‹ Confession d'un MalheureuxChapitre 21 sur 65 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Le 17 août i8o4, douze jeunes garçons étaient assis sur chaque extrémité des marches en pierre d'un escalier desservant l'intérieur d'une riche maison de mon village. J'étais du nombre de ces enfans; leurs épaules étaient affublées d'un pan de drap noir; ils tenaient tous une écuelie à la main et mangeaient une soupe de gruau pour le repas du soir; tandis que dans l'intérieur de la maison douze vieillards, costumés comme ces enfans, soupaient également. Ils venaient tous d'assister à l'enterrement de M. Delilia de Croze, député du tiers-état à l'Assemblée constituante. Mais pourquoi donc M. le curé de Montréal, chez lequel on me faisait aller à l'école en ce tempslà, après m' avoir retiré de chez le tisserand, refusa-

t-il de me recevoir le lendemain de l'enterrement?

M. de Croze, par disposition testamentaire, avait voulu être inhumé dans sa propriété du même nom , sans cérémonies religieuses. Voilà sans aucun doute, pourquoi M. le curé refusa de continuer à me donner ses soins. Mais M. le comte D.... étant intervenu

en qualité de maire, cet ecclésiastique céda, et je restai son élève.

Du reste, M. de Croze est connu dans mon village pour avoir été charitable , humain et le père des pauvres. Il est fâcheux qu'à tant de précieuses qualités, ne se soit pas jointe en lui la foi, qui rehausse et vivifie toutes les inspirations de l'âme. Une pvramide élevée sur sa tombe porte cette simple inscription :

A TOSEPH-BERNARD DELILIA DE CROZE,

DÉPUTÉ DU EUGEY,

A l'assemblée nationale DE I789,

NÉ LE b SEPTEMBRE I739, MORT LE 16 AOUT l8o4.

ÉRIGÉ PAR l'amitié RECONNAISSANTE

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