‹ Conferences sur les obligations de la charge pastoraleChapitre 9 sur 35 · JOEL, IX · texte numérisé non relu

JOEL, IX

LE CULTE DE LEUCHARISTIE 15o

Je nie bornerai à appeler votre attention sur trois d'entre elles, qui ont un caractère tout particulièrement sacerdotal.

La première doit vous être d'autant plus chère qu'elle a pris naissance parmi nous, au grand séminaire : c'est la belle œuvre des Messes réparatrices. Vous pouvez vous y associer, soit en contribuant par vos largesses à en fonder une. soit en prenant l'engagement d'offrir le saint sacrifice, une fois au moins chaque année, à l'intention si grande, si nécessaire, de faire amende honorable à Notre-Seigneur pour tant de messes je ne dirai pas sacrilèges, encore que Judas puisse se trouver dans les rangs du clergé, — ne s'est-il pas rencontré jadis au sein du collège apostolique ? — mais dans la célébration desquelles la foi et la dévotion n'ont pas une assez large place. Et quel est donc le prêtre qui ne sentirait pas le besoin de réparer, pour son propre compte, « ces péchés, ces négligences, ces offenses » que la sainte liturgie ne r^raint pas de taxer « d'innombrables » et ne serait pas heureux d'y travailler en s'agrégeant à cette œuvre * ?

La seconde est celle des prêtres adorateurs. Elle s'adresse à tous les ecclésiastiques et leur demande uniquement de s'engager à faire chaque semaine une leure continue d'adoration devant le Saint Sacrement. Le jour et l'heure sont laissés à la disposition du Drêtre ; il peut chaque semaine les modifier à sa convenance. Tous les mois le directeur diocésain ransmet aux associés une feuille sur laquelle chacun l'eux indique si pendant le mois qui vient de s'écouer il a été fidèle à tenir son engagement ou s'il y a

' Chaque matin, à l'offertoire, l'Eglise met sur les lèvres lu prùlrc ces paroles, hélas! trop justifiées : « Offero... pro mmunerabilibus peccalis ei offensionibus et negligenliis aeis ». (Ip. ord. miss.).

manqué. Cette feuille est envoyée à Paris, au centre de l'œuvre. Cette prescription, la seule qui puisse paraître onéreuse, a pour but de prévenir ou de faire promptemcnt cesser les négligences qui se glissent, hélas ! si facilement dans les meilleures œuvres quand notre pauvre nature n*est pas sans cesse tenue en éveil et stimulée par une sorte de sanction pénale.

Je ne saurais trop vous recommander cette pieuse association. L'heure que vous consacrerez chaque semaine au culte de TEucharistie en union avec tani d'excellents confrères sera consolante et féconde, nen doutez pas.

La troisième c'est Tassociation de l'Adoration répatrice des nations catholiques, établie à Rome par ue prêtre français et qui aura désormais son siège dans cette église de Saint-Joachim, pieuse offrande du monde entier à l'occasion du Jubilé épiscopal de Léon Xlll.

Cette œuvre fait chaque jour de nouveaux progrès et reçoit de précieux encouragements et d'augustes bénédictions. N'est-il pas consolant pour nous de penser que, chaque jour, dans un de ces sanctuaires de la Ville Eternelle où se célèbrent, avec tant de magnificence, les cérémonies des Quarante Heures, une nation catholique se trouve représentée, aux pieds du Très Saint Sacrement, par un certain nombre de ses fidèles ? Ils y viennent pour offrir à Notre- Seigneur des réparations et des adorations au nom de leur pays, dont ils se constituent les charitables mandataires. Le jour assigné à la France est le jeudi. Depuis que vous le savez, vous aimez, je n'en doute pas. Messieurs, à vous unir de cœur et de prière ce jour-là, dans votre visite au Sacrement, à cette touchante pratique. Vous y associez les personnes pieuses de votre paroisse, travaillant ainsi, de concert avec

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lies, à attirer sur notre pauvre France cette misériorde et ces secours d'en haut dont elle éprouve, de )ur en jour, un plus pressant besoin.

Le prêtre, qui a vraiment le zèle du culte eucharis que, ne saurait se contenter de prodiguer au Très aint Sacrement les hommages de sa piété personelle ; il veut que sa dévotion se communique et u'elle embrase les cœurs de tous ses frères : Accenat ardor proximos'^. A tout prix il lui faut trouver es adorateurs qui unissent leurs efforts aux siens ; t il en trouvera. Pour lui se réalisera la parole de Evangile : Qiiarite et invenietis 2. Il en trouvera arce qu'il les cherche avec l'intelligence et la sainte bstination de lamour.

Dès mon arrivée parmi vous, et maintes fois depuis, î vous ai signalé et instamment recommandé l'exceljnte pratique de la prière paroissiale faite en commun, haque soir à Téglise, à la tombée de la nuit, sous la résidence du pasteur, et suivie, autant que possible, 'une lecture ou méditation de quelques minutes. Ce l'est une joie de penser que cette pratique si féconde n grâces de toutes sortes pour les âmes, les familles L les paroisses, est aujourd'hui en vigueur dans un artain nombre de localités. Je remercie ceux d'entre ous qui l'ont adoptée et qui y persévèrent, malgré es difficultés et des déceptions inévitables. Je les îlicite de savoir s'imposer les sacrifices nécessaires our grouper ainsi, chaque soir, quelques âmes ieuses, n'y en eùt-il que trois ou quatre, au pied du

' Ilymn. Brev. ad terl.

* S. Matth., VII, 7.

tabernacle. Puisse ce bon exemple être partout sur Ce salutaire et sanctifiant exercice, qui se rattache intimement au culte de la divine Eucharistie, et qui € un premier moyen de lui faire rendre hommage p les fidèles, ne saurait manquer d'attirer de spécial bénédictions sur le troupeau et sur le pasteur.

Toutefois, si important que soit ce résultat, le b prêtre n'en fait pas le terme de ses pieuses ambitior Que son église ne soit, à aucune heure de la journt complètement déserte, que Notre Seigneur n'y demeu jamais seul ; que depuis Theure matinale où il vie lui-même commencer l'adoration en ouvrant les pori du lieu saint jusqu'au moment où, en les fermant, il clôt, il y ait constamment devant le tabernacle u garde d'honneur ; voilà l'idéal qu'il poursuit, qu veut à tout prix réaliser.

Et pourquoi ne réussirait-il pas ? Il est plus paroisses qu'on ne le croit, où, en s'adressant a âmes pieuses, en leur faisant comprendre les mot de cette visite, les grâces multiples qui y sont att elles, un curé arrivera à réunir des adorateurs assez grand nombre pour que toujours un au moi se tienne en présence du Dieu Sauveur, comme lampe du sanctuaire, consolant et réjouissant sa se tude.

Evidemment, pour réussir il est nécessaire prendre beaucoup de peine et de déployer un grai zèle. Mais aussi quelle consolation quand on est arri au but ? Qu'il est doux pour un curé de se dire : En moment je ne puis être dans mon église, tenir comp gnie à mon Maître ; mon travail, mes fonctions past raies, les milles nécessités de la vie me retiennent lo de Lui. Je sais du moins qu'il n'est pas seul ; une âr est là qui l'adore, prosternée à ses pieds. Et par e] j'y suis moi-même en un certain sens, car cette âr

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esl moi qui Tai conduite, poussée vers le tabernacle >ar mes conseils, mes encouragements, mes exemples.

Encore une fois, ^Messieurs, ne croyez pas que ces

dorateurs soient impossibles à recruter. Jusque dans

es plus humbles villages il est des chrétiens qui sont

apables de comprendre votre invitation et d'y répon-

Ire. Ce seront de bonnes femmes, d'humbles ouvriers ,

le pauvres paysans. Ils ne sauront pas faire de pro-

3ndes méditations ; ils pourront seulement réciter

uelques prières vocales, rouler entre leurs doigts les

rains du chapelet. Mais que de fois Notre-Seigneur

écouvrira sous cet extérieur inculte d'admirables dis-

ositions, et, de ces bouches ignorantes, recueillera

me louange parfaite. Témoin ce brave homme dont il

st parlé dans la vie du curé d'Ars. 11 passait chaque

jur de longues heures au pied du tabernacle ; et

omme on lui demandait ce qu'il pouvait bien dire à

Nolre-Seigneur Jésus-Christ pendant J:out ce temps :

Je ne lui dis rien , répondit-il ; je l'avise et il n'avise * ». Sublime réponse que vous trouverez la iiême, sinon dans la forme, au moins pour le fond, ur les lèvres de quelques-uns de vos paroissiens si, omme le saint curé, vous avez suies initier à la dévoion envers l'auguste sacrement de nos autels.

Certes, Messieurs, vous aurez déjà beaucoup gagné uand vous serez parvenus à former dans vos paroisses Il groupe plus ou moins considérable d'âmes fidèles

la pratique de la visite quotidienne du Saint Sacrelent. Mais il faut plus encore ; il faut qu'à ces onneurs privés s'ajoutent les honneurs publics, ces •acifiques triomphes qui traduisent à l'extérieur les entiments intimes des âmes.

Tel est le but de ce culte officiel et solennel que la

> Le Curé dArs, par M. labbé Alfred Monmn, 1. 1*'', p. I't2.

sainte Eglise nous permet, et même, en certain* circonstances, nous ordonne de rendre à l'Eucharisti Le prèlre, vraiment dévot à cet auguste sacrement, e jaloux d'établir ou de maintenir dans sa paroisse tout» ces pratiques. Ce sont des occasions dont il profit avec empressement, pour développer et popularisi le culte eucharistique.

Vous ne vous étonnerez pas. Messieurs, que je met en première ligne la touchante solennité de l'Adoratic perpétuelle. Elle se célèbre chaque année ; et si on apporte partout le zèle désirable, elle fait d'un diocèi le théâtre d'un culte public ininterrompu rendu l'adorable hostie.

Je ne crains pas de l'affirmer, tout curé qui se] bien convaincu que cette cérémonie est pour i paroisse une source abondante de grâces et aura vra ment à cœur de la célébrer d'une façon sérieuse, abc tira tôt ou tard à un résultat.

Mais pour que cette sainte institution se maintieni et prospère, pour qu'elle porte en abondance ses frui naturels de sanctification et de vie religieuse, il est ( toute nécessité qu'elle soit de votre part l'objet d'ui active et persévérante sollicitude. Vous ne réussir( qu'à la condition d'observer fidèlement toutes 1( prescriptions du règlement diocésain et de prend] tous les moyens conseillés et consacrés par Texp' rience.

S^il est utile d'y avoir recours partout, même dar les paroisses où l'adoration perpétuelle est déjà € honneur, leur emploi devient absolument indispensab 1p où elle languit et passe presque inaperçue. Ce alors surtout qu'un curé doit les mettre tous en œuvr comme ce général qui, pour emporter une place fort fait donner toutes ses troupes et livre un assaut décisi

Tout d'abord, parlez de cette cérémonie à v(

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paroissiens comme d'un événement important et très lionorable pour la paroisse. Efforcez-vous de leur en donner une haute idée ; faites-en bien ressortir à leurs yeux le but et les avantages. N'attendez pas au dernier moment ; annoncez-la long-temps à l'avance et à plusieurs reprises. Convoquez-y vos fidèles du haut de la chaire. Faites plus : invitez-les ou de vive voix, en vous rendant dans chaque famille, ou en leur envoyant une lettre de convocation spéciale, attention à laquelle beaucoup seront, croyez-le, très sensibles. Partout oii vous le pourrez, faites précéder la cérémonie d'un triduum de prédications uniquement consacrées à raiter de l'adorable Eucharistie. Si vous n'avez pas de Drédicateurs étrangers, rendez-vous entre confrères e fraternel service.

Le jour de l'adoration venu, ne négligez rien pour rendre la fête aussi solennelle et aussi attrayante que Dossible, par la décoration de l'église, le nombre des umières, la beauté des chants, la pompe des cérémolies, l'intérêt de la prédication. Tous ces détails exer- :;ent une très grande influence sur les âmes. Elles ont besoin qu'on les aide, par ces manifestations sensibles, L s'élever de l'ordre naturel à l'ordre surnaturel : ne 'oubliez pas et ayez à cœur que votre église présente îe jour-là, à ces divers points de vue, un spectacle naccoutumé ; que tout y révèle, jusque dans la simplicité et même la pauvreté, la majesté du Dieu vivant. Selon la belle parole du théologien-poète de l'Eucha- 'istie, « soyez audacieux dans toute la mesure de ^otre pouvoir, parce que celui qu'il s'agit de glorifier ist plus grand que toute louange et, quoi que vous assiez, vous resterez toujours au-dessous de celle ju'il mérite* ».

' Quantum potes, tantum aude : quia major omni laude, ncc audare sufficis. (Seq. in solemn. corp. Glirisli.)

Kailes en sorte surtout de réunir un clergé nombreu: Plus il le sera, plus la cérémonie aura d'éclat, condition pourtant que tous les prêtres convoqu viendront uniquement pour l'adoration, qu'ils pass roîit à l'égdise la plus grande partie de leur joarné se succédant sans interruption au pied du Sai Sacrement, deux ensemble si c'est possible, à chacui des heures libres entre les offices, et que la réfecti( nécessaire sera prise dans de modestes et court agapes. Il faut qu'en partant pour se rendre à l'égli stationnale, chaque prêtre se pénètre bien de mission de piété, d'édification, d'apostolat qu'il ^ remplir ; qu'il se dise : Aujourd'hui je me rends dai cette paroisse, chez ce confrère, pour glorifier Notr Seigneur, et ajouter par ma présence à la solenni de la fête et à Tédification des fidèles ; j'exclus to autre but, même celui de prendre une récréatii très légitime en d'autres jours. S'il n'en était pj ainsi, lafiluence du clergé à ces réunions nuirait pli qu'elle n'aiderait à leur succès.

Que tous ces moyens soient employés avec zèle persévérance, ils produiront infailliblement leur effe et ne tarderont pas à déterminer partout un vas courant d'àmes venant, en ce grand jour, au Die d'amour qui leur ouvre son cœur.

Immédiatement après la cérémonie de TAdoratic perpétuelle, je placerai celle des Quarante Heures, est à désirer qu'elle se célèbre également dans tout( les paroisses d'un diocèse ; partout où il la croii possible un curé zélé ne manquera pas de l'établir. Ma que du moins, dans les centres plus populeux et dai les paroisses où la ferveur supplée au nombre, cet! pieuse pratique si justement chère à l'Eglise, j vivement recommandée par les Souverains Pontifes < enrichie de tant dindulgences, soit en grand honneu

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)ue, pendant les trois jours qui précèdent le mercredi es Cendres et durant lesquels Notre-Seigneur est lus particulièrement offensé, il soit solennellement xposé et reçoive les adorations et les réparations e ses fidèles. N'épargnez rien pour les lui amener : ayez de votre personne ; par vos exhortations et otre exemple, attirez-les au pied des saints autels, ^.s détournant ainsi des joies mondaines et des plaisirs oupables dont la tentation devient plus pressante en es jours spécialement consacrés au culte de Satan.

Je vous recommanderai aussi l'adoration nocturne

'u Très Saint Sacrement.

Cette pratique a fait en France, depuis quelques

nnées, de grands et consolants progrès. Elle n'est

lus en usage seulement au sein de quelques commu-

autés religieuses : dans bon nombre de villes, nous

oyons d'excellents laïques se réunir par groupes de

ingt ou trente ; ils se distribuent les heures d'une ou

usieurs nuits chaque mois et les passent en adoration

evant le Saint Sacrement exposé.

Que de grâces ces saintes veilles attirent sur une

imille, une paroisse, un pays, il est facile de s'en

Midre compte. Voyez donc s'il ne serait pas possible

e les établir dans les principales localités, de tenter

u moins quelque chose à cet égard en vous adressant

l'élite de vos chrétiens.

Mais, à supposer que cela soit réellement impossible Dur le reste de Tannée, essayez pendant la nuit du •udi au vendredi saint. Adressez un pressant appel à >utes les âmes pieuses de votre paroisse. U sera 3rtainement entendu, et Notre-Seigneur, en cette iiit mémorable, anniversaire de son agonie, ne sera lus réduit à exhaler la plainte qu'il adressait à ses Ipôtres endormis à deux pas de leur Maître sur le ' 11

point d'être livré à ses bourreaux : « Vous n'avez do pas pu veiller une heure avec moi M » .

Quand, à force de zèle, vous aurez réussi à attir vos paroissiens à T église, à les prosterner devant tabernacle, dans des adorations tantôt privées silencieuses, tantôt publiques et solennelles, vo restera-t-il quelque chose à faire pour l'honneur ^ Très Saint Sacrement ?

Oui, Messieurs, car le moyen par excellence d"h norer la sainte Eucharistie, c'est de la recevoir, j sainte communion est sans contredit la forme la pi élevée et la plus parfaite du culte eucharistique. C'( celle qui répond le mieux aux intentions et aux dési du divin Maître ^. Quand il descend sur l'autel et cache sous les apparences du pain et du vin, n'estpas pour nous faire entendre que le but de cette chi miséricordieuse c'est de venir à nous, de s'unir ànoi d'être notre nourriture ? A ses veux, le sanctuaire plus magnifique c'est une àme pure qui, sous 1 chaudes et saintes influences de la foi et de l'anioi s'ouvre pour Taccueillir ; le plus beau triomphe de Roi doux et pacifique, c'est son entrée dans cel âme ; Tharmonie la plus chère à son cœur, c'est tressaillement, ce sont les élans de cette âme q s'écrie : « ^lon bien-aimé est à moi et moi je suis lui ^ ! ».

Par conséquent, travaillez surtout à procurer au B Jésus ce culte qu'il préfère à tous les autres. Chaq matin, vous le lui rendez, pourvotre part, au saint au1 en communiant ; que votre ferveur toujours croissais en centuple le prix et le mérite. IMais faites en sor

1 S. Marc, xiv, 37.

2 8. Luc, xxij, 13.

3 Gant., II, 16.

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e n'être pas seuls. Que d'autres communient avec ous ; qu'autour de vous le chiffre de ces pieux comluniants s'accroisse ; que des âmes, un grand nombre, ncouragées, guidées par vous, « forment autour de la able du père de famille cette couronne tant aimée : ■''ilii tui siciit no^ellœ olwaruni^ in circuitii mensrc iiœ * ». Il faut absolument que partout les pasteurs inissant leurs efforts triomphent de ces déplorables )réjugés, derniers restes d'un jansénisme pratique, [ui éloignent les âmes de la sainte communion, leur lersuadant qu'elles peuvent être vraiment chrétiennes, ivre pleinement de la vie catholique, en ne s'approhant de la table sainte que pour satisfaire rigoureuement au précepte. Non ! mille fois non ! pour faire e vrais chrétiens, des chrétiens tels que les réclament Evangile et le Cœur adorable de Jésus, il faut la ommunion plus fréquente, et c'est à vous qu'il apparent d'en restaurer parmi nous l'usage sanctifiant.

Vous vous plaignez. Messieurs, et parfois, hélas ! vec trop de raison, que vos paroisses sont indifl'érentes. ous en gémissez ; peut-être même seriez-vous tentés evous laisser aller au découragement et, par suite, à 8tte négligence pratique qui s'appuie sur le fameux rétexte : Il n'y a rien à faire !

Si, Messieurs, vous avez quelque chose à faire, lême dans les paroisses les plus déshéritées: vous ;ez à faire ce que dit saint Paul : « Restaurer toutes

loses en Jésus -Christ : Instaiirare omnia in 'hristo^)). Vous avez à le faire connaître, adorer,

mer. C'est Lui, lui seul, qui peut dissiperces nuages

* Ps. CXXVII, 3.

* Ad Eph., I, 10.

amoncelés sur vos paroisses, comme le soleil, g levant sur un épais brouillard, en a bientôt cliass jusqu'au dernier vestige. Allez donc vous-mêmes Notre- Seigneur : ayez personnellement, au plus liai degré, l'amour, la sainte passion de l'Eucharistie vivez par elle et pour elle, et puis présentez votr paroisse à ce Dieu Sauveur, poussez-la vers lui pa toutes les saintes industries que vous suggérera voti zèle. Dites-lui : Seigneur, ma paroisse est languis santé ; à certains moments elle paraît morte : maii vous n'avez qu'un mot à dire et elle revivra.

C'est par ce culte de l'Eucharistie , prêché d'exeir pie et de paroles, introduit à force de sollicitudes et d persévérance , que tant de bons prêtres ont opéré ( opèrent encore, à l'heure qu'il est, de véritables mirt clés de résurrection et de vie. C'est par ce moyen qu M. Olier régénéra la paroisse de Saint-Sulpice et qu( de nos jours , le saint curé d'Ars , envoyé dans un paroisse qui semblait ensevelie dans le sommeil de 1 mort, a réussi à la faire peu à peu sortir de so engourdissement *.

Proposez-vous , Messieurs , d'imiter de tels exeni pies ; faites-vous plus que jamais les infatigable promoteurs du culte eucharistique. Je viens de vou rappeler les principaux moyens que vous pouve employer. Vous en trouverez d'autr<es encore. A chacu de vous maintenant de s'examiner, de s'interroger, d voir ce qu'il doit retrancher, modifier, ajouter dans le habitudes de sa vie pastorale pour réussir dans cett sainte entreprise. Mais qu'à tout prix la divine Euche

1 Le Curé d'Ars, chap. m, t. I, p. 138. Nous recommandui tout spécialement aux prêtres la lecture et la médilalion il ce chapitre.

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soit de plus en plus connue, aimée, glorifiée, et 3S prêtres , les pasteurs des âmes , marchent les iers en tête de ceux qui comprennent et exaltent ind sacrement de l'amour divin.-

ESSIEURS.

Parmi les moyens d'apostolat que recommande TEg-lise, il en est un très important à ses yeux, et sur lequel elle compte beaucoup pour produire dans les âmes une salutaire impression : c'est Tensemble des prières publiques et des cérémonies qui constituent le culte extérieur.

Elle s"en est toujours occupée avec un très grand soin, « afin, comme dit le Concile de Trente, de rendre plus vénérable la majesté du saint sacrifice , et de porter les fidèles , par ces signes visibles de religior et de piété , à la contemplation des divines réalités contenues dans cet adorable mystère ^ ».

Le culte extérieur entre, elle le sait, pour une largt part dans la religion du peuple. 11 se laisse volontiers conduire par les sens ; c'est donc par là quil faut 1'

^ Quo et majestas ianti sacrificii commendaretur et mend fidoliiim por liœc visibilia religionis et pietatis signa ad rerun aUissimarum quœ in hoc sacrificio latent, contemplalionen incitarenlur (Conc. Trid., sess. XXII, c. y).

prendre pour l'élever à Dieu. Bon nombre d'esprits ne .saisissent pas facilement les sublimes vérités de la foi ; il est nécessaire de les mettre à leur portée par des symboles et d'amener les âmes, au moyen du culte extérieur, à rendre à Dieu le culte intérieur. Saint Tliomas le fait très bien remarquer : « Dans l'état de la vie présente , dit-il , nous ne pouvons contempler la vérité divine en elle-même ; il faut que le rayon de celte divine vérité brille à nos yeux, comme le dit saint Denis, sous quelques figures sensibles ^ ».

C'est ce qui explique les sollicitudes de l'Eglise sur ce point. Elle a tout prévu , tout combiné , avec une merveilleuse sag-esse : ses règlements , ses moindres prescriptions sont le fruit d'une longue expérience et des plus mûres délibérations.

Vous devez donc, à son exemple, at'acher vous aussi, Messieurs, une très grande importance au culte extérieur et prendre les mesures nécessaires pour que, dans chacune de vos paroisses , il se célèbre dans les meilleures conditions d'ordre, de dignité et de splendeur.

Sans doute, il ne peut pas être partout le même. Sa forme devra nécessairement varier avec les temps, les lieux, les ressources. 11 n'en est pas du culte extérieur comme du culte intérieur. Ce dernier, s'exerçant dans un monde supérieur à celui de la matière , ne dépend d'elle en aucune façon. L'autre , au contraire , lui empruntant tous ses éléments , est subordonné aux circonstances et aux milieux divers dans lesquels il s'exerce.

* In statu autcm praesentis vitœ non possumus divinam veritatem in seipsa intueri, sed oportet quod radius divinie voritatis nobis illucescat sul) aliquibus sensibilil)us liguris sicut Dyonisius dicit. (i cap. cadest. bicrarch.) (S. Thom., Samm. fheolog., l-2ae, q. ci, art. 2).

Du moins faut-il que le pasteur chargé de l'organiser s'efforce de tirer tout le parti possible de sa situation. Or, vous ne Fignorez pas , il est des prêtres qui savent admirablement utiliser les ressources dont ils disposent ; avec de très modestes ressources , ils font des prodiges. D'autres, au contraire, placés dans des conditions beaucoup plus favorables, n'en profitent pas et laissent se glisser dans cette partie pourtant si importante de leur ministère de déplorables lacunes.

C'est pourquoi je tiens à vous rappeler cette obligation de votre charge pastorale. Je serais trop heureux si ces quelques mots contribuaient à vous la faire apprécier à sa juste valeur.

Sous l'ancienne loi, le culte divin était confié exclusivement à une tribu ; elle en avait tous les privilèges; elle en supportait toutes les charges. Les fonction;^ saintes étaient réparties entre les diverses familles de cette tribu ; chacune d'elles avait son office propre dans le lieu saint. Mais nul n'approchait de l'autel . n'étaii autorisé à offrir le sacrifice , sans avoir reçu cette consécration et cette affectation préalables.

La sainte Eglise catholique voudrait bien pouvoi] reproduire ce bel ordre et n'admettre dans ses sanctuaires que des lévites exclusivement attachés pai l'ordination au service de Dieu.

Ce désir paraît manifestement dans le Pontifical. I n'y est pas question seulement de prêtres immolant l l'autel la divine victime , mais d'autres ministres inférieurs : diacres et sous-diacres pour assister l'officiant acolytes pour allumer les cierges, les porter aux pro-

cessions et présenter au célébrant la matière du sacrifice, lecteurs pour chanter ou réciter les leçons, exorcistes pour chasser les démons, portiers pour veiller à la sécurité et à la dignité du lieu saint, tonsurés jouissant du privilège d'être revêtus de Thabit ecclésiastique. En droit , la tribu lévitique , dans l'Eglise catholique , est aussi complète , aussi bien ordonnée qu'elle l'était dans la Synagogue. Malheureusement, en l'ait, ses cadres ne sont pas toujours remplis ; le manque de sujets et l'insuffisance des ressources ne permettent pas le plus souvent de les maintenir dans leur intégrité. A son grand regret, l'Eglise se voit contrainte d'autoriser de simples laïques à remplir plusieurs de ces fonctions essentiellement cléricales. En dehors de certains ordres religieux et de quelques circonstances exceptionnelles, dans la plupart de nos paroisses, le curé est le seul ministre officiel du culte divin : tous les autres n'y prennent part que par occasion, soit à titre gratuit et pour rendre service, soit par intérêt, parce qu'ils reçoivent un salaire.

C'est une fâcheuse nécessité. Du moins faut-il que ces laïques improvisés clercs remplissent convenablement leurs fonctions, et le curé, gérant responsable d'un intérêt si grave, doit veiller attentivement sur ce personnel de son église.

Il se compose des serviteurs et des enfants de chœur.

Au nombre des premiers, sacristains, bedeaux, chantres, suisses..., un curé doit s'efforcer de n'adimettre que des gens très honorables, d'une réputation sans tache, ayant des qualités qui leur concilient l'estime générale et remplissant leurs devoirs religieux.

Serait-il convenable d'attacher au service de Notre- Seigneur des chrétiens en révolte contre lui, dans lesquels il ne trouverait ni la foi ni la charité, même

au degré élémentaire ? Ne serait-ce pas une anomalie, disons mieux, une inconvenance ? Introduirait-on dans la maison d'un grand de la terre, chargerait-on de le servir à table un domestique qu'on saurait avoir encouru sa disgrâce ? Evidemment n-on ; et voilà pourtant ce qui se voit dans nos églises. Parfois, il faut en convenir, c'est une nécessité ; elle s'impose et il est impossible de ne pas la subir. Du moins le prêtre ne s'y soumettra qu'après avoir vainement cherché tous les moyens de faire mieux, et, le cas échéant, il travaillera de tout son pouvoir à atténuer les inconvénients d'une telle situation.

Remarquons toutefois que cette difficulté très grande, parfois même insurmontable relativement aux autres serviteurs , l'est moins quand il s'agit des chantres.

Jl est souverainement regrettable qu'on laisse à dej chantres mauvais chrétiens le soin de chanter le? louanges du Seigneur. Ne semble-t-il pas que Diei doive être tenté de leur imposer silence et de leu: dire : « Pourquoi racontez-vous ma justice et proférez vous de votre bouche impure les paroles de moi alliance ^ ? » Et n'est-ce pas surtout quand il ne trouvi parmi les gens salariés que ces chantres indigne qu'un curé doit redoubler de zèle pour en former d' volontaires , et pour amener, s'il se peut, les homme et même la paroisse entière à s'associer aux chant liturgiques ?

Les offices chantés du dimanche sont nécessaire pour alimenter la vie paroissiale. Une paroisse où n se dirait qu'une messe basse , où les vêpres ne ^ chanteraient pas régulièrement , serait une parois^ bien menacée : elle glisserait rapidement sur la penl

1 Ps. XLIX, 16.

qui conduit à riiidiffërence. Evidemment, un curé zélé ne peut accepter cette situation ; il doit faire tous ses efforts pour la prévenir ou pour en sortir.

Mais , d'un autre côté , depuis que la plupart des instituteurs ne veulent plus ou n'osent plus prendre place au lutrin , il devient très difficile , dans certaines paroisses, d'avoir des chantres attitrés.

Le seul moyen de remédier à ce fâcheux état de choses , c'est de populariser le chant et d'amener peu à peu les fidèles à chanter. Ce n'est pas la coutume ; il sera sans doute difficile de l'établir. Mais les avantages qui doivent résulter de son introduction dans nos paroisses sont tels qu'on ne saurait raisonnablement s'arrêter devant cet obstacle.

Ce sera d'abord un excellent moyen de rendre les offices plus solennels, d'attirer et de retenir à l'église un plus grand nombre de personnes, surtout d'hommes, qui, incapables de méditer et même de lire, n'y viennent pas ou s'y ennuient. Us seront occupés d'une façon pieuse et intéressante , et ils assisteront plus volontiers aux offices.

Ce sera aussi un moyen d'arriver à les grouper au chœur ou dans un endroit de l'église d'où ils puissent voir les cérémonies et entendre les prédications dont ils ont tant besoin. Sans cela, ils s'obstineront, comme il arrive souvent, à demeurer sous le porche de l'église ou même au dehors.

D'ailleurs , rien nest beau et émouvant comme ces simples chants d'église exécutés par des chœurs dhommes et de femmes alternant entre eux.

Un lutrin bien fourni d'hommes et de jeunes gens , aux voix desquels peu à peu toute l'assistance unit la sienne , est un si grand élément de dignité et de majesté pour le culte divin ! Une telle louange monte au ciel si agréable à Dieu, si favorablement accueillie !

Quelle différence entre ces chants qui sortent, vivants et entraînants, du cœur de tout un peuple, et ceux qu'une seule voix fait entendre maigres et languissants dans des conditions désolantes de monotonie, parfois même de ridicule.

Soyez-en convaincus. Messieurs, la bonne exécution des chants liturgiques entre, pour une large part, dans l'organisation du culte divin ; elle est un élément puissant de régénération de la vie paroissiale, et le bon pasteur se donne bien garde d'oublier et de négliger une si précieuse ressource.

Pour arriver à ce résultat , il sera le plus souvent nécessaire de commencer par les enfants du catéchisme et de les former à chanter les chants communs de la messe et des vêpres. Vous leur ferez prendre ainsi le goût des offices et la bonne habitude d'y venir après leur première communion. Par là vous porterez remède à des désertions trop fréquentes, et qui, de leur part, sont particulièrement douloureuses.

Ces enfants pourraient être exercés au catéchisme. Pourquoi ne pas leur faire chanter au commencement et à la fin de chaque réunion, au lieu de cantiques, les chants communs ? Il suffirait de consacrer tous les jours quelques minutes à la préparation de la messe et des vêpres du dimanche suivant ; ce ne serait pas du temps perdu.

Je vous en conjure, Messieurs , n'hésitez pas à faire les efforts et les sacrifices indispensables pour introduire dans vos paroisses cette salutaire habitude. Ceux d'entre vous qui, sans s'arrêter aux premières difficultés, marcheront résolument dans cette voie, n'auront qu'à se féliciter d'avoir suivi mon conseil. i

Quant à la tenue de vos gens d'église, exigez qu'elle^ soit toujours très correcte. Ne les laissez s'approcher de l'autel qu'avec des habits propres et décents. 11 n'est

LE CULTE EXTÉRIEUR ET LES CÉrÉMOMES il'.

pas nécessaire qu'ils soient somptueusement vêtus. Notre-Seigneur admettait bien à la crèche les bergers avec leurs vêtements simples et grossiers. Mais , par respect pour le Dieu de TEucharistie et aussi pour rédification des fidèles, ne tolérez pas la négligence et la malpropreté. Habituez-les à avoir toujours dans Texercice de leurs fonctions des allures respectueuses et dignes, à l'aire la génuflexion et à la bien faire. C'est en les formant que vous constaterez combien il est avantageux de n'avoir au service de Téglise que de véritables chrétiens. S'ils le sont , leur attitude extérieure, reflet de leurs sentiments intérieurs, sera tout naturellement bonne : ils s'acquitteront bien de leurs fonctions, et vos paroissiens, au lieu d'être mal édifiés et même scandalisés par des mercenaires sans religion et sans retenue , seront édifiés et portés à Dieu par la vue de ces pieux et fidèles serviteurs.

Ce que vous réclamez des grandes personnes vous devez à plus forte raison l'imposer à vos enfants de chœur. Leur jeune âge , leur dépendance vis-à-vis de vous vous donnent plus d'autorité et d'action sur eux. Ils ont une place dans le sanctuaire, un rôle très important dans les cérémonies , et de la façon dont ils s'en acquittent dépend pour une large part la beauté des saints offices. Vous tiendrez donc à mettre ces fonctions en relief et en honneur ; il faut qu'elles soient un sujet de pieuse ambition et que vous n'ayez que Tembarras du choix parmi tous les enfants présentés par leurs mères et aspirant à être élus.

Ce choix vous le ferez avec le plus grand soin : vous y apporterez un discernement surnaturel. Puis vous vous appliquerez à bien former cette petite troupe d'élite.

Avant tout , cherchez à faire comprendre à ces enfants l'importance et la dignité de leurs fonctions

174 HUITIÈME CONFÉREjVCE

aux regards de la foi. Dites-leur quel bonheur et quel honneur c'est pour eux d'être appelés à les remplir ; combien ils doivent désirer s'en rendre dignes et s'en acquitter de façon à être agréables à Dieu et à édifier les hommes. Plus vous aurez réussi à les pénétrer de celte conviction , plus vous pourrez compter sur refficacité de vos conseils. Accoutumez-les à venir très exactement à l'heure des offices , à ne jamais entrer à l'église, à n'en jamais sortir sans s'agenouiller pour adorer le Saint Sacrement. Formez-les à bien faire la génuflexion, lentement, posément, jusqu'à terre, une vraie génuflexion en un mot, et non pas une de ces révérences aussi disgracieuses que peu liturgiques. Défendez-leur de marcher dans l'église à pas précipités , avec des allures immodestes et dissipées. Obligez-les et amenez-les, par votre exemple, à gardei toujours, à la sacristie aussi bien qu'à l'église, un reli gieux silence. Assurez-vous qu'ils savent exactement de mémoire , les réponses aux prières liturgiques , ei particulier celles de la sainte messe, et qu'ils les récitent intégralement, sans précipitation. Apprenez-leu lee cérémonies , leur donnant sur chacune d'elles de explications en rapport avec leur âge ; exercez-les ; les bien faire.

. Ne craignez pas, Messieurs, de consacrer chaqu année un certain temps à l'instruction et à la formatio de ces enfants ; vous n'aurez pas à le regretter. Quell consolation ce sera pour vous de voir dans le sanc tua ire , vous assistant au saint autel , un group nombreux de petits lévites pieux , modestes , bie formés aux cérémonies, les accomplissant à la manièi des anges.

Vous vous féliciterez d'autant plus de ce résultat qn peut-être vous aurez remarqué dans d'autres paroisse des enfants de chœur qui , pour n'avoir pas été robj<

de cette surveillance et de ces incessantes sollicitudes de leurs curés , ne sont rien moins qu'édifiants , si même ils ne deviennent pas un véritable sujet de scandale par leur mauvaise tenue, la malpropreté et le désordre de leurs vêtements, leurs continuelles conversations. Les vôtres seront exempts de ces défauts. Vous pourrez compter sur eux et vous plonger tout entiers dans l'attention et le recueillement que réclament vos saintes fonctions , sans vous préoccuper des leurs : vous avez la certitude qu'ils s'en acquittent toujours avec une gravité et une modestie parfaites.

Mettez en particulier tous vos soins à leur apprendre à bien servir la messe basse. Cette action se reproduisant chaque jour, Tenfant est plus exposé à se négliger. Rien ne le stimule ; il ne se trouve plus, comme le dimanche , sous les yeux d'une nombreuse assemblée ; il n'a pas auprès de lui des camarades avec lesquels il se pique d'émulation. 11 est seul à 'emplir un emploi que l'habitude lui rend vulgaire. Il e fera avec nonchalance et dégoût si vous ne l'avez pas averti , si vous ne lui rappelez fréquemment qu'il BSl en la sainte présence de Dieu et de ses anges.

Et c'est parce que Dieu est là , parce que la messe est l'action divine par excellence que , même dans le as où elle se dit sans solennité et sans assistance, vous exigerez que votre enfant de chœur soit revêtu Je la soutane et du surplis et ait une chaussure conveaable. Ce vêtement l'avertit qu'il vaque à une occuoalion sainte , et lui devient une sauvegarde contre la égèreté et la dissipation si naturelles à cet âge. Pour /DUS encourager à être toujours fidèles à cette règle, lites-vous que c'est de votre part un acte de foi , un émoigHage de respect et d'amour pour le Dieu de .'Eucharistie.

Mais encore une fois rappelez-vous , Messieurs, que

VOUS ne réussirez à former vos serviteurs et v( enfants de chœur C{u"à la condition de leur donni l'exemple : sans cela vos leçons et vos recommanda tions seraient vaines. Vos actes feront plus que v( paroles. Vous êtes roi dans votre église ; n'oubliez pas que, selon la parole d'un ancien, « c'est sur l'exemple du roi que se modèlent les sujets : Régis ad exemplar totus compojiitur orhis ». Un curé d'une tenue irréprochable et qui traite toujours l'église et les choses de l'église d'une façon surnaturelle se créera nécessairement des auxiliaires à son imao-e et à sa ressemblance.

Quand vous posséderez cet excellent personnel, que vous restera-t-il à faire , sinon à mettre en œuvre ce^ éléments précieux pour donner à vos offices toute 1; solennité désirable ?

Ne vous y trompez pas , Messieurs , c'est pour vou: une obligation de conscience, parce que c'est un devoi d'état de bien connaître les rubriques et de bien fair» les cérémonies. N'estimez pas que cette science soit comme on dit de nos jours , une quantité négligeable

Certains prêtres n'attachent peut-être pas asse d'importance à cette partie de leurs fonctions ; ils n'; apportent ni l'attention , ni le dévouement qu'ils doi nent aux autres. Il semble que ce soit chose indi| d'eux ; parfois même ils se font gloire de" n'y entendre. Prédicateurs, catéchistes, confesseurs, vis teurs des malades, à la bonne heure ! mais liturgistej'' à quoi bon ? Comme si la liturgie n'était pas un branche très importante de la science ecclésiastique.

Déjà, sous la loi ancienne, les prêtres étaient d^

iturgistes consommés. Dieu leur avait fait sur ce

loint des recommandations multiples *, les accom-

ta^nant de consolantes promesses s'ils se montraient

idèles 2, de terribles menaces s'ils les négligeaient ^.

jes unes et les autres ne s'appliquent-elles pas à plus

orte raison aux prêtres de la loi nouvelle ? Ne doivent-

Is pas apporter plus de zèle encore que leurs devan-

iers dans l'exercice de leur ministère , eux qui sont

u service non plus d'un tabernacle figuratif, mais du

il)ernacle véritable oi^i réside le Dieu de TEucha-

istie ^ ? Auprès des rois de la terre les courtisans se

montrent scrupuleux observateurs des moindres lois

e l'étiquette. Comment des prêtres oseraient-ils s'en

ispenser à la cour du Roi des rois ?

Cette science indispensable des rubriques et des

érémonies, vous ne l'acquerrez que par une étude

érieuse et persévérante. Vous devez avoir tous entre

lains non seulement le cérémonial adopté dans le

iocèse , mais quelque ouvrage qui l'explique et le

onimente ; et , comme les notions positives sont de

elles qui s'oublient vite, il faut y revenir sans cesse.

Voilà ce qui devrait être. De fait en est-il ainsi ?

ont-ils nombreux les prêtres fidèles à relire quelque-

)is les rubriques du missel, du bréviaire, du rituel, le

érémonial ? N'y en a-t-il pas qui n'y ont jamais pensé

epuis le grand séminaire ?

Pour vous, Messieurs, imposez-vous la règle de onsacrer cliaque année un certain temps à cette étude, i vous y manquez, vous n'échapperez pas à loi comlune : il se glissera insensiblement dans votre manière

* V. DcuL, VII, 4; viii, 10; x, 13; xi, 13; xviii, 15.

* EZEGH., XLIV, 15.

^ Levit., V, 15.

* Si ianta observantia requirebatur in figuril quanta in iritate !

d'officier de nombreux défauts de gestes, d'inflexions de voix, d'additions ou d'omissions, et cela est d'autant plus regrettable qu'il s'agit d'actions plus augustes et qui ont été prévues et réglées jusqu'à un iota par la sainte Eglise.

Prenons pour exemple la sainte messe. Est-il rare de trouver des prêtres qui la disent d'une façon fautive et peu édifiante? Vous en avez certainement rencontré. Assurément ils ont étudié les rubriques de la messe, ils se sont exercés à la bien dire ; les pieux directeurs du séminaire les ont aidés à accomplir par avance la recommandation que devait leur adresser l'Evêque au jour de l'ordination : Ut diligenter totius missse ordinetn... ah aliis jam doctis sacerdotibus discatis^. Grâce à ces exercices répétés, leurs premières messes ont été liturgiquement irréprochables. Mais peu à peu ils se sont relâchés. Dans leur attitude, leur démarche à l'autel, leur manière de faire les signes de croix et les génuflexions, de réciter les prières, ils ont laissé s'introduire une foule de petites irrégularités de nature sinon à scandaliser les assistants, au moins à diminuer leur respect et leur dévotion pour nos divins mystères, et qui d'ailleurs constituent des infractions plus ou moins graves à des prescriptions formelles.

A ce mal quel sera le remède ? Le seul c'est celui que je vous indique : la lecture, l'étude fréquente des rubriques et du cérémonial.

D'ailleurs, Messieurs, un prêtre peut savoir à merveille ses rubriques et les appliquer très mal. Vous devez donc travailler à acquérir non seulement la connaissance théorique, mais encore et surtout Thabileté pratique. Il est nécessaire de vous surveilleij sérieusement sur ce point. Et comme malgré cette

* Poîilif. 15,0m., de ordin. presbyt.

vigilance personnelle il vous sera presque impossible de ne commettre aucune faute, de ne contracter aucune mauvaise habitude, il est grandement à désirer que vous recouriez à un contrôle ami.

Si vous êtes seul prêtre dans votre paroisse, cela semble plus difficile. Vous ne pouvez, en règle générale, consulter votre sacristain ou votre enfant de chœur. Outre qu'ils ne sont pas compétents, vous courriez risque d'affaiblir votre autorité, et il importe de la conserver intacte vis-à-vis d'eux. Peut-être cependant serait-il avantageux de provoquer discrètement de leur part certaines réflexions qui vous seraient profitables. Mais si vous avez auprès de vous un confrère, pourc{uoi n'utiliseriez-vous pas sa présence et sa charité en réclamant une monition fraternelle, sauf à le payer de retour ? Pourquoi ne lui demanderiez-vous pas de vous dire en toute franchise s'il n'a rien remarqué de défectueux dans votre manière de célébrer la sainte messe ? Ne vous serait-il pas encore facile de prier tel ou tel de vos amis de vous rendre ce service quand vous avez l'occasion d'officier dans une réunion de prêtres en quelque circonstance solennelle ?

Voilà de la vraie et bonne confraternité entre des

ecclésiastiques qui ont à cœur la gloire de Dieu et l'a

dignité de son culte. Ne vaut-il pas mieux se donner

mutuellement ces avis discrets et charitables que de

garder le silence en présence de celui qui est en faute,

sauf à le critiquer ensuite ? Est-il admissible que des

considérations humaines arrêtent sur des lèvres sacO'r-

i dotales ces pieux et fraternels avertissements ? Les

I prêtres ne doivent-ils pas pouvoir compter les uns siw

1 sur les autres pour se soutenir et se perfectionner dans

' l'exercice de leurs saintes fonctions ?

Ce que je dis de la célébration des saints mystères

s'applique, vous le comprenez, à l'administration des sacrements.

C'est vous, pasteurs des âmes, qui êtes cliarg-és par office de leur distribuer « cette grâce multiforme de Dieu* ». Voulez-vous en être les « bons et fidèles dispensateurs 2 )) et ne jamais laisser cet auguste ministère s'avilir à vos yeux ou du moins perdre quelque chose de son prestige, par suite de l'habitude qui rend vil tout ce qu'on est appelé à laire constamment? Rappelez-vous, ayez sans cesse présent à l'esprit que c'est par ces sacrements, comme le déclare le Concile de Trente, « que toute véritable justice ou commence à exister, ou s'accroît si déjà elle existe, ou se retrouve si on avait eu le malheur de la perdre : Per qux omnis <^era jiistitia, {^el incipit, vel csepta augetui\ vel amissa reparatur'^ ».

Il vous appartient d'inspirer aux fidèles un grand respect, une vraie dévotion pour ces sources de la vie spirituelle. Vous n'y réussirez qu'en les traitant vousmêmes avec toute la révérence qui leur est due et en manifestant ces dispositions intérieures par l'attitude pieuse et digne que vous garderez en récitant les prières et en accomplissant les rites sacrés ; mais de là pour vous l'obligation rigoureuse de vous les être rend*ies familières les unes et les autres.

Au reste, Messieurs, le meilleur, ou pour mieux dire, l'unique moyen de vous bien servir de ces connaissances liturgiques acquises par l'étude et de mettre dans l'accomplissement de vos saintes fonctions toute la perfection désirable, c'est de vous pénétreri des sentiments d'une foi vive. Vous ferez bien lesf

1 I Petr., IV, 10.

^ Sess. V, in prœni.

LE CULTE EXTÉRIEUR ET LES CÉrÉMOMES 181

cérémonies, même les plus petRes, si vous les faites sous cette inspiration ; car alors vous les ferez « attentivement, respectueusement, dévotement : attente^ revcrenter ac dévote^ ». Vous vous direz : « Vive Dieu, en présence duquel je me trouve ^ » ; et vous agirez, vous parlerez, comme si en effet « vous voyiez, de vos yeux de chair, ce Dieu invisible», sous les espèces eucharistiques ou dans les mystérieuses opérations de la grâce sacramentelle: invisibilem tanquam sfidens sustiniut^.

Appliquez-vous donc à conserver et à raviver en vous ces sentiments de foi.

Vous y serez puissamment aidés si vous avez approfondi le sens des paroles que vous prononcez et des actions que vous faites. Elles ont toutes leur signification profonde et symbolique : plus vous en aurez Tintelligence, plus vous serez instruits des motifs et du but de leur institution et plus il vous sera facile d'y trouver un aliment solide pour votre piété.

Le soin que vous apporterez à accomplir les cérémonies avec ce véritable esprit surnaturel ne vous fera pas oublier que si le culte divin demande de la gravité, de la dignité, une tenue modeste et recueillie, parce qu'il s'adresse à Dieu, il doit, dès lors qu'il a été institué pour venir en aide aux hommes, s'accommoder à leurs préoccupations et à leur faiblesse.

A vous de l'organiser de façon à attirer vos paroissiens et à leur plaire. Abstenez-vous toutefois id'y rien mêler de théâtral et de mondain. I\e laissez s'introduire dans votre église ni ces décorations plus convenables pour une salle de spectacle que pour un

* Orat. prap. ad offic.

* IV Reg., III, Vi.

3 Ad Ilob., XI, 27.

lieu consacré à Dieu, ni ces chants qui, à raison de leur mode d'exécution ou du choix des personnes appelées à les exécuter *, donneraient à penser qu'on se trouve non pas dans la maison de la prière, mais dans un théâtre, et sont une sorte d'outrasre à Dieu

Ta

plutôt qu'un honneur rendu à sa majesté sainte.

A vous encore d'éviter ce qui rebuterait vos paroissiens et les éloignerait. Et parmi ces causes d'éloignement, il faut signaler en première ligne la mauvaise exécution des cérémonies et des chaiits. Rien n'attire autant les fidèles que des cérémonies bien faites, des chants harmonieux, tout ce bel ensemble d'ordre, de convenance, de décorum qui réjouit l'âme et l'élève vers le ciel. Rien, au contraire, ne les rebute et ne les dégoûte comme le désordre, la mauvaise habitude de ne pas commencer à l'heure précise, le peu de soin apporté aux divers détails du service reli-

gieux.

Gardez-vous pourtant de rien exagérer et de prolonger vos offices au-delà d'une limite de temps raisonnable ; ce serait vous exposer à les voir déserter. Les chrétiens de nos jours n'aiment pas les longues cérémonies ; si des offices faits avec précipitation et sans dignité les choquent et les scandalisent, des offices d'une durée excessive les impatientent et les diassent de l'église. Adoptez pour les vôtres la règle que donne, par rapport à la célébration de la messe, fauteur de V Imitation : « Ne soyez ni trop lents ni trop précipités, mais conformez-vous à l'usage ordinaire et régulier de ceux avec lesquels vous vivez, f ne faut pas fatiguer et ennuyer les assistants, mai^

' Ab ecclesiis vero musicas eas, ubi sivc organo, sive canti lascivani out impurum aliqiiid miscetur..., arceant (Episcopi) (Coiic. Trid., sess.XXII, de Célébrât 3Iissœ).

suivre l'ordre commun établi par nos devanciers et consulter plutôt l'utilité générale que votre attrait et votre dévotion personnelle ^ ».

En môme temps que vous vous surveillez vousmêmes , surveillez aussi votre personnel sur ces différents points. Ilabituez-le à vous prêter un intelligent et édifiant concours. Moins il est nombreux, moins les ressources et les éléments du culte abondent autour de vous, plus vous vous efforcerez de suppléer à cette indigence en tirant le meilleur parti possible du peu que vous avez. Si vous ne pouvez mettre au service du Roi des rois qu'un ou deux serviteurs et quelques enfants de chœur,- qu'au moins ce petit bataillon soit très bien exercé et remplisse parfaitement ses fonctions.

Quand j'appelle votre attention sur ce point, Messieurs, quand je vous recommande de veiller, avec un soin jaloux, sur vous-mêmes et sur tous ceux qui dépendent de vous pour que le culte divin se fasse, dans cliacune de vos paroisses, avec une parfaite convenance, je ne parle pas de moi-même. Je ne suis que Féclio de la grande voix de l'Eglise ; je remets tout simplement sous vos yeux ses enseignements et ses instantes recommandations ; je fais ce qu'ont toujours fait, ce que font encore tous les Evêques animés du zèle de la maison de Dieu.

Vous savez, vous l'avez lu dans leur vie, quel prix les CJiarles Borromée, les François de Sales, les Barlbélemy des martyrs, les de La Motte, pour ne citer (|;ic ceux-là, attachaient à la célél^ration du cuhe divin. Bossuet, ce grand génie, ne croyait pas déroger en y donnant tous ses soins. Nous lisons dans

' Imil., 1. IV, c. X, 7.

sa vie « qu'il recommandait sans cesse aux supérieurs de ses séminaires et aux pasteurs des paroisses de veiller attentivement à ce que toutes les parties du culte divin fussent remplies avec l'exactitude, la décence et la dignité que demande le respect de la religion et que prescrivent les lois de l'Eglise ^ ».

A leur tour, tous les saints prêtres ont compris l'importance de ces prescriptions et se sont efforcés de les mettre en pratique. Vous n'ignorez pas les traditions que nous ont laissées à cet égard les Bourdoise, les Olier, les Vincent de Paul. Ce dernier en particulier « aimait fort et recommandait la propreté dans les ornements sacrés et surtout l'exactitude dans l'observation des rubriques ; et lorsqu'on manquait à quelqu'une il voulait qu'on s'en humiliât beaucoup - ».

Faites-vous un honneur et un bonheur de marcher sur les traces de ces grands serviteurs de Dieu, Que dans chacune de vos églises « tout se fasse honnêtement et selon l'ordre : Omnia honeste et secundum orcUnem fianO ». Pour introduire etmaintenir ces bonnes traditions, il vous faudra sans doute dépenser beaucoup de temps et de sollicitudes ; mais vous en serez surabondamment récompensés ; car vous aurez la consolation de voir votre église si modeste, si pauvre soit-elle, devenir une image, une représentation de cette église du ciel où Dieu est parfaitement loué, adoré, servi par les chœurs des anges et les saintes phalanges des élus.

' Histoire de Bossuet, 1. I, c. xxvii.

* Vie de saint Vincent de Paul, par Abelly, 1. III, c. xiv-

3 I ad Cor., xiv, 14.

jMessieurs,

Si , faisant appel à votre expérience , vous vous demandez quelle est la grâce la plus nécessaire à nos populations et qui pourtant leur manque davantage, surtout à notre époque , il ne vous sera pas . je crois , difficile de constater que c'est Tinstruction religieuse. Combien d'àmes baptisées pourraient dire comme le prodigue de l'Evangile : « Je meurs de faim : Famé pereo * »? Et comme elle est encore plus vraie de nos jours qu'à l'époque où elle fut écrite cette effrayante déclaration de Benoît XIV : « Nous affirmons que la plupart de ceux qui seront condamnés aux supplices éternels subiront cet affreux malheur à cause de 'ignorance des mystères de la foi ^ ».

D'où vient ce manque d'instruction religieuse ?

* S. Luc, XV, 17.

' Affirmamus magnam eorum partcm qui aicrnis siippliciis lamnantur eam calamitatem pcipctuo subire ob ignoraiitiam Tiystorioruni fidei cpiae scire et crcdere necessario debent , ut nier electos cooptciitur. (Inst. xxvii, 18).

Vous me répondez, Messieurs : De ce que beaucoup oublient « que l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu * ». Les chrétiens, séduits par « la fascination de la bagatelle ^ », ne s'inquiètent guère d'acquérir cette « science des saints 3 », qui est pourtant l'essentiel de la vie présente. Ils vont à leurs affaires, à leurs plaisirs ; ils écoutent la parole de l'homme , ils la recueillent avidement, ils la boivent avec ses illusions et ses mensonges, et ils demeurent indifférents, insensibles à celle de Dieu ; ils sont comme « cet aspic qui se rend sourd en se bouchant les oreilles ^ ».

Tout cela est malheureusement incontestable. Oui, il est juste , en recherchant les causes de ce manque d'instruction religieuse , de faire une part , une large part à la négligence et à l'inertie des auditeurs. Mais, de bonne foi, n'y a-t-il pas aussi un peu de la faute des prédicateurs ? Les prêtres , les pasteurs des âmes, qui sont les maîtres et les dispensateurs de la science sacrée, remplissent-ils tout leur devoir, se rendent-ils suffisamment compte de la grandeur et des exigences de cette mission ?

Grave question qu'il est permis de se poser. Heureux celui qui peut y répondre de façon à tranquilliser pleinement et à réjouir sa conscience. Mais heureux aussi celui qui , ayant peut-être quelque reproche à s'adresser à égard, recevra de l'étude que nous allons faire une lumière secourable et prendra avec la grâce de Dieu la résolution o^énéreuse de se consacrer désormais avec une infatigable ardeur à cette œuvre d(

^ S. Math., iv, 4.

2 Sap., IV, 12.

3 Ibid., X, 10.

■* Ps. LVII, 5.

l'évangélisation et de Tinstruction religieuse des âmes. Elle compte en première ligne dans les sollicitudes do la charité pastorale ; n'est-il pas écrit que « celui qui est miséricordieux enseigne et instruit son troupeau, comme un vrai pasteur : Qui misericordiam habet^ docet^ et erudit quasi pastor gregem suum ^ ».

Quand les Evoques inscrivent dans leurs statuts synodaux cette obligation de la prédication , sous la sanction de peines canoniques très graves , ils ne font que se conformer aux prescriptions du Concile de Trente 2. En cela d'ailleurs il n'était lui-même qu'un écho de la grande tradition de TEglise. Il se rappelait et la déclaration si nette de saint Paul : « Si j'évangélise , je n'ai pas à m'en glorifier : c'est pour moi une impérieuse nécessité ; malheur à moi si je n'évangélise 3 », et les conseils que ce môme apôtre adressait à son disciple Timothée : « Prêchez la parole ; insistez à temps, à contre-temps ; reprenez, suppliez, menacez, en toute patience et doctrine '* ».

No perdez pas de vue cette ol)ligation rigoureuse, ne vous faites jamais illusion sur son accomplissement. Que vous soyez, dans vos paroisses, des prêtres irrépréhensibles , édifiant les fidèles par le spectacle de votre réo-ularité. de diurnes confesseurs sans cesse à la disposition des âmes , vous employant avec zèle à les former à la piété et à ses consolantes pratiques , des

* Eccli., XVIII, 13.

* Conc. Trid., soss. V, c. 11, de, Reform. I ad Cor., ix, 1(>.

* II ad Timolli., iv, 2.

visiteurs assidus des malades, des catéchistes dévoués à l'œuvre capitale de l'éducation religieuse de l'enfance et de la jeunesse, tout cela est assurément très bon, très nécessaire ; sans cet ensemble de vertus , sans ce rayonnement de votre sainteté pastorale , vous ne pourriez pas espérer faire le bien au milieu des populations 1. Mais cela ne suffît pas : il faut encore que vous soyez de bons, d'infatigables prédicateurs ^.

Vous serez facilement convaincus de cette vérité si vous jetez seulement un coup d'œil sur la situation des âmes à notre époque. Elles sont malades , plus peutêtre qu'elles ne l'ont jamais été ; elles étouffent dans cette atmosphère d'incrédulité et de sensualisme qui les pénètre de toutes parts. Nous pouvons bien le répéter après le Prophète : « Toute tête est languissante et tout cœur affadi ^ ». Or, remarque saint Chrysostome , « quand il s'agit des maladies du corps , on a recours à diverses médications... ; mais quand il est question de celles des âmes, il n'en peut être de même ; pour les guérir, après l'exemple des œuvres , il n'y a qu'un seul remède , un seul moyen , à savoir : l'enseignement de la doctrine par la parole ^ ».

* Habet autem ut obedientor audiatur, quantacumque granditate dictionis majus pondus vita dicentis. Nam qui sapienter et eloquenter dicit, vivit autem nequiter, erudit quidem multos discendi studiosos, quamvis animx sux sit imitilis sicut scriptum est. (Eccli., xxvii, 22. — S. .Aug., de Dôctr. Christ., 1. II, 27 ; t, m, c. 149).

2 Hic est perfectissimus doctrinœ terminus, cum et operibus et dictis suis discipulos in beatam a Ghristo institutam vitam deducunt. Neque enim facta sufficiunt ad docendum. Non meus est sermo sed ipsius Servatoris : qui enim ait, feceritet docuerit hic magniis vocabitur. (S. Chrys., de Sacerdot., 1. IVJ 8 ; t. I, p. 506). '

3 Is., I, 5.

^ Humana certe corpora curantibus varia inventa sunt medicamina, diversorum instrumentorum apparatus, alimenta œgris

Cette affirmation est d'autant plus vraie de nos

jours que tous les maux de nos sociétés modernes ont

pour cause principale l'ignorance en matière de

religion. Souvent nous ne savons pas combien elle est

profonde, nous qui avons eu le bonheur d'être élevés

en pleine lumière du christianisme et qui faisons

depuis longtemps de la vérité catholique l'objet de

nos études et de nos méditations. Dans cette foule qui

ne s'occupe pas de la religion ou qui s'acharne contre

îlle, môme parmi ces hommes qui méritent la réputa-

ion de savants, il en est beaucoup qui n'ont aucune

dée du surnaturel et se font, sur nos dogmes, nos

mystères, notre sacerdoce, les idées les plus étranges,

es plus fausses, les plus absurdes : ils méconnaissent

t « ils blasphèment ce qu'ils ignorent : quœ ignorant

blasphémant^ ».

Ne le constatez -vous pas dans vos paroisses, Messieurs ? La foi s'y rencontre encore assez généraement. Elle se révèle par les instances que font, pour ivoir un curé, les populations qui en sont momentalément privées, par Fempressement avec lequel les amilles vous appellent au chevet des malades et par quelques autres signes du même genre. Mais ce qui v'ous désole à juste titre et vous fait gémir, c'est de /oir combien peu cette foi est pratique et agissante, de quelles superstitions, de quels abus elle se trouve )arfois mélangée. Et pourquoi ? Ne faut-il pas en

•oTii^ruontia : aeris quoquc natura sœpe sufficit ad œgri valelulinem ; est cliam cum somnus opportune cadens , omnem iiedico laborem auferal. Ilic vero nihil simile excogilari >ole:ït ; sed una post operum exemplum datur machina via(iuc id cni-ationeni , nempe verbi doctrina. (S. Ciirys., ut siiprciy

«S. .IUD.,X.

convenir? en grande partie, parce qu'elle n'est pas suffisamment éclairée.

C'est donc la lumière qu'il faut à tout prix répandre sur ces ténèbres, et le seul moyen d'y réussir, c'est de prêcher. Saint Chrysostome vient de nous le dire: Una... datur machina viaque ad curationem^ neinpe çerhi doctrina^ et son témoignage concorde avec celui de saint Paul : « La foi vient par l'audition et l'audition par la parole du Christ* ».

Au surplus, Notre Seigneur ne donnait pas d'autre secret aux siens quand il les envoyait au milieu d'un monde plongé dans les ténèbres du paganisme : « Allez », leur disait-il, « et enseignez : Euntes ergo docete ^ ». Les Apôtres ont obéi à cette divine consigne, ils ont été les généreux et infatigables semeurs de la vérité, ils n'ont reculé devant aucune difficulté et aucun labeur pour remplir « ce ministère de la parole qu'ils avaient reçu du Seigneur Jésus ^ », ils ont rendu partout témoignage à l'Evangile ; c'est ainsi que le monde ancien a été régénéré.

Le monde actuel ne peut l'être qu'à ce prix. Si vous en êtes bien persuadés, cette conviction contribuera puissamment à vous faire concevoir pour cet apostolat de la prédication une grande estime et à vous en faire accepter et supporter les charges avec cet empressement et cette joie surnaturelle qui aideront beaucoup au succès de votre parole ■^

1 Ad Rom., X, 17.

2 S. Matth., XXVIII, 19.

3 Act. apost., XX, 24.

^ Et rc quidem vera raulto gratins audimur cum et noïf eodera opère delectamur ; afficitur enim filum locutionis nostra ipso iiostro gaudio, et exit facilius cit([ue acceptius. (S. Aug.. de Caiech. rud., k, t. VI, c. 453).

Pour qu'elle ait sa pleine puissance de convertir et de sanctifier, il faut quelle porte avec elle la lumière et la vie. Vous ne serez de vrais prédicateurs que « si, vous proposant d'exciter dans les âmes la divine charité, vous faites tout converger vers ce but ; si tout ce que vous êtes appelés à dire vous le dites de manière à inspirer la foi à votre auditeur, afin que la foi fasse naître en lui Tespérance et l'espérance la charité * ».

Ce beau programme, tracé de main de maître par saint Augustin, dans cet admirable livre de Catechisandis rndibus que je ne me lasse pas de citer et que je vous engage à lire et à méditer 2, tout prédicateur, en montant dans sa chaire, si modeste soit-elle, doit se le tracer à lui-même et s'efforcer de le réaliser. 11 n'est d'ailleurs que celui du divin Maître, disant, au jour de son Incarnation : « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et qu'ils l'aient en plus grande abondance^ ». Celui qui ne s'inspire pas de ces sentiments peut parler, il ne prêche pas.

Mais à quelles conditions réussirez-vous dans ce

' Hijc crgo dilcctiDiie tibi laïKjuam fine proposila, ((uo referas oinnia quœ dicis, quidquid narras ita narra ut ille cui loqueris audiondo credat, credendo speret, spcrando anict. (8. Au(;.. de Calech. nul., 8, t. VI, c. 457).

* Voir aussi le beau Traité de la Prcdicatioii de saint François de Sales ; il a été imprimé parmi les œuvres complète:» du saint Docteur ; on y trouve de très belles considérations sur la grandeur de ce ministère et les conseils les plus judicieux et les plus pratiques sur la manière de s'en acquitter dignement.

'^ t>. Joann., X, 10.

192 NEUVIÈ3IE CONFÉRENCE

dessein surnaturel ? Peut-être ne sera-t-il pas inutile de vous le rappeler.

Ce qui doit tout d'abord vous préoccuper, c'est le fond même de votre prédication ; ce sont les idées, les pensées qui en forment la trame. Elles sont à la prédication ce que la farine est au pain ; elles décident de sa qualité. Nul, s'il n'est homme de doctrine, ne prêchera de manière à obéir à la recommandation du Concile de Trente, qui ordonne aux pasteurs « de nourrir leurs fidèles par des paroles salutaires, leur signalant, dans un langage concis et facile, les vices qu'ils doivent éviter et les vertus qu'ils doivent pratiquer pour échapper aux châtiments éternels et conquérir la gloire céleste * ». Mais nul, nous l'avons déjà dit, ne peut devenir et se conserver homme de doctrine sans un continuel travail. C'est pourquoi saint Paul écrivait à son disciple Timothée : « Appliquezvous à la lecture, à l'exhortation et à la doctrine... Vacillez sur vous-même et sur la doctrine... veillez-y! sans relâche : c'est en agissant ainsi que vous voust sauverez, vous et vos auditeurs ^ ».

Qu'il est vaste, ce champ de la science que le pasteur des âmes doit constamment explorer, atin d'y recueillir les éléments d'une prédication substantielle et intéressante ! Que de fleurs et de fruits précieux se rencontrent dans Tétude attentive de la théologie, de la patrologie, de l'histoire ecclésiastique et surtout

1 Plèbes sibi commissas pro sua et eorum capacitate pascaiit salutaribus verbis, docendo qua3 scire omnibus necessa-l rium est ad salutem, annuntiandoque ois cum brevitate et l'acilitate sermonis vitia quiE-eos declinaie et virtutes quas sectari opportcat, ut pœnam œternam evadcre et celesteu) gloriam consequi valeant. (Bess. V, c. ii, de Reforin.).

2 I Timotli., IV, 13, IG.

LA PRÉDICATIOX 193

de la sainte Ecriture *, « divinement inspirée, dit saint Paul, et également utile pour enseigner, reprendre, corriger, former à la justice, afin que l'homme de Dieu soit parfait et préparé à toute bonne œuvre ^ ». Que de richesses se découvrent successivement aux regards du prêtre studieux, non pour qu'il jette seulement sur elles un regard distrait et superficiel, mais pour qu'il s'en empare, se les assimile, et qu'ainsi « le Verbe de Dieu habite en lui abondamment ^ », comme le désirait le grand Apôtre.

Un tel prêtre n'aura jamais à craindre que les sujets I à traiter lui manquent; jamais il ne sera tenté de I dire : Eh quoi ! parler au même auditoire tous les I dimanches et jours de fête, pendant le Carême, i TAvent, en tant de circonstances diverses dans le ! cours de l'année, est-ce possible ? Non, cette impres- \ sion de défiance et d'inquiétude ne l'atteindra pas ; \ il éprouverait plutôt un sentiment contraire en préj sence de ces beautés, de ces profondeurs du dogme et i de la morale catholiques, de tous ces aspects divers ' sous lesquels la religion peut être considérée et expoj sée. Devant ces matériaux que lui fournissent ses j chères études, il se sentirait volontiers embarrassé I par l'excès même des richesses et il se demanderait

' Sapienler autem dicit homo tanto magis vel minus quanto

in scripturis sanclis magis minusve profecit. Non dico ineis mul-

tum legendis memoriœque mandandis, sed bene intelligendis et

\ diligenler eorum sensibus indagantis. Sunt enira qui eas legunt

iet negligunt : legunt ut teneant, negligunt ne intolligant.

Quibus longe sine dubio prœferendi sunt qui verba earum

minus tenant, et cor earum sui cordis oculis vident. Sed

ulrisque ille melior, qui et cum volet eas dicit et sicut oportet

intelligit. (tS. Aug., de Doctr. Chris/., 1. IV, 7 : t. III, c. 115).

* II Timolh., III, 16.

^ Ad Coloss., III, 16.

comment il pourra jamais les utiliser toutes et en faire profiter son peuple.

Au contraire, quand un prêtre ne donne pas à ce travail sérieux une large part dans sa vie, quand il n'ouvre ses livres que par manière de passe-temps, il en est bien vite réduit à la disette intellectuelle. Sa parole tourne nécessairement dans un cercle d'idées très étroit et qui va chaque jour se rétrécissant ; il ne connaît pas ou il ne s'est pas appliqué ce sage conseil de saint Augustin : « Il est absolument nécessaire, à celui qui veut exprimer du moins avec sagesse ce qu'il ne saurait produire avec éloquence, de retenir les expressions des saintes Ecritures. Plus il se trouve pauvre de son propre fonds, plus il doit s'enrichir en puisant à cette source ; s'appuyer sur elles, pour prouver ce qu'il avance de lui-même : ainsi, celui dont la parole personnelle était insuffisante grandit, pour ainsi dire, par ce puissant témoignage qu'il appelle à son aide ^ ».

Si ce conseil du saint Docteur était mieux suivi, on ne verrait jamais la prédication, pour échapper à cette pauvreté radicale, sortir du domaine qui lui est assigné.

Saint Paul le délimite dans ces deux mots : prsedica verhiun'^. Ce discours, ce verbe de Dieu qui est.

* Huic ergoquisapienter débet dicere (fiiod etiam non potesl eloquenter, verba scripturarum tenore maxime necessariun est. Quanto enim se pauperiorem cernit in suis, tanto eunf oportet in istis esse ditiorem ; ut qiiod dixerit suis verbis probet ex illis ; et qui propriis verbis minor erat magnorun testimonio quodammodo crescat. (iS. Aug., de Doctr. Christ. lib. IV, 8 ; t. III, c. 115).

Sacras scripturas divinamque legem annuntient. (Gonc Trid., sess. XXIV, de Reform., c. 4).

2 II ad Timoth., iv, 2.

continue l'Apôtre, « vivant, efïicace, plus pénétrant qu'un glaive à deux tranchants, qui va jusqu'à la division de Tàme et de l'esprit, des jointures et de la mœlle des os, qui discerne les pensées et les intentions du cœur, à la puissance duquel n'échappe aucune créature^ », quand le prédicateur n'en est pas pénétré, il est exposé à un grand danger : ne trouvant plus ses inspirations dans la parole et les choses de Dieu, il Tira chercher dans la parole et les choses de l'homme ; il quittera les régions du surnaturel et du divin pour s'avancer et compromettre la dignité de son ministère sur le terrain brûlant des affaires terrestres et domestiques ; ne parlant plus des réalités éternelles, il parlera de la terre : qui est de terra, de terra est, et de terra loquitiir 2. Dès lors il ne pourra plus dire qu'il est l'envoyé , l'ambassadeur de Notre Seigneur. Cette parole de Dieu , qui devrait toujours être grande 3, sera en quelque sorte amoindrie, rapetissée dans sa bouche, et nul ne saurait prévoir à quel degré descendra celui qui s'est une fois engagé sur cette pente glissante ; sa prédication sera sans élévation, sans autorité, parce qu'elle est sans principes et parce qu'elle ne s'appuie pas sur des connaissances acquises et entretenues par le travail de tous les jours. Toutefois , Messieurs , quelque importantes que soient, au point de vue de la prédication , l'acquisition

' Ad Hebr., iv, 12.

' In islis autem nostris, quandoquidem omnia, maxime quîB de loco superiore populis dicimus , ad hominum salutem nec temporariam, sed œternam referre debemus, ubi etiam cavendus est œternus intcritus , omnia magna sunt quae dicimus. (S. AuG,, dt Doclr. Christ., 1. IV, 18; t. III, c. 32).

Cum doctor iste debeat rerum dictor esse magnarum. {Ibid.y c. 134).

et la conservation de la science théologique , elles ne suffisent pas. Ce sont des matériaux précieux , indispensables ; mais il s'agit de les mettre en œuvre. U faut que cette doctrine , recueillie dans les livres , et surtout dans les saintes Ecritures , le prêtre s'efforce de la rendre accessible à toutes les intelligences ; qu'il fasse descendre ces grandes idées des hauteurs de la spéculation dans les régions de la pratique ; qu'il les combine , les rapproche , après en avoir fait un judicieux triage, et les lie entre elles par un plan simple et facile à saisir.

' C'est faute de ce travail de réflexion et de rédaction que des prêtres , ayant d'ailleurs un bon fonds de doctrine, n'annoncent pas comme il convient la parole de Dieu. Se fiant trop à leur facilité naturelle , ils montent en chaire sans une préparation suffisante : non seulement ils n'écrivent pas leurs instructions, ce qui serait peut-être encore le procédé le plus sûr et le plus facile, mais c'est à peine s'ils s'inquiètent d'avoir un plan et des divisions. Ils estiment qu'il leur suffit de se dire quelques minutes avant de prêcher : Aujourd'hui je parlerai sur tel ou tel sujet. Tout au plus consentent-ils à recueillir, dans un livre, une ou deux idées qu'ils se proposent de développer ; c'est avec ce mince bagage qu'ils s'aventurent dans ce sublime et difficile ministère. Ils parlent et , une certaine facilité naturelle aidant , ils vont sans trop d'embarras et d'hésitation jusqu'aux limites du temps qu'ils se sont fixé, peut-être même le dépassent-ils , ce qui n'est pas sans inconvénient. Les mots succèdent aux mots , les phrases aux phrases ; mais cette parole , si peu sûre d'elle-même , ne saurait ni éclairer, ni toucher, ni convertir : ce n'est pas une vraie prédication.

Elle ne le serait qu'à la condition d'avoir été laborieusement préparée. « Il ne faut pas craindre sa peine,

disait le Père de Ravignan ; travaillez , patientez , souffrez ; à ce prix vous obtiendrez cette pleine énergie qui emporte la conviction et la persuasion. La composition doit être un martyre , et il faut qu'on la trouve telle , sans quoi rien ou presque rien en fait d'apostolat. Avoir de la peine est une nécessité pour opérer le bien 1 ». Profonde et surnaturelle vérité dont tout prêtre obligé d'annoncer la sainte parole devrait être bien convaincu ; il y trouverait une consolation et un encouragement des plus précieux.

Est-il besoin d'ajouter que cette préparation courageuse doit être soutenue par la prière ? C'est là aussi, il ne faut pas l'oublier, un des éléments essentiels de la prédication.

Pour que la parole atteigne les âmes , pour qu'elle y produise ces salutaires illuminations et ces émotions profondes et durables qui ont leur contre-coup dans la pratique de la vie, il est de toute nécessité qu'elle soit vraiment la parole de Dieu. C'est lui qui doit parler par notre bouche : Tanquam Deo exhortante per nos'^. Il faut par conséquent que le prédicateur lui soit intimement uni et ne fasse avec lui qu'un même esprit ; « qu'en priant pour lui-même et pour ceux à qui il va parler, il soit homme d'oraison avant d'être prédicateur », comme dit saint Augustin : Orator antequam dictor. Donc , continue le saint Docteur, « quand approche le moment de prendre la parole , avant de mettre en mouvement la langue qui manifestera ses idées , qu'il élève vers Dieu une âme saintement avide de lui , de façon à répandre sur ses auditeurs ce qu*il aura bu à cette source, à leur distribuer ce dont il sera

• Vie (In [{. P. de Hacignan , par le R. P. de Poiillevo>v, t. I, p. ;{G'i.

* II ad Cor., v, 20.

lui-même rempli. Tant de choses, en effet, peuvent être dites sur tout sujet qui a trait à la foi et à la charité ; elles peuvent être présentées sous tant de formes par ceux qui les ont étudiées ! Or, qui sait ce que, dans la circonstance présente , il convient mieux à nous d'exposer et aux autres d'entendre de notre bouche, sinon celui qui voit les cœurs de tous ? et qui fait que nous disons ce qu'il faut et comme il le faut, sinon celui qui nous tient entre ses mains nous et nos paroles ^ ».

Le dépérissement actuel de la foi dans les âmes impose au prédicateur un autre devoir : celui de rendre sa prédication aussi attrayante que possible et de prendre, suivant le conseil de saint Augustin , tous les moyens nécessaires pour arriver à parler « d'une manière intelligible, agréable et persuasive ^ ».

Aux beaux âges de la foi , cette précaution était moins nécessaire qu'à notre époque. Un des signes de Texistence et de la vitalité de cette foi catholique dans

* Ut orando pro se , ac pro illis quos est allocuturus , sit orator anteqiiam dictor. Ipsa orajam ut dicat accedens, priusquam exserat proferentem linguam , ad Deum levet animam sitientem, ut eructet quod biberit vel quod impleverit fundat. Cura enim de unaquaque re quœ secundum fidem dilectionemquc tractanda sunt, multa sint quœ dicantur et multi modi quibus dicantur ab eis qui haec sciunt ; quis novit quid ad praesens tempus, vel nobis dicere vel per nos expédiât audiri nisi qui corda omnium videt ? et quis facit ut quod oportet et quemadmodum oportet, dicatur a nobis nisi in cujus manu sunt et nos et sermones nostri ? (S. Aug., de Doctr. Christ., 1. IV, 15; t. m, c. 130).

- Id agere debere, ut intelligenter, et obedienler audiatur. (S. Aug., de Doctr. Christ., 1. IV, 26 ; t. III, c. 127, 147).

les âmes , c'était précisément Tempressement qu'elles manif3staient pour entendre la parole de Dieu ; elles participaient à la béatitude promulguée par le divin Maître : elles avaient faim et soif de justice ^. Par suite de cet appétit spirituel, tout enseignement tombant du haut de la chaire de vérité était accepté avec respect et avec amour. Aujourd'hui , tout est bien changé ; nous voyons un effet contraire se produire , du moins chez beaucoup de chrétiens ; ils n'éprouvent pour la prédication que répugnance et dégoût. C'est une nourriture trop forte pour eux et qui leur cause des nausées ^. Ils ressemblent à ces enfants habitués à vivre de sucreries et qui ne veulent plus manger de pain.

Nous devons condescendre à cette faiblesse, Messieurs, nous qui sommes obligés de nous « faire tout à tous pour les sauver tous ^ ». Saint Augustin le recommandait déjà de son temps : « Puisque l'art de Téloquence, écrivait-il ^, a tant d'autorité pour per-

' S. Matth., V, 6.

' Num., XXI, 5.

3 I ad Cor., ix, 22.

* Cum per artem rhetoricam, et vera suadeantur et falsa, quis audeat dicere adversus mendacium in defensoribus suis inermen debore consistere veritatem ut videlicet illi qui res falsas persuadere conantur, noverintauditorem vel benevolum vel interitum, vel docilem proœmio facere ; isti autem non noverint ? Illi falsa breviter, aperte, verisimiliter ; et isti vera sic narrent, ut audire tœdeat, intelligere non pateat, credere postremo non libeat? Illi fallacibus argumentis veritatem oppugnent, asserant falsitatem ; isti nec vera defendere, nec falsa valeant refutare ? Illi animos audienlium in errorem movenles impellentesque diccndo terreant, contristent, exhilarent, cxhorlentur ardenter, isti pro veritate, lenti frigidique ^ormilent ? Quis ita desipiat, ut hoc eapiat ? Cum ergo sit in medio posita facultas eloquii, quœ ad persuadenda seu prava seu recta valet plurimum, cur non bonoruni studio compara-

suader le bien ou le mal. pourquoi les hommes de bien ne Tétudieraiént-ils pas pour le consacrer à la défense de la vérité, lorsque les méchants en abusent pour soutenir la cause impie et perfide de Finiquilé et de Terreur ? »

Assurément, Messieurs, quand je vous recommande de donner à vos instructions une certaine forme littéraire, je suis loin de vous conseiller l'affectation et la recherche. A Dieu ne plaise que je vous expose au danger de corrompre, en vous prêchant vous-mêmes, la parole de Dieu, adultérantes çefbum Dei'^^ selon Ténergique expression de saint Paul ! Mais ce que je souhaite, c'est que vous n'oubliiez pas que, dans la chaire de vérité, vous êtes, non moins qu'à l'autel, les ministres de Notre-Seigneur, d'autres Jésus-Christ. Vous devez chercher à lui gagner des âmes, et pour cela les attirer dans ces liens d'Adam dont parle le Prophète, in vinculis Adam'^^ tout en répétant au fond de votre cœur : « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à votre nom seul donnez la gloire 3 ».

L'illusion sur ce point consisterait à ne faire aucune attention à la forme, à se permettre un langage incor-

tur, ut militet veritati, si eam mali ad obtinendas perversas vanasque causas in usus iniquitatis et erroris usurpant? (S. AuG., de Doctrina Christiana, lib. IV, t. III, cap. 112).

ï Ad Cor., II, 17.

2 Osée, XI, 4.

2 Ps. Gxiii, 1. — Non quia humanse laudis nos esse avidos decet, sed quia ea quœ ministramus Dei sunt ; et quant© magis diligimus eos quibus loquimur, tanto magis eis cupimu» ut placeant quœ ad eorum porriguntur ealutem. (S. Aug., de Catech. nul., 14, t. VI, c. 464).;

Docente te in Ecclesia non clamet populi sed gemitus suscitetur: lacrymœ auditorum laudes tuœ sint. (Hieron., ep. ad Nepot.)

rect, trivial, indigne des hautes vérités qu'il doit traduire. C'est en vain que pour s'excuser on alléguerait qu'on parle devant un auditoire composé de gens illettrés, incapables d'apprécier les délicatesses du langage. S'il est vrai que de tels auditeurs ne peuvent se rendre un compte logique d'une belle parole, analyser et traduire leurs impressions, il ne l'est pas moins qu'ils en sont saisis et impressionnés. Elle éveille et soutient leur attention ; et si, en restant toujours très digne, elle est simple et lumineuse, elle pénètre leur intelligence et y laisse des traces profondes. Dès lors, aucun prêtre, animé d'un vrai zèle pour le salut des âmes, ne privera volontairement son ministère de cet élément de succès ; tous s'efforceront de donner à leur prédication, dans la mesure des talents qu'ils ont reçus, cet intérêt, ce charme qui attire et prépare les conversions *.

Une excellente disposition pour le prédicateur, c'est ie se dire en montant en chaire : Je vais tenir la place le Notre-Seigneur Jésus-Christ, parler en son nom, Hre auprès de mes paroissiens son ambassadeur : ^ro Christo ergo legatione fungimur'^. Or, si le livin Maître reparaissait sous sa forme humaine, si, sortant du tabernacle eucharistique, où il est aussi 'éellement présent qu'autrefois dans la Judée, il 'adressait à cet auditoire, comment s'exprimerait-il?

* Verum sermonem suum ad Dei placitum concinnans (hœc nim ejus norma, hic terminus artificii débet esse, non plauus vel laudes), siquidem ab hominibus etiam laudetur, laudes e rejiciat ; sin laudes ab auditoribus non refurat, ne quœrat las nec ideo doleat. Laborum quippe solatium illud satis erit mniumque maximum, si conscius sibi fuerit, se ad Dei plalilum doctrinam concinasse sum. (S. Chrys., de Sacerdol, jV.,p. 512).

\ * II ad Cor., v, 20.

Ne s'appliquerait-il pas à saisir ces intelligences pai les comparaisons familières et saisissantes dont nouî trouvons le modèle dans le saint Evangile ? Ne cher cherait-il pas dans Tordre naturel un point d'appui pour les élever jusqu^aux conceptions de Tordre sur naturel? Ne ferait-il pas entendre ces paroles dignes, lumineuses, charitables, qui suspendaient les multitudes à ses lèvres et leur arrachaient ce cri d'admiration : « Jamais homme n'a parlé comme parle cel homme*». N'éviterait-il pas de prendre un ton agressif et violent toujours déplacé dans la bouche di prêtre, mais surtout lorsqu'il parle du haut de le chaire dans l'église, où tout est fait pour lui rappelai cette belle pensée de saint Augustin : « Les âmef n'arrivent à la vérité que par la charité 7^ » Et puisque j'ai l'honneur d'être son organe, ne dois-je paî imiter, autant qu'il est possible à ma faiblesse, ur si beau modèle et m'inspirer de sa divine prédication non seulement pour le fond, mais encore pour h forme ?

Un prêtre qui prêche dans ces conditions et qui par suite, en arrive à présenter ses pensées sous cett( forme vive et saisissante, n'a pas besoin de faire d( longs discours. Saint François de Sales, rapporte ur de ses contemporains, « approuvait extrêmement h brièveté de la prédication... » « Quand un discoun est trop long, disait-il, la fin fait oublier le milieu et 1( milieu le commencement ^ » ; et en s'exprimant ainsi le saint évêque de Genève ne faisait que traduire 1; recommandation du Concile de Trente : Cum bre vitale et facilitate sermonis.

2 Non intratur in veritatem, nisiper caritatem. (Libr. XXXL {'onfr. Faustum, c. 18).

^ Esprit de saint François de Sales, 2e partie, c. xxvi.

Vous remarquerez le rapprochement de ces deux

xpressions. Il est très significatif. Un discours ne peut

tre court que s'il coule pour ainsi dire de source, et

ne peut avoir cette qualité s'il n'a été très soigneu-

Bment préparé. On ne parle jamais si longtemps que

)rsqu'on ouvre la bouche sans savoir ce qu'on va

ire et où on s'arrêtera. Le prédicateur ressemble

lors à ce voyageur, qui, ignorant sa route, se voit

Dntraint de revenir à chaque instant sur ses pas, de

lire mille circuits et perd ainsi un temps précieux.

Vingt à vingt-cinq minutes, telle est la mesure

rgement suffisante de vos prédications ordinaires.

lais que de choses peuvent trouver place dans ces

ingt minutes d'une vraie prédication ! que d'idées

eut remuer cette parole nourrie de doctrine, soigneu-

3ment débarrassée de toute digresssion et de tout

éveloppement inutile ! C'est comme ce pain d'un

etit volume, mais pétri avec une farine de choix et

n soin particulier ; il renferme plus de propriétés

utritives qu'un autre de plus grande dimension, mais

lal préparé et avec une farine de mauvaise qualité.

Méditez , Messieurs , ces conseils et mettez-les en

ratique , alîn que cette obligation essentielle du

linistere pastoral soit de plus en plus exactement et

ignement remplie dans toutes nos paroisses. Plaise

Dieu qu'il n'y en ait pas une seule où la parole du

rophète ait son application : « Les petits demandent

Ia pain, et personne n'est là pour le leur rompre * » , 1 bien ils ne reçoivent qu'un pain maigre et débilimt, parce que les pères de ces âmes n'ont pas assez )mpris et la grandeur de leur mission et l'étendue des îvoirs qu'elle impose.

Il y va d'ailleurs de votre intérêt.

' Thren., iv, ^t.

Vous désirez ardemment que vos églises se re plissent chaque dimanche ; ce vous est un sujet tristesse et de gémissement de les voir parfois, surt en certaines régions, presque vides. Or, sachez-le, soin que vous mettrez à composer, chaque semai votre instruction du dimanche , dépendra , en grar partie , la réalisation de ce légitime désir. Si vous vous préparez pas chaque l'ois très sérieusemei obligés de parler sans cesse devant le même auditoi vous tomberez nécessairement dans des redites ; v( vous laisserez aller à des digressions interminabl Vous rebuterez vos paroissiens au lieu de les intéressi vous les ferez fuir, vous contribuerez à la désertion l'église ; et qui sait si , dans certaines localités , malheureuse habitude de n'y plus guère venir n'a j cette origine ?

Efforcez-vous donc de rendre votre parole tout à fois instructive et intéressante ; et pour cela travaill travaillez sans relâche ; c'est la condition indispe sable : vous ne pouvez nourrir vos enfants spiritu qu'à la sueur de votre front.

Faites de la préparation de votre prône du dimanc une des œuvres capitales de chaque semaine. N'atte dez pas au matin ni même à la veille du jour où vc devez monter en chaire pour prévoir le sujet q vous traiterez ; dès le lundi, ayez-le en vue, ce ( vous est maintenant facile, grâce au recueil de ph d'instructions que vous avez entre les mains. Mais, vous en conjure, ne regardez pas ces plans comme travail tout fait qui vous dispense de toutefïort. Ce au contraire, un encouragement et un stimulant à travail personnel. Ce que vous y trouvez ce sont : simples matériaux ; à vous de les mettre en œuv , de les utiliser, chacun selon vos aptitudes et les beso s spéciaux de vos paroissiens. Fécondez-les par 3

iture, la réflexion, la prière; précisez -les par criture. Mettez-vous, par cette courageuse préyance, à l'abri des occupations imprévues qui urraient survenir au dernier moment. Soyez touirs prêts quelque temps à l'avance, et quand viendra moment de parler, vous pourrez accomplir avec nfiance et avec joie cette grande fonction ; vous rez mérité que Dieu répande, sur votre parole les inédictions de sa grâce.

Comme la prédication deviendrait partout intéres- Qte et féconde si tous vous vous appliquiez à déve- )per par écrit, sous forme de prônes simples et niliers, chacun de ces plans ! Quelle facilité vous nnerait pour parler cette rédaction soigneusement te, alors même qu'elle ne devrait pas être apprise mémoire ! Mais, évidemment, cela n'est possible si vous avez le courage de consacrer, chaque maine, ou, pour mieux dire, chaque jour, quelque nps à ce travail, un des premiers, sans contredit, et s plus importants de votre charge pastorale. Sans doute cette préparation consciencieuse de ites vos instructions ne sera pas sans douleur, n'y t-il que l'impuissance intellectuelle qu'on éprouve rfois à composer, le dégoût qui vient par suite de npossibilité où l'on se trouve de réaliser l'idéal qu'on ait conçu. N'est-ce pas saint Augustin qui, signait cet écueil, a écrit cette parole bien capable de us consoler : « Je suis presque toujours mécontent ma parole, car j'aspire à quelque chose de meilleur nt souvent je jouis en moi-même avant que je com- ;nce à l'expliquer par les sons de ma parole; et and je ne puis réussir à traduire ma pensée telle 'elle m'apparaît, je m'attriste de voir ma langue iuffisante au service de mon cœur. Je voudrais que it ce que je comprends, mon auditeur le comprenne ;

et je sens que je ne parle pas de façon à réaliser c désir 1 ».

A l'exemple du saint Docteur, triomphez généreu sèment de cette répugnance et de toutes les autre tentations de découragement et de négligence. Vou en serez récompensés d'abord par le plaisir qu'o: prendra à vous entendre, et qui vous rassurera contr vos défiances et vos craintes. Vous n'apercevrez pa dans votre auditoire ces signes d'impatience et d'ennii qui accueillent une parole incorrecte et hésitante. 0 ne se lassera jamais, on se réjouira plutôt de recevoi les enseignements simples, mais lumineux et utiles qui sortiront de votre bouche ; et, à supposer mêm que vous ne recueilliez aucune marque extérieure d sympathie, vous pourrez du moins vous rendre c consolant témoignage que vous accomplissez votr devoir. Croyez-le bien, cette semence que vous jeté dans votre champ avec tant de bonne volonté et d zèle n'y restera pas inféconde, tôt ou tard elle produir sa moisson.

Mais surtout, vous aurez pour vous encourager le magnifiques perspectives qu'ouvrait devant son dis ciple l'apôtre saint Paul : « Les prêtres qui présiden dignement, lui écrivait-il, sont dignes d'un doubl honneur, surtout ceux qui s'appliquent à la parole et . renseignement 2 ».

' Nam et mihi prope semper sermo meus displicet. Meliori enim avidiis sum, quo sœpe fruor interius, antequam eui explicare verbis sonantibus cœpero : quod ubi minus quai mihi notus est evaluero, contristor linguam meam cordi me non potuisse sufficere. Totum enim quod intelligo volo utqi me audit intelligat et scntio me non ita loqui ut hoc efflcian (S. AuCt., de Calecli. nid , 3, t. VI, c. 452),

2 I ad Timoth., v, 17»

Qu'il me soit donc permis de vous répéter en termilant ce qu'au jour où vous fûtes ordonnés lecteurs le ^ontife vous a dit en même temps qu'il mettait entre 'OS mains le livre des saints Evangiles : « Recevez-le it soyez les prédicateurs de la parole de Dieu, certains l'avoir, si vous remplissez fidèlement et utilement ce-t iffice, votre place marquée parmi ceux qui ont bien administré le Verbe de Dieu dès le commencement : iccipite et estote verhi Dei relatores^ hahituri si 'déliter et utiliter implevevitis officium vesirum. mrtem cum ù's, qui verbiim Dei bene administraerunt ah initio ^ ».

* Ponlif. rom., de Ordinat. lect.

LE CATECHISxME

Messieurs,

La prédication s'adresse à tout le peuple chrétiei Elle a pour but d'aider les fidèles à conserver et compléter leur instruction religieuse, mais elle la suj pose déjà existante au moins à un certain degr( Quelque simple et claire que soit votre parole, voi: auriez peine à vous faire comprendre de vos auditeui s'ils n'étaient initiés aux vérités qui font l'objet C votre enseignement pastoral.

Cette initiation pour tout chrétien se fait dans k catéchismes préparatoires à la première communie] Là sont jetées dans les âmes, au début de la vie, 1( premières bases de Tédifice de la science surnaturelle plus ces bases seront larges et solides, plus dai l'avenir il sera possible d'élever et d'agrandir success vement ce divin édifice.

Le catéchisme a donc une importance majeure, joue un rôle immense dans l'œuvre du salut des âme

La vie chrétienne dépendra souvent tout entière ' l'impulsion qu'elle aura reçue à cette première écol

it. d'un autre côté, une paroisse dont les enfants sont )ien instruits est une paroisse dont l'avenir religieux ïst assuré ; elle se conservera ou redeviendra certailement chrétienne.

Le catéchisme est d'ailleurs, à l'heure présente, )resque le seul moyen d'action qui vous reste sur les înfants de vos paroisses. 11 vous les amène tous succesiivement ; aucun ne vous échappe, car les familles, nême indifférentes et hostiles, tiennent à ce que leurs infants fassent la première communion, et comme, )0ur cela, il faut qu'ils assistent au catéchisme, elles e résignent à vous les envoyer. Pendant quelques noisvous entretenez avec eux des rapports incessants. Il importe, Messieurs, de profiter de ce temps Tautant plus précieux qu'il est plus court pour jeter, i pleines mains, dans ces jeunes âmes des semences le vérité et de vertu. Quelle émotion profonde, quel entiment de sa responsabilité doit éprouver le prêtre {ui, voyant se succéder sous ses yeux ces générations l'entants, se dit: Parmi eux quelques-uns appartienlent à des familles chrétiennes ; ceux-là pourraient l'avoir pas un besoin aussi pressant de mon ministère, lais combien d'autres ont des parents indifférents, iicrédules peut-être, et ne recevront d'autre instrucinn religieuse que celle que je vais leur donner. Kaire souvent cette réflexion, c'est un des meilleurs loyens d'apprécier à sa juste valeur la fonction de aléchiste.

Seulement, pour raisonner ainsi, il faut savoir (lever au-dessus de la nature et de ses illusions, et se lacer au point de vue delà grâce. Une vingtaine, une utaine d'enfants à catéchiser, c'est peu de chose aux ' ux de la nature. Il n'a rien de glorieux ni d'attrayant '•ur elle ce ministère qui s'exerce sur un petit groupe enfants souvent inintelligents et grossiers. Mais

faites intervenir les pensées de la foi : tout chang de face, tout s'éclaire, s'illumine. Autant d'enfants autant d'àmes créées par Dieu, rachetées au prix di sang de Notre-Seigneur, objet de ses prédilections appelées à régner éternellement avec lui dans le ciel mais exposées à rencontrer sur leur route des ennemii et des dangers sans nombre. Ces âmes, il s'agit d( les prendre au début de la vie, pour les instruire, lei former au bien, les prémunir contre le mal, leu donner toutes les provisions de route qui les empêche ront de mourir de faim, toutes les armes nécessairei au combat *.

Or, ce travail se fait pendant les années de catéchisme. Là se prépare pour ces enfants l'avenir di temps et de l'éternité. La somme d'instruction reh gieuse que vous leur donnerez sera, le plus souvent celle de leur vie tout entière : avec elle ils auront è affronter tous les sophismes, toutes les erreurs di monde au milieu duquel ils vivront et qui cherchera l ébranler et à détruire en eux le règne de la foi.

Quel prêtre à cette pensée ne serait ému, attendri je dirais presque effrayé ? Quel prêtre ne se sentirail porté à se donner de tout cœur à un tel ministère ?

1 Non ergo recédât de poctore etiam cogitalio gallinae illus quœ languidis pluniis teneros fétus operit et susurrantes pullos confracta voce advocat ; cujus blandas alas refugientc: superbi prœda fiunt alilibus. Si enim intellectus détectât ii penetralibus sincerrimis, hoc etiam intelligere délecte t, quo modo caritas, quanto officiosius descendit in infima tantrobustius recurrit in intima per bonam conscientiam nihi (juœrendi ab eis ad quos descendit, prœter eorum sempiter nam salutem.(S. Aug., de Catechis. rud., c. xj.

Aussi est-ce là une des pierres de touche à l'aide

lesquelles on discerne le bon pasteur d'avec le merce-

laire. Le bon pasteur éprouve un attrait particulier

)our le ministère du catéchisme. Il ne croit pas déro-

i^er en s'y consacrant avec un zèle infatigable. Au

îontraire, celui qui a le titre de pasteur sans en avoir

'esprit n'estime pas et n'aime pas le catéchisme. 11 le

ait à regret, quand il ne croit pas pouvoir s'en dis-

)enser honnêtement, et il le fait mal, parce qu'il n'y

)orte ni esprit de foi, ni goût surnaturel. Ces fonctions

ui paraissent basses, humiliantes, indignes de lui. Il

eur préfère celles qui le mettent plus en évidence et

il la nature trouve davantage son compte : c'est pour

elles-là qu'il réserve son temps, son travail, tous les

(Torts de son intelligence. Aussi, dans cette paroisse,

ainement « les petits demandent du pain : personne

Test là pour le leur rompre * ».

Grâce à Dieu, vous êtes du nombre des bons

tasteurs. Messieurs. Vous aimez vos catéchismes ; et

i la nature soulève des objections ou des répugnances,

lour en triompher vous appelez à votre aide les saintes

tispirations de la grâce. Vous vous représentez Notre-

ieigneur Jésus-Christ, ce Jésus qui se donne à vous,

liaque matin dans la sainte communion, venant, au

ours de la journée, vous demander de vous donner, à

otre tour, à lui dans la personne de ces chers enfants.

ous lentendez vous dire : « Ce que vous aurez fait

u phis petit d'entre les miens, c'est à moi-même que

us l'aurez fait'^ » ; et, tout pénétrés de ces pensées.

liren., iv, 4.

^. Matii., XXV, 40.

VOUS attachez une très grande importance à vo fonctions de catéchistes ; vous vous dites comme 1 laboureur qui jette son grain dans la terre : La moisso sera en rapport avec la semence ; il se peut que je n la recueille pas moi-même, mais mes successeurs e bénéficieront ; ils m'en béniront et Dieu saura bie récompenser mon obscur labeur. Vous n'estimez pa que ce soit trop de faire le catéchisme très régulière ment chaque jour pendant une heure entière. Ces pour vous un besoin de cœur et une vraie consolatio de voir quotidiennement vos chers enfants se groupe autour de vous. Pour rien au monde vous ne conseil tiriez à priver votre âme de cette joie et ces jeune intelligences d'une nourriture dont elles ont tar besoin.

Quelques prêtres seraient peut-être tentés d croire qu'un ou deux catéchismes par semaine peuver suffire. Volontiers ils invoqueraient le Concile d Trente, qui ne prescrit, en somme, que le catéchism du dimanche 1.

C'est vrai-; mais quelle différence entre la situatio religieuse de ce temps et la nôtre. Sans doute, il exi^ tait à cette époque des désordres, des abus dont le réformes du saint Concile indiquent suffisamment 1 nature et l'étendue ; mais la foi régnait malgré toul Si elle ne se traduisait pas toujours assez dans la prs tique, elle n'en était pas moins enracinée dans le âmes, les familles et les sociétés. On vivait dans cett atmosphère ; les enfants la respiraient dès leur bf âge. De leurs parents, de leurs maîtres, ils recevaiei l'instruction religieuse, mieux encore, les traditior de la vie chrétienne : ils les conservaient et les dév<i loppaient par l'assistance aux offices de l'Eglise.

* Sess. XXIV, de Reform., c. iv.

Que ces mœurs sont changées ! Dans beaucoup des familles de nos jours, l'enfant n'a rien ou presque rien à attendre au point de vue religieux : encore moins dans la plupart de nos écoles, si tant est même qu'on n'y travaille pas à détruire l'œuvre du prêtre. Sur quoi donc peut compter cette âme, avide de vérités, pour rassasier sa faim divine ? Presque uniquement 5ur les deux années de catéchisme qui précèdent la première communion.

Et quand je dis deux années, c'est une manière de Darler. Pour être exact il faudrait dire deux parties l'années qui, réunies ensemble, forment à peine un

otal d'un an.

Un an, Messieurs, pour donnera ces âmes l'instrucion religieuse qui devra suffire à toute leur vie ! pour eur faire non seulement apprendre^, mais compren-

re, goûter et surtout pratiquer la doctrine chrétienne!

e bonne foi est-ce trop ?

A celui qui le prétendrait je dirais : Mettez donc en )arallèle avec ces douze mois de catéchisme le temps

ue ces enfants consacrent' à leur instruction profane, es années nombreuses qu'ils passent sur les bancs de

école, ces longues heures que, chaque jour, ils dépen-

' Dans les paroisses où les enfants sont très nombreux et ù il s'en trouve qui fréquentent les écoles laïcisées, c'est-àire indifférentes sinon iiostiles à tout enseignement religieux, [M. les Curés doivent s'efforcer d'organiser l'excellente œuvre es Catéchistes volontaires, c'est-à-dire de s'assurer d'un ertain nombre de personnes pieuses et dévouées qui fassent enir chez elles ces pauvres déshérités et leur apprennent, au éfaut de leurs maîtres et souvent de leurs parcnls, la lettre Il catéchisme. C'est un immense service qu'elles rendent, on seulement à ces enfants, mais encore aux prêtres cpii ne ourraient, sans préjudice pour l'instruction des autres nfants, donner à ceux-là les soins spéciaux qu'ils réclament.

sent pour s'exercer à lire, à écrire, à compter, toutes choses assurément très légitimes et très importantes, beaucoup moins cependant que d'apprendre à bien croire et à bien vivre pour se préparer à bien mourir.

Je ne crains pas de raffirmer, le prêtre qui voudra y réfléchir sérieusement devant Dieu ne trouvera pas trop long- le temps qu'il consacre à l'instruction religieuse des enfants. Il ne sera pas tenté de le réduire ; il serait plutôt porté à l'augmenter. Du moins, il s'en tiendra fidèlement aux règlements de son diocèse, ne se permettant aucune interruption ou suppression arbitraires. Plutôt que de sacrifier une seule séance de catéchisme, il n'hésitera pas à renoncer à une réunion d'amis, à une partie de plaisir. Fidèle en tout temps à garder la résidence à laquelle il est, nous l'avons vu, si rigoureusement obligé, il le sera plus encore pendant le temps des catéchismes. Il se rendra saintement esclave de ce grand devoir.

Cette même conviction vous engagera, Messieurs, non seulement à faire très exactement le catéchisme, mais encore à prendre vos mesures pour que tous vos enfants y assistent. Vous aurez soin d'établir et de maintenir à cet égard une régularité parfaite et la stricte observation, par tous les aspirants à la première communion, des règlements en vigueur. En y tenant la main avec bonté, mais avec fermeté, outre que vous ferez acte d'obéissance à des prescriptions rigoureusement obligatoires, vous contribuerez, pour votre part, à établir dans votre diocèse une tradition qui en assurera le renouvellement religieux. Si, dans toutes les paroisses, les ordonnances relatives à la première communion sont parfaitement observées, une salutaire coutume se formera. Il ne viendra à l'esprit de personne qu'il en puisse être autrement ; aucune réclama-

tion ne se produira ; vous ne rencontrerez plus de résistance.

Tandis qu'au contraire, si vous faiblissez, vous serez •bientôt débordés. Rappelez-vous que les infractions, même les plus petites, à une loi sont comme la brèche ouverte dans une muraille : d'abord presque imperceptible, elle va s'élargissant et finit par amener une uine totale.

Vous n'avez plus en général de difficultés par rapport aux catéchismes des deux années qui précèdent la première communion, mais il n'en est pas de même du petit catéchisme qui, aux termes des statuts synodaux, doit être fait, au moins une fois par mois. aux petits enfants à partir de l'âge de sept ans.

Plusieurs d'entre vous ne se contentent pas de ce minimum ; ils réunissent ces petits enfants deux fois par mois et même une fois chaque semaine au jour où ils ne font pas le catéchisme de première communion. Je n'ai pas besoin de dire que j'approuve et bénis de tout cœur ce surcroît de zèle. Dans d'autres paroisses, au contraire, ces réunions ne se font pas régulièrement, ou bien elles n'ont été jusqu'ici fréquentées que par un très petit nombre d'enfants. Et cependant elles sont très importantes ; tout curé est obligé en conscience de ne rien négliger pour en assurer la prospérité.

Tant que vos enfants n'ont pas le discernement nécessaire pour commettre le péché, vous pouvez, jusqu'à un certain point, ne pas vous en occuper. Je dis jusqu'à vm certain point ; car, même dès ce moment, ils font partie de votre bercail, et le bon pasteur connaît jusqu'au plus petit de ses agneaux. Vous avez dès lors à recommander à leurs parents, à leur mère surtout, de les bien élever, de leur . faire contracter de bonne heure l'habitude de la prière et

de ces pieuses pratiques qu'ils conserveront d'autant plus sûrement toute leur vie qu'ils y auront été initiés plus jeunes. Vous avez, tout au moins, à leur donner quelques-unes de ces marques d'intérêt qui vous concilieront les sympathies et la reconnaissance de leurs parents.

Mais quand ils sont parvenus à l'âge de raison, votre devoir va plus loin ; votre action doit s'exercer personnellement et directement sur eux. Ils sont entrés dans la catégorie de ces brebis dont il est dit à la louange du bon pasteur: « qu'il les connaît toutes et les appelle chacune par son nom : Cognoscit oçes suas et vocat eas nominatim * ». Ils sont vos paroissiens. Prenez garde d'en mépriser ou seulement d'en oublier un seul. Notre-Seigneur nous en avertit: Videte ne contemnatis unum ex his pusillis ^. Voilà pourquoi je vous ai si souvent et si instamment recommandé d'avoir la liste exacte et dressée à nouveau, chaque année, à la rentrée des catéchismes, de tous les enfants de votre paroisse qui ont atteint l'âge de .sept ans. C'est le seul moyen de prévenir de fâcheux oublis dans l'appel que vous êtes tenus d'adresser à tous sans exception.

Et pourquoi y a-t-il obligation si grave pour vous de réunir ces petits enfants et de les catéchiser ? Parce qu'il y a pour eux-mêmes obligation rigoureuse de connaître Dieu, de l'aimer, de le servir, et c'est vous, leurs pasteurs, qui êtes chargés de les initier officiellement à ces pratiques de la vie chrétienne, de veiller à ce qu'ils n'y manquent pas.

Sans doute, leurs parents ont des devoirs à remphi à cet égard. Mais combien peu les comprennent et les

2 S. Math., xviii, 10.

accomplissent, surtout à notre époque ! Elles sont

rares, vous le savez, elles le deviennent de plus en

plus, ces familles où les petits enfants trouvent le

Dienfait d'une éducation chrétienne, et beaucoup, si

v'ous n'y veillez, arriveront à l'âge de neuf ou dix ans

>ans prier Dieu, sans lui donner leur cœur, sans

savoir même qu'il existe. Quel malheur que celui-là !

Des âmes portent en elles les germes divins du bap-

ême. Ils ne demanderaient qu'à s'épanouir, et à cette

première heure de la vie, ils porteraient des fruits si

iigréables à notre Dieu qui aime et réclame par dessus

out les prémices ! Faute de culture, ils restent infé-

'onds. Ces pauvres enfants sont, pendant plusieurs

mnées, privés de grâces et de bénédictions précieuses.

)r, à qui incombe la responsabilité de cette privation

ésastreuse ? Dans une large mesure, aux parents ;

nais aussi au pasteur chargé par office de suppléer,

ans Taccomplissement de ce devoir, à la négligence

les parents.

Et d'ailleurs, Messieurs, quand même ces enfants

ppartiendraient à des familles chrétiennes et rece-

raient au foyer domestique une instruction et une

irection religieuses, vous ne seriez pas pour cela

ispensés de les réunir de temps en temps autour de

DUS. Cette obligation pourrait être moins pressante,

lais elle subsisterait toujours. Ils ont droit de recevoir

evous quelque chose que leurs parents, si chrétiens,

i pieux soient-ils, ne pourront jamais leur donner : ce

uelque chose qui est inhérent à votre caractère de

rêtre, aux fonctions de votre sacerdoce. Vous avez

harge et grâce d'état pour leur parler de Dieu, les

litier à sa connaissance, à son amour, à son service.

Ce ministère est assurément très laborieux, parfois

Hiême très pénible. Si vous n'écoutiez que les réclalalions de la nature, au lieu de le rechercher, vous

céderiez à rinintelligente opposition des parents, f tant d'autres obstacles que suscite le démon. Maiî non ; vous faites et vous ferez toujours appel à votrt foi. Elle vous dira la nécessité, la possibilité, l'effica cité d'un tel apostolat, et vous n'aurez pas de repoi tant que vous ne serez pas arrivés à grouper autoui de vous tous vos petits enfants sans qu'il en manqua un seul. C'est une tradition qu'à tout prix vous implanterez dans chacune de vos paroisses.

Pour remplir ce devoir , ne vous contentez pa: d'adresser du haut de la chaire des appels souven répétés. Insistez auprès des parents, des mères surtout Lorsqu'un enfant aura fait défaut, allez, sans relard vous enquérir du motif de son absence. Faites comprendre que vous tenez absolument à ce qu'il vienm exactement. Rendez ces réunions aussi attrayantes qui possible. Vous arriverez certainenienttous. Messieurs comme beaucoup d'entre vous y sont déjà parvenus, ; établir cet usage dans vos paroisses ; et bientôt voui recueillerez les fruits de votre pieux labeur. Vos petit; enfants, ayant assisté régulièrement, pendant deux e trois ans, à ces catéchismes préliminaires, seront pa là même tout naturellement disposés à suivre, avec plu: de profit pour eux et de consolation pour vous, le: catéchismes immédiatement préparatoires à la premier! communion.

Il ne suffit pas, vous le comprenez. Messieurs, i* faire exactement le catéchisme, il faut le bien faire.

Un catéchisme n'est un principe de régénération dans une paroisse, qu'à cette condition, et ne croye: pas qu'elle soit facile à réaliser. C'est un art précieux

mais difficile à acquérir, et les bons catéchistes sont rares précisément parce que beaucoup de prêtres n'ont pas cette conviction. Ils se disent : Un catéchisme, mais c'est une exposition simple, familière de la doctrine chrétienne ; c'est une théologie élémentaire. Nous, par conséquent, qui avons fait nos cours complets, qui avons consacré quatre ou cinq ans à des études approfondies, nous n'avons pas à nous préoccuper beaucoup de ce ministère ; nous pouvons le remplir aisément et sans préparation.

Ceux qui raisonnent ainsi se trompent, et il est bien à craindre qu'en suivant cette ligne de conduite ils soient et demeurent toute leur vie de pauvres et impuissants catéchistes.

Non, Messieurs, il n'est pas facile d'être un bon catéchiste. On peut être profond théologien, orateur éminent, et très mauvais catéchiste. C'est ce qui arrive si on ne sait pas se mettre à la portée des enfants, leur faire l'application de cette parole de saint Paul : « Je vous ai donné du lait à boire et non une nourriture solide, car vous n'auriez pu la supporter* ». Les enfants ne sont pas capables de suivre un enseignement très élevé. Ces idées surnaturelles, au milieu desquelles votre esprit, habitué aux spéculations de la science, se trouve à l'aise, il s'agit de les mettre à la portée de ces intelligences novices, de les leur présenter non sous la forme d'une viande solide qu'elles ne digéreraient pas, mais comme un lait qui les nourrisse sans les fatiguer. Ce que vous devez leur enseigner, c'est bien au fond la théologie, mais une théologie accommodée à leur faiblesse.

Vous avez à votre disposition une foule de manuels, d'expositions simples et familières du catéchisme ; il y

' I Cor., III, 2.

en a d'excellents. C'est une mine ; il vous est assuré ment permis et il vous sera très utile de l'exploiter Mais, je ne crains pas de l'affirmer, vous n'enseignerez bien le catéchisme que si, mettant à profit ces matériaux précieux, vous les assimilant, les rendant vôtres par un travail personnel, vous vous êtes fait um explication écrite du catéchisme à votre usage.

C'est à ce travail personnel que je vous convie. J( voudrais que, dès le début de son ministère, tout jeun( prêtre, bien convaincu que le catéchisme est et sen jusqu'à la fin l'œuvre par excellence de sa vie pastorale, celle par laquelle il fera, sinon beaucoup de brui du moins beaucoup de fruit dans l'Eglise, y donna toute son attention et tous ses soins. 11 faudrait que prenant pour point de départ le texte du catéchismi diocésain, il écrivît, chapitre par chapitre, l'explicatioi simple et concise de toutes les questions, je diraii volontiers de tous les mots, s'attachant à en fair( comprendre, au moyen de comparaisons, d'images d'histoires soigneusement préparées, le sens mêm( littéral, qui échappe souvent aux enfants *. Un prêtn qui ferait ce travail, le perfectionnant peu à peu, ajou tant à son manuscrit, sur les marges laissées à dessein, les pensées, les applications que lui fournissen ses lectures ou ses réflexions, serait bientôt un maîtr< catéchiste.

Il rendrait tout d'abord son catéchisme vraimen instructif.

Tel est évidemment. Messieurs, le premier but qu( vous devez vous proposer : instruire les enfants, faire

1 Nous indiquons comme modèle de ce travail celui qu'a faii le pieux et savant évêque de Belley, Mgr Dévie, dans se Méthode pratique pour faire le cathéchisme. Chez Poussielgue Rusand, ■

passerdansces esprits légers, peu exercés à la réflexion, souvent même rebelles et grossiers, les plus hautes spéculations de la science divine, ces vérités adorables devant lesquelles se serait extasié le génie des Aristote et des Platon.

Tout catéchiste peut y prétendre sans témérité. Les intelligences auxquelles il s'adresse sont préparées à recevoir cet enseignement ; le saint baptême les a ouvertes à cet effet. Ne l'oubliez pas ; dites-vous bien que votre parole trouve dans ces âmes un écho surnaturel ; elle n'y est pas une étrangère, elle y va réveiller et développer des germes préexistants. De là cette facilité et cette promptitude avec lesquelles la plupart des enfants saisissent un enseignement qui, humainement parlant, est si fort au-dessus de leur portée.

Mais encore faut-il que le catéchiste transmette la doctrine dans toute sa pureté et sa précision, sans aucun mélange d'erreur, et il n'y réussira qu'à la condition d'être et de rester vraiment théologien. Sans doute vous avez plusieurs autres motifs de posséder à fond la science sacrée, et par conséquent de l'étudier Isans cesse. Je vous les ai rappelés. Vos fonctions de confesseurs et de prédicateurs en particulier vous font jJe cette étude un devoir impérieux. Mais j'ose dire que vos fonctions de catéchistes ne vous y obligent îpas moins. Si vous n'êtes pas théologiens, ou si, faute

Je travailler, vous cessez de l'être, ce qui arrive vite, \otre catéchisme s'en ressentira forcément. Votre jînseignement ne sera ni précis, ni clair, ni doctrinal ; j/ous donnerez à vos enfants des idées inexactes qui

eur demeureront toute leur vie et qui, en faussant

eur conscience, les exposeront à pécher.

Vous aurez donc grand soin d'entretenir vos connaisj>ances théologiques. Je ne saurais trop vous recom-

nander dans ce but la lecture assidue de votre auteur

du séminaire et celle du Catéchisme du Concile d Trente. Tout catéchiste devrait sans cesse consulte ces deux livres et en faire la base de son enseigne méat catéchétique.

Vous ne vous attacherez pas seulement à donner vos enfants une instruction irréprochable au point d vue de la doctrine, vous chercherez à la rendre auss intéressante que possible. Un catéchisme où le enfants s'ennuient est un catéchisme manqué. Ils viennent sans doute : ils ne peuvent s'en dispenser mais c'est à regret et par force. Ils n'y prennent aucii: intérêt et n'en retirent aucun profit. C'est une corvé dont ils aspirent à être débarrassés ; ils en conserven un souvenir de nature à les éloigner plutôt qu'à le rapprocher de l'Eglise et de la religion. Voilà l'écuei contre lequel viennent échouer certains catéchistes Leur catéchisme est ennuyeux, parce qu'ils le fon sans goût ; ils n'y portent pas de dévouement, d'entraii surnaturel ; ils ne savent pas réagir contre les ten dances de la nature et prendre les moyens de captive leur jeune auditoire. Tout se borne à une récitatioi sans vie. à des interroo^ations froides et lano^uissantes à quelques explications vagues et incomplètes parc» qu'elles n'ont pas été préparées.

11 faut de toute nécessité. Messieurs, rendre votn catéchisme vivant et attrayant. Vous y arriverez pa le chant des cantiques et la variété des exercices Faites en sorte que Tattention soi constamment tenu* en éveil et l'émulation excitée par des éloges ou de: reproches décernés à propos, par des récompenses par cet ensemble de moyens dont vous trouverez Ténu mération détaillée dans la « méthode de saint Sulpice* «

^ Ce livre, indispensable à tout catéchiste, se trouve à h librairie Lecoft're, 29, rue Vieux-Colombier, Paris.

^ue cette heure soit si bien remplie qu'elle s'écoule rop vite au gré des enfants, et que ces réunions, loin le leur être à charge, leur deviennent une véritable 'ête. C'est la condition indispensable du succès d'un :atéchisine : tant que vous ne l'aurez pas pleinement 'éalisée dans le vôtre, n'espérez pas y faire un bien îérieux.

Voilà donc le but que vous devez vous proposer et /ous efforcer d'atteindre. Vous le pouvez tous. Sans loute, certains prêtres sont plus heureusement doués {ue d'autres sous ce rapport ; ils savent mettre dans eur enseignement un attrait toujours nouveau. Mais l n'en est pas un parmi vous auquel il ne soit donné l'acquérir ce talent, au moins dans une certaine nesure II est nécessaire à tout catéchiste : dès lors )ieu ne le refuse pas à celui qui, convaincu de cette lécessité, le lui demande pour sa gloire et le salut des imes, et de son côté ne néglige rien pour mériter et btenir cette grâce.

Une des conditions préliminaires. Messieurs, pour )ien faire votre catéchisme, c'est d'y établir et d'y nainlenir un ordre parfait. Choisissez le lieu qui vous •araîtra le plus favoi'able. Si vous avez à votre dispoition une chapelle spéciale, ce sera pour le mieux ; i vous n'en avez pas et qu'il vous faille tenir vos éunions dans l'église même, organisez toutes choses !e façon à prévenir la dissipation et le désordre. Choisissez autant que les difficultés actuelles le perlettent. l'heure qui précède la classe de préférence à elle qui la suit, parce qu'alors les enfants, déjà fati- .ués, ne suivraient qu'avec peine votre enseignement. Hie le catéchisme, annoncé par un tintement de loche, commence chaque jour à heure fixe. Soyez l'ès exacts, afin de pouvoir exiger que vos enfants le oient ; ne souffrez pas qu'ils viennent en retard.

Habituez-les à entrer à l'ég-lise non, comme il arriv trop souvent, bruyamment et en tumulte, mais ave ce respect et dans ce religieux silence qui convienner à la maison de Dieu. Apprenez-leur à faire, en entrar et en sortant, la génuflexion, mais une génuflexio vraiment religieuse, et non une de ces génuflexion imparfaites et hâtives, qui ne sont rien moins qu'u acte de religion. Accoutumez-les à s'agenouille pendant quelques instants avant de s'asseoir. Assigne à chacun la place qu'il devra prendre, toujours 1 même, sans qu'il lui soit permis d'en changer arbitra rement ; cette mesure vous facilitera singulièremei la surveillance. Par dessus tout, exigez un silène rigoureux : soyez inflexibles sur ce point ; ne perme tez pas qu'on y fasse la moindre brèche.

Pour obtenir ce bel ordre, montrez-vous très ferme au début surtout de chaque année, mais d'une ferme! tempérée par une grande bonté. Vos enfants doivei être bien convaincus que vous les aimez et que tout c que vous exigez d'eux c'est dans leur intérêt : il fai qu'ils vous obéissent moins par crainte queparamoui Sans doute, la crainte est nécessaire dans une certain mesure, mais l'amour Test davantage encore : il obtier des résultats plus sérieux et plus durables.

Et le moyen de vous concilier l'affection de vo enfants sans rien perdre de votre autorité et en restai parfaitement maîtres de votre catéchisme, c'est d'êti toujours très dignes. Rappelez-vous ce que disait déj un moraliste païen : « L'enfance a droit à un très gran respect : Maxima dehetur puero reverentia ^ ». IN laissez pas paraître l'homme avec ses faiblesses, s( saillies de nature, ses inégalités d'humeur, ses bru; queries, ses paroles malséantes. Restez prêtres dar

1 Juven., Satir., xix, v. 37.

^otre tenue, le ton de votre voix, vos gestes, votre .'osliime, tout votre extérieur. Quand vous laites le catéchisme, vous n'êtes pas des professeurs vulgaires, les maîtres d'école enseignant une science quelconque; /eus êtes des prêtres remplissant une fonction sainte :\ussi ])ien que lorsque vous paraissez en cliaire, au confessionnal, à Tautel. Voilà pourquoi j'exige que ^^ous fassiez le catéchisme revêtus du surplis, cet insigne de votre cléricature. Le plus souvent d'ailleurs vous le faites dans l'église, tout près par conséquent le Notre-Seigneur Jésus-Christ et sous son regard, nspirez-vous, dans vos rapports avec les enfants, de ses enseignements et de ses exemples. « Laissez, vous iussi, ces petits venir à vous * » en toute simplicité et confiance, parce que vous les recevrez non pas, sans Joute, avec cette indulgence excessive qui entretient es défauts et les abus, mais avec cette mansuétude surnaturelle qui vous gagnera leurs cœurs et vous loniiera toute facilité pour remplir votre tâche.

Instruire vos enfants. Messieurs, c'en est une partie ieulement et même pas la plus importante.

Le catéchisme a pour but de former des chrétiens,

;'est-à-dire des hommes qui croient et qui pratiquent

ja doctrine chrétienne. L'instruction est nécessaire,

lie consolide et développe la foi ; mais elle ne suffî-

ait pas. Vous vous proposerez d'agir non seulement

ur l'intelligence de ces enfants pour l'éclairer, mais

ur leur conscience pour la rendre droite et délicate,

ur leur volonté pour l'affermir dans la pratique du

•ien, sur leur cœur pour le former à la vertu. Vous

ous efforcerez de leur inspirer l'horreur du péché, la

raintedes jugements de Dieu, qui est le commence-

i lent de la sagesse, mais surtout cet amour fdial qui

' 8. Mattil, XIX, Vi.

en est la consommation. Disons tout, en un mol votre ambition sera d'avoir des enfants non seulemen instruits, mais encore et surtout des enfants pieux. S vous ne faites pas cela vous n'avez rien fait. On pourr dire de vous : « Ils ont travaillé en vain : In s>aîiun laboraverunt^ ».

Et comment inspirerez-vous à vos enfants cette piét si nécessaire ? Avant tout et par dessus tout, en étan pieux vous-mêmes, en leur faisant comprendre e goûter la piété en votre personne. L'enfant a un tact une sorte d'instinct merveilleux pour discerner ce choses intimes ; il ne s'y trompe pas. Si vous ête vraiment pieux, il le devinera, il le sentira. Tout c que vous lui direz, tout ce que vous ferez, exhalerj pour lui un parfum de piété qui l'atteindra avec un^ puissance communicative irrésistible. Un catéchist pieux arrivera tôt ou tard à faire régner la piété dan son catéchisme ; mais, par contre, un catéchiste qu ne l'est pas ne formera jamais des enfants qui le soient Nenio dat quocl non habet.

D'ailleurs, si vous êtes pieux vous parlerez de L piété, et vous en parlerez de l'abondance du cœur Vous la mêlerez comme un doux arôme à toutes voi instructions : elles seront dès lors pleines d'onctioi et de vie. Tout y convergera vers l'amour de Dieu A chaque instant l'occasion se présentera, et vous h saisirez avec empressement, de faire ressortir s< l)onté, sa grandeur, sa miséricorde, l'action bénie d( sa providence, pour aboutir à cette conclusion Aimez-le donc bien, mes enfants, ce Dieu qui vou; aime tant; aimez-le de tout votre cœur; aimez-l( d'un amour qui s'affirme par des actes.

Non contents d'exhorter vos enfants à la piété, vous

' Ps. cxxvi, 1.

es y exercerez selon le conseil que l'Apotre vous lonne à vous-mêmes : Exerce aiitem teipsuin ad lietatem^. Le catéchisme est un enseignement pra- ,ique avant tout ; ayez donc grand soin de faire pratiquer à vos enfants ce que vous leur enseignez.

Vous leur parlez, par exemple, de la prière, de sa lécessité, de son efficacité, de ses consolations, de ses conditions. Accoutumez-les à prier et à bien prier, à aire avec respect et recueillement cet acte si important le la vie chrétienne. Pour cela attachez une grande mportance aux diverses prières qui se disent au cours lu catéchisme. Veillez à ce qu'elles soient récitées îenement, dévotement. Vos enfants contracteront cette )onne habitude ; ils la porteront ensuite dans leurs lutres prières, alors même qu'ils les feront en dehors le votre surveillance.

Vous leur parlez de la dignité de nos églises, du ■aspect qui leur est dii, à raison surtout de la pré- ;ence réelle de Notre-Seigneur. liabituez-les à traluire ce sentiment en acte par un silence religieusenent gardé, par une attitude toujours modeste. Ne eur laissez prendre aucune de ces libertés que se )ermeitent, dans le saint lieu, les incrédules et même |rop souvent, hélas ! les demi-chrétiens.

Vous leur parlez du saint sacrifice de la messe, des ins augustes pour lesquelles il est offert, des grâces ans nombre qui en découlent. Ne vous contentez pas

e vous assurer qu'ils y assistent régulièrement, veillez

ce quils y apportent une tenue et des dispositions

onvenables 2.

' I ad Timolh., iv, 7.

* Les enfants ne peuvent satisfaire dignement et utilement

our eux à cette obligation de l'assistance à la saintej^niesse

on n'a pris soin de leur ménager à l'église des places d'où

puissent voir les cérémonies, entendre la [prédication,

228 DIXiÈMIi: CONFÉREXCE

Je reviens en terminant, Messieurs, à la pensé que j'exprimais au début de cette conférence; vou nesauriez être trop convaincus de l'importance d catecliisme. En vous adonnant courageusement à c travail, vous devez souvent vous dire : « C'est un grande entreprise ; il s'agit, en effet, de préparer un habitation non pas à un homme, mais à Dieu ^ ».

Cela est vrai de la première communion ; mais cel est vrai aussi de la vie tout entière. Vous préparez dans ces jeunes âmes, une habitation oii Dieu veu résider non seulement au jour de sa première visite mais tous les jours, et c'est de vos catéchismes, d la manière dont vous les ferez qu'il dépend, pou une grande part, que ce désir de Dieu soit ou ne soi pas satisfait. Il y a tout espoir que des enfants formé à l'école d'un catéchisme régulier, sérieux, instructif intéressant et pieux, resteront toute leur vie ou revien dront, à un moment donné, la demeure de Dieu.

Mais si le catéchisme a de telles conséquences s'il est par suite une des fonctions majeures de votr ministère, c'est aussi une de celles oii la routine et li négligence se glissent plus facilement. Par cela mêmi qu'il le fait tous les jours, qu'il s'adresse à dei enfants, qu'il n'est soumis à aucim contrôle humain

s'associer aux chants, en un mot suivre l'office. Sans celi comment espérer qu'ils échapperont à l'ennui et à la dissipa lion ? Le placement des enfants à l'église est chose trèi importante.

I^artout où le nombre des prêtres le permet, il est à désirei qu'une messe spéciale pour les enfants soit dite chaqu« dimanche, avec des cantiques et une courte instruction fait< uiii(iuement à leur intention. C'est le meilleur moyen de le.intéresser, de leur faire prendre goût aux offices de l'églis* o.l de leur inspirer le désir de continuer à y assister mêm( après leur première communion.

' Parai., xxix, 1.

le prêtre est peut-être plus exposé là que partout ailleurs à se nég^liger et à transformer cette action, en soi très sanctifiante et très féconde, en un exercice sans portée et sans vie.

Réagissez de toutes vos forces, 'Messieurs, contre cette déplorable tendance. Demandez-vous compte à vous-mêmes de la manière dont vous vous acquittez de ce devoir. Faites souvent de cette question le sujet de vos méditations et de vos examens de conscience, -lepassez dans votre esprit les motifs qui établissent importance et la grandeur de cette fonction de catéchiste. Pénétrez-vous de ces belles paroles do iaint Chrysoslome : « Quoi de plus grand que de diriger les âmes, que de régler les mœurs des idolescents ? Pour moi, j'estime qu'il l'empoiHe de )eaucoup sur n'importe quel peintre et quel sta- -uaire celui qui sait former ces jeunes âmes * ».

Entretenez-vous dans ces dispositions en relisant, de -emps en temps, les auteurs qui ont traité cette natière, et en particulier les Entretiens sur le catéhisme^^ de Mgr Dupanloup, évêque d'Orléans. C'est m livre dont je ne saurais trop vous recommander à ous la méditation et la pratique dans la mesure qui îonvient à chacune de vos paroisses.

Et quand bien même cette conférence n'aurait l'autre résultat que de vous décider à vous procurer et ouvrage, à le lire attentivement, à vous pénétrer

* Quid majus qiiani animis modorari : quam adolescenilorum fingere mores ? Omni cerle pictore, omni ccrle taiuario, ca^terisqiic omnibus hujusmodi omnibus exceilenorem hune duco qui juvonum animos fmgere non ignoret. n cap. XVIII ; S. Math., hom. 60).

- L'Œuvre par e.rcellence ou Eiilrcllens sur le. caféc/iisme, ar Mgr l'Evèque d'Orléans. 1 vol. (Téqui, Jibraire-édilour, ), rue de Tournon, Paris).

des conseils si pleins de sagesse et d'expérience qu'il renferme, je croirais vous va oir rendu un émineni service. Ce que je n'ai pu vous dire que très sommairement, vous le trouverez là avec tous les développements pratiques. Volontiers , empruntant la parole de Tapôtre saint Paul pour l'appliquer, toutes proportions o^ardées, au sujet que je viens de traiter, je vous dirais à vous tous qui désirez être de bons catéchistes, en vous présentant . ce livre vraimeni admirable : « Méditez-le, nourrissez-vous de sa doctrine, et vos progrès dans cette science si importaiit( deviendront manifestes pour tous : » Hœc meditave iii his esto^ ut profectus tuus manifestus sit omnibus *

1 I Tim., IV, 15.

Messieurs,

Le catéchisme réo;ulièrement fait, avec une vig-ilance et une piété qui ne se démentent pas, est-ce tout ce que vous devez aux eni'ants de votre paroisse ? Ne sont-ils pas en droit d'attendre quelque chose de plus de vos paternelles sollicitudes ? et de votre côté vous regarderez-vous comme entièrement libérés envers eux quand vous leur aurez appris et expJiqué les éléments de la doctrine chrétienne ?

Non, ^lessieurs, vous vous rendez bien compte que 3ela ne suffirait pas ; vous avez de votre charge pastorale, vis-à-vis de ces agneaux de votre bergerie, une plus haute idée ; vous entendez TÉglise qui vous confie ces enfants vous dire, comme autrefois la fille lu roi Pharaon à la mère de Moïse : « Recevez-les, lourrissez-les pour moi : je vous donnerai votre récompense : » Accipe^ ait puerum îstum^ et mitri nihi : ego dabo tihi mercedem tuam *. Ce qu'elle

Ex., II, 9.

232 ONZIÈME CONFÉREXCE

veut, ce qu'elle vous demande, ce n"est pas seulement que vous les instruisiez, c'est que vous les nourrissiez pour elle » : Nutri inihi^ c'est-à-dire que vous les formiez si bien qu'ils restent à tout jamais ses fils et qu'au besoin ils deviennent ses apôtres.

C'a toujours été et ce sera toujours le devoir d'un bon pasteur de s'occuper spécialement des enfants ; il y va de l'avenir de sa paroisse, et d'ailleurs, c'est la fonction la plus consolante de son ministèrtî. Ce£ jeunes âmes, au début de la vie, sont disposées à s'ouvrir aux choses de Dieu mille fois mieux que celles qu'a déjà touchées le vent des sollicitudes el des passions de ce monde ; elles ressemblent, on Yi très bien remarqué, à une cire molle sur laquelle i est plus facile de laisser des empreintes durables.

Vous voulez que ces chers enfants fassent \\m bonne, une sainte première communion. Ce ])ut grâce à Dieu, vous l'atteignez habituellement. ^ part certains sujets douteux et que vous n'admette; qu'en tremblant, vous avez la consolation de vou! dire que vos premiers communiants font de leur mieuî cette grande et décisive action.

M<\is ce qui souvent vous effraye, et à juste titre c'est l'avenir. Vous vous sentez saisis d'appréhensioi et de tristesse à la pensée que ces enfants, si biei disposés, vont retomber, en vous quittant, dans m milieu dinditférence, peut-être d'incrédulité, où il: auront ])ientôt fait de perdre l'intelligence et 1< pratique de leurs devoirs de chrétiens.

Eh bien, le second but qu'il faut vous proposer c'est -de les préparer non pas seulement en vue d» leur première communion, mais aussi et surtout ei vue de leur persévérance dans l'avenir. Avoir sani cesse présentes à l'esprit les difficultés, les tentationf redoutables qu'ils sont exposés à rencontrer et leî

)rémiinir contre ces dang-ers, les armer pour ces uttes inévitables, voilà la préoccupation constante du )on pasteur.

Les circonstances actuelles exigent sur ce point un •edoublement d'attention et de vigilance.

Il n'y a pas à se l'aire illusion, Messieurs, le terrain pi'a choisi la libre-pensée contemporaine pour com- Dattre TEglise catholique c'est celui de l'éducation le l'eniaiice Les journaux qui se font ses organes m laissent chaque jour échapper l'aveu ; quelques-uns neme lancent ouvertement leur programme. Pv^ous voulons, disent-ils, anéantir la foi. Cherchons à 'étouffer en son germe, dans l'âme des enfants, avant ju'elle ait le temps de s'y enraciner, et, dans quelques innées, nous serons maîtres de la situation ; nous lurons une génération formée d'après nos principes, ndifférente, incroyante, îiostile à l'Eglise ; et le ombat cessera laute de combattants.

Voilà le complot formé par l'incrédulité ; il est labile et vraiment satanique. Sans doute, il ne faut )as s'en inquiéter outre mesure, ni surtout s'attrister le^ cette tristesse qui produit le découragement. Si orts que soient nos adversaires, « que peuvent-ils i Dieu est avec nous » : Si Deus pro nobis quis ontra nos ^? et comment ne serait-il pas avec nous uand il y va des intérêts de ces âmes d'enfants qu'il ime d'un amour de prédilection ? Seulement il faut ombattre avec énergie et persévérance.

Le point de mire de l'incrédulité, c'est l'enfance : ue ce soit aussi le nôtre. Elle prétend nous Tenlcver our la donner au démon de l'erreur et des passions lauvaises, pour rengager dans les voies de la péril ion. A nous de la lui disputer, de chercher à la

' ' Ad Rom., VIII, 31.

conserver, à l'attirer pour la donnera Dieu, Tengagei et la maintenir dans la voie qui conduit au ciel.

De là. Messieurs, pour vous Tobligation plus rigoureuse que jamais non seulement de catéchiser vos enfants, mais de veiller sur eux, de les dirig^er, de les former à la piété chrétienne.

Quels moyens avez-vous à prendre pour y réussir '. Sur qui pouvez-vous vous appuyer ?

Trois sanctuaires sont naturellement indiqués dans lesquels votre action sanctifiante sur l'enfance devrail s^exercer : la famille, l'école, l'église. Examinons c( que vous pouvez attendre de chacun d'eux.

La famille !

Malheureusement, à notre époque, surtout dans les villes et les bourgs, plus travaillés par la mauvaise presse, ce point d'appui fait souvent défaut.

Un certain nombre de familles ne sont plus chrétiennes ; elles en sont arrivées à cet état que déiinil si énergiquement saint Paul : « L'homme-animal m comprend rien à ce qui est de l'esprit de Dieu ! * > Là, on ne paraît pas même soupçonner que l'enfant ail une àme, ou du moins on ne s'en préoccupe pas plu^ que si elle n'existait pas.

D'autres, sans descendre à ce degré d'indifférence ou d'hostilité, n'ont plus cette foi vive et pratique qui fait apprécier, à sa juste valeur, l'importance de l'éducation religieuse ; toutefois, elles ne voudraient pa^ que leurs enfants en fussent complètement privés.

Nous avons enfin, en trop petit nombre, hélas ! les familles vraiment chrétiennes. Les traditions et le.'-

1 I ad Cor., ii, 4.

labitudes de la piété s'y sont fidèlement conservées ; 3lles sont demeurées un milieu béni où Tàme de l'enfant trouve tous les secours désirables pour sa formation et sa persévérance.

Quelle que soit la famille à laquelle vous ayez affaire, Messieurs, travaillez à vous ménager sa coopération dans Taccomplissement de votre mission auprès des snfants. Employez, dans ce but, toutes les pieuses industries que vous suggérera un zèle prudent et îclairé.

La perspective de la première communion vous sera sans doute d'un grand secours pour l'obtenir.

Quand les enfants ont accompli ce devoir, trop souvent ils vous échappent ; au sujet de ces enfants iont vous espériez qu'ils constitueraient un jour un Drincipe de vie paroissiale, vous êtes contraints de épéter, avec tristesse, la plainte de Jérémie : « Comment les pierres du sanctuaire ont-elles été dispersées ? Quomodo dispersi siint lapides sanctuarii ? * »

Mais, avant la première communion, vous êtes încore à peu près les maîtres. Cette grande action nspire un tel respect et a tellement pris racine dans los mœurs chrétiennes, qu'il n'est pas facile de l'en irracher. Môme dans les paroisses et les familles les noins religieuses, les parents tiennent à ce que leurs mfants fassent leur première communion ; ils ne consentiraient pas à s'en passer ; ils croiraient, — et *ette croyance leur fait honneur, elle est un reste de christianisme et la preuve que tout germe de foi n'est )as mort en eux, — que si leurs enfants ne s'appro- 'haient pas de la table sainte, une sorte de malédiction )èserait sur leur vie tout entière.

Assurément, Messieurs, il ne faudrait pas abuser de

' Thron-, iv, 1.

cette disposition que l'incrédulité s'efforce de battn en brèche ; mais il faut en user pour exiger et pou: o])lenir que ces enfants se préparent d'une manièrt sérieuse et complète à cette grande et sainte actioi qui doit exercer sur leur avenir une influence décisivi et jeter dans leur âme, quand même elle subirai des défaillances passagères, un germe de résurrectioi et de salut. Céder sur ce point, faire des concessions serait, de la part d'un pasteur, une faiblesse coupabli et qui aurait des conséquences déplorables.

Je ne saurais trop vous recommander d'abordé: souvent, en chaire, ce sujet si important de l'éducatioi des enfants. Rappelez aux pères et mères les devoir: que leur impose ce titre ; insistez sur la responsabiliti qui leur incombe à cet égard, sur le jugement terribL qu'ils se ménageraient au tribunal de Dieu si leiii négligence et, à plus forte raison, leur irréligioi avaient été cause de la perte de ces âmes.

Dans les visites que vous rendez à vos paroissiens attachez-vous de préférence aux familles dont le; enfants se préparent à la première communion Demandez des renseignements sur leur conduite parlez dès espérances ou des appréhensions qu'ils vous donnent ; ajoutez de bons conseils, de sages recommandations en ce qui les concerne. Montrez, ei un mot, que vous les aimez et que vous leur portez ur véritable et paternel intérêt. Un père et une mère soni toujours sensibles à ces témoignages d'affection ; vous ouvrez ainsi leur cœur à la confiance, et vous vous préparez les voies à un apostolat plus facile et plus fécond auprès de ces jeunes âmes.

Les conseils que vous donnez du haut de la chaire, et dans l'intimité du foyer domestique, répétez-les au saint tribunal de la pénitence : ne manquez pas d'en faire un des sujets habituels de vos interrogations e1

de vos avertissements. Les conlesseurs n'y songent peut-être pas assez, et cependant, à Theure présente, plus que jamais, il est indispensable d'attirer sur cette grave question l'attention et les réflexions sérieuses des pères et des mères. 11 importe surtout de leur faire bien comprendre qu'ils ne sauraient, sans se rendre coupables, confier leurs enfants à des maîtres ou à des maîtresses qui ne leur offriraient pas toutes les garanties désirables au point de vue religieux.

Votre action en faveur des enfants devrait s'exercer ion seulement dans la famille, mais encore dans école. Là aussi vous êtes, de par cette paternité surnaturelle que vous confère votre sacerdoce, leurs surveillants et leurs protecteurs-nés ; malheureusenent la législation actuelle réduit votre influence à )ien peu de chose.

Les écoles publiques étant laïcisées, les portes vous in sont fermées. Les instituteurs et institutrices se iennent à Técart, les uns par crainte, les autres par lostilité. Loin d'être, comme ils le devraient, vos luxiliaires dévoués, ils deviennent pour vous une nenace et un danger ; et plus d'une fois sans doute eus en êtes réduits à gémir devant Dieu du mal que ont à ces jeunes âmes ceux qui devraient vous aider à 38 former et à les sanctifier.

Peut-être, cependant, aurez-vous le bonheur de renontrer des maîtres chrétiens. Grâce à Dieu, parmi eux qui sont appelés à enseigner cette chère jeunesse,

s'en trouve encore qui comprennent la sublimité et îs responsabilités de leur mission et qui, pour rien au

monde, ne voudraient y manquer. Comme ces femme courageuses dont il est parlé au livre de TExode *, i] craignent Dieu et ils se refuseraient, le cas échéant, rien faire qui fût préjudiciable aux âmes de c( enfants.

Si vous en avez de tels, réjouissez-vous, profite de leur concours, mais évitez ce qui pourrait les coir promettre.

Montrez-vous pleins de condescendance à lei égard. S'ils ne peuvent pas réaliser tout le bien qi vous voudriez et qu'eux-mêmes désirent, c'est dé; beaucoup qu'ils ne vous soient pas un obstacle : c'e: le cas de vous souvenir du proverbe : le mieux ei parfois l'ennemi du bien.

Si au contraire vous avez des instituteurs pe religieux et même hostiles, ce doit être pour vous, ^ le comprends, un très grand chagrin ; car ce sont d( loups dans la bergerie de vos agneaux. Vous demar derez donc à Dieu avec instance de vous en délivre Mais, en attendant, faudra-t-il engager une lutl ouverte, vous laisser aller à des récriminations, à d( attaques violentes ? non. Messieurs ; souvent vous r feriez qu'augmenter le mal. Mieux vaudra supporte en silence, et en vous plaignant au divin Maître seu ce que vous ne pouvez empêcher.

Cette attitude de charitable modération ne voi empêchera pas d'ailleurs de travailler de toutes vc forces à atténuer le mal et à y porter remède. Voi sionalerez discrèlement le dan^-eraux familles et voi les détournerez, surtout si elles ont d'autres re: sources à leur disposition, d'envoyer leurs enfani dans ces écoles dangereuses. Vous vous tiendre autant que possible au courant de ce qui s'y dit et s"

1 Ex., I, 17.

ait, des livres qui y sont en usage. Il ne vous est pas îermis de vous désintéresser de ces graves questions : loive droit de surveillance est imprescriptible, et ril vous est devenu impossible de l'exercer officiellement et dans toute son étendue, il vous reste toujours e devoir d"en faire usage toutes les fois qu'une )Ccasion favorable se présente. Et si, grâce à cette vigilance pastorale toujours en éveil, vous arriviez i constater des infractions au fameux priEcip3 de la leutralité, si les maîtres se permettaient des incursions lostiles sur le terrain religieux et cherchaient n'im- )orte de quelle manière à détruire ou ébranler la foi ans Tàme de vos enfants, vous ne sauriez demeurer ndifîérents et muets; il vous appartiendrait d'avertir es parents, de les engager à formuler et à faire irriver à l'autorité compétente leurs justes réclanations. Peut-être on n'en tiendra pas compte et elles 'aboutiront pas à un résultat décisif. Elles montreont du moins aux coupables qu'on ne s'endort pas ; lies les forceront sinon à se convertir, du moins à se enir sur une certaine réserve, sachant que la seninelle veille et ne manquera pas à la moindre ostilité de pousser le cri d'alarme. Dans tous les cas, eus aurez délivré votre âme, car vous n'aurez rien égligé pour sauvegarder celle de vos enfants. C'est surtout quand un curé se trouve en face de ette désolante situation qu'il constate l'immense vantage pour une paroisse d'avoir des écoles chréennes dirigées par des maîtres et des maîtressesui soient ses dévoués et utiles auxiliaires. Par malheur, dans un trop grand nombre de locales, la création de telles écoles n'est pas possible, artout, du moins, où il existe à cet égard quelque lance de succès, un pasteur zélé ne négligera rien 3ur assurer à ses paroissiens cet inappréciable pri-

vilège. Pour s'encourager parmi les difficultés et les sollicitudes inséparables de cette entreprise, il se dira que procurer à ses enfants le bienfait d'une école et d'une éducation chrétiennes, c'est diminuer d'autant sa responsabilité et rendre plus facile et plus consolant l'accomplissement de ses graves et nombreuses obligations vis-à-vis de cette portion si intéressante de son troupeau.

A supposer, Messieurs, que vous n'ayez absolument rien à attendre ni de la famille ni de l'école., il vous resterait encore votre principal champ de bataille : l'église.

Là, vous êtes à l'aise : vous avez toute facilité et toute liberté de travailler efficacement à la formation religieuse et à la sanctification de vos chers enfants.

Vous y travaillez déjà par vos catéchismes si vous vous appliquez à les bien faire, si en même temp^ que vous éclairez l'intelligence en la pénétrant des enseignements de la foi, vous n'oubliez pas de formai le cœur à la piété et à toutes les bonnes habitudes de la vie chrétienne.

Mais votre grand moyen d'action, c'est la confession. Pour façonner ces âmes, les pétrir, si je puis parler ainsi, et les couler dans le moule chrétien, vous avez besoin de les atteindre d'une façon intime e1 personnelle, et vous en trouvez l'occasion favorable au saint tribunal. Ce ministère auguste de la confos sion est le complément nécessaire de celui du caté chisme ; sans lui la formation religieuse de l'enfance resterait forcément très incomplète. Au confessionna vous achevez et perfectionnez votre œuvre ; là, vou;

ppliquez à chaque àme, en particulier, suivant ses esoins, la direction que vous leur donnez à toutes en 'énéral au catéchisme. Vous formez Jésus-Christ en lie par la grâce du sacrement.

Voilà pourquoi vous devez attacher une très grande mportance à ce ministère de la confession des nfants. Vous ne pouvez pas plus négliger de les onfesser que de les catéchiser : c'est pour vous une iffoureuse oblio:ation de conscience.

C'est par la confession fréquente que vous leur

pprendrez à estimer ce grand sacrement, à le rece-

oir avec les dispositions convenables ; par elle, vous

"availlerez efficacement à leur conserver ou à leur

endre, s'ils avaient eu le malheur de la perdre, cette

ureté de conscience qui est la robe nuptiale requise

our se présenter au banquet de l'Agneau.

Il faut avoir une très haute idée de cet apostolat,

DUS y adonner avec un zèle qui ne rebute pas et ne

arrête devant aucune des difficultés, des lassitudes

; des dégoûts qui en accompagnent presque néces-

[drement l'exercice : il le faut pour que ces confessions

)ient bonnes et portent tous leurs fruits.

C'est, j'en conviens, une fonction très laborieuse

1' de confesser des enfants : la mobilité de leur âge,

"litTiculté de fixer leur attention, de former en eux

s dispositions nécessaires, augmentent évidemment

fatigue toujours inhérente à ce ministère alors

I il s'exerce vis-à-vis de grandes personnes ; et si le tHre ne fait pas appel aux considérations surnatulles, s'il n'entretient pas constamment son esprit et

II cœur dans de saintes dispositions, il est fort exposé houer : il fera les choses d'une manière hâtive,

perficielle et par conséquent inféconde ou à peu

Si tout devait se borner à recevoir l'aveu des fautes,

à dire quelques mots d'encouragement et à donner une bénédiction ou une absolution, le travail serait bien simplifié. En très peu de temps on pourrait entendre beaucoup de confessions d'enfants. C'est ce qui arrive malheureusement quelquefois ; certains confesseurs procèdent de cette façon trop expéditive. Mais quels résultats sérieux peut-on espérer de ces sortes de confessions ?

Non, Messieurs, si on veut atteindre Tàme de chacun de ces enfants, remplir auprès d'eux un véritable apostolat, leur apprendre à s'examiner, à se bien confesser, les accoutumer à suivre une méthode qu'ils conservent toute leur vie, arracher un à un les germes du mal, développer les semences du bien, leur rendre pour ainsi dire sensible la grâce du sacrement, il faut beaucoup d'attention et de patience. Il importe de n'en pas confesser un grand nombre en une seule séance, mais de les faire venir successivement par petits groupes. Volontiers je comparerais la culture de ces jeunes âmes au tribunal de la pénitence, au travail de ce jardinier qui, sans négliger les grands arbres, donne des soins exceptionnels à ces arbustes qui sont l'espérance et qui seront un jour la richesse et l'ornement de son jardin. Il les protège contre l'intempérie des saisons, arrache les mauvaises herbes qui menacent de les étouffer, les arrose en temps opportun, en un mot, il n'épargne rien pour les faire grandir et prospérer. Ainsi en est-il du prêtre : dans i cet humble et obscur labeur du confessionnal il continue et perfectionne l'œuvre commencée dans les réunions du catéchisme.

Méditez souvent la conduite de Notre-Seigneur et ces paroles qu'il laissait tomber de son cœur, comme un exemple et un encouragement à ses prêtres et en particulier aux confesseurs des enfants : « Laissez

venir à moi ces petits, ne les repoussez pas, car le royaume des cieux appartient à ceux qui leur ressemblent *. »

Avec le secours de la grâce, et en appelant à votre aide ces grandes pensées de la foi, vous ne vous laisserez arrêter par aucune répugnance naturelle, et vous ferez Tlieureuse expérience de ce qu'on vous a dit bien des fois : dans vos rapports avec ces jeunes âmes naïves, dociles, naturellement chrétiennes et pures, vous trouverez la meilleure consolation des tristesses que vous font éprouver souvent l'hostilité ou rindifîérence des populations au milieu desquelles vous vivez.

Et quand je vous exhorte à confesser assidûment les enfants, je n'entends pas parler seulement de ceux qui se disposent à la première communion, mais de tous ceux qui ont atteint Fàge de raison et que vous devez, je vous l'ai dit, catéchiser dès cette époque : il n'est pas moins nécessaire que vous les confessiez.

Une intolérable doctrine avait prévalu en des jours qui ne sont pas encore bien loin de nous. On croyait, — et bon noml)re de prêtres partageaient cette erreur et en faisaient la règle de leur conduite, — qu'il ne fallait confesser, ou tout au moins absoudre les enfants qu'à la veille de leur première communion. Vous qui vous occupez de ce ministère, vous savez, par votre expérience, combien fréquemment le démon réussit à pénétrer dans ces jeunes âmes et à s'y établir, de sorte qu'elles pourraient dire avec saint Augustin : « Si petit enfant et déjà si grand pécheur ! 2 „ Vous n'avez donc pas de peine à vous représenter les désastreuses conséquences d'un tel système. Loin de le pra-

* S. Matlh., XIX, 14.

* Tanlilus puor et lanlus peccator. {Confess., lib. I, c. xii, 2.)

tiquer, vous le repoussez, vous le condamnez avec l'Eglise parlant par la voix de ses conciles et de ses docteurs *. Vous surveillez ces âmes comme on surveille les plantes les plus délicates d'un jardin pour les préserver de la grêle et des frimas. Vous avez recours a toutes les saintes industries du zèle pour écarter d'elles le péché : et si, malgré vos efforts, il y pénètre, vous ne le laissez pas s'acclimater, vous rappelant la recommandation du poète païen lui-même : « Le remède vient trop tard lorsque le mal s'est accru par de longs délais ^ ».

Si vous n'écoutiez que les réclamations de la nature, au lieu de rechercher ce ministère, vous céderiez à l'inintelligente opposition des parents et à tant d'autres

* Bon nombre de conciles particuliers tenus de nos jours sont très explicites sur ce point.

Ils ordonnent et font une oldigaiion rigoureuse aux curés de confesser tous les enfants de leur paroisse à partir de sept ans, s'appuyant sur ce principe que ces enfants, étant arrivés à l'âge de disci'étion, sont soumis dès lors au précepte divin de la confession.

Plusieurs de ces conciles exhortent même les curés à confesser les petits enfants de moins de sept ans, sans toutefois leur en faire une obligation, le précepte divin n'étant plus en cause en ce cas. Mais ils signalent cette pratique comme très sainte et très louable, parce qu'ainsi on forme de bonne heure les enfants à cette pieuse habitude et qu'on préserve plus sûrement leur vertu.

Nous pourrions citer les conciles du vicariat du Su-Tchuen, en 1800; de Westminster, en 1852; de Cassel, en 1853; de Québec, en 1854 ; de Ravenne, en 1855 ; de Venise, en 1859 ; de Cincinnati, en 1861 ; de la Nouvelle-Grenade, en 1861.

A la date du 12 mars 1866, le cardinal Antonelli adressait, au nom de S. S. le Pape Pie IX, une instruction dans le même sens aux évoques de France.

2 Principiis obsta : scro medicina paratur. Cum mala per longas invaluere moras.

(Ovid., de Remed., I, v. 91.)

obstacles que suscite le démon. ^ïais non ; vous faites vt vous ferez toujours appel à votre foi. Elle vous dira la nécessité, la possiljilité, reiïicacité d'un tel apostolat, et vous n'aurez de repos que lorsque vous serez arrivés à grouper autour de vous tous les petits enfants de votre paroisse sans qu'il en manque un seul. C'est une tradition qu'il faut à tout prix implanter dans chacune de vos paroisses.

Une autre sollicitude pastorale qui s'impose tout particulièrement à vous, par suite de la situation présente, c'est de veiller à ce que tous vos enfants assistent régulièrement aux offices. Les maîtres et maîtresses peuvent bien être officiellement dispensés de les V conduire, l'oblio^ation d'v assister ne demeure pas moins rigoureuse pour eux. Depuis que ces enfants ont atteint l'âge de discrétion, et à plus forte raison depuis qu'ils suivent les catéchismes, ils sont, comme tout chrétien, obligés de sanctifier le jour du Seigneur, et je ne pense pas qu'un pasteur puisse en sûreté de conscience admettre à la sainte table un enfant qui, sans raisons graves et approuvées, se dispense de la messe du dimanche.

Il est donc important que là encore vous preniez des moyens efficaces pour prévenir la désertion des saints offices ; car elle pourrait facilement résulter de la cessat ion de la surveillance imposée jadis aux instituteurs, Avertissez les parents qu'en manquant la messe, sans excuses valables, leurs enfants se mettent dans le cas d'être exclus de la première communion.

La sanction nécessaire de cette mesure sera une constatation de présence régulièrement faite chaque dimanche. Dans les paroisses où. se trouvent plusieurs prêtres, la chose est facile : celui qui ne dit pas la messe s'en chargera. Dans celles oii le curé est seul, c'est à lui d'aviser au meilleur moyen d'obtenir ce

résultat, soit en faisant lui-même l'appel avant ou après l'office, soit en chargeant de ce soin une personne de confiance. Ce qui est essentiel, c'est que ce contrôle ait lieu partout, et que nulle part on ne transige avec des prescriptions qui sont le minimum d'une préparation sérieuse à cet acte si grave. 11 vaut mieux assurément qu'un enfant soit retardé et attende des jours meilleurs que de Taccomplir uniquement pour s'en débarrasser, par manière d'acquit et surtout en commettant un sacrilège qui pèserait ensuite sur toute sa vie et serait peut-être le point de départ de' sa damnation éternelle.

Appliquez ces principes avec une douceur et une bonté paternelles, mais avec la fermeté qu'on apporte à l'accomplissement d'un devoir.

Une des plus touchantes histoires de nos livres saints est celle de Joseph vendu par ses frères. Quel intérêt, quelle compassion nous inspire ce jeune enfant paré de tous les charmes de l'innocence et jalousé par ses aînés précisément parce que sa vertu devient pour eux un reproche ! Nous souffrons, notre cœur se serre quand nous arrivons à ce passage du texte sacré où il nous est représenté environné de cette troupe fratricide qui a résolu de s'en défaire et qui s'écrie : « Venez, tuons-le et jetons-le dans la citerne desséchée : Venite occidamus eiim et mittamws, eum in cisternam çeterem * ». Mais comme nous savons bon gré à Ruben de prendre sa défense et de s'efforcer de le sauver en leur disant : u Ne tuez pas son âme et no répandez pas son sang : Audiens autem hoc Ruben nitehatur llherare eum de manibus eorum. et dlcebat :

1 Gen., xxxvii, 20.

ne interflciatis anlmam ejus nec effundatis saii fouine ni ^ ».

Cette page de la Genèse, Messieurs, est pleine d'actualité. Un vaste complot est formé contre l'enfance, ainsi que je vous le disais en commençant. Parents peu ou point chrétiens, instituteurs indifférents ou hostiles, société corrompue et qui voudrait les corrompre, tout est contre eux en ce moment ; partout s'éièvent des voix qui font retentir ce cri homicide : Venite occidamus enm et mittamus eiim in cisteniam veterem.

Efforçons-nous d'être, pour ces pauvres enfants si menacés d'autres Ruben et de les arracher aux mains de l'impiété : NUebatiir liherare euni de manihus eoriim ; recourons à toutes les saintes industries du zèle pastoral pour empêcher qu'on fasse du mal à ces âmes : disons, répétons par nos paroles et surtout par nos actes : « Ne tuez pas ces âmes : Ne interflciatis aniniani ejus ».

Si vous remplissez bien ce devoir, ^Messieurs, si vous êtes vraiment les pères, les protecteurs, les libérateurs des âmes de vos enfants : si vous travaillez énergiquement à les instruire, à les préserver, à les former, ils deviendront pour vous d'autres Joseph. En grandissant, ils vous rendront à leur tour d'immenses services. Au milieu de cette effrayante disette de vérités et de vertus que vous déplorez, vous aurez la consolation de les voir distribuer autour d'eux ces provisions abondantes que vous leur aurez fournies ; ils conserveront et renouvelleront la foi dans vos paroisses et, sauvés par vous, ils deviendront à leur tour de véritables sauveurs pour leurs frères.

* Gcn., XXXVII, 20.

Messieurs,

Votre raison d'être dans une paroisse, c'est de travailler à la sanctification des âmes. Les convertir, les maintenir dans la bonne voie, les y faire avancer, élever ainsi peu à peu le niveau religieux de cette paroisse, voilà votre mission. Vous devez mettre votre gloire et votre bonheur à Taccomplir. Rien n'est beau et grand en ce monde à l'égal de ces âmes rachetées par le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ; et les saints Docteurs sont unanimes à proclamer que se dépenser à leur service c'est faire l'œuvre la plus méritoire, c'est être, dans le sens le plus élevé, le coopérateur de Dieu *.

* Magna res anima qua3 Christi sanguine redempta est. (S. Bern., ep. 54).

Nihil est, ait, quod animœ possit œquiparari, ne universus quidem mundus Itaque etsi immensas pecunias pauperibus eroges, plustamenefTeceris si converteris animam. (S. Ghrys.» hom. 3, in ep I ad Cor).

Divinarum omnium perfectionum divinissima est perfectio

Aussi tel doit être runique objet de vos ambitions, le but auquel tendent tous les actes de votre vie sacerdotale et pastorale. Tous vous peuvent devenir un moyen de l'atteindre ; mais parmi eux il en est qui s'y rapportent plus directement.

Dans chacune de vos églises se trouvent trois objets qui réclament, à un titre spécial, votre vénération et votre amour ; c'est comme une triple source d'où la sanctification des âmes sort plus abondante. L'autel, la chaire, le confessionnal, autant de puissances dont vous disposez : puissance de la prière au saint autel ; puissance de la parole dans la chaire de vérité ; puissance de la direction au tril^unal de la pénitence. Si cette puissance s'exerce à Tautel plus grande, plus sublime aux yeux de la foi, parce que là vous commandez à Dieu lui-même, et qu'à votre ordre II incline les cieux et descend parmi nous ; si, dans la chaire, elle s'impose avec plus d'autorité et d'éclat, c'est au confessionnal qu'elle atteint les âmes d'une façon plus personnelle et plus efficace *. Là vous entrez en relalions avec chacune d'elles en particulier ; vous pénérez dans ce sanctuaire intime que seul le regard do Dieu peut sonder jusque dans ses dernières probndeurs ; vous y opérez des transformations merveileuses ; vous faites, comme au saint autel, acte do

>ei cooperatorem esse, nimirum in reductione animarum ad

uum creatorem. (S. Dyon., Cœlest, hierarch., c. m).

' Ratiim quippc est solida ac gravia confessariorum horla-

ntnta in pcL'nitonliœ fero prolata longe, cfficaciora esse sacris

ralorum concionibus, ut pœnitentis animiim a vitiis avocent.

^l'Iont enim concionum auditores, quas aure excipiunL incre-

laliones in alios potius quam in se ipsos translerre. Id vero

•ri nequit in privatis confessariorum nionitionibus, qu;r in

mim ac individuuni pœnitentem cadunt, ac in illius facieni

iltrantur, absque eo quod aut crimina inficiari possit aut

xcusare. (Ben. XIV, Bullar., t. XVII, p. 120).

.13ieu chaque fois que vous laissez tomber sur cette àme la parole de l'absolution : « N'est-ce pas à Dieu seul qu'il appartient de remettre les péchés * ? »

Sublime ministère que celui-là, Messieurs ? Il vous donne sur les âmes une influence immense, incalculable. Sans môme parler de ce pouvoir d'absoudre conféré au prêtre, au jour de son ordination, par cette parole que je ne répète jamais, pour ma part, sans en être profondément ému : « Recevez le Saint- Esprit ; ceux auxquels vous aurez remis les péchés ils leur seront remis, ceux auxquels vous les aurez retenus ils leur seront retenus ^ », vous avez, en fait de conseils, d'admonitions, d'impulsions, d'ordres à donner, une autorité souveraine : aucun obstacle ne s'interpose entre vous et votre pénitent.

L'étendue, la sublimité d'un tel pouvoir, auquel aucun autre ne peut être comparé ici-bas, vous l'avez comprise au début de votre sacerdoce. Rappelez-vous avec quel saisissement, quelle religieuse frayeur vous êtes entrés, pour la première fois, au saint tribuna et vous avez donné votre première absolution.

Mais hélas ! n'en est-il pas de cette fonction comme de toutes celles que notre vocation sainte nous appelk à remplir ? On s'y habitue ; on s'y porte comme à une action vulgaire, ou du moins on n'en a plus, dans h pratique de tous les jours, une assez haute idée, um suffisante estime. De là vient que cet auguste minis tère, appelé à porter des fruits merveilleux, et qui les produit, en effet, lorsqu'il est exercé par un dign( ministre, reste stérile ou à peu près entre les main; d'un confesseur dont la foi et le zèle sommeillent.

Il importe donc que le prêtre qui veut s'en acquittei

' S. Marc, ii, 7.

^ Pontifie, de ordin. presbyt.

Ltilement s'efforce d'y apporter les dispositions les (lus parfaites. C'est pour lui qu'ont été écrites les laroles qu'adressait le saint roi Josaphat aux juges [u'il avait établis dans toutes les villes de son oyaume : « Prenez garde à ce que vous faites : ce l'est pas la judicature d'un homme que vous exercez, nais celle de Dieu. Quels que soient vos jugements, ous en répondrez devant Lui * » .

' Pour que vous tiriez de cette formidable puissance butes les ressources qu'elle renferme au point de vue e la sanclification des âmes, il faut qu'avant tout ous en ayez une idée nette et claire. Entretenez avec oin, développez en vous, par de fréquentes méditaons sur ce sujet, l'estime et l'amour de ce sublime linistère. Dites vous bien que de votre confessionnal ortira la vie ou la mort, et que vous y entrez pour la uine ou la résurrection d'un grand nombre. La source été ouverte par Dieu lui-même ; elle ne pouvait être que par Lui ; mais c'est à vous qu'il appartient e l'alimenter et de l'utiliser. De vous dépendent la ualité et l'efficacité des eaux qui s'y distribuent. On eut appliquer au confessionnal d'un bon confesseur es paroles de la sainte liturgie : u J'ai vu l'eau ortant du lieu saint, et ceux quelle atteignait se 'ouvaient aussitôt purifiés de toutes leurs souilires 2 » ,

Si vous êtes convaincus de cette vérité, si vous ppréciez à sa juste valeur la sublimité d'un tel minisire, vous serez nécessairement pénétrés d'un profond aspect pour lui. Vous vous reconnaîtrez indignes de 3xercer ; vous voudrez du moins ne rien négliger 3ur porter à ce tribunal, mille fois plus auguste que

* Paralip., xix, 5.

* Aspcrs. anle miss. tcmp. pasch.

tous ceux de la terre, sur lequel Dieu vous invite ; vous asseoir et à rendre la justice en son nom, toute; les préjDarations et toutes les qualités d'un bon juge.

Le ministère de la réconciliation des hommes ave* Dieu ne devrait pas, ce semble, être accessible à ui liomme. Pour juger les pécheurs, il faudrait un ang( exempt de toute souillure. Ainsi aurions-nous raisonné Mais Notre-Seigneur en a décidé autrement. Il lui ;

plu de le confier à une créature faillible, sans dout afin de continuer ce grand dessein de miséricorde qui signale saint Paul, quand il dit : « Nous n'avons pa un pontife qui ne puisse compatir à nos infirmités ; i s'est soumis à toutes les tentations hors le péché, pou mieux nous ressembler* ». Ici, la ressemblance es encore plus complète : c'est à un pécheur qu'est conii le soin de relever et d'absoudre les pécheurs.

Au moins convient-il que celui qui se voit charg par état de poursuivre et de condamner le péché dan les autres le combatte tout d'abord en lui-même ; il va du succès de son ministère. Plus un prêtre aur détruit en lui le règne du péché, plus il sera parven à se délivrer non seulement des fautes graves, mai des moindres imperfections volontaires, plus il ser capable de faire l'œuvre de Dieu dans les âmes. Le meilleurs confesseurs, ordinairement, ce sont les plu saints. Sans doute le sacrement a son efficacité propre indépendante des dispositions de celui qui l'administre L'absolution donnée par un prêtre moins digne es

1 Ad Ilebr., iv, 19.

ussi valide.que celle donnée par un saint. Toutefois,

e que la théologie appelle opus operantis n'est pas

négliger ; à côté de la grâce essentielle attachée

u sacrement, il y a la grâce accidentelle qui sort de

1 personne même du ministre, comme cette vertu qui

échappait autrelois du divin ■Maître et opérait de

lerveilleuses guérisons ^. Un saint confesseur com-

îunique, inocule, pour ainsi dire, la sainteté à ses

énitents^ ; il sait mettre dans ses paroles, Taccent

e sa voix, ses avertissements, ses conseils, ses repro-

les, je ne sais quoi de pénétrant qui fait sur les âmes

ne profonde et salutaire impression.

L'influence de cette sainteté s'exerce même en

ehors de Tacte de la confession; elle y prépare. Qu'un

onfesseur ait la réputation d'être un saint, en géné-

al il attire : on vient à lui plus volontiers. Cette sain-

3té acquise supplée à rinsufTisance naturelle qu'il

* S. Luc, VI, 19.

* Quo purior et sanctior est saccrdos, eo purior et sancor evadit plebs. Sacerdos enim ei suam sanctitatem et verbo

vita aspirât et inslillat. SIcut ex adverso impunis sacerdos liât totaiii Ecclesiaiu (Corn, à Lap. in Malacli., c. m, v. 3, XIV, p. 592.)

lia sanclc vivere studeat, ut pœnitentes, non verbis solum, îd exemplis quoque ad virtulum christianarum officia erudiro. issit ; neque ejus dicta a factis ullo modo dissentiant ; quanto lim magis omni virtute prœcipueque cbaritate paterna, loque saluli.s animarum ipse prœccllentior erit, ianto apsius it instrumcnlum bonilatis Dei. (S. Carol., Instruct. pœnit., :t., p. IV, p. 429.)

...Gum, ad supradictos effectus promovcndos multum juvet, ud in se primum ostendere, quod in aliis positum desiderat, us enim movent exempta quam verba, nec alios valeat edo- Te virtutem, quam non ipse iiabet, ad propriam perlectionem axime attcndat, et eam sibi conciliandam se in virtutibus ^cessariis exerccat. (S. Carol., Instruct. confess., acL, IV, p. 6'i5,)

porte dans l'exercice de ce sublime ministère ; la distance qui sépare Thomme de ces fonctions angéliques est à moitié comblée, et la répugnance qu'éprouve un homme à s'approcher d'un autre homme, pour lui faire des aveux parfèis très pénibles, cesse ou diminue quand le confesseur apparaît avec cette auréole d'une sainteté incontestable qui l'élève en quelque sorte audessus de l'humanité. Voilà ce qui explique l'empressement des foules autour du confessionnal d'un prêtre réputé saint ; voilà pourquoi aussi, dans ce confessionnal s'accomplissent plus souvent des miracles de conversion et de sanctification.

D'ailleurs, l'absence de cette sainteté relative, è supposer qu'elle n'eût pas d'autres inconvénients, ne deviendrait-elle pas à chaque instant, pour un confesseur loyal et sincère, une gêne et un remords ? La pratique du confessionnal ne lui serait-elle pas ui perpétuel reproche si ses actes étaient en contradictior avec ses paroles ? Alors même que ses pénitents n'au raient pas la pensée ou la hardiesse de lui dire ; « Médecin, guérissez-vous vous-même *, » sa conscience ne lui ferait-elle pas entendre ce douloureu> avertissement, ne lui crierait-elle pas avec l'énergie d( saint Paul : « Homme qui jugez, vous êtes inexcusable Le jugement que vous portez devient votre condam \ nation ; car ce que vous réprouvez dans les autres vous le faites. Croyez-vous donc, confesseur injuste qui vous permettez ce que vous reprochez à vo^ pénitents , que vous échapperez au jugement d( Dieu ? 2 »

11 est donc vrai. Messieurs, tous les motifs se réun'ssent pour imposer au confesseur qui veut se rendre

1 S. Luc, IV, 23.

2 Ad Rom., II, 1 et seq.

digne d'une telle charge Tobligation de devenir un saint, d'avancer sans cesse dans les voies de la perfection où il doit introduire et faire avancer les âmes.

Combien de prêtres seraient tout autres qu'ils ne 5ont, devant Dieu et devant les hommes, s'ils réfléhissaient plus souvent et plus sérieusement à ces conséquences qui découlent de leur titre de confesseur ! Comme ils travailleraient avec plus de générosité et de persévérance à devenir tels, à l'intérieur et à l'extérieur, que l'ennemi ne trouve rien à revendiquer en ux, et qu'ils puissent en toute humilité, mais en toute confiance, défier le monde do les convaincre de péché, lire à leurs fidèles, sans crainte d'entendre une réponse ]ui les fasse rougir : « Soyez mes imitateurs, comme e le suis moi-même de Jésus-Christ i. »

Cette même pensée les stimulerait aussi à se livrer i un travail sérieux et assidu.

La nécessité de fortes études ecclésiastiques s'im- 3086 assurément à tous les prêtres, à beaucoup Tautres titres. Sans cela, je vous l'ai dit, ils ne :)euvent convenablement remplir aucune de leurs foncions saintes, mais celle de confesseur moins encore ^ue les autres.

En effet, au saint tribunal, le prêtre est juge, médecin, directeur, triple fonction dont les responsabilités îont effrayantes, et qui, toutes trois, présupposent une .rès grande somme de science.

Qu'un juge ne connaisse pas à fond les lois qu'il est chargé d'appliquer, il donnera des décisions fausses ; 1 commettra de véritables injustices ; il s'exposera à /oir ses jugements réformés par la cour d'appel. Qu'un nédecin ne sache se rendre compte ni des symptômes le la maladie, ni de la propriété des remèdes, ou il

* Ad Cor., IV, IG.

tuera ses malades, ou il les laissera végéter dans leurs infirmités. Qu'un guide ignore la route sur laquelle il •doit diriger les autres, qu'il n'ait pas exploré le sentier glissant et escarpé de la montagne, c'est « un aveugle qui en conduit d'autres et qui risque fort de rouler avec eux au fond d'un abîme *. » Or, un confesseur ignorant, c'est ce juge dépourvu de science, ce médecin inexpérimenté, ce guide imprudent.

Le saint tribunal réclame des confesseurs qui, non seulement se recommandent par la sainteté de leur vie, mais qui travaillent à devenir chaque jour, par l'étendue de leur science, plus capables de bien remplir ces redoutables fonctions. « Il serait à désirer, dit à ce sujet Benoît XIV, que tout confesseur fût pourvu de cette science qu'on appelle éminente ; mais comme €lle est le privilège d'un petit nombre, il est du moins nécessaire qu'il possède la science compétente 2. »

C'est celle que vous avez acquise, pendant les années de votre séminaire, par l'étude de la théologie, surtout de la théologie morale ; vous avez dû, pour être admis aux saints ordres, fournir la preuve que vous la possédiez : car elle est indispensable à tout confesseur. Mais il ne suffit pas que vous l'ayez eue à un moment donné de votre vie ; il iaut la conserver et même la développer à l'aide d'un travail opiniâtre qui grave dans votre esprit les notions précédemment acquises et

1 S. Luc, VI, 39.

2 OpLandum sane esset, ut qiiilibet confessarius ea polleret scientia, quam eminentem appellant : verum cum hirc dospaucorum, sit necesse omnino est ut compétent! scientia sit ins-[ tructus (V. Ben. XIV, Bull., t. XVII, p. 128.) Cette sciencej compétente consiste à pouvoir résoudre les difficultés ordi-l naires, à douter dans les cas extraordinaires, et à ne pas répondre tout de suite et dicinando, mais seulement après avoir réfléchi, prié, consulté.

ijoiite sans cesse à ce premier fonds de nouveaux ,résors *.

Cette recommandation si importante de Benoît XIV 3st-elle généralement observée ? Ne devons-nous pas plutôt répéter tristement après lui : « Plaise à Dieu que nous n'ayons jamais sous les yeux le triste spectacle qu'il nous est donné de contempler si souvent : des prêtres :]ui, au début, exercent admirablement le ministère rie confesseur, et qui, après un certain temps, négligeant de s'appliquer à Tétude, perdent la science précédemment acquise de la théologie morale : eux qui s'y étaient montrés très experts, ils n'en ont plus qu'une notion diminuée et confuse ; c'est à peine si, ;onservantles premiers rudiments de cette science, ils méritent qu'on les compte au nombre des novices ^ ».

Quelle valeur ont, après cela, les pitoyables objections derrière lesquelles chercheraient à s'abriter la

* Duo pi'ofcclo certissinia siint; primiiin (iiiidem, llieologiiw noralis scienliam illis omnino necessariarn esse, qui, taiiquam laroclii, aut sacordolcs pro administrando pœnitenlia" sacraiionto constitiili, confessarii nianere rile perl'ungi velint ; ilterum, non salis esse quod eanidem facullalcni aliqais semcl )ercur»oril, perccpei'it et palani eiiam docueril, scd assiduo 'xcolcndam, ut animo pœnilus doligantur ea qua' didicerit, et,

^lova scnq)er documenta, quibiis ea facultas plurimuin affluit, ••omparenlur. (Bexed. XIV, inslit. xxxii, 1, t. X, p. 138).

Alvariis Pelagius commémorât, inter majores J']cclesiu' calaiiiitates tune temporis eam laisse, qnod confessarii morali lologia parum inibuti essent, et ea, qux contra Dci legem lidolibus perpelrantur. parum dignoscerent. {IhicL, m). - Utinam non contingerel, quod tamen freciuentissimc ilomiis, aliquos nempe sacerdotes, qui initio pra'clarissime iilessaiii numus susceperunt, inde, post diuturnum tempus, ni sludiorum cura neglecta, pristinam moralis theologia' •nliam amitterc ita ut qui in ejusmodi arte peritissimi rani, landem, exigua solum confusaquc ipsius artis scientia imis(pie rudimcntis instructi, vix inler tyrones adnumeren- I1-. (r.KM I). XIV, instil. XXXII, 4, t. III, p. 138).

négligence et la paresse? Que servirait de dire : J'en sais bien assez pour confesser de pauvres paysans : à quoi bon, pour exercer cet humble et facile ministère, m'embarrasser d'un bagage de théologie qui serait plus gênant qu'utile?...

Non, Messieurs, ce raisonnement ou tout autre semblable n'est ni juste ni sérieux. Même dans l'exercice du ministère le plus obscur, vous êtes exposés à rencontrer des cas de conscience que vous ne pourrez résoudre si vous n'avez pas une vraie science théologique ; et. comme le remarque Benoît XIV, cette science positive et pratique ne s'invente pas : il faut l'acquérir et la conserver par un travail persévérant. Celui qui ne s'y livre pas voit s'élever contre lui cette redoutable parole : « Parce que vous avez repoussé la science je vous repousserai de mon sacerdoce, je vous en interdirai les fonctions * ». Si cette menace n'a pas son accomplissement littéral, si tout ministre négligent n'est pas de fait exclu du sacerdoce, du moins^ ]:)arce qu'il ne tient pas la promesse qu'il avait faite en' Y entrant, parce qu'il néglige de cultiver la science de son état, il n'en remplit plus les devoirs que d'une' façon insuffisante et inféconde. Quel compte terrible il aura à rendre à Dieu du temps passé au confessionnal.

Soyez donc prêts, Messieurs, à ce double point de vue, ou, pour mieux dire, préparez-vous sans relâche 2.| ()ue la vue de votre confessionnal suffise à vous rap-|j peler cette double obligation de la sainteté et de la

* Osée, iv, 6.

2 Opus est, ut is tiim sciontiam atque eriidilionein Itim pru- (lentiam studeat sibi, quantum potest, comparare ; tiim ex divina gratia, quani assidua precatione supplex a Deo potat,tuni t^xauctoribus probatis, qui eam materiam pie planequc tractarunt. (S. Carol., Instruct. pœnit., act., p. iv, p. 430}.

science. C'est notre ardent désir, dirons-nous encore avec Benoit XIV, car « nous n'ignorons pas que les confessions sacramentelles ne porteront les fruits que nous en attendons et que nous souhaitons si vivement que si elles sont reçues par des confesseurs vertueux, savants et parfaitement imbus de la vraie et pure doctrine de l'Eglise* ».

J'ajoute : des confesseurs qui sachent attirer les âmes. Car, il est juste de le reconnaître, l'obligation de se présenter au tribunal de la pénitence est en soi une obligation très pénible, très douloureuse, à Taccomplissement de laquelle font obstacle ces nombreux ennemis qui se nomment le respect humain et les passions. Le démon exploite habilement ces tendances naturelles ; il s'efforce d'éloigner les âmes de ce port de salut où elles échappent à son empire. Le prêtre, qui est l'antagoniste par excellence de Satan, doit donc chercher à les y attirer et à leur en faciliter l'accès. Pour cela, il faut qu'il ait l'amour surnaturel du confessionnal.

Et pourtant certains prêtres ne l'aiment pas ; ils éprouvent à cet égard une répugnance qu'ils ne veulent pas ou ne savent pas surmonter, et qui peut provenir de diverses causes.

Les uns, comprenant la sublimité de ce ministère et ce qu'il exige d'eux, s'en éloignent, leur conscience leur rendant témoignage qu'ils ne font pas assez ce piils devraient faire pour s'en rendre dignes.

D'autres redoutent la fatigue inhérente à ces foncions : fatigue de corps, d'intelligence, de cœur :

' Haud ii^noramus sacramentalcs confessiones... eo, qiicm \pectamus et suniniopere cxpotimiis, Iruclu parituras. nisia 'l'obis doclis ac in 5;ana Jxclesiu; doctrina rite inslructis "initentiœ'.ministris excipiantur. (Bened.XIV, Bull., t. XVII, '. 126).

fatigue qui devient parfois un véritable martyre. Ils ne veulent pas plus de celui-là que de n'importe quel autre ; ils n'entendent sacrifier ni leur repos, ni leur liberté, ni leurs habitudes. Ils ne viennent au confessionnal que lorsqu'il le faut absolument, et ils y restent le moins de temps possible.

D'autres allèguent un motif plus avouable et même en apparence surnaturel : ils craignent les dangers du confessionnal.

Mais les uns et les autres aboutissent également à ce résultat désastreux : éloigner les âmes de cette source de vie, destinée à la leur rendre si elles avaient eu le malheur de la perdre, à l'augmenter si déjà elles la possèdent.

Il est de toute nécessité que, pour apprécier convenablement ce ministère, le prêtre se place au point de vue surnaturel. Aussitôt les difficultés et les objections disparaissent. Pour le bon prêtre le confessionnal est un champ de bataille sur lequel il lui est donné d'engager plus efficacement la lutte avec le démon, de travailler, avec plus fruit, à gagner des âmes à Dieu. Aussi regarde-t-il cette fonction comme nue des plus belles, des plus importantes, des plus méritoires de sa charge pastorale, et pour l'exercer dignement, il est prêt à multiplier les efforts et les sacrifices. Il passe volontiers par dessus les répugnances et les oppositions de la nature *. Si le travail

* Confessionos œquo animo audiant, nec pœnitentes inconfessos dimittant, ex labore quem fugiimt, nec œgre eos audire quoquomodo significent, sed è contra efficiant ut pœnitentibus innotescat, sibi gratissimos esse, pro eorum salute, labores. (S. Caroli, Instriict. confess., act., p. iv, p. 645).

Nec quemquam pœniteritem subterfugiendi laboris causa rejiciet, ne nutu quidem, nedum verbis ; immo se paratum semper, promptum, facilem humilemque prucbebit. (Ibid., p. 430)'

Teffraye et le rebute, la perspective de la récompense le rassure et l'encourage ; il sait quel magnifique salaire Dieu réserve au prêtre qui travaille, de concert avec lui, aux salut des âmes, et il applique volontiers à ce ministère obscur et laborieux la parole de nos Livres saints : « Ceux qui enseignent à un grand nombre le chemin de la justice brilleront comme des étoiles dans Téternité * ».

Ce même raisonnement surnaturel le conduit à ne pas s'effrayer outre mesure des dangers possibles du confessionnal. 11 se dit qu'y entrant pour obéir à Dieu et aux exigences de sa vocation, il.na rien à redouter. Il pourra se trouver, comme les enfants des Hébreux, au milieu de la fournaise, mais la flamme ne l'atteindra pas. Une grâce spéciale lui sera donnée pour l'assister et le défendre. En sa faveur se réalisera la promesse de saint Paul : « Dieu ne permettra pas que vous soyez tenté au-delà de vos forces, mais il vous fera tirer parti de la tentation et vous en rendra victorieux '^ ». Seul, il aurait tout à craindre ce confesseur qui aimerait le péril et s'y exposerait témérairement, mettant de côté la vigilance et la prière. Mais celui qui prend les précautions commandées par la prudence doit se rassurer ; il est du nombre de ceux dont il est écrit : « L'homme qui se confie dans l'assistance du Très-Haut peut compter sur la protection du Dieu du ciel ^ ». Elle ne lui fera pas défaut.

Da\., XII, 3.

2 I ad Cor., x, 13.

' Ps. xc. — Per plerumque, ut dum rectoris animus aliéna lentamenta condescendcndo cognoscit, audilis tenlalionibus etiam ipse pulsetur ; quia et liac eadcm, per quam populi niulliludo diluilir, aqua procul dubio lutei-is inqiiinaliir. Nam dum soldes diluculium suscipit, quasi suu.' mundiliu' sercnitaiem perdit. Scd hœc nequacjuam pastori timenda sunt, qua Dec subliliter cuncta pensante tante faciiius a sua eripitur,

Toutefois, Messieurs, en évitant cet écueil d'une crainte exagérée, n'allez pas échouer sur un autre non moins dangereux qui sappelle la jalousie du confessionnal. Quel mal elle est capable de produire !

Le prêtre qui s'applique à cette fonction sainte, non avec des pensées et des vues surnaturelles, mais sous lïniluence d'un sentiment humain *, qui s'attache trop à ses pénitents, tire vanité de sa clientèle et veut la garder à tout prix, ce prêtre saftlige et s'indigne s'il voit quelqu'une de ses brebis passer de son bercail dans un autre. Quelle misère ! Le bon confesseur est au-dessus de pareilles faiblesses : ce qu'il cherche uniquement dans ce ministère ; ce qu'il s'efforce d'y procurer, c'est la gloire de Dieu et le salut des âmes. Toutes les fois que, dans les mouvements qui se produisent autour de son confessionnal, aucun de ces deux intérêts n'est compromis ^ le reste lui importe peu : pourvu que Jésus-Christ soit annoncé, que les âmes soient édifiées, il est content. S'il souffre, c'est seulement quand il constate, à n'en pas douter, que certaines âmes le quittent, non avec sincérité et droiture, mais parce qu'elles espèrent trouver ailleurs une direction plus indulgente pour leurs passions et leurs chutes.

Ce n'est pas cependant que ces tentations ne puissent se produire dans l'âme du prêtre, même le meilleur. Mais sans retard il les combat et les réprime. 11 sait trop quelles conséquences désastreuses aurait, et pour son âme et pour celles de ses pénitents, cette

quanto misericordius ex aliéna tenlatione fatigatur. {Paslor., S. Greg., pars. II, c. v).

* Ad audiendas porro confessiones, non inani gloria, non lucri cupiditate, non curiositate non denique ullo humano affectu ductus, sed salutis procurandœ studio inflammatus accedet. (S. Carol., Instruct. pœnit., act., p. iv, p. 429).

autorité tyrannique prétendant leur ravir une liberté qu'elles tiennent de Dieu et que les lois de l'Eglise leur assurent. Combien facilement elles se laisseraient entraîner, sous cette maudite pression, aux réticences, à la dissimulation, au mensonge, et par suite aux sacrilèges.

Mais ce que le bon prêtre comprend surtout, c'est que ces dispositions surnaturelles et désintéressées il est incapable de les acquérir et de les conserver sans le secours de la grâce de Dieu, et il sent le besoin de l'attirer en lui par la prière. Il prie donc ; il prie beaucoup ; il prie sans cesse pour qu'il plaise au Seigneur de lui venir en aide et de bénir les eiïorts de son zèle au saint tribunal. 11 prie immédiatement avant d'y entrer : il demande les lumières et le courage qui lui sont nécessaires. Il prie quand les difficultés et les obscurités se présentent, dans l'exercice même de ce ministère. Il prie quand il sort du confessionnal : il conjure Notre-Seigneur de féconder la semence qu'il vient de jeter dans les âmes. Bref, sa grande ressource, pour se préparer à cette auguste mission et pour l'accomplir dignement, c'est la prière ^

* Tous les confesseurs devraient apprendre de mémoire et réciter, avant d'entrer au saint tribunal, la belle prière reproduite ci-après à leur intention ; elle résume admirablement tous les devoirs du confesseur et de toutes les grâces qu'il peut demander à Dieu. Le Pape Pie IX l'a enrichie de 100 jours d'indulgence à gagner une fois par jour.

« Da milii. Domine, sedium tuarum assistricem sapientiam, ul sciam judicare populum tuum in justitia, et pauperes tuos in judicio. Fac me ila tractare claves regni cœlorum, ut nulli aperiam cui claudendum sit, nulli claudam cui aperiendum sit. Sitinlentio meapura, zelus mcussincerus,charitasmeapatiens, labor meus fructuosus. Sit in me lenitas non remissa, asperitas non severa, paupcrem ne despiciam, diviti ne aduler. Fac me ad alliciendos peccatores suavem, ad interrogandos pruden-

Et alors, s'appuyant sur celte force supérieure, il Taborde avec confiance ; il s'y emploie avec un zèle infatigable. Non seulement il reçoit volonliers les âmes, il fait plus, il cherche à les attirer. Constamment il se tient à leur disposition ; il ne se plaint jamais qu'on le dérange, qu'on lui fait perdre un temps précieux ; au contraire, il prend ses mesures pour être toujours prêt à répondre au premier appel. Il a chaque jour certaines heures délerminées auxquelles on est sur de le renconlrer à son confessionnal. Pour rien au au monde il ne manquerait à ce rendez-vous que son zèle donne aux âmes * ; il sait faire dans ce but le sacrilice de ses goûts, de ses habitudes, de ses récréations. 11 choisit les moments les plus favorables ; il n'exclut

tcm, ad inslruendos peritum. Tribue, quœso, ad retrahendos a malo solertiam. ad confirmandos in bono sedulilatem, ad promovcndos ad meliora industriam : in responsis maturilalem, in consiliis reclitudinem, in obscuris lumen, in implexis sagacitalcm, in arduis victoriam, inutilibus colloquii& ne detinear, pravis ne contaminer, alios salvem, meipsum non perdam. Amen ».

1 On lit dans la vie du R. P. Lacordaire, par M. Foisset, ce louchant détail : Le Père à son collège de Sorèze confessait un grand nombre d'élèves ; « avec eux il était tout amour, sa porte leur était ouverte à toute heure ; jamais il n'en renvoya aucun sous prétexte de travail ou d'alï'aires. C'est pour être jour et nuit à leur discrétion qu'il s'éloignait de Sorèze le moins possible, et qu'étant à Paris il faisait deux cents lieues pour ne pas les laisser privés du secours de sa paternité spirituelle. M. de Montalembert cherchait un jour à le retenir pour un motif important. « Non, je ne puis, répondit le Père, >) cela ferait peut-être manquer la confession à quelques-uns de )) mes enfants qui se préparent à la fête prochaine: on ne peut » calculer l'effel d^iine communion de moins dans la vie d'un )) chrétien ». (T. II, p. 286.) Bel exemple que ne sauraient trop méditer et imiter les confesseurs qui seraient tentés de ne pas rester assidûment à leur poste aux jours surtout où les fidèles peuvent réclamer leur ministère.

ni les Iieures matinales ni les heures tardives pour s'accommoder mieux aux nécessités de ses paroissiens, et son plus grand bonheur, c'est de voir des âmes en grand nombre affluer autour de lui, venant lui demander, comme autrefois au ^laître dont il tient la place, lumière, consolation, innocence et paix.

Que de bien fait un tel confesseur ! Grâce à ce renoncement, à cette généreuse donation de lui-même, il tlnit par amener les fidèles au saint tribunal. Il a la CQPSolalion de le voir fréquenté, non pas seulement à certaines grandes fêtes, mais chaque semaine et chaque jour. 11 peut, dès lors, donner à loisir à chacune de ces âmes tous les soins qu'elles réclament, et leur inculquer peu à peu les enseignements et les habitudes de la vraie vie surnaturelle.

Et s'il faut maintenant vous parler, Messieurs, de votre attitude et de vos obligations au saint triljunal, je crois pouvoir tout résumer en vous disant : dans cette ionclion, plus que dans aucune autre, vous devez être père. Ce mot vous rappelle tous vos droits et tous vos devoirs.

Vous êtes le père de cette àme. Elle vous dit comme à Dieu : Mon père. Quelle qu'elle soit, de noble ou de basse condition, grande dame ou pauvre paysanne,

ette appellation suffit pour faire disparaître à vos yeux toutes les distinctions humaines. Ce que vous avez devant vous, c'est uniquement une àme, une àme

réée par Dieu, rachetée par son sang, attendant que vous en répandiez sur elle de nouvelles efTusions qui la purifient et la sanctifient.

Quel élément de dignité, de sécurité et de fécondité

cette appréciation communique immédiatement aa ministère du confesseur !

Ce qui manque peut-être à certains prêtres, c'est cette conviction réfléchie de la sublimité de leurs rapports avec les âmes. Dans ce pénitent qui s'agenouille à leurs pieds, ils voient moins l'âme que l'enveloppe extérieure. De là, parfois, trop de laisser-aller, des appellations trop familières, des entretiens trop humains, une altitude ne traduisant pas assez ce sentiment de profond respect que doit inspirer au confesseur la pensée qu'il tient la place de Dieu, auprès de cette àme devenue sa lille dans l'ordre surnaturel *. De ses entretiens avec elle, il doit impitoyablement bannir tout ce (pii sentirait le naturel et l'humain. Il faut que les interlocuteurs puissent dire constamment : « Notre conversation est dans le ciel'^ ». Le confesseur du moins est tenu de ne jamais oublier cette règle ; son devoir est d'y ramener l'âme qui tenterait de s'en écarter.

Ce sentiment de respect n'exclut pas d'ailleurs l'affection. Elle est commandée au confesseur par soni titre de père : non pas, à Dieu ne plaise, l'alfection naturelle qui serait un danger et un malheur 3, mais cette affection noble et pure qui s'adresse à l'âme, fille de Dieu, et par elle monte jusqu'au Créateur. Celui qui ne sent pas en lui cet amour des âmes, qui ne l'entretient pas sans cesse dans la méditation assidue de

1 Quo lemporc ila se goret ut neque in incessu, nequo in gestii, motuve alio corporis, neque etiam in vestitu videalur, nec vero in cjus voce quidquani audiatur, quod non deceatji virum gravem, atquc adeo sanctum, quique memincrit se tenere locum Dei. (S. CAROL.,Instruct. pœnit., act., p. iv, p. 429.)!

2 Ad I^liilipp., III, 20.

3 Amor spiritualis générât affectuosum, alTectuosus obscquiosum,obsequiosusfamiliarem, farailiariscarnaIem.(S. Aug.)

leurs grandeurs, de leur beauté, de leurs périls, de leurs éternelles destinées, celui-là n'est pas appelé à s'asseoir au saint tribunal. S'il y entre, il n'y montrera que froideur et indifférence : il fera vaille que vaille un métier ; il n'exercera jamais un apostolat sérieux. Le véritable confesseur est celui qui, par suite de cet amour surnaturel dont il est embrasé pour les âmes, leur porte un réel intérêt, les étudie, se rend compte des besoins de chacune d'elles, s'alarme des dangers qu'elles peuvent courir, se préoccupe de jleur avancement dins les voies de la perfection et, pour e procurer, n'épargne ni son temps ni sa peine, muliplie ses efforts et ses pieuses industries *.

Combien d'àmes fréquentent, depuis de longues innées, le tribunal de la pénitence sans qu'aucun progrès se manifeste en elles ! Elles demeurent stationaaires. Pourquoi ? Est-ce que le sacrement a perdu son elTicacité ? Non ; mais c'est qu'elles n'apportent pas à sa réception les dispositions requises. Elles y iennent par habitude, par routine, parce qu'elles y sont toujours venues, parce que c'est l'époque où les oersonnes de leur condition, de leur voisinage ont .'habitude d'y venir. Elles ne se doutent même pas de

* Vis nossc an quis bonus sit confessarius ? vide quales sint !jus pœnitentes ; si hi vitam mutant aut in sancLitale valdc )roficiunt, si lieroica opéra capessant, scito insigneni esso

onfessarium ; sin pœnitentes maneant iidem, lioc est in j'odem statu vitii aut virlutis, scito cnervem esse confessa-

ium et unum è trivio. (Corx. à Lap., in Malach., c. m, v. 3.)

Un excellent opuscule a été récenunent publié sous ce titre :

i^robatio de vcgendis animabiis. C'est vraiment un livre d'or

l[ue je voudrais voir entre les mains de tous les confesseurs ;

Is trouveraient grand plaisir et grand profit à le lire et à le jnédilôr ; je ne saurais trop leur recommander de se le pro-

uror. Il est en vente à Paris, chez M. Mersch, imprimeur,

2, place Denfert-Hochereau.

268 DOL'ZIÈME CONFÉRENCE.

rimportance de cet acte, de la bienlieureuse influence (|ii'il est appelé à exercer sur toute leur vie. Nouvelles Samaritaines qui ne se rendent pas compte qu'elles sont si près de la source dont les eaux jaillissent pour la vie éternelle et auxquelles on pourrait dire : « Si vous connaissiez le don de Dieu ! ^ »

A qui appartient-il de le leur révéler et de les disposer à en recueillir tous les fruits ? Evidemment à leur confesseur.

Un confesseur n'est pas un simple donneur d'absolution, mais un préparateur évangélique de la grâce de Dieu, ayant mission, obligé par état de lui frayer la voie dans les âmes : parure Domino plebem perfeclam ^. Comment peut-il espérer atteindre ce but s'il se contente d'écouter, de donner quelques conseils vagues et sans portée, suivis d'une absolution liàtive?^

> S. JOAXN., IV, 10.

'' S. Luc, I, 17.

" ]\Iemlricrit saccrdos , prœsertiiii confessarius, se quasi vicai'iuni Cliristi sedere pro triJjunali, ut non leviter hoc judiciiiin pcragat dicatquc cuilibet conlllenti : ego te absolvo ; scd mature culpas examinet easque non tegere, non oblinere, non superficialiter delere, sed radicitus eradere satagat ; sicut auril'ox per ignem ab auro eradit omnem scoriam et lullo pei" Iieil)am borith a panno omnem, etiam intimum, tollit uîL'vum et maculam. Quid enini prodest pœnitenti absoivi si radix, puta eadem proclivitas et occasio proxima ad peccandum resideat, quœ illico eum rursum ad peccandum et ad l'ecidivam impellet ? Nimirum llet quod vulgo dicitur : canis ad vomitum et sus Iota ad lutum. (Corn, à Lapid., in Malach.. c. III, V. 3, t. XIV, p. 591.)

]\Ionemus ut meminerint suscepti nmneris partes non iinl)lere, immo vero gravioris criminis reos esse, eos omnes qui, cum in sacro pœnitenliœ Iribunali résident, nidla tacli sollici.} Iiidine pduiitentes audiunt, non raonent, non interrogant, scd, cxpleta criminum enumeratione, absolutionis formam illico prolerunl. Id sane a solertis medici, qui oleum ac vinum vul-

s'il ne remplit pas, auprès de cette àme mondaine, profondément enfoncée peut-être dans la nuit de l'erreur ou dans la boue des passions, le ministère que remplissait, auprès de la Samaritaine, le confesseur modèle, Notre-Seigneur Jésus-Christ? si, avec une patienca et ime prudence égales, il ne la fait pas monter peu à peu, de ces régions inférieures au degré de lumière et de vie surnaturelle où elle est appelée ?

Voyez-vous, Messieurs, comme le ministère de la confession , considéré sous cet aspect , s'agrandit . s'éclaire, paraît beau, et, on peut le dire, sublime ! Ze n'est plus une sorte de métier mécanique : c'est Dien ce que saint Grégoire le Grand appelle un art, « Tart des arts »: <2/*5r est artium regimen animariun^. Mais aussi qu'il devient difficile à exercer et comme il réclame des ouvriers expérimentés, continuellement attentifs à ajouter de nouveaux trésors aux trésors anciens de leurs connaissances et de leur expérience î

Mais, direz-vous, pour s'occuper ainsi des âmes, il faut leur consacrer beaucoup de temps, et, dans -la plupart des paroisses, quand elles viennent à certaines époques, c'est en grand nombre : elles affluent autour da confessionnal, et le pauvre confesseur, surchargé,

aeri, infuiidit nioribiis niniis alieiium est. (Bened. XIV, Bull., . XVII, p. 127.)

Regularitcr confcssarius tcnetur admonere pœnilentem, qui- :umquc ille sit, de sua obligationc : nec satisfacit suo muncri, ibsolvando a pcccalis quœ pccnitens dicit, sed potius imponit mis humeris peccala CcCtcra el, errores quos in pœnilenle dissimulât, et, Cicco cœcuui duccnle, ambo in œlernam iovcam :adent. Si lormidet ergo potcntis faciem non assumât sibi Pastoris oflicium : sed modeste se excuset tanquam minus iptum ad illud onus poiiandum. (Gard, de Lugo, sacr. Pœlit, disp. -22, sect. 2 ; Ben. XIV, Bull., t. XVII, p. 128.)

* Past., pars. t. c i.

débordé, est dans Timpossibilité matérielle de leur donner les soins que réclamerait leur état.

Sans doute c'est là une grande difficulté, et, pour ma part, je plains de toute mon âme les confesseurs envahis la veille des grandes fêtes par des avalanches de pénitents, oblip;és d'entendre à la hâte une multitude de confessions. Ils font un travail dans lequel il est impossible que ne se glissent pas bien des imperfections et des lacunes.

C'est précisément pour cela qu'il faut vous efforcer de prévenir, dans la mesure du possible, ces regretlablesencorabrements. Yousy arriverez en établissant, dans vos paroisses, la salutaire habitude de la confession fréquente. Des personnes quiviendront se confesser toutes les semaines ou tous les mois ne vous prendront pas beaucoup de temps et ne vous donneront pas d'inquiétude, à ces moments de presse. Quant aux autres, vous éviterez ou vous diminuerez le grave inconvénient que je signale si vous adoptez l'excellente pratique qui consiste à diviser les pénitents en plusieurs catégories, basées sur la diversité des villages, du sexe ou de l'âge, et à leur assigner u cliacune une semaine, pendant le temps du Carême, ou une heure spéciale de la journée, la veille des grandes fêtes. Mais la mesure la plus efficace sera d'habituer ceux de vos paroissiens qui s'approcheni des sacrements seulement à Pâques à venir se confesser deux fois : à la première confession vous prendre? tout le temps nécessaire pour les examiner et le^ exhorter, et, à la seconde, la veille de la communion vous n'aurez plus qu'à achever un travail aux trois quarts accompli : quelques minutes suffiront. Telles sont les pieuses industries d'un bon père désireux d^ grouper autour de lui tous ses enfants.

Cette paternité, qui se manifestera dans les soins que

VOUS prendrez pour rendre plus facile el plus attrayant l'accès du saint tribunal, dans votre façon douce et gracieuse d'accueillir les âmes, même les plus pécheresses et les plus grossières, n'empiélera du reste en rien sur les droits de la fermeté dont vos titres de médecin et de juge vous font un impérieux devoir. Jamais, sous prétexte de mieux sauvegarder les intérêts de vos pénitents, vous ne vous exposerez à trahir ceux de Notre-Seigneur. Vous vous montrerez doux, miséricordieux, compatissant ; vous « revêtirez es entrailles de la miséricorde divine : la bonté, 'humilité, la modestie, la patience * ». Vous ne vous indignerez pas contre le pécheur ; vous ne le repousserez pas ; vous ne le rebuterez pas par des paroles amères - ; vous serez pleins de cette vraie et surnaturelle compjission qui arrachait aux saints, à la vue des pécheurs, des larmes de tendresse et d'amour. Vous vous souviendrez de Texhortation de saint Paul : « Mes frères, si un homme s'est laissé entraîner à commettre quelque crime, vous qui êtes spirituels, instruisez-le clans un esprit de douceur, vous considérant vousmêmes, et vous disant que vous pouvez être pareillement tentés 3» . Car, ajoute saint xVugustin, « il n'est pas de péché qu'un homme commette qu'un autre lie puisse également commettre s'il cesse d'être souenu par le Créateur, par lequel l'homme a été fait^ ».

• Ad Goloss., III. 12.

* Si per cliarilnlcm impoiiitur disciplina, do corde Iionitas lonrccodal. (S. Bep,\., scrm. 15, do vcrbis apost.).

Rituaic Pomanum... conj'essariis inciilat, ut, sivo donogent ^ive diirorant absolulloiiem, mili ingonio ac snavi sormonc )œnitciifibiis causas donogata* absblulionis aporiant, ac ostenlant ita oxpcdii'o ut aniiua; saluli bcne consiihitur. (I^exed. <IV, Bull.. I. XVII, p. 12«J).

3 Galat.. M, 1.

* Nulium pcccaLuiii ç<l quod unquam feceril liomo, quod

Mais, ces réserves admises, vous ne vous montrerez jamais confesseur faible, craintif, homme des compromis et des atténuations que repousse la conscience. Vous ne craindrez pas « de rendre témoignage à la vérité * » : quand même, comme Nathan ou Jean- Baptiste, vous auriez devant vous un roi, vous n'iièsiterez pas à lui dire : « C'est vous qui êtes cet homme- », ou « Cela n'est pas permis ^ ».

C'est encore un des sublimes aspects du ministère de la confession. Là le prêtre jouit d'une complète et sainte indépendance. Il est soustrait à toute pression extérieure ; il ne relève que de sa conscience et de Dieu; nul n'a le droit de lui demander compte de ses décisions. L'âme qui l'est venue trouver n'a qu'à obéii ou à se retirer devant ce jugement sans appel. Incomparable autorité, domination sans égale en ce monde mais qui évidemment impose, à celui qui a le redoutabh honneur de l'exercer, le devoir de parler et d'agir ei dehors de toute influence humaine capable de trouble) l'impartialité de ses jugements et de n'avoir souci qu( de la vérité.

Il est tenu de la dire à tous : la crainte de déplain pas plus que le désir de plaire ne peuvent l'en dispenser Il doit promener le flambeau de la loi sur cette consciencplus ou moins environnée de ténèbres, sonder, discrè tementsans doute, mais courageusement, ses blessures Cette obligation résulte des termes mêmes de l'investi, ture qu'il a reçue. Il a le pouvoir de lier ou de délier pour en user raisonnablement et utilement, il fan

non possit faccre aller liomo, si desil Creator a qiio facUiseî Jiomo. (S. AuG., in solil., c.xv).

' S. JOANN., xviii, 37.

- II Reg., XII, 7.

3 «. Marc, yi, 18.

olen qu'il sache ce qu'il peut délier et ce qu'il doit lier *, 3t la plupart du temps il n'acquerra cette connaissance :{u"en interrogeant. Cest par des questions discrètes, intelligentes autant que cliaritables, qu'il arrivera à découvrir ce que cette àme ne lui avait pas dit, ce que peut-être elle se disait à peine à elle-môme, ce qu'elle aurait continué à porter comme une dangereuse illusion ou un germe de mort ^.

^ Prenez donc garde, ô confesseurs ! ce n'est pas moi qui vous parle, c'est le Concile de Trente qui vous avertit, c'est Dieu même qui vous ordonne de prendre garde à ses intérêts. [Je les remets, dit-il, entre vos mains : déliez, je vous le permets ; mais liez, puisque je l'ordonne : vous êtes les juges que 'ai établis, vous êtes les ministres de ma bonté et de ma ustice ; usez de ma miséricorde, mais ne l'abandonnez pas au népris des hommes par une molle condescendance ; faites >entir aux pécheurs l'horreur du crime qu'ils ont commis, par quelque satisfaction convenable, et tâchez par là de les retelir dans la voie de perdition dans laquelle ils se précipitent, le peur que votre facilité ne leur soit une occasion de liberinage, et qu'abusant de votre indulgence, ils ne fassent une louvello injure au îSainl-Esprit, par leurs fréquentes rechutes. BossuET, serm. sur la satisfaction, 2" p., Lebarcq, t. III, p. 425). * 8i confessor audierit aliquid de pœnitente vel scivit per diquam probabilem conjecturam, débet pœnitcnti ad memoiam reducere ; quia potest timeri quod pœnitens ignoret gnorantia crassa quœ non excusât secundum Guillelmum ; .el quia forte non intelligit illud esse peccatum : nam, secunlum Isidorum, ignorans quotidie peccat et ignorât. (!S. Ber- •iARn, Senensis, serm. 27, art. 2, c. 3 ; Ben. XIV, Bull., XVII, p. 127).

Vincibilis ignoranlia locum habct, cum pœnitens aut crimina gnoret, (jure lanem nosse débet, aut in lis versetur facti cirumstantiis, quap, confessario dissimulante, peccatorem in )ravo opeie obfirmant, non sine aliorum scandalo ; cum quis irbitretur ea sibi licere, quœ ab iis, qui Ecclesiœ sacramenta requonlani, impnne exerceri animadvertit. Hisce in casibus oncors theologorum sententia est confessarium teneri monitis c interrogationibus pœnitenti opem ferre, quamvis inde pœnienlis tristiliam soculurain agnoscat. (Bex. XIV, Bull., XVII, p. 1-J7).

Et quand le confesseur, grâce à cette charitable sollP citude, a découvert le mal, il ne faut pas qu'il néglige, par suite d'une fausse pitié, d'y appliquer le remède et qu'il laisse ce malade s'endormir dans le pernicieux sommeil d'une fausse conscience.

Que d'âmes à notre époque sont dans l'illusion î Combien ignorent ou méconnaissent en pratique les maximes de TEvangile, les règles les plus élémentaires de la vie chrétienne ! Quel alliage en elles de religion et de mondanité ! Vous en voyez qui s'approchent des sacrements et même sont admises à la communion fréquente et qui se livrent à des plaisirs évidemment en opposition avec l'esprit de l'Evangile, adoptent les modes les plus dissolues, lisent des livres impies et immoraux, en un mot mènent une vie qui n'est rien moins que chrétienne. Ce ne sont plus seulement les lois de la prudence qui défendent de s'exposer témérairement à la tentation, mais les commandements cl Dieu et de son Eglise qu'on viole sans être pour cel; exclu au moins temporairement de la table sainte. Telli personne y vient sans hésiter qui non seulement ei temps ordinaire, ce qui déjà serait étrange, mais ei plein Carême prend part aux divertissements, au: festins du monde, se dispense pour ce motif du jeûn( et de l'abstinence et semble se moquer des adoucissements apportés par l'Eglise à la loi de la pénitence en s'en accordant de sa propre autorité qui sont dij véritables scandales *.

* Periculum non raro creare (confessionem potentiuin huj sœculi). Experiuntur id confessarii magnatum, principum divitum qui prœter moleslias illis obsequendi, non raro c&f^i cientias suas œque ac pœnilentiunn periculo œternœ satotî oxponunt, dum vel ex metu displicendi eis, vel ex studi] placendi, non audent eos moncre, sed dissimulant quip dissli mulanda non sunt et taxant non laxanda. Quanto loliciore]

A un autre point de vue, vous trouvez dans nos villages des gens qui font leurs Pâques et qui, depuis bien des années, travaillent le dimanche, ne paraissent que rarement aux offices, foulent aux pieds à peu près toutes les lois de l'Eglise. Sans doute, il ne faut pas « éteindre la mèche qui fume encore, briser le roseau à demi cassé * » ; mais il ne faut pas non plus abuser des choses saintes, en les donnant aux indignes"^.

On prétend réagir ainsi contre les tendances jansénistes. Mais si les principes du jansénisme étaient d'une rigueur excessive et ont fait beaucoup de mal, 1 faut convenir que ceux qu'appliquent aujourd'hui certains confesseurs sont d'une largeur non moins Dxcessive et tout aussi funeste car ils aboutissent à a ruine de la vraie vie chrétienne dans les âmes. Ce l'est plus le christianisme de Notre-Seigneur Jésus- Zlhrist ; il n'en reste que des apparences et des formes

Tint confessarii pauperum, qui eos libère moiicnt facileqiio 1(1 omncm sancUtatem promovent ! Ili Domini sunt, illi servi. Corn, à Lap., in Eccli., c. xiii, v. 2). 1 S. Matth., XII, 20.

* Que répondront devant Dieu ces confesseurs lâches el omplaisanls, qui auront corrompu par leur facilité criminelle a sévérité de la discipline, lorsqu'ils verront d'un côté s'élever entre eux les Pères (jui ont fait les canons et particulièrelent ceux de Trente, qui les ont avertis si sérieusement du éril où les engageait leur fausse et cruelle miséricorde, et e l'autre, les pécheurs mêmes, dont ils auront làchenjent allé les inclinations corrompues ? C'est vous, diront-ils, qui ous avez damnés, c'est votre pitié inhumaine, c'est votre idulgence pernicieuse. O Seigneur ! faites-nous justice contre îs ignorants médecins qui, pour trop épargner le membre ourri, ont laissé couler le. venin au cœur ; contre ces làclies inducteurs qui ont mieux aimé nous abandonner à la licence ar une llatterie dangereuse, (jue de nous retenir sur le penïant par une discipline salutaire. (Bossuet, serm. sur la itisfactiou, 2" p., t. III, p. 'i26j.

extérieures ; elles jettent les âmes dans rillusion et leur l'ont courir les plus grands dangers à elles et à leurs guides spirituels, dont plusieurs semblent prendre à tâche de justifier cette grave parole du pieux et savant cardinal Bellarmin : « On ne pécherait pas si facilement si on ne se faisait pas si facilement absoudre * ». Ne vaudrait-il pas mieux que, dans une paroisse, vingt ou trente hommes seulement commu- , niassent à Pâques, sachant bien ce qu'ils font et à j quoi ce grand acte les oblige, que d'en voir cinquante f ou soixante s'approcher par habitude, par routine, \ de ce redoutable mystère, sans qu'il paraisse aucun o changement dans leur conduite ? Quand un curé a, i parmi ses paroissiens, un groupe, si petitsoit-il, d'âmes :t bien formées, satisfaisant à toutes les exigences de la .1, vie chrétienne, il peut espérer que d'autres viendront se ij joindre à elles dans les mômes conditions consolantes Si, au contraire, il permet que la réception des sacrements s'allie à la violation habituelle des lois fonda mentales de la vie chrétienne, il s'engage sur une pente funeste : la pratique du christianisme sera bientôlj réduite à n'être plus qu'une simple formalité, au liev de rester, comme il le faudrait, une réalité vivante e sanctifiante.

Attachez-donc, Messieurs, la plus grande impori tance à ce ministère de la confession : dites-vous bieil que c'est le moyen par excellence, mis par Dieu à Ij disposition de chacun de vous, pour lui permettre dj transformer, en peu de temps, sa paroisse. C'est uni] source de vie largement ouverte. Votre ambition doi

' Non esset tanta facilitas pcccancli, si non esset tanta fac litas absolvendi. (Card. Dellarm., cité par Benoît XIV, Bulij t. XVII, p. 129).

être que tous y viennent puiser. Ne négligez rien de ce qui peut contribuer à la réalisation de ce désir si éminemment pastoral. Efforcez-vous d'attirer les âmes au confessionnal. Donnez à chacune en particulier vos soins assidus. Soyez apôtres vis-à-vis d'elles, et, à leur tour, elles deviendront vos apôtres : elles porteront au sein de leurs familles, elles répandront, dans la paroisse entière, cet esprit chrétien que vous aurez pris la peine de leur inculquer, et il ne tardera pas à 36 produire un mouvement de régénération, dont votre confessionnal sera le point de départ.

Ce ministère, sérieusement compris et courageusement exercé, présente, il est vrai, des difficultés, il impose un continuel travail, il rend un prêtre saintement esclave. jMais pour accepter ces travaux et ces sacrifices, ayez sans cesse présentes à la pensée les récompenses spéciales réservées, dans le ciel, noii seulement à ceux qui auront confessé Dieu devant les lommes, par le martyre sanglant de la persécution, liais à ceux qui auront confessé les hommes devant 3ieu, dans le martyre obscur et prolongé du saint ribunal.

Messieuks,

La confession est bien, de toutes les fonctions pastorales, celle qui exige le plus de discernement et de prudence. Vous le comprenez, et vous n'entrez jamais au saint tribunal, j'en suis convaincu, sans éprouver le besoin de demander à Dieu, avec un redoublement de ferveur, « la sagesse qui lassiste à son trône : Da inihi sedium tuavum assistricem sapientiam * ».

C'est un ministère si complexe que celui-là ! Vous ôles appelés à l'exercer sur tant d'âmes et dans des conditions si diverses ! Successivement passent devant vous tous les âges de la vie, toutes les classes de la société : enfants et vieillards, jeunes gens et jeunes filles, hommes et femmes, mariés et célibataires, riches et pauvres, heureux et malheureux, tous viennent s'agenouiller à vos pieds, vous disant : « Bénissez-moi, mon père ». Tous ont droit à cette bénédiction : vous êtes là précisément pour les bénir, mais en donnant à ce mot sa signihcation la plus large.

* Sap.. IX, h.

Ce qu'ils attendent de vous, ce ne sont pas seulement ces prières liturgiques par lesquelles vous appelez sur eux la miséricorde divine ; ce n'est pas même uniquement cette absolution qui opère ce qu'elle signifie et va retentir jusque dans les plus intimes profondeurs de toute àme de bonne volonté pour la purifier et la renouveler. En vous priant de les bénir, vos pénitents vous demandent de leur dire du bien : bene dicere, [de leur donner de bons conseils, une salutaire direction proportionnée à leur situation et à leurs besoins. Evidemment vous ne tiendrez pas à tous le même langage : toutes ces âmes ne sont pas appelées à suivre la même voie pour arriver au ciel, et vos exhortations se diversifieront suivant les personnes et les circonstances. Vous vous efforcerez de donner à chacun ce qui lui convient et sous la forme la plus opportune. Je ne puis, vous le comprenez, Messieurs, vous exposer en détail les règles à suivre vis-à-vis de ces différentes catégories de pénitents. Cela m'entraînerait trop loin. Vous trouverez d'ailleurs, dans la théologie mystique et les manuels à l'usage des confesseurs, toutes les indications nécessaires. Je me contenterai de vous rappeler que vous ne sauriez trop posséder ces principes de direction dont vous avez besoin à chaque L instant. Si vous voulez être de bons confesseurs, n'at- ' tendez pas qu'un cas se présente pour en chercher péniblement la solution ; qu'elle vous soit parfaitement •onnue à l'avance. Un médecin serait mal venu d'at- '■ndre, pour s'enquérir des remèdes qui conviennent I une maladie, qu'il se trouve au chevet du malade. Il aiit qu'a3'ant acquis préalablement cette science géné- •ale il soit prêt à en faire toutes les applications K'cessaires : autrement il hésitera et s'exposera, par l's atermoiements, à compromettre la santé et la vie i<' son client.

Cette étude préparatoire, vous ne la ferez nulle part Messieurs, avec plus de plaisir et de profit, je nliésit pas à vous l'affirmer, que dans le Pastoral de sain Grégoire le Grand. C'est bien le livre d'or des pasj teurs ; on ne saurait jamais assez en recommander tous ceux qui ont charge d'àmes la lecture et la médi^ tation assidues. Mais si tout y est admirable, c'est'' surtout dans la troisième partie que les confesseurs trouveront les plus grandes richesses ; là ils verront passer sous leurs yeux, analysées avec une profondeur de doctrine et une finesse d'observation merveilleuses, les différentes maladies d'àmes avec leurs principes, leurs effets et aussi les remèdes les plus propres à les guérir.

Je pourrais donc me contenter de cette indication générale. J'estime cependant qu'il ne sera pas inutile d'appeler votre attention sur deux classes de pénitents qui occupent dans le monde des âmes une place à part et vis-à-vis desquels des obligations toutes spéciales vous incombent.

Vous n'avez pas tous, ^Messieurs, le bonheur de posséder des religieuses dans votre paroisse. Ceux d'entre vous qui jouissent de ce privilège ont grande raison de s'en féliciter. Il est si bon pour un curé de sentir auprès de lui des âmes dont la vocation est identique à la sienne et qui n'ont comme lui qu'un désir : procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes. Et pour une paroisse c'est un si grand avantage, une source si abondante de grâces et de bénédictions !

Ce qui le prouve mieux peut-être que tout le res c'est l'antipathie, Thostilité que les ennemis de la

inejs

>aiiite Kglise manifestent contre la vie religieuse, les 3frorts acharnés qu'ils l'ont pour l'exclure de Técole et lu chevet des malades. Ce doit être pour vous un nouveau motif de l'apprécier et de l'aimer d'un amour proportionné à la haine dont ils la poursuivent.

Les religieuses sont vos auxiliaires. Elles élèvent /os enfants, elles visitent vos malades, elles prennent i;oin de votre sacristie, elles rendent à votre ministère pastoral de nombreux et éminents services : c'est ncontestable. A tous ces titres elles ont droit à votre •econnaissance : il est juste que vous saisissiez avec empressement toutes le3 occasions de la leur témoigner. Mais nulle part il ne s'en présentera de meileure et de plus favorable qu'au tribunal de la )énilence. C'est surtout au confesseur qu'il appartient l'acquitter la dette du pasteur.

Confesseurs de religieuses ! vous rendez-vous bien

ompte. Messieurs, de l'importance et de la sublimité

e ces f.)nctions ? Vous avez affaire à des âmes d'élite.

•llles ont renoncé au monde pour se consacrer à Dieu

ans réserve et sans retour. En faisant le triple vœu

le pauvreté, de chasteté et d'obéissance, elles sont

'ntrées dans la voie de la perfection, elles ont pris

'engagement d'y avancer toujours sans jamais regar-

ler en arrière, et, par suite, elles sont devenues les

pouses de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Malgré cela, ces âmes ont besoin comme toute

réature ici-bas d'être encouragées, soutenues, stimu-

''es ; et même, plus leur vocation est sublime, plus le

entier qu'elle leur fait suivre est âpre et escarpé, plus

leur est nécessaire de ne jamais manquer d'encoura-

•ements et de conseils. Qui les leur donnera ? Leurs

ompagnes, leur supérieure? Oui, sans doute, elles

'ouvent autour d'elles, dans la vie de communauté, la

pratique de leurs règles, le retour quotidien de leurs exercices de piété, des préservatifs très efficaces et de puissants secours. Mais encore faut-il qu'elles s'en rendent compte et se maintiennent dans la disposition d'âme indispensable pour en profiter. Et puis il est des secrets de conscience, des confidences intimes, que les supérieures ne peuvent ni licitement demander ni bien souvent recevoir utilement. Il vaut mieux pour Tàme ne s'en ouvrir qu'à Dieu et à celui qu'il a constitué ici-bas son représentant en lui donnant lumière et g-ràce d'état.

Et c'est vous, curé de la paroisse, qui êtes le conseiller et le g-uide attitré de ces âmes. C'est à vous f[u'il appartient de les soutenir, de les encourager, de les protéger, de les consoler, de les faire progresser dans cette voie de la perfection oii, de l'aveu de tous les maîtres de la vie spirituelle, ne pas avancer c'est reculer. C'est à vous que Notre-Seigneur confie le soin de ces épouses qui lui sont si chères ; à vous qu'il donne la mission de les rendre de plus en plus dignes de lui, de son amour, de ses faveurs privilégiées. Quelle marque de confiance il vous accorde ! quel honneur il vous fait !

Aussi, Messieurs, votre premier devoir par rapport à ce ministère de la confession des religieuses, c'est il'en concevoir une grande idée et de lavoir en très haute estime. Vous serez par là conduits à ne pas l'al^order légèrement et sans préparation. Votre foi et votre zèle vous diront que ces sentiers de la vie rehgieuse, ces cimes de la perfection, ne sont pas des voies ordinaires, et que pour y conduire sûrement les âmes il ne faut pas des guides inexpérimentés. Ceuxlà seuls sont capables qui peuvent dire avec l'ange conducteur du jeune Tobie : « Tous ces chemins je les

connais, souvent je les ai parcouras : No^i et omnia itinera ej us fréquenter ambulmn^ ».

Mais pour cela il faut les avoir explorés. Cette exploration, où et comment la ferez-vous ? Ce sera dans rétude de la théologie mystique, dans la lecture des règles propres à l'institut dont vous êtes appelés à diriger les membres et aussi. Messieurs, il faut bien vous le dire, dans la méditation fréquente et pratique de vos propres obligations : la vie sacerdotale a de telles affinités avec la vie religieuse, et les exigences de l'une sont à peu de chose près les exigences de l'autre. C'est à ces conditions-là seulement que vous pourrez donner à ces âmes d'élite l'aliment spirituel <{ui leur convient, ce pain plus substantiel et plus fortifiant de la perfection, au lieu du lait de la vertu simplement chrétienne dont force vous est bien de vous contenter en général pour les simples fidèles.

Non seulement vous vous tiendrez prêts à remplir ce ministère ; mais, de fait, vous le remplirez : je veux dire que vous vous y porterez avec une parfaite bonne volonté et un empressement surnaturel. Heureux d'avoir cette occasion de donner à Notre-Seigneur une preuve d'amour, vous vous consacrerez volontiers au soin de ces âmes, les bien-aimées de son cœur. Vous ne serez pas de ces prêtres qui se plaignent que leurs religieuses se confessent trop souvent, qui sont toujours disposés à différer de les entendre et parfois laissent s'écouler entre deux confessions de longs intervalles.

i^ourquoi refuseriez-vous à ces âmes d'élite le service ({u'elles réclament de vous ? N'ont-elles pas besoin pour se soutenir dans ces voies de la perfection où elles sont appelées de recevoir fréquemment

Toi!., v, 8.

ce sacrement, qui est tout à la fois celui de la purification et de la force? Est-il juste de les priver de la consolation de sentir tomber chaque semaine sur leur âme le sang de Jésus-Christ, qui est comme le bain salutaire par lequel elles se préparent à s'asseoir avec une robe nuptiale parfaitement pure au banquet de son Eucharistie V Non, non, à aucun point de vue un confesseur de religieuses n*a le droit de les priver de ce ministère dont il est redevable même au simple fidèle. Ne pas s'y prêter, prétexter pour s'en dispenser le nombre des occupations, le manque de temps, l'inutilité et le danger de ces confessions fréquentes, ce serait ne pas comprendre avec quelle sollicitude et quelle délicatesse doivent être traitées ces âmes, épouses de Notre-Seigneur, et montrer qu'on ne soupçonne même pas les exigences de cette vocation supérieure.

Pour vous, ^Messieurs, vous vous montrerez toujours pleins de charité pour elles : vous ne compterez pas , avec la fatigue. Non seulement vous les recevrez i volontiers au saint tribunal aussi souvent que leur \ règle leur prescrit de s'y présenter, mais vous prendrez f tous les moyens pour leur faciliter Taccomplissement de ce devoir, Et si elles se négligeaient, vous seriez les premiers à les avertir et à insister pour qu'elles s'en acquittent fidèlement.

Ce n'est pas à dire que vous deviez favoriser le scrupule ou les fâcheuses tendances de certaines âmes qui, pour un motif ou pour un autre, seraient portées; à vous appeler trop souvent au confessionnal : le cas; échéant, vous aurez raison de vous montrer très fermes. Mais vous vous garderez bien d'attrister et defj décourager la bonne volonté et les pieux désirs de celles qui, dans la fréquentation régulière de ce sacrement, s'en tiennent aux prescriptions de leur

règle et aux traditions de leur institut, et y viennent chercher le moyen de garder toujours leur conscience parfaitement nette, de la purilier de ses moindres souillures et aussi de gagner sûrement les indulgences. Un curé ne serait-il pas coupable, ne se montrerait-il pas, j'ose le dire, cruel, s'il se refusait à donner satisfaction, dans cette juste mesure à ces saintes délicatesses de conscience, plus cruel encore si, par des délais prolongés, il forçait ces âmes à manquer leur communion, à se priver de cette divine nourriture qui est pour elles le principe de la consolation et de la force ?

Il devra se conduire d'après les mêmes principes le prêtre qui, sans avoir de religieuses dans sa paroisse, est appelé dans une autre à titre de confesseur extraordinaire. Dès lors qu'il a accepté cette mission, c'est pour lui un devoir de conscience de la remplir au temps fixé par l'Eglise et aussi souvent qu'elle l'exige. Dans sa prévoyante sollicitude, cette bonne mère veut assurer un secours parfois nécessaire à toutes les religieuses. Elles peuvent éprouver quelque gêne avec leur confesseur habituel ; avoir besoin d'en consulter un autre et de se décharger auprès de lui d'une inquiétude passagère ; ce changement donnera peut-être à leur ferveur languissante une impulsion nouvelle : tels sont les motifs qui ont diclé à Tf^glise cette loi protectrice de la liberté des consciences.

Vous entrerez dans ses intentions. Messieurs, et si vous êtes chargés de cette fonction de confesseur extraordinaire, vous la remplirez avec zèle. Autant que possible vous vous rendrez dans la paroisse où se trouve la communauté plutôt que de faire venir les religieuses dans votre propre église : un déplacement est plus facile et sujet à moins d'inconvénients pour vous que pour elles. L'époque venue, vous ne vous

28G TREIZIÈM!-: CONFÉRENCE

laisserez arrêter ni par la négligence, ni par aucune considération humaine. Pour vous encourager, vous vous direz que si la plupart du temps votre présence n'est pas nécessaire, il peut néanmoins se trouver des cas où elle le devienne, et dussiez-vous, en remplissant ces fonctions pendant plusieurs années, n'être utiles qu'à une seule àme, c'en serait assez pour vous récompenser de votre peine.

Si d'ailleurs vous voulez que votre ministère auprès des religieuses soit utile et sanctifiant, il faut que -vous sachiez le leur rendre agréable. Ai-je besoin de le dire ? je n'entends pas parler d'une satisfaction humaine. Que Dieu garde un confesseur, quel qu'il soit, et à plus forte raison un confesseur de religieuses, de chercher à s'attirer des sympathies et des affections naturelles ! Il ne pourrait, sans trahir son divin Maître, chercher à s'attacher personnellement ces âmes qui appartiennent à Jésus à un titre inaliénable. 11 est auprès d'elles uniquement l'ami, le représentant de l'Epoux ; son unique ambition doit être do le leur faire de plus en plus connaître et aimer. Saint Paul lui indique admirablement quels doivent être ses sentiments et ses actions vis-à-vis d'elles dans ces belles paroles : « Je suis jaloux de vous d'une jalousie divine. Car je vous ai fiancées à un époux unique, an Christ, pour vous présenter à lui comme une vierge pure : JEmalor enini vos Dei œmulatione. Des pondi enim ços uni vivo virginem castarn exhiben Christo 1 ».

Et cependant, pour que vous leur fassiez du bien, i faut que vous leur soyez sympathiques, qu'elles n'aieni contre vous aucune prévention plus ou moins fondée qu'elles vous donnent toute leur confiance. Vous ren

1 II ad Cor., xi, 2.

dez-vous compte de ce que souffrirait une religieuse qui serait dans une autre disposition? des difficultés, des peines intérieures, des luttes, disons le mot, du martyre de cette âme qui n'a pas pour son confesseur cette pleine et entière ouverture et qui se voit contrainte de recourir à lui, n'étant pas libre, comme les personnes du monde, de s'adresser à un autre ? Quelle torture elle subit, et en même temps quels périls elle court.

Et si vous comprenez les inconvénients dune telle situation, ne prendrez- vous pas tous les moyens pour Fempècher de se produire ou pour y porter promptement remède ?

Elle est la plupart du temps le résultat des rapports qu'un curé a nécessairement avec ses religieuses en dehors du saint tribunal. Il est obligé de se rencontrer avec elles pour les détails de son ministère : les catéchismes, la sacristie, les malades. S'il ne veille pas bien sur lui-même, si dans ces diverses occurrences il fait paraître non la charité, la patience, la mansuétude, l'affabilité d'un père, mais les impatiences, les brusqueries d'un maître, une sorte d'autorité tyrannique, si surtout il ne garde pas toujours dans ses relations une respectueuse et religieuse réserve, facilement il se rendra désagréable : et les rapports avec le curc' étant pénibles, ceux avec le confesseur le deviendront également.

Efforcez-vous donc d'être irréprochables, et pour cela soyez toujours surnaturels en traitant avec vos religieuses. Que Thomme se fasse voir le moins possible ; mais toujours le prêtre et le pasteur. A cette condition vous pourrez espérer que votre ministère sera béni de Dieu, et également profitable à ces âmes et à la vôtre.

Et c'est là, Messieurs, une considération bien propre

à VOUS le faire apprécier. Les autres confessions souvent vous attirent en bas et, n'était la grâce attachée à ce saint emploi, elles seraient de nature à vous faire descendre : celles-là au contraire élèvent votre àme et Tinvitent à monter toujours plus haut : Siwsum eorda. Vos pénitents laïques font, hélas ! plus d'une fois passer sous vos yeux des misères, des turpitudes qui l'attristent et Tépouvantent. Sans doute vous pouvez tirer profit de ces confidences-là même pour exciter votre amour, votre reconnaissance envers Dieu dont la grâce vous préserve de tels excès*. 11 faut convenir, toutefois, que par elles-mêmes elles ne sont guère propres à vous soutenir, à vous stimuler dans les voies de la perfection. Elles pourraient, d'autre part, faire naître en vous une délicate tentation, celle à laquelle succombait l'orgueilleux pharisien, quv disait en se comparant aux autres : « Moi, je ne suij pas comme eux ; je leur suis infiniment supérieur ^ » et parce que votre vie, si imparfaite qu'elle soit peutêtre, l'est beaucoup moins cependant que celle de cef chrétiens vulgaires qui remplissent à peine les devoir! essentiels de la vie chrétienne, vous oublieriez facile: ment ce grand principe de l'Evangile : « Ceux qu' ont reçu beaucoup, on leur demandera beaucoup ^ ».

Pour vous préserver de cette dangereuse illusioi' rien de meilleur et de plus efficace que cette rencontr' au tribunal de la pénitence avec des âmes de reli' gieuses, c'est-à-dire en général des âmes d'élite. Qu de fois il vous arrivera de trouver en elles des vertu^ héroïquement pratiquées, des délicatesses de consf

^ Nisi Dominiis reliqiiisset nobis semen sicut Sodom fuissemus et sicut Gomorrlia similes essemiis. (Is., i, 9). ■^ y. Luc, xviii, 11.

3 IbicL, XII, 48.

cience, des efforts courageux vers la perfection, des pratiques de mortification et d'humilité qui seront pour VOUS tout à la fois un salutaire encouragement et une sorte de remords.

Et c'est peut-être pour ce motif que les prêtres indifférents et tièdes n'aiment pas ce ministère de la confession des religieuses et ne s'y prêtent pas volontiers. La perfection de ces âmes les accuse et les condamne : ils le sentent bien et ils aiment mieux ne pas s'exposer à cette comparaison redoutable. Les bons prêtres, au contraire, sont heureux de ces relations surnaturelles que la Providence leur ménage ; ils l'en bénissent et ils y trouvent, avec de nombreux sujets d'édification, un nouveau motif de se surveiller et un puissant moyen d'avancer dans la voie de la )erfection.

Une autre classe de pénitents plus intéressante et plus auguste encore, ce sont les prêtres.

Eux, qui voient le^ autres s'agenouiller à leur tri- )unal, ils sont obligés de venir, à leur tour, aux pieds 'an prêtre, pour recevoir non seulement le pardon de eurs fautes, mais aussi des conseils, des encouragements et même au besoin de salutaires reproches.

Quel ministère que celui-là ! Confesser et diriger une \me, iVit-ce la dernière de toutes dans les rangs du :)euple chrétien, c'est déjà une mission glorieuse et ifficile ; combien plus si c'est une âme de prêtre, une Ime dont la dignité surpasse infiniment celle de tous es rois de ce monde î

Et pourtant on rencontre des prêtres qui ont peur de '6 ministère et s'y dérobent autant qu'ils le peuvent.

Ils ont grand tort assurément : aucun n'est plus méritoire et plus fécond. Faire du bien à une âme sacerdotale, c'est en faire à cette multitude d'âmes qui se rattachent à la sienne. Travailler à la sanctification d'un pasteur, c'est travailler à la sanctification du troupeau tout entier qu'il dirige, et nul doute que les bons confesseurs de prêtres n'acquièrent des mérites parti-culiers etne soient appelés à jouir d'une gloire spéciale dans le ciel. Quiconque envisagera ce ministère avec les yeux de la foi, loin de le repousser le désirera ou tout au moins Tacceptera de grand cœur dans l'occasion.

Toutefois, il ne faut pas oublier qu'il réclame des qualités spéciales et des vertus supérieures.

Il est évident d'abord qu'un confesseur de prêtres doit éprouver tout particulièrement le besoin et le désir i d'être un saint. C'est d'ailleurs un des avantages de ce ministère : comme celui qui s'exerce à l'égard des religieuses, il porte à la sainteté ; il en fait une obligat ion plus rigoureuse au confesseur. Ne faut-il pas, en effet, qu'il montre à son confrère, devenu sonpéni-i tent, ces sommets de la perfection sacerdotale à laquelle tout prêtre doit aspirer, qu'il l'encourage, quil l'aidel à y monter ? Comment le pourrait-il s'il n'y tend luimême de toutes ses forces ; si, manquant de zèleJ pour sa sanctification personnelle, il laisse dans sa viej des lacunes, des imperfections, des faiblesses volontaires? Un confesseur vulgaire transmettra sans doute! la grâce essentielle de l'absolution ; mais la grâce] accidentelle, mais cette impulsion, cet élan qui résuli du contact d'une âme avec une âme d'apôtre, ne l'ai tendez pas de lui : « nul ne peut donner ce quil ni pas », cest une vérité devenue proverbiale : Nemo da quod non hahetl Et cependant elle ferait tant dd bien à ce pauvre prêtre appelé à fournir sans cessd aux autres et ne pouvant guère recevoir que de sow

confesseur ! Il lui serait si bon, si profitable d'entendre une parole amie, convaincue, réchauffer son àme, fortifier sa volonté, animer son courage, consoler ses tristesses. Il se trouverait si bien, en un mot, d'avoir un confesseur vraiment prêtre.

Mais si tout confesseur de prêtre est tenu de travailler à devenir un saint, il faut qu'il soit un saint courageux, qui ne craigne pas de dire la vérité. Tout confesseur la doit pleine, entière à n'importe lequel de ses pénitents : combien plus à un confrère, qui souvent ne peut l'entendre que de sa bouche et qui la réclame de sa charité. C'est dans ce but qu'il est venu s'agenouiller à vos pieds et vous ouvrir son cœur. N'est-ce pas dès lors pour vous, honoré d'une telle confiance, une obligation d'honneur, de charité, de justice, de parler à cette àme avec une franchise pleine sans doute de bonté, de respect et de ménagements, mais qui ne se laisse arrêter par aucune considération humaine?

Que de misères seraient évitées si tous les confesseurs de prêtres comprenaient et remplissaient ainsi leur mission ; si, forts de la grâce de leur sacerdoce, ils savaient s'élever au-dessus de toute préoccupation personnelle, oublier les rapports extérieurs qu'ils ont avec ce confrère, ne voir en lui, au saint tribunal, iqu'une àme se faisant leur justiciable, leur donnant, par là même, le droit et leur imposant le devoir de tout dire. Oui, tout : non seulement ce qui a rapport à la sanctification et au salut personnels de ce prêtre, au progrès de son àme, mais aussi ce qui intéresse sa [réputation et le succès de son ministère.

On s'étonne parfois de rencontrer des prêtres qui 3ont loin d'être ce qu'ils devraient être, ce qu'il faut ibsolument quils soient pour se sauver et sauver les fidèles confiés à leurs soins. Dans leur vie sacerdotale

et pastorale il existe des lacunes que tout le monde remarque, dont les bons gémissent, dont les méchants se scandalisent et triomphent. Les devoirs les plus essentiels du saint ministère sont négligés ou insuffisamment accomplis ; la loi de la résidence n'est pas sérieusement observée ; l'église est mal tenue ; la prédication, les catéchismes sont nuls ou à peu près ; les pertes de temps considérables ; des fréquentations regrettables et qui font causer ont lieu ; des habitudes nullement ecclésiastiques et contraires aux prescriptions formelles des statuts dominent dans cette vie. En voyant ce désordre, ces infractions multiples, on se dit : « Mais ce prêtre n'a donc pas de confesseur ? » Vous vous trompez : il en a un et même il va régulièrement le trouver. Malheureusement, c'est moins un confesseur qu'un donneur d'absolution ; il est du nombre de ceux que nos saints Livres dépeignent sous la saisissante image de ce « chien muet qui n'ose pas aboyer : Canes muti non valentes latrare'^. Il voit tout, il sait tout ; comme tout le monde, il gémit et il se tait. Il redoute de passer pour un exagéré, de faire de la peine, de s'attirer des reproches, que sais-je ? et il ne craint pas qu'un jour Dieu lui demande compte de cettte àme de prêtre ! Il cherche à se rassurer en se disant : A quoi bon l'avertir? cela ne servirait de rien. Après tout, mon confrère sait aussi bien que moi ce qu'il doit faire ; il a sans doute de bonnes raisons d'agir ainsi et mille autres raisonnements du même genre qui n'exempteront pas ce confesseur pusillanime d'entendre un jour Dieu lui rappeler qu'en se chargeant de la conduite de cettWf àme, il avait contracté l'engagement de la reprendre!

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