‹ Confession d'un enfant d'hierChapitre 4 sur 9 · LETTRE III · texte numérisé non relu

LETTRE III

Vous savez comment on appelle ceux de ma génération : les enfants de la conquête. Il est admis que les faits de guerre, dont nous fûmes les témoins à peine conscients, nous ont marqués d'une empreinte indélébile, qu'ils ont humilié notre énergie, appauvri notre tempérament, désenchanté notre imagination pour jamais. Ils nous ont fait secs, égoïstes, pessimistes. Ce n'est pas une observation, c'est une théorie, qui n'a pu prendre naissance que dans le cerveau d'hommes alors déjà faits. Mol , je la tiens pour contraire à la vérité ; et vous pouvez m'en croire, puisque je juge sur moî-méme, et que je ne parle point par ouï-dire ou par raisonnement.

Non, la guerre ne nous a pas énervés : elle nous a trempés, elle nous a virilisés avant Theure. Elle a suppléé aux lacunes de notre éducation, en nous révélant la solidarité sociale par les risques et par

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