode' ration * ».
. * Sic (lecet omnino clericos in sortem Domini vocatos, vitai moresque suos omnes coinponere ut habitu, gestu incessu sermone aliisque omnibus rébus nil nisi grave moderatum a religione plénum prœ se ferant ; levia eliam delicta quae i ipsis maxima cssent, effugiant, ut eorum actiones cuncli altérant venerationem. (Sess. XXII, c. i, de Reform.).
l'église 131
S'il en doit être ainsi du prêtre, même au cours irdinaire de la vie, si c'est pour lui une obligation de e montrer tel partout et toujours, combien plus dans on église, dans l'accomplissement de ses fonctions ,aintes. C'est alors surtout qu'il est tenu de se •appeler la recommandation de l'Apôtre : « Glorifiez ;t portez Dieu dans votre corps » : Glorificate et lortate Deum in corpore çestro^.
Voulez-vous ne pas manquer à ce devoir, Messieurs ? Vvant tout, évitez de vous familiariser avec votre 'O'iise et les actes de votre sublime ministère. ; Cette familiarité, il faut l'avouer, est un péril inhéent à notre situation. Il n'existait pas, au même egré, pour les prêtres de la loi ancienne. Je viens de ous dire avec quelle réserve et quelles précautions s étaient admis dans le sanctuaire. Ils n'y paraisaient qu'à de rares intervalles ; il fallait, pour y ►énétrer, des vêtements spéciaux, de nombreuses urifications-. Tous ces préparatifs, minutieusement adiqués par nos saints livres et rigoureusement ccomplis, n'étaient pas sans produire dans les âmes ne profonde impression, et le sentiment qu'éprouaient les lévites entrant dans le lieu saint après de ils préliminaires était bien celui que Dieu avait oulu leur inspirer et avait pris soin de leur 3Commander : le sentiment d'une religieuse terreur : avete ad sanctuariiim meum 3.
Il en doit être autrement sous la loi nouvelle, où, Dmme le dit admirablement saint François de Saies, tout est à l'amour, en l'amour, pour l'amour et amour ^ » .
h Ad Cor., VI, 20.
h Lévit., XVI, 2 et seq.
h Ibid., XXVI, 2.
1^ Traité de iamour de Dieu, préface.
Entre Dieu et riiomme, et surtout entre Jésus- Christ et son prêtre règne « une familiarité vraiment étonnante » : familiaritas stiipenda nimis *. L'église, c'est la maison du prêtre. Une s'agit plus pour lui dV paraître à de rares intervalles : non seulement il peut, mais il doit y venir chaque jour et plusieurs fois le jour. Dieu lui-même l'y convie. Là plus d'éclairs et de tonnerre, comme au Sinaï, pour rappeler l'homme au sentiment de son infériorité et de son néant ; plus de ces voiles mystérieux qui, cachant la vue du Saint des saints dans le temple de Jérusalem, produisaient tout naturellement dans lame une sorte de mystérieuse appréhension. Les portes de nos églises sont ouvertes à tons. La majesté du Seigneur se dissimule ; aucune manifestation sensible ne trahit sa présence, et cet anéantissement, cette éclipse de la gloire divine, exposent les visiteurs et, en particulier, le prêtre le plus assidu de tous à dépasser le ]3ut. à n'apporter })lus seulement dans le lieu saint cette confiance filiale qu'autorise le Dieu de l'Eucharistie, mais ce laisser-aller, ce sans-façon qui lui déplaît et mal édifie les fidèles.
Tous les ecclésiastiques savent-ils éviter cet écueil? y^'cw voit-on pas qui sont moins pénétrés que de simples laïques de ce sentiment de la présence de Dieu, montrant moins de respect extérieur, et qui, s'ils y voulaient réfléchir, devraient s'écrier avec Jacob : « Vraiment, le Seigneur est dans ce lieu et je ne le savais pas, ou pour mieux dire, je l'avais oublié : Vere Dominus est in loco isto^ et ego nescieham ^ ».
Sans doute, Messieurs, nous croyons fermement que nos églises sont la demeure de Dieu, oii II habite
» De Imilnl. Chrisli., 1. II, c. i, 1. * (ien., XXVIII, 10.
l'église 133
en personne. Chaque fois que nous y entrons, nous nous approchons, « non pkis, pour parler le magnihque langage de saint Paul, de la montagne figurative du Sinaï, mais de la montagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, d'une troupe de milliers et de milliers d'anges, de l'Eglise des premiers-nés qui sont inscrits dans le ciel, de Dieu le juge de tous, des esprits des justes parfaits, du médiateur de la nouvelle alliance Jésus et d'une aspersion de sang plus éloquente que celle du sang d'Abeli».
Et pourtant, si nous ne faisons appel à notre foi, Qous sommes exposés à agir comme si nous ne 3royions pas, comme si cette maison où s'opèrent tant Je merveilles, où réside le miracle permanent de 'Eucharistie, n'était qu'une maison vulgaire abritant m de nos semblables avec lequel il nous est permis le traiter d'ég-al à és^al.
Le prêtre qui veut porter dans le lieu saint des sentinents et une attitude convenables doit donc sans cesse éveiller sa foi et s'efforcer d'agir sous ses inspiraions. Elle lui dira : « Prends garde, la terre que tu ouïes est une terre sainte : Lochs enim in qiio stas erra sancta est'^ ». S'il est bien pénétré de cette onviction, il ne prendra jamais aucune de ces libertés l'attitude, de regards, de gestes si peu édifiantes en a personne. Il veillera sur lui, pour que ses convieions intimes s'affirment, se manifestent aux regards e tous.
Comment se traduiront-elles ?
Vous avez remarqué dans quels détails n a pas raint d'entrer le Concile de Trente en nous traçant
* Ad. Ilebr., xii, 22.
* Ex., ni, 5.
un programme d'examen pour notre extérieur. Suivons-le et n'hésitons pas à nous examiner, pour ainsi parler, des pieds à la tête. Demandons-nous si, quand nous sommes dans l'église, tout dans notre personne est en harmonie avec la sainteté du lieu et de son hôte divin.
Sous l'ancienne loi, les fils de Lévi devaient porter, dans l'exercice de leurs fonctions, des vêtements spéciaux dont nos Livres saints nous donnent le détail. Au prêtre de la loi nouvelle l'Eglise fait des prescriptions plus rigoureuses encore. Elle lui a imposé, elle l'oblige à porter constamment un vêtement qui le distingue du commun des hommes et lui rappelle sa consécration s-ans réserve au service de Dieu.
Notre soutane est un vêtement d'honneur. Mais encore faut-il le porter honorablement. La pauvreté elle-même n'exempte pas de cette obligation. Elle peut contraindre à se servir d'étoffes communes et grossières. Le prêtre, alors, n'en est pas moins dans Tordre de sa vocation ; il revêt les livrées de la pauvreté et de l'humilité à la suite et au service du Dieu pauvre et humilié de Nazareth et du Calvaire. Mais cette vertu évangélique doit toujours en avoir une autre pour compagne : la propreté. Ayez des vêtements simples, mais qu'ils soient d'une exquise propreté ; ne vous permettez aucune de ces négligences particulièrement choquantes dans la personne d'un prêtre. Porte2 votre costume ecclésiastique, à l'église surtout, avec tous les accessoires prescrits. Avant d'en franchir le seuil vous vous recueillez intérieurement ; arrêtezvous de même pour réparer s'il en est besoin le désordre que les occupations extérieures auraient pu apportera votre toilette. Le soldat qui se prépare à la revue de son général a grand soin de ne rien laisser paraître de défectueux dans sa tenue. Faites ainsi en vous pré-
l'église 135
sentant devant Dieu; et, si les exigences de votre santé demandent qu'à ce vêtement consacré par les prescriptions de l'Eglise vous en ajoutiez d'autres, qu'ils^ soient toujours, quant à la couleur, la forme, la netteté, dans des conditions d'irréprochable dignité.
Dieu commandait à JNIoïse d'ôter la chaussure de ses pieds* en face du buisson ardent. Jésus-Christ n' aurait-il pas plus de droit d'adresser du fond de son tabernacle cette recommandation à son prêtre? S'il lui permet de garder sa chaussure, qu'elle soit du moins Darfaitement convenable.
Saint Paul à son tour écrivait : « Tout homme qui 3rie et prophétise la tête couverte déshonore sa ête^ ». N'est-ce pas dire au prêtre qu'il doit éviter lans l'église, en présence de l'autel et du tabernacle, :es coiffures malséantes qu'il ne voudrait certainement 3as porter dans un salon devant une personne digne le respect ? S'il éprouve le besoin de se protéger contre les rigueurs du froid, qu'il adopte celles que 'Eglise autorise et qui sont devenues en quelque lorte liturgiques.
Ajouterai-JG que dans cette revue de toute sa perîonne le prêtre ne doit pas oublier ses mains. Le 3ieux auteur de V Imitation s'écrie à ce sujet : « Oh ! ju'elles doivent être pures, les mains sacerdotales 1 3» 1 parle, il est vrai, au figuré ; il entend la pureté de .'âme rayonnant dans tous les sens du corps. Mais pourquoi ces paroles ne se prendraient-elles pas aussi lans leur sens littéral ? Pourquoi le prêtre n'aurait-il 3as à cœur de surveiller la propreté matérielle de ses nains appelées à toucher immédiatement le corps de
' Ex., III, 5.
' Ad Coriiith., xi, 4.
3 L. IV, c. XI, 6.
Jésus-Christ? Pourquoi la charité ne kii conseilleraitelle pas d'éviter avec soinjout ce qui serait de nature à exciter les répugnances des fidèles auxquels il distribue la sainte Eucharistie ? Quand TEglise lui prescrit de laver ses mains avant de monter à Tautel, n'a-t-elle pas en vue ce double résultat ?
Le prêtre qui comprend la grandeur de sa mission observe avec une amoureuse fidélité toutes ces prescriptions. Ce n'est pas chez lui afïectation, recherche mal placée ; c'est la manifestation d'un sentiment très surnaturel ; c'est une marque de son respect profond pour la majesté de Dieu ; c'est un moyen d'édifier les fidèles qui, dans cette convenance du vêtement extérieur, voient le reflet de l'ordre intérieur*.
Et c'est parce quil se place à ce point de vue supérieur que le bon prêtre attache une si grande importance à tous ces détails et s'efforce d'entrer pleinemeni dans la pensée et les recommandations du Concile de Trente quant à son vêtement et à tout ce qui s'\ rattache : habita.
Il n'y est pas moins fidèle par rapport à la tenue extérieure que le même Concile comprend sous le nom de geste et de démarche : gestii., incessu.
L'attitude d'un ecclésiastique doit toujours être grave, digne, pleine de religion, surtout à l'église, S.0US le regard de Dieu. C'est bien là que doit retentir plus énergiquement à son oreille la recommandation de saint Paul : « Que votre modestie se manifeste à tous les regards, car le Seigneur est proche : Modestia vestra nota sit omnihiis hominibus : Dominas enim
1 Etsi liabitus non facit monachum, oportet tamen clericos vestes proprio congruentes ordini semper déferre ; ut par decentiam liabitus extrinseci, morum lionestatem intrinsecam ostendant. (Gonc. Trid., sess. XIX, de Rcform.^ c. vi).
l'église 137
yrope est^ ». Ne serait-ce pas blesser cette vertu émijemment sacerdotale que de courir, de gesticuler dans e lieu saint ? N'est-ce pas au contraire la respecter et a pratiquer que de marcher d'un pas mesuré, d'éviter le faire du bruit, de se conduire à la manière des mges qui servent Dieu d'une façon si calme, si tranuille, si recueillie, que leur action très réelle pourtant tous demeure insaisissable ? ^ Que le prêtre, dans on église, soit, même extérieurement, comme un nge dont la vue seule porte les fidèles au recueilleiient et à la prière : gestu, incessu.
Le Concile de Trente ajoute sermone. Je serais 9nté de traduire : par son silence. Car si le prêtre est ans l'église l'homme, le porte-voix de la parole divine,
doit se garder d'être l'homme de la parole humaine t se rappeler que le silence devant Dieu est une Duange. « Un grand silence se fit dans le ciel ^ », est-il it dans l'Apocalypse. Ce même silence mystérieux oit régner dans nos églises de la terre ; c'est au rêtre tout le premier à le garder fidèlement. Qu'il impose donc la loi de ne jamais entretenir de converations dans le lieu saint; et si, en certaines circonsmces, il ne peut se dispenser de dire quelques mots, ue ce soit toujours à voix basse, avec retenue et âserve, pour bien montrer qu'il ne perd pas de vue la résence de Dieu à quelques pas de lui.
« Et ainsi du reste » : Aliisque omnibus rebus Dnclut le saint Concile ; ainsi de tous ces détails en pparence secondaires et insignifiants, mais par îsqueis se traduit l'esprit de loi et de religion.
' Ad Philipp., lY, 5.
* Sacerdos cnim Domini omnipoteniis angélus est ; angolus
item risum nescit, I)oo cum mclu et pavorc minislrans.
i. Isii). Pelus, ep. 311)).
-' Apec, VIII, 1.
Le prêtre qui, pour observer toutes ces règles, sa réagir contre les défaillances et les saillies de la naturi a un très grand mérite devant Dieu en même temp qu'il offre aux hommes un salutaire exemple.
C'est d'ailleurs un devoir pour vous. Ce bo exemple que vous êtes tenus de donner partout au fidèles : In omnibus teipsum prœbe exempliim *, c'ei principalement à l'église qu'ils ont droit de vous ] demander. Comment un curé pourra-t-il prêcher ] respect du lieu saint si lui-même y manque ? Quel] autorité aura-t-il pour imposer à ses paroissiens ] fidèle observation de ces rès-les de bienséance s' n'en tient personnellement aucun compte ? Ne s'ej pose-t-il pas à recevoir de leur bouche cette humi liante leçon: « Médecin, guérissez-vous vous-même^»
Et cependant, Messieurs, vous ne pouvez vou désintéresser de cette question et fermer les yeux su les abus qui tendraient à s'introduire dans le lie saint ; il vous appartient de les prévenir ou de le réprimer. Votre titre de curé vous constitue le gardie et le surveillant responsable de votre église. La k ecclésiastique, d'accord en cela avec la loi civile, vou en attribue la police. Non seulement vous deve éviter soigneusement, pour votre compte, tout ce qi serait en opposition avec son caractère auguste, mai vous êtes obligés en conscience de veiller à ce qu personne n'y porte la moindre atteinte. Le Concile d Trente prescrit aux Evêques « d'éloigner de l'églis
» Ad Tit.. II, 7.
- S. Luc, IV, 23.
l'église 139
)ut ce qui pourrait l'empêcher de paraître et d'être n réalité la maison de Dieu et de la prière : les étions séculières, les conversations vaines et profanes, :s circulations inutiles, le tumulte, les clameurs* ». Il Stbien évident qu'un Evêque ne peut pas exercer cette irveillance directement par lui-même. Dans chaque jaroisse il est suppléé par le curé, officiellement jiargé de mettre en pratique les prescriptions de église à ce sujet.
Ce que vous devez avoir à cœur de sauvegarder
/ant tout dans votre église, c'est le silence et le
cueillement. Il faut que toute âme fatiguée des
[•uits et des agitations d'ici-bas puisse s'y réfugier,
îrtaine d'y trouver une tranquillité parfaite, avant-
oût de celle de l'éternité. Il faut que rien ne vienne
iterrompre ses entretiens intimes avec le Dieu caché
1 Tabernacle. Dans ce lieu, tout doit respirer la
lix : factus est in pace lociis ejus'^. Il doit demeurer
ujours cette calme et bienheureuse solitude où Dieu,
qui ne se trouve pas dans l'agitation 3 » , « nous
tend et souvent nous attire pour nous parler cœur à
peur * ».
Vous prendrez donc toutes vos mesures afin que le
îcueillement de votre église ne soit pas troublé ni
\v conséquent le silence, qui en est Tâme. Vous ferez
)tre possible pour écarter et tenir à distance, même
l'extérieur, tout élément de bruit et de distraction ;
lais, dans tous les cas, vous exigerez que ce silence
* Ab ecclesiis... siECulares omnes actiones, vana atquc adeo 'ofana colloquia, deambulationes, strepitus, clamores arceant ; ; domus Dei vere domus orationis esse videatur ac dici )ssit. (Sess. XXII, de célébrai. Missœ).
' Ps. LXXV, 3.
' III Reg., XIX, 11.
* Osée, ii, 14.
140 SIXlÈiME CONFÉRENCE
règne absolu et ininterrompu à l'intérieur. Au besoii vous saurez rappeler à Tordre les infracteurs de cett loi, alors même que vos monitions atteindraient cer laines personnes pieuses qui, à ce titre, se croient tou permis et se conduisent dans la maison et sous 1 regard du Dieu de TEucharistie avec un déplorabl sans-gene.
Ce silence et ce recueillement ne seront pas le pri vilège de votre église seulement pendant la semaine dans les temps où elle n'est fréquentée que par ui petit nombre de fidèles. Elle devra présenter cet aspec édifiant même le dimanche, quand la foule s'y press pour assister aux saints offices. Et cela n'est possibl qu'à la condition que vous aurez su établir et que vou maintiendrez, par rapport à l'entrée et au placemen de vos paroissiens, un ordre parfait. 11 en est de Eglises comme des âmes : pour les unes comme pou les autres « la paix, est selon la belle définitio de saint Augustin, la tranquillité de l'ordre : pa. omnium rerum est tranquillitas ordinis i».
Vous veillerez donc avec une constante sollicitude ce que tout soit bien ordonné dans votre église. Le sièges, bancs ou chaises doivent être en quantité suffi santé et disposés dans les conditions les plus favorable pour que chacun arrive facilement à sa place e puisse, autant que la configuration du lieu le permet voir le célébrant à l'autel et le prédicateur en chaire.
Et à cette occasion permettez-moi. Messieurs d'appeler votre attention sur une catégorie de vo paroissiens souvent trop négligée dans cette répar tition des places à l'église : je veux dire les enfants Pauvres enfants ! parfois on les relègue dans un coin dans les profondeurs d'une chapelle, d'où ils n
1 De Civil. Dei, 1. XVI, c. 13.
l'église 141
îuvent rien voir, rien entendre, et oi^i ils échappent toute surveillance. Il en résulte qu'ils sont naturelment portés à s'ennuyer et à se dissiper. Au lieu de •endre goût aux offices paroissiaux, d'y venir avec npressement et avec joie, ils ne s'y rendent qu'à gret et par force ; c'est une servitude à laquelle ils promettent bien d'échapper aussitôt qu'ils le )urront. Cette question, en apparence secondaire, lit donc en réalité dune importance capitale, et elle ! recommande tout particulièrement à votre sollici- [:de pastorale.
Exigez d'ailleurs de tous les assistants, enfants ou randes personnes, une tenue irréprochable. Ne issez sous aucun prétexte s'introduire ou se per- Huer dans votre église ces fâcheuses habitudes qui ndent à faire de la maison de Dieu une sorte de ace publique où règne une dissipation aussi scandeuse que nuisible à la piété. N'y tolérez aucune imodestie, aucune irrévérence ; montrez-vous très rmes, sévères s'il le faut, pour protéger la majesté 1 lieu saint contre ces déplorables abus. Dans ce but, et pour l'atteindre plus facilement, niez à rappeler à vos paroissiens ce que sont nos ,dises et ce qu'exigent de tous ceux qui les fréquentent ur auguste destination, la sainteté des mystères qui y accomplissent et surtout la présence permanente i Dieu du ciel sous le voile des saintes espèces. iïorcez-vous surtout de leur en inspirer l'amour, îites-leur bien comprendre qu'une église c'est tout à fois la maison de Dieu et celle du peuple chrétien. Sds sont bien pénétrés de ces pensées, tout iturcllement ils aimeront leur église, et s'ils l'aiment, 5 y viendront volontiers ; ils s'y intéresseront. Ils se ront un point d'honneur de l'avoir belle, riche, bien •née, abondamment pourvue de tous les objets néces-
saires au culte divin. Vous n'aurez pas de peine à obtenir qu'ils vous donnent pour cela un concours empressé et généreux. Il vous deviendra facile de trouver un certain nombre de pieuses personnes qui se feront vos auxiliaires dévouées. Elles payeront volontiers de leur bourse, de leur temps, de leur personne, pour entretenir les ornements et les linges sacrés, nettoyer et parer les chapelles, décorer plus richement les autels de lumière et de Heurs à Toccasion des principales l'êtes : elles n'hésiteront pas à se faire dans la paroisse quêteuses au profit du lieu saint. Ne leur avez-vous pas appris que leur charitable sollicitude pour Téglise s'adresse en définitive à celui qui est le maître de la maison, et qu'à chacune de ces pieuses ouvrières il dira au dernier au dernier jour : « C'est une bonne œuvre que vous avez accomplie envers moi : Bonum opus operata est in me^ ».
Les gens du monde se préoccupent beaucoup de lear demeure. Ils la veulent riche, abondamment pourvue de tout ce qui s'appelle luxe et confortable de la vie ; ils n"y épargnent ni les démarches ni les dépenses. On en voit qui passent une grande partie de leur temps à rêver et à essayer des aménagements et des perfectionnements destinés à augmenter leur bien-être ; et souvent la mort arrive avant qu'ils aient pu réaliser cet idéal. Pauvres voluptueux auxquels de cette somptueuse habitation il ne restera bientôt qu'un sépulcre ! Soliim mihi superest sepiilchriun 2.
Vous, Messieurs, hommes de Dieu, vous avez un autre objectif ; vous pouvez dire avec le Prophète :
1 S. Math., xxvi, 10.
2 Job, XVII, 1.
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« Seip^neur, le zèle de votre maison me dévore ^ ». Pour riiumble toit qui vous abrite vous vous contentez volontiers du nécessaire ; vous vous tenez dans les limites de cette noble simplicité, de cette sainte médiocrité qui convient si bien à votre profession. Mais pour la maison de Dieu vous ne trouvez rien d'assez beau ni d'assez précieux. Jamais vous n'êtes satisfaits : votre foi et votre cœur rêvent sans cesse quelques richesses, quelques ornementations nouvelles ; et vous avez bien raison : « car ce n'est pas à un homme, fùt-il même un grand et un roi de ce monde, qu'il s'agit de préparer une habitation ; c'est à Dieu lui-même ^ ».
Quelle œuvre vous faites en vous occupant de votre église avec ce zèle infatigable ! non pas une œuvre égoïste, mesquine, restreinte aux proportions d'une pauvre petite personnalité humaine, mais une œuvre grande, sainte et surtout durable, parce que vous travaillez pour Dieu et que Dieu ne meurt pas.
Cette église, bâtie, restaurée, embellie par vos soins, ne disparaîtra pas avec vous. Vous la léguerez îomme un pieux héritage à vos successeurs. Ils en ouiront en bénissant votre mémoire ; à leur tour ils travailleront à conserver et à accroître sa beauté.
Pour vous vous obtiendrez une double récompense. Déjà c'en est une bien consolante de voir votre chère glise, devenue un puissant moyen d'apostolat, attirer t captiver les fidèles, heureux et fiers de posséder un .el monument. Mais Dieu vous en réserve une autre jIus précieuse. Quand la mort viendra vous séparer le cette église d'autant plus aimée que vtms avez plus ait pour elle, 11 vous introduira dans l'église du cie*l
• Ps. LXVIII, 10.
* I Parai., xxlk, 1.
dont celles de la terre, sans en excepter les plu? magnifiques, ne sont que l'ombre et la figure. C'est lî seulement que vous pourrez redire à tout jamais et er toute vérité : « Seigneur, Dieu des vertus, que vof tabernacles sont chers à mon cœur : Quam dilectc labernacula tua Domine virtutiim I ^ »
1 Ps. LXXXIII, 2.
7e CONFÉRENCE
LE CULTE DE l'eUCHARISTIE
ESSIEURS.
Ce qui fait la valeur inappréciable de nos églises, ce qui leur imprime un -caractère à part et leur assure le respect et la vénération du peuple chrétien, c'est la présence deTEmmanuel, du Dieu de l'éternité, devenu lans son sacrement d'amour le compagnon de notre 3xil.
Supprimez dans une église la présence réelle : ^ue reste-t-il ? Un édifice monumental, artistique Deut-êtrC; mais dont la vue ne dit rien à l'âme, ou du Tioins ne l'atteint pas dans ce qu'elle a de plus intime t de meilleur. Elle admire, mais d'une admiration oui humaine ; sa pensée n'est pas soulevée, emportée lans les régions supérieures, elle demeure enfermée lans les étroits horizons d'ici-bas. Au contraire, la )lus petite, la dernière de nos églises qui possède ce résor de l'Eucharistie a le privilège de produire en lous une impression profonde : elle nous saisit, nous ;aptive. Nous ne sommes pas, nous le sentons, dans ine demeure vulgaire ; ce lieu est un lieu saint, en
communication mystérieuse mais incontestable avec h monde surnaturel. D'instinct nous nous disons « qu( ce lieu est terrible ! Il n'est autre que la maison d( Dieu et la porte du ciel* ». Le nom qui lui convien est bien celui!que lui donnait par avance le Prophète « Le Seigneur est là : Et nomen cwitatis in illa die Do minus ibidem'^ ».
Oui, Messieurs, Jésus-Eucharistie est le tout de nof églises ; ellesîn'existent que pour Lui, tout ce qui s'j l'ait se rapportejavec Lui. Et vous-mêmes, si vousètef prêtres et pasteurs des âmes, n'est-ce pas uniquemen pour l'Eucharistie ? Votre ministère, dans son ensemble et ses détails, n'afpas d'autres raisons d'être que d( conduire les âmes au Dieu Sauveur de Tautel et di tabernacle. Vos études, vos prières, vos fonction! extérieures , tout dans votre vie pastorale doit converge] vers ce point. Là se trouve la conclusion et le couronnement de tous vos travaux. N'en doutez pas, votr( paroisse sera treligieuse dans la proportion où voui aurez réussij à lui faire connaître, aimer, goûter 1( Dieu caché du tabernacle. Voilà « l'alpha et Foméga le principe et la fin de la vie chrétienne ^ : Ego siui a et (à principium et finis ^ dicit Dominus », le bu par conséquent [auquel vous devez tendre de toutes vos forces et par tous les moyens en votre pouvoir.
Mais, vous le comprenez, la condition indispensable pour amener vos paroissiens à cette source de vie c'est d'y aller vous-mêmes les premiers. Vous ne sereî les apôtres infatigables du culte eucharistique que Si vous en êtes tout d'abord les adeptes fervents. C'e&l là qu'il faut venir chercher les inspirations et le conti-
* Gen., XXVIII, 17.
2 Ezech., XLViii, 35.
» Apoc, I, 8 ; XXII, 13.
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miel renouvellement de votre zèle pastoral. Vous avez là le principe le plus erfieace et le plus attrayant de la sanctification des pasteurs et de la régénération des paroisses.
Il me paraît d'autant plus utile de traiter ce sujet qu'en vous invitant à le méditer je vous fais entrer dans le grand courant qui pousse à l'heure actuelle, d'une façon si puissante et si consolante, toutes les âmes chrétiennes vers l'Eucharistie : témoin ces admirables congrès eucharistiques qui se tiennent depuis douze ans déjà avec l'approbation et les encouragements du Souverain Pontife et des Evoques, et qui s'occupent avec un admirable zèle de tout ce qui peut contribuer à faire connaître, aimer et honorer cet auguste sacrement *.
Quel prêtre, quel pasteur des âmes voudrait se tenir en dehors de ce mouvement providentiel ?
L'Eucharistie est pour tous, sans doute; pour le simple fidèle comme pour le prêtre : Jésus n'exclut personne. Toutefois, son privilégié, c'est le prêtre.
C'est par lui, mais aussi pour lui spécialement qu'il reçoit l'être sacramentel et se laisse enfermer au saint tabernacle : pour être sa lumière, sa force, sa consolation, sa joie, sa vie, son tout : Deiis meus et omnia.
' Les actes de ces congrès ont été imprimés, et je ne saurais
• (»p engager les ecclésiastiques à se les procurer et à les
e. Ils trouveront dans cette lecture, pour leur piété per-
mnelle, les plus douces jouissances, et pour leur ministère
s plus précieuses indications. Ils sont en vente à Lillo,
iiprimerie Lefcbvre-Du«rocq.
Quand on réfléchit aux charges accumulées du sacerdoce et du pastorat, on se demande avec une sorte d'effroi : Quel est donc l'homme capable de les porter, d'une façon digne et utile pour son propre salut, l'honneur de Dieu et le bien de ses frères ? On se dit avec le Roi-Prophète : « Qui montera sur la montagne du Seigneur ? Qui résidera dans son sanctuaire ? Qiiis ascendet in montem Domini ? Aut guis stabit in loco sancto ejiis P ^ » Mais si la pensée se reporte sur l'autel et le tabernacle, la réponse à ce doute devient facile : L'homme à la hauteur d'une telle mission, c'est le prêtre, le pasteur, qui a l'intelligence, l'amour, le culte de la divine Eucharistie.
Cette manne cachée, tous. Messieurs, vous la possédez dans vos paroisses ; vous en êtes les producteurs, les gardiens, les dispensateurs. Chaque matin Jésus-Christ descend entre vos mains, dans votre cœur, comme un principe incomparable de grâces et de bénédictions. Vous l'enfermez dans le saint tabernacle pour qu'il y demeure source intarissable de vie toujours prête à s'épancher sur vous et sur les âmes confiées à vos sollicitudes.
Jésus-Christ est à deux pas de chacun de ses prêtres ! Oh ! si tous étaient bien pénétrés de cette pensée, s'ils savaient en faire sortir les applications pratiques, qu'ils seraient forts et que leur ministère deviendrait fécond !
Que faut-il donc pour qu'il en soit ainsi et que nous ne méritions pas le reproche adressé aux Juifs par saint Jean : « Il en est un au milieu de vous que vous ne connaissez pas '^ », ou du moins pour qu'il nous soit applicable seulement dans une mesure correspondant à
' Ps. XXIII, 3.
- t-^. JOANN., I, 2B.
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la faiblesse de notre pauvre humanité ? Car, il faut bien en convenir, il n'est pas en notre pouvoir d'éprouver toujours, dans nos rapports avec l'Eucharistie, cette émotion sensible que dépeint admirablement l'auteur de V Imitation quand il s'écrie : « Certes, ô mon Dieu, en votre présence et celle de vos saints anges, tout mon cœur devrait être embrasé et pleurer de joie * ». Au ciel seulement nous jouirons de celte vue et de ces impressions béatifiques. Ici-bas Notre- Seigneur se présente à nous sous le voile du sacrement. « Il est vraiment le Dieu caché : Vei'e tu es Deiis absconditus 2.
En attendant ce jour des révélations, ce qu'il faut c'est que nous renouvelions sans cesse notre foi à ce divin mystère et que nous faisions entrer dans nos habitudes quotidiennes toutes les pratiques du culte eucharistique, surtout de ce culte intérieur « en esprit et en vérité » que Notre-Seigneur attend spécialement de ses prêtres : Spiritus est Deus : et qui adorant eum, in spiritu et veritate oportet adorare 3.
Ce culte, en quoi le ferez-vous consister ?
Avant tout à bien célébrer le saint sacrifice de la messe. C'est l'action la plus auguste et la plus importante de chacune de vos journées, d'autant que toutes les autres n'en doivent être que des applications et des conséquences ^.
* Certe in conspectu tuo et sanctorum angelonim tuoruni, loium cor meiim ardere deberet et ex gaudio flere. (/>e ImU. Chrisd, 1. IV, c. xi).