‹ Confession d'un MalheureuxChapitre 12 sur 65 · INTRODUCTION. XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XIX

pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour quatre-vin^^t-dix-neuf justes qui j sont sauvés. »

— « Dans le ciel ! oui, monsieur, mais sur f la terre il en est bien autrement ! Si la re- ( lipjion, en effet, couvre d'un pardon su-

< blime, si elle élève même d autant plus ( haut qu'il était tombé plus bas, le pécheur i contrit et repentant, le monde est sans pii tié pour l'homme qui a eu le malheur de

< faillir et d'encourir une condamnation int famante ; et cela, fût-il revenu aux sentii mens les plus vertueux, aux principes les

plus irréprochables. Fermant les yeux an présent et refusant de les porter sur l'avenir, ce monde ne les tient ouverts que sur un passé déplorable , et semble dire à cet homme : « Tu as violé les lois une fois , donc tu es capable de les violer sans cesse; tu as été frappé un jour par la justice, donc tu es à jamais noté d'infamie, et chacun doit s'éloigner de toi comme d'unde ces lépreux qu'on parquait autrefois hors de l'enceinte des villes avec défense sous peine de la vie d'y plus rentrer. » Aussi son repentir ne trouve~t-il que des incrédules , et

XX I^'TRODUCTIO]V.

i sa bonne conduite est-elle considérée ( comme non avenue : c'est un forçat libéré, i dit-on ! Il aura beau être sobre , les intem- « pérans se croiront en droit de le regaider

avec mépris; cliaste, les libertins fuiront i son approcbe; père de famille laborieux < et attaché à ses devoirs, ceux qui auront

quitté femme et enfans pour vivre dans le { désordre lui adresseront des paroles dures i et outrageantes. Et, suivant le monde, il y

aura raison et justice à ce qu il en soit ainsi : t c'est un forçat libéré! »

— « Je conviens avec vous, Romand, que lopinion publique s élève fortement contre tous ces échappés de galères, comme le

t peuple les appelle, et qu'elle ne se dépouille qu'à grand'peine d'un sentiment { profond de défiance et de répulsion à leur f égard; mais aussi avouez que la plupart de ces gens-là se conduisent de manière à mériter une sévérité pareille. »

— « Oui, monsieur le procureur du roi, je l'avouerai, et vous devriez bien mal penser de moi si je cliercliais à nier ou seulement à atténuer un fait d'une aussi grande évidence. Les ex- forçats sont le fléau de la

Page 1