‹ Confession d'un homme d'aujourd'huiChapitre 8 sur 12 · COISFESSIOX · texte numérisé non relu

COISFESSIOX

sence Là-bas était nécessaire à lui-même, et c'est lui qui insista pour m'emmener.

Je laissai à l'Ambassadeur et à rAmbassadrice une semaine d'avance, que moi j'employai à prendre certaines dispositions, comme si je me fusse expatrié pour jamais. Je devais une dernière visite à l'enfant que j'avais recueilli et que j'allais abandonner. Celte entrevue me fut particulièrement pénible. Euphorion avait grandi, c'était maintenant une personne réelle ; et je me dérobais ta lui, à l'heure où rintimité devenait possible entre nous ! On n'abuse pas le cœur des enfants. Depuis des mois il sentait ma désaffection : il ne me faisait aucun reproche ; mais il ne m'écrivait pas comme à un père : il m'écrivait comme à un bienfaiteur, avec des expressions de gratitude froide et correcte. Je lui en voulais de la rancune que je le soupçonnais de me dissimuler. Je lui en voulais de ma forfaiture, du devoir que je m'étais créé envers lui gratuitement, mais qui était devenu mon devoir strict et auquel pourtant je manquais. Je lui en voulais de tout, de ses fautes d'orthographe, de son style sans précocité, de ses notes qui révélaient un esprit, un caractère sans nul rapport avec mon caractère et mon esprit. Et je devinais que peutêtre, s'il m'eût senti ])lus paternel, il fût resté moins inertement lui-même, il aurait mis plus de bonne volonté à me ressembler : mais il voyait

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bien que ce n'était plus la peine et qu'il n'avait plus aucune raison pour devenir pareil à moi.

Comprit-il que je ne venais le voir ce jour-là que par acquit de conscience ? 11 ne me remercia pas de ma visite, et il ne s'émut point de mon départ annoncé. Nous ne dîmes que des choses banales, et rien n'est cruel comme une conversation banale avec un enfant. J'étais irrité de ne pas savoir ce qu'il comprenait ou ce qu'il devinait de moi, ni même si je le faisais souffrir. S'il s'était plaint, je lui aurais répondu : « Tant pis pour toi. Tu es venii trop tôt. J'ai cru que je pouvais m'engager à vivre par substitution et que ma vie personnelle était close — elle recommence : je ne suis pas un homme de renoncement. » Mais il ne se plaignait pas, il ne demandait rien ; il posait seulement sur moi son regard illisible, ce regard des enfants, vague et fixe, qui regarde en face et ne voit pas. Et j'étais torturé par 1 énigme de ses clairs yeux d'eau. Je lui en voulais aussi de sa beauté, que je craignais d'emporter dans ma fuite comme une image de remords et de nostalgie...

Mais le lendemain je partis pour Gonstantinople avec une si atroce impatience des soixante-douze heures de voyage qu'il me semblait que je n'irais jamais jusqu'au bout ; comme les prisonniers qui ne peuvent pas supporter, après des mois de prison, les dernières heures.

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